STATUETTE EN BOIS, DE COREN
Plusieurs de nos stations gallo-romaines ont fourni en plus ou moins grande quantité des statuettes en métal, mais ni leur nombre, ni les sujets représentés, ni les conditions particulières de leurs découvertes ne permettent en général de leur attribuer
l'igurc jointe au mémoire de M. Marcellin Boudet.
d’une façon bien certaine le caractère d’ex-voto et de les associer intimement au culte des sources voisines. La nomenclature
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de ces trouvailles serait sans intérêt dans l'ordre d’idées qui nous occupe, et nous nous bornerons à signaler quelques-uns de ces objets dont l'attribution thermale peut sembler moins
hypothétique.
A Uriage, trois statuettes de bronze ont été découvertes en 1836. Une première représente un personnage légèrement drapé, tenant de la main droite un objet globuleux qui peut être une éponge; une seconde, un personnage complètement nu, tenant de la main droite un strigile, attributs qui peuvent convenir à des divinités protectrices d’une station thermale. La troisième représente un enfant. Ses formes sont altérées par des aspérités arrondies et volumineuses qui recouvrent presque tout le corps avec une sorte de régularité, et ont fait penser à certains observateurs que c’était la représentation d'un personnage atteint d’une maladie de peau. Il n’en est rien, et un examen plus minutieux a démontré qu’il n’y avait là aucun fait intentionnel, ces taches ayant été simplement produites par une altération chimique de la surface du métal (1).
M. Dulac (2) a signalé la découverte à Moind de trois peti tes figurines en bronze représentant l’une un soldat, les deux autres des divinités. 11 les regarde comme des ex-voto, mais sans appuyer d’aucun motif cette hypothèse, d’ailleurs, parfaitement vraisemblable.
Nous pouvons, avec plus de certitude, donner le caractère d'offrande à divers objets en bronze, parmi lesquels deux têtes de serpents et deux petites statuettes représentant des danseuses, provenant de Bourbonne, car elles étaient enfouies dans la vase du puisard romain, au fond duquel on a trouvé le trésor de monnaies dont nous avons parlé plus haut.
C’est également dans le bassin d’une fontaine qu’avait été découvert à Saint-Amand, en 1698, un Mercure en bronze
(1) \ ulfranc Gerdy, Etude sur les eaux minérales d’ Uriage, 1849.
^2) Les Ruines de Sainte-Eugénie, à Moingl. A nnales de la Société d'agriculture... du département de la Loire, t. XX, 1876
conservé dans le cabinet d’un amateur de curiosités de Douai (1).
Eniin, en 1902, il a été découvert à Saint-Honoré, dans des fouilles opérées sur l’emplacement d’un ancien temple, une statuette d’argent représentant une femme drapée debout, la main droite, ouverte, levée à la hauteur de l’épaule, la main gauche supportant un attribut qui a disparu avec elle. La statue est composée d’une feuille d’argent battue dans un moule, rapprochée par derrière et soudée. Le bras qui reste est en bronze plein, originairement argenté. Pour M. H. de \ illefosse (2), cette statuette est celle d’une divinité, et, quoiqu’elle ne porte aucune inscription, son caractère votif n’est pas douteux. Il est assez naturel, ajoute-t-il, de supposer que la statuette de Saint-Honoré-les-Bains provient d’un temple où elle avait été consacrée par un dévot du pays ou par un malade venu aux eaux d’Alisincum.
Certains objets destinés à la parure, les bagues et anneaux notamment, étaient offerts aux divinités comme témoignages de vénération ou de reconnaissance. Quelques découvertes de ce genre ont été faites auprès de nos sources, mais les objets recueillis ne portaient aucune mention dédicatoire, ou étaient en trop petit nombre pour qu’on puisse affirmer qu’on se trouve là en présence d’objets qui n’ont pas été égarés, abandonnés ou perdus, mais bien déposés avec une intention rituelle. Bornons-nous à citer à cet égard les trouvailles : au
(1) Bottin, Notice historique sur l’établissement des eaux et boues thermales cl minérales de Saint-Amand. Mémoires de la Société royale des Antiquaires, t. I, 1817.
(2) La statuette d’argent de Sainl-Honoré-1 es- Bains, 1904. Extrait ilu Recueil des mémoires publiés par la Société des Antiquaires de France, à l’occasion de son centenaire (avec photogravure).
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.Mont-Dore, d’an anneau et de chaînettes d’or et d'une intaille représentant un faune; à Ludion, de bagues et d’anneaux; à Moind, d’une magnifique agathe; à Bains, cl’un grenat gravé en creux, représentant la tête de Caracalla; à Vie, près Ydes, de bagues et d’anneaux; à Bôurbon-Lancy, d’une intaille montée en bague et figurant deux aigles dont les serres reposent sur le globe, etc.
