‹ La Gaule thermaleChapitre 54 sur 85 · PONCET · texte numérisé non relu

PONCET

SOURCES THERMALES ET MEDICINALES

eaux l’espoir d’une maternité prochaine ou les mères cherchant la guérison ou le soulagement de maladies consécutives à l’accouchement.

Bustes d’enfants. — Le troisième ordre de représentations auquel nous avons fait allusion comprend des bustes de jeunes enfants à la figure souriante, les uns la tète nue, complètement chauve ou couverte de cheveux, d’autres coiffés d’une sorte de capuchon. Néris, Saint-Honoré, Bourbon-Lancy,

Fig. 27. — buste d’enfant.

Terre cuile provenant de Néris.

Vichy, le Temple des sources de la Seine, etc., en ont fourni un certain nombre de modèles [flg. 27;.

Nombre d attributions ont été proposées pour cette énigmatique figure. Tudot (1) y voyait « une figure symbolique, une

(1) Collection de figurines en argile, œuvres premières de l’art gaulois.

allégorie provoquant l’hilarité et répondant très bien à l’esprit lin et railleur des Gaulois... Gomme nous tenons à désigner par un nom ce personnage, nous le nommerons le dieu Risus. » M. Blanchet (4), tout en reconnaissant que l’hypothèse de Tudot ne repose sur aucune base bien certaine, admet provisoirement sa dénomination, qui est commode. M. S. Reinach la repousse absolument; pour lui, l’origine de cette statuette serait un motif alexandrin, devenu une transformation gauloise du type d’IIorus (2), dans laquelle on pourrait reconnaître quelquefois un dieu-enfant de la santé, qui, en Gaule, aurait répondu à une conception analogue à celle du petit dieu gréco-romain de la convalescence, l'enfant Télesphore (3).

Pour M. Pérot (4), ces bustes sont de simples représentations d’enfants gaulois de l’Arvernie. Quelques archéologues en font des jouets d’enfants, qu’on plaçait quelquefois dans leurs tombeaux, et M. Mazard (3) y voyait « la personnification de renfance, consacrée comme, objet votif, ou invoquée comme génie tutélaire des premières années » .

Là encore, tout au moins dans le domaine particulier qui nous intéresse, l’intention seule du donateur fixa peut-être la véritable signification de l’objet offert. Jouets consacrés par des enfants malades ; images d’enfants guéris par les eaux, laissées en souvenir par leurs parents ; symboles de convalescence, toutes ces idées sont admissibles et toutes peuvent, à des points de vue divers, expliquer la présence auprès des sources des figurines qui nous occupent.

(1) Étude sur les figurines en terre cuite de la Gaule romaine.

(2) Catalogue des bronzes du musée de Saint-Germain, p. 14.

(3) Bégin ( Lettres sur l’histoire médicale du sud-est de la France. Mémoires de l'Académie royale de Metz, 1840), cite Télesphore au nombre des divinités médicales, comme dieu de la convalescence. « On adorait Télesphore sous le toit domestique plutôt que dans les temples; il figurait au nombre des Lares; c’était un espèce d’ange gardien que les dames romaines portaient avec elles, surtout lorsque des motifs de santé leur faisaient entreprendre un voyage aux eaux thermales. »

(4) Notice sur un ex-voto gallo-romain. Centre médical, mars 1898.

(5) La Céramique (op. cit.).

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Divers autres types de statuettes éparses dans des centres thermaux, Hercule, Mercure, etc., ont pu, sans qu’on puisse l’affirmer avec certitude, y être également déposés à titres d’offrandes.

Certains bustes, n’offrant pas le caractère de représentations religieuses, y figuraient peut-être comme des sortes de portraits de malades consacrant aux sources bienfaisantes leur effigie particulière en témoignage de reconnaissance. Les ruines des thermes d’Évaux ont fourni un petit buste d’argile blanche d’une femme vêtue d’une tunique fermée sur la poitrine et coiffée d’une abondante chevelure partagée sur le milieu du front, encadrant les joues et relevée au-dessus delà tête par un gros nœud. Les figurines de ce genre, représentant des dames gallo-romaines, étaient fabriquées en nombre par les mêmes procédés que les autres et ne constituaient certainement 2^as de véritables portraits des donateurs ; mais leur impersonnalité même permettait de leur donner ce caractère par la consécration qu’on en faisait à la divinité.