Cependant, il a été extrait du puits minéral de Coren des petits objets dont la valeur est nulle, mais que leur nombre indique bien avoir été déposés là intentionnellement et en vertu d'un usage consacré. Ce sont huit bracelets ronds de fillettes- en fil de laiton de cuivre extrêmement ténu, les uns fermés, les autres ouverts et amincis aux deux extrémités très rapprochées l’une de l'autre, bout à bout, à la façon gauloise (1). Beaucoup d’autres ont pu être emportés par le courant ou gisent encore au fond du ruisseau dans le lit duquel émergent les sources minérales de Coren ; mais ce qui a pu être recueilli de ces ornements suffit à démontrer l’existence cl’un rite particulier d’offrandes, motivé, sans cloute, par l’emploi de ces eaux pour la guérison des maladies des enfants.
Les autres objets que nous allons successivement passer en revue portent des inscriptions dédicatoires ou ont été retrouvés en abondance telle que leur caractère d’ex-voto témoignant cl’un culte particulier ne peut faire l’objet d’aucun doute.
Patères d’Evaux. — En 1856, il fut extrait, lors du curage d'un des anciens puits thermaux de cette station, trois patères en cuivre tourné, semblables comme forme, matière, dimension et main-d’œuvre. « A leurs rebords s’adaptaient des manches plats, munis à leur base d’oreillettes contournées en volutes et percées à leur extrémité cl’un tréfeuille. Ce dernier accessoire faisait défaut, par suite de brisures, à deux des
(1) Marcellin IIoudet, op, cit.
LA GAULE T'il E R M A L E
coupes, dont l’une cependant conservait encore un morceau du manche, sur le plat duquel était un commencement d’inscription (1). »
La patère restée entière se rapproche beaucoup comme forme de celles qu’on voit suspendues à la ceinture des légionnaires dans les bas-reliefs de la colonne Trajane. Elle portait sur son manche l’inscription en pointillé, dédicatoire au dieu Ivao (fig. 30), que nous avons rapportée précédemment, ainsi que l’estampille du fabricant, STEPAPROD, gravée dans un cartouche, en sens inverse de la première inscription, et appliquée sur le bronze au moyen d’un poinçon
métallique gravé en creux et à rebours. C’est évidemment le nom et la marque de l’ouvrier tourneur en cuivre qui a fabriqué la patère.
M. Mowat (2) pense que le T a été lu fautivement pour un I et propose la lecture : S1EPAPROD, Ansii Epaproditi. 11 fait remarquer qu’on ne connaît pas moins de cinq patères de bronze, provenant de Pompéi, et portant l’estampille : Arm Ëpapkrodi. . . Les Ansii paraissent avoir eu leur centre de fabrication à Pompéi et à Herculanum, d’où leurs produits
(1) A. Fillioux, les Thermes d’Èvaux. Société des sciences naturelles et archéologiques delà Creuse, t. IV, 2“ Bulletin. Guéret, 18 1 3.
(2) Marques de bronziers sur objets antiques trouvés ou apportes en France. Bulletin épigraphique de la Gaule, t. III, p. 261.
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pénétraient jusqu’en Gaule, et il ne serait pas invraisemblable que l'estampille d’Évaux ne fût qu’une variante de celles de Pompéi.
Cette pièce, du plus haut intérêt, puisqu’elle a été trouvée dans l’endroit même où coulait la source dont elle nous a révélé le protecteur, est conservée actuellement au musée de, Guéret (1).
Vase de Néris. — Le vase de Néris, portant sur la panse, à la naissance du col, l’inscription Deo Iboso, fut trouvé dans un ancien puits, en 1876. Il est en bronze, couvert d’une belle patine verte, avec col étroit et allongé, termine par un goulot trilobé. L’anse qui l’ornait primitivement a disparu. Ce vase, qui était, selon toute apparence, destiné à des ablutions religieuses, est conservé à l’établissement thermal de Néris.
Vase de Chassenay. — C’est également dans un puits que fut découvert le vase de bronze de Chassenay, consacré au dieu Albius et à Damona. La présence de cette deuxième divinité semble bien indiquer un culte rendu à une fontaine douée de vertus curatives, peut-être celle même qui alimentait le puits dont le vase a été extrait, d’autant mieux, dit Allmer (2), que, parmi les autres objets extraits du puits où gisait le vase, on a trouvé des débris d’une statue de marbre dont un des bras était entouré d’un serpent, vraisemblablement statue d’Esculape ou d’Hygie placée dans un temple consacré à Albius et à Damona.
(1) On peut rapprocher de cet ex-voto : 1° Une patère en bronze provenant de Luxeuil, dont parle Greppo (op. cit., p. 129), à qui elle avait été signalée par le colonel de Fabert, et qui portait, gravée sur son manche, une inscription ainsi rapportée : m-nv / mepilla. inoc / v. s- l. m;
2° Deux patères-casseroles en bronze, découvertes dans le voisinage d’Alisc-Sainte-Reine, portant sur la partie plate de leurs manches des dédicaces au dieu Alisanos, vraisemblablement le protecteur du Mont- Auxois et de la région environnante. — Héron de Yillefosse, Antiquités romaines trouvées à Alise-Sainte-Reine. Mémoires de la Société nationale des Antiquaires de France, t. LXV, 1906.
(2) Les Dieux de la Gaule celtique. Revue épiyraphique , t. III.
Anneaux de Vichy. — Les deux anneaux de Vichy, dont l’un a été découvert en 1883, alors que l’autre, trouvé depuis une douzaine d’années environ, figurait au musée de Lyon, sont en bronze, en forme de tore, d’un diamètre intérieur de ü m. 113 et d’un poids légèrement supérieur à deux kilogrammes (1).
M. Mowat, se fondant sur l’absence d’une formule explicitement votive dans l’inscription qui figure sur celui des anneaux le plus anciennement découvert, offert à la déesse Diane par ses adorateurs, les Dianenses (2), y avait vu « moins un ex-voto proprement dit qu’un instrument servant dans quelque cérémonie du culte... un foculus mobile qu’on plaçait sur la table de l’autel pour retenir les charbons incandescents destinés à la combustion de l’encens au moment de la célébration du sacrifice » .
M. Héron de Villefosse considère, au contraire, cet anneau connue un véritable ex-voto (3). Aucun doute, d’ailleurs, ne peut exister pour le second, qui porte une dédicace nettement votive au dieu Mars Vorociusv, avec les lettres V- S- L- M- (4). Cet anneau devait être suspendu le long du fut d’une colonne, surmontée d’un chapiteau corinthien très fruste, qui a été retrouvée dans la même fouille. Une large trace d’oxydation qui a fait disparaître plusieurs lettres de l’inscription, marque la trace de la bandelette de fer fixant l’anneau au chapiteau sur lequel se dressait, paraît-il, une statue de bronze de 0 m. 80 de hauteur, qui semble avoir disparu sans avoir pu être utilement examinée (5). On aurait donc retrouvé là, si l’on peut considérer comme certaine cette dernière partie de la trouvaille, l’ensemble à peu près complet du monument consacré à ce Mars Vorocius, dont le nom figure sur l’anneau votif.
(1) Moulages au musée de Saint-Germain.
(2) Voir p. 176.
(3) Bulletin de la Société des Antiquaires, 1883, p. 261 et. suiv.
. (4) Voir p. 172.
(5) Bertrand, Anneau votif et statue en bronze découverts à T ichy dons un puits antique. Société <T Émulation de l’Ailier, t. X\ II, p. 30/ et suiv.
Feuilles d'argent de Vichy. — A une trentaine de mètres de l’endroit où furent découverts les anneaux, on avait mis a jour, pendant l'hiver 1864-(>5, une autre trouvaille précieuse: une série de feuilles d’argent, dont l’une porte l'inscription votive à Jupiter Sabasius (4). On en avait d’abord rencontré quatre-vingts, à 0 m. 80 de profondeur, réunies et entourées d'une série de moellons; sept autres furent trouvées quelque temps après. La majeure partie de, ces pièces se trouve au musée des Antiquités nationales, à Saint-Germain ; quelques-
Fig. 31. — FEUILLES D’ARGENT DE VICHY.
Photographie d'après les originaux, au musée de Saint-Gerinain-en-Laye.
unes sont restées à Moulins. Ces lamelles se composent de très minces plaquettes d’argent, découpées en formes grossières d’arbres ou de feuilles et légèrement estampées de quelques traits géométriques. Quelques-unes de ces feuilles sont ornées de sujets. L’une d’elles présente un buste de Ptiœbé; une autre celui de Vénus et de Junon. Sur les autres sont des figures de Jupiter, debout sur le seuil cl’un édicule arrondi ou triangulaire. Une seule des lamelles porte une inscription : celle du dévot Carassonus à Jupiter Sabasius (fig.31).
(1) Voir p. 171.
MM. Rossignol et Bertrand, qui ont fait une étude particulière de ces feuilles votives (1), voient dans cette forme un souvenir du culte immémorial des Gaulois pour les arbres, que la conquête n'avait pu supprimer (2).