Les ruines de Bourbon-Lancy ont fourni plusieurs statuettes en terre représentant des bébés emmaillotés, serrés dans leurs langes par des bandelettes. Le rapport de ces figures, avec le traitement de maladies infantiles ne semble pas faire de doute, ou peut-être faut-il y voir des images évoquant des idées analogues à celles inspirées par les Déesses-Mères, souvent représentées portant entre leurs bras, des nourrissons du même genre.

Du Mège (1), a signalé la découverte à Capvern d’offrandes céramiques d’une nature particulière. C’étaient des ex-voto en terre cuite, ayant la forme d’une main tenant tantôt un serpent, tantôt une patère. On y voyait sur un élégant cartouche et en caractères romains, le mot nymphis, imprimé • dans l’argile avant sa cuisson. Au-dessous était le nom de la personne qui avait fait le vœu, et celui-ci paraît avoir été tracé

(1) Archéologie pyrénéenne , t. I, p. 491.

avec un instrument très pointu; une bélière servait à suspendre cette sorte d’ex-voto.

Enfin c’est également en terre cuite qu’étaient modelés des fruits, des noix et des œufs, ainsi que des animaux : coqs, paons, pigeons, cygnes, chiens, chevaux, singes, moutons, etc., trouvés sur nombre de points du territoire des Gaules, et parfois en assez grande quantité dans le voisinage des sources thermales. Itoyat, Néris, Vichy, Coren, Bourbon-Lancy, etc., en ont notamment fourni d’intéressants spécimens. Certains de ces petits objets pouvaient être des jouets d’enfants, analogues à ceux dont nous avons eu déjà à constater l’existence. D’autres, et principalement ceux qui représentaient des animaux chers à une des divinités honorées près des sources, étaient déposés comme des simulacres d’offrandes que la pau-

vreté des fidèles ou des impossibilités matérielles ne permettaient pas d’apporter en nature. Le sacrifice de l’animal était remplacé par le don d’une image d’argile, et si la divinité ou ses terrestres représentants n’y trouvaient pas leur compte, le dévot convalescent quittait les eaux, satisfait d’avoir accompli à peu de frais le rite traditionnel, et honoré, comme il convenait, la divinité protectrice.

Ainsi qu’il arrive pour tous les points où des centres de population ont existé à l’époque gallo-romaine, les abords des sources thermales ou minérales abondent en débris de poteries de toute espèce, en terre blanche, grise, rouge, noire, jaune, avec ou sans couvertes, lisses ou ornées de sujets moulés, etc. La nomenclature des lieux où ont été faites des trouvailles de ce genre comprendrait à peu près toutes les stations anciennes relevées dans notre pays, et n’offrirait aucune espèce d'intérêt, car, sauf à Vichy où l’on peut constater l’existence de coupes

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assez spéciales (1), destinées à l’usage des buveurs d’eau, rien, dans ces débris qui font en quelque sorte partie du substratum de tout établissement antique, ne peut être considéré comme ayant un rapport direct et particulier avec des emplois thermaux.

Nous voulons seulement retenir ici, de la présence souvent constatée de débris de poteries dans les bassins ou les sources : mêmes, l'idée d’un rite traditionnel qui consistait à jeter dans la source, comme une sorte d’offrande à la divinité qui y manifestait sa puissance, le vase ou les fragments du vase dont on s’était servi. A Montbouy, à Vichy, à Saint-Honoré, dans nombre d'autres stations encore, les sources nous ont révélé l'existence de ces témoignages particuliers de dévotion ou de reconnaissance. A Coren, dans le Cantal, où existent des eaux qui furent très vraisemblablement employées pour des maladies du jeune âge, les débris recueillis semblent tous appartenir à des vases de proportions minuscules comme de la vaisselle d'enfant. Dans la Savoie, à Menthon, cette idée d’offrande est prouvée de la façon la plus nette, car plusieurs des récipients rencontrés dans la vase qui remplissait le fond du bassin antique contenaient encore des pièces de monnaie.

Ce rite n’a, d’ailleurs, pas disparu avec la civilisation galloromaine, et nous avons déjà vu qu’on pouvait en suivre la ■ survivance auprès de ces sources entourées de la vénération , populaire, qui ont apporté jusqu’à nous, à travers les siècles, les souvenirs du culte rendu à la Dwy celtique et à la Nymphe romaine. Je ne puis m’étendre davantage sur ce sujet, très étudié par les nombreux auteurs qui se sont occupés de nos sources sacrées, et je me bornerai à citer de ce maintien de l’ancien usage un seul exemple, emprunté à M. DuMège, parlant d’une fontaine, dite de Sainte-Marie, située près des murs de Toulouse, dont les eaux étaient considérées comme un remède contre les fièvres intermittentes : « Afin d’obtenir une guérison, chaque malade observe les pratiques suivantes : il doit

(1) Voir p. 32.

M i êmi

faire neuf fois le tour de la fontaine en répétant des prières; à chaque tour, il boit de l’eau de la source dans un vase neuf; il laisse ensuite tomber dans le bassin, en signe d’offrande, quelques pièces d’argent; il brise le vase dans lequel il a bu et en jette les fragments dans les eaux (1). »

Les rites, on le voit, sont tout à fait semblables, et le Toulousain de la fontaine Sainte-Marie accomplissait, en 1814, absolument le meme geste que le dévot d’Aquæ Calidæ ou d’Aquæ Segetæ au deuxième siècle de notre ère.

Autant les statuettes en terre cuite, votives ou autres, abon-

dent sur nombre de points où la civilisation gallo-romaine /

marqua son empreinte, autant, au contraire, sont rares les objets en bois appartenant à la même époque (2). Peut-être cette industrie ne fut-elle pas aussi florissante dans la Gaule romaine que la statuaire qui participait à cet art de la terre, si répandu et si prospère, et dont les produits étaient arrivés à une réelle perfection; peut-être aussi la rareté excessive des objets sculptés en bois provient-elle uniquement des nombreuses causes de destruction, incendies, séjour dans les

(1) Archéologie pyrénéenne, t. II, en note, p. 326.

(2) En dehors des objets dont nous allons parler, on peut citer, parmi les très rares échantillons de la sculpture sur bois gallo-romaine : Une statuette en bois de chêne, de 0m,51 de hauteur, représentant une déessemère assise sur un escabeau, découverte dans un puits funéraire au Bernard (Vendée), en 1871. L'enfant que la déesse tenait dans les bras' fut brisé par mégarde au moment de la trouvaille, (Baudry et Ballereau, Puits funéraires gallo-romains du Bernard, p. 180.) Une tête de femme en bois dur, découverte à Vienne (Isère), dont le bois noirci a pris l'aspect de l’ébène. (De Laurière, Une sculpture en bois de l’époque galloromaine. Bulletin monumental, 44e vol., 1878, p. 677.) Une statuette d’Épona à cheval, appartenant au musée de Saintes, trouvée dans un puits voisin des thermes, et étudiée parM. Dangibeaud. ( Revue des études anciennes, t. VII, n° 3, juillet-septembre 1905.)

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terrains humides, etc., qui peuvent atteindre cette matière et

amener sa disparition.

C'est à Luxeuil qu'a été faite, en 1865, au cours des travaux de captage de la source dite du Pré-Martin, la moisson la plus abondante d'objets de cette nature (1). On trouva là un-amas considérable de figurines en bois de chêne, représentant des têtes de personnages, la plupart coiffés d'un capuchon. quelques-uns tête nue et portant pour collier le grand anneau ouvert à bouts renflés, caractéristique du torque gaulois (fig. 28). « Certaines de ces statuettes, au dire d’un auteur (2) qui écrivait au lendemain de leur découverte, étaient tellement noircies et endommagées par le ravage des, siècles, qu’elles tombaient en les touchant et s’écrasaient sous les doigts. »

Faut-il voir dans ces statuettes des ex-voto d’un âge antérieur à la conquête romaine, déposés là par la dévotion des anciens habitants du pays?

Elles présentent certainement des caractères : capuchons, torques, allongement excessif de la tête, qui leur donnent un aspect nettement gaulois. Le sol dans lequel elles ont été découvertes est à un niveau inférieur aux fondations d’importantes constructions romaines.

Fig. 28.

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