De nombreux débris retrouvés dans les mêmes fouilles appartenaient sans doute à l’édicule décoré des lamelles votives, qui furent détachées et enfouies avec soin au moment où Vichy était menacé de quelque invasion qui ne devait laisser derrière elle que des ruines.
Plaque votive de Plombières. — On conserve au Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale une plaque votive en bronze, ayant la forme d’un cartel accosté à droite et à gauche de queues d’aronde, percées de trous de suspension, et portant une dédicace à Neptune (3). L’apothicaire Rouvray, chargé par le duc de Lorraine Léopold de faire remettre en état les étuves et bassins de Plombières, avait signalé la découverte de cette plaque, trouvée, d’après lui, avec plusieurs autres dans le lit du ruisseau de l’Eau-Gronne.
Oreille de patère de Bondoxneau. — Le musée du Louvre possède, dans la salle des bijoux antiques, une oreille de patère en argent, d’un travail très artistique, trouvée en 18-41, à Bondonneau, près de Montélimar, et » représentant Vénus
(1) Notice sur les découvertes faites à Vichy, et en particulier sur les braciéoles votives d’argent. Bulletin de la Société d’Emulation de V Allier, t. XVIII.
(2) M. Pérot (même Bulletin) signale une série de bractéolcs en or, ayant la plus grande affinité avec celles de Vichy, placées au musée d’Orléans et provenant de l’ile de Chypre. — En 1743, on en a trouvé un grand nombre en Angleterre, près de Barkwav et de S tonv-S tratford. — Le Bulletin de la Société des Antiquaires, 1890, p. 289, signale une plaque d’argent en forme de feuille, avec lettres et brettelurcs au repoussé, portant l'inscription suivante : deo-in / ivicto / gekman / sol, trouvée dans des fouilles à Dcncuvre, près Baccarat. M. Héron de Villcfossc fait remarquer que cet objet rentre dans la classe des offrandes religieuses symboliques. — On a trouvé une feuille analogue en métal estampé à Feuehères (Marne). Plusieurs autres figurent au musée du Louvre et proviennent du trésor d’argenterie de Notre-Dame d’Alençon, près Brissac (Maine-et-Loire).
(3) Voir p. 175.
relevant sa chevelure, assise dans une coquille soutenue audessus des Ilots par des centaures, escortée de deux Eros ailés debout sur des dauphins ». Bien que Vénus soit, nous le savons, une des divinités dont le nom et les effigies se retrou-
vent auprès des sources thermales, il serait téméraire d’affirmer que cette pièce a fait partie d'un objet offert à la déesse à titre d’ex-voto; mais cependant le fait de la découverte simultanée de cet objet et de restes de bassins et de piscines, permet d'admettre, sans trop entrer dans le domaine de l'hypothèse, une certaine corrélation entre cette représentation de la déesse et les eaux minérales du lieu.
Lames de plomb d’Amélie-les-Bains. — En 1845, au cours de travaux entrepris pour augmenter le débit d’une des sources thermales d'Amélie-les-Bains, un escarpement pratiqué dans la roche livra passage à une 'masse d’eau, qui expulsa avec elle un certain nombre d’objets antiques, parmi lesquels des monnaies de bronze, deux objets indéterminés, en plomb, ayant l’aspect de boutons de vêtements, de petits disques de métal, convertis pour la plupart en sulfate, et une certaine quantité de lames de plomb, très minces, roulées et aplaties en quatre ou cinq doubles. Ces objets avaient dû être introduits par une ouverture assez grande, naturelle ou artificielle, au-dessus de l'orifice de la source, et à laquelle on n’avait porté aucune attention quand on avait procédé à l’escarpement de la roche (1). Ces feuilles ayant été déroulées, on put voir qu’elles avaient été lissées grossièrement pour présenter une épaisseur uniforme, ou simplement amincies par un battage au marteau. Elles étaient couvertes de caractères cursifs, malheureusement très altérés par l’oxydation et la pression faite en roulant et pliant les feuilles. « Quant aux caractères, il semble qu'une main délicate, une main de femme, vient de les tracer avec la pointe d’une épingle. Les
(1) Henry, Revue archéologique , 4e année, lre partie (1847), p. 409 et suiv. (avec planche reproduisant les lames de plomb et leurs inscriptions).
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de plomb (pii, évidemment, n’a subi aucune préparation (1). »
L interprétation des inscriptions tracées sur les plombs d'Amélie, qui, malheureusement, ont été perdus, a exercé la sagacité de plusieurs chercheurs, mais, ainsi que dit M. Mérimée (2), elles attendent encore leur OEdipe.
M l’abbé Greppo (3) y avait reconnu un singulier mélange de lettres grecques et romaines et pensait avoir lu les mots : Nvmene Maximie et Ma..imina; Rogat. Rosam et Ramos, qui se seraient rattachés à l'idée d'offrandes de rameaux et de roses, et Kanta et Nimfa, qui pourraient se rapporter à la divinité invoquée.
Le Comité historique des Arts et Monuments, prié d’examiner ces écritures, dont les fac-similés lui avaient été envoyés, se borna cà l’avis suivant, inséré dans le Bulletin de 1846 : « M. Letronne avait cru voir des lettres grecques dans ces inscriptions. M. Mérimée croit qu’il n’y a que des lettres et des mots latins. Ces lames de plomb paraissent avoir été jetées dans la source comme des ex-voto, ou pour se rendre favorable la divinité de cette fontaine. »
M. de Bonnefoy (4), après avoir étudié les plombs et donné les lectures qui lui semblent certaines, conclut ainsi : « En attendant une explication qu’on nous donnera peut-être un jour, nous considérerons les plombs d’Amélie comme des ex-voto, des invocations à la divinité tutélaire de la source thermale. A travers nos lectures pleines d’hésitation, nous remarquerons Niskat, Nikasa, Niskat , nom du génie de ces eaux, ainsi qu’on l’a conjecturé; rogamos, rogamus, rogmos, partie d’une formule d’imploration et quelques noms propres.
(1) Procès-verbal authentique de la découverte des plombs, dans une lettre écrite le 24 juin 1845, à M. Pierre Puiggari, par son neveu, oiïicier du génie, chargé de la direction des travaux de l’hôpital militaire.
(2) De antiquis religionibus in Gallià meridionali ac prœsertim i)> Pyrenœis montibus.
(3) Op. cit., p. 293.
(4) Ëpigraphie roussillonnaise. Société agricole, scientifique et littéraire des Pyrénées-Orientales, 14e vol.
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11 peut s’y trouver des mots grecs, mais l’écriture est romaine. Quant au gaulois ou aux termes barbares, les experts en cette matière aviseront. »
Ces derniers s’étaient, d’ailleurs, déjà occupé de la question. Morin, dans ses Monuments des anciens idiomes gaulois (1861), avait cru reconnaître sur l’un des plombs une prière gauloise en vers rimés sur l’assonnance I. 11 concluait à la nullité à peu près complète du résultat de ses recherches, et ajoutait que la seule confidence qu’il put encore faire était que Niskas et Rosamos étaient peut-être le dieu et la déesse d’Améïie-les-Bains.
De Belloguet (1) pense qu’outre les caractères grecs et romains, il devait y en avoir quelques-uns d’hispaniques. Pour lui, « quelques mots de ces graffiti sont certainement romains. Il est peu probable que ceux qui n’appartiennent pas à cette langue soient gaulois; nous sommes à Amélie-les- Bains, dans un pays cpii était presque entièrement ibérique, et nous avons à peine rencontré dans les fragments deux ou trois mots qui paraissent celtiques, comme ema et rosamos. »
M. Mérimée (op. cit .) tire également quelques conclusions de ses lectures : « In tribus incipientibus diversorum foliorum « fragmentis, eadem verba eodem fere ordine inscrib-untur : « in frag. 1 : Kantas. niskas / rogamos et de... / recamus vos ?... / « in frag. 2 : niskas aquis../ rogamus... / in frag. 7 : Dom... / « niskas rog.. mus et de / camus /.... Ilæc adeo incerta aliis « intêrpretenda permittemus ; tamen si quid in universum « dicere fas est, carmen nescio quod solenne latere vicletur, « verbis ad impetrandum aliquid accomodatis. »
M. Nicholson (2) a vu dans les tablettes des invocations sous une forme métrique, en un langage mélangé de gaélique et de latin. Le mot Niska, rencontré à plusieurs reprises, lui semble appartenir à un génie des eaux, water-spirit , et Niskas Acquises, déchiffré sur une des tablettes, lui paraît donner le
(1) Ethno génie gauloise, t. I, p. 330 et suiv.
(2) Keltic Besearches. Sludies in the history and distribution of the annexent Goidelic language and peoples, 1904.
« nom original » d’Amélie, qui aurait été Aquisa. Sous la domination romaine, ce nom serait devenu Æmilia, du triumvir M. Æmilius Lepidus, qui, en 44, gouvernait la Narbonnaise.
En résumé, l’interprétation littérale semble devoir nous échapper toujours, mais il est évident que ces lames avaient un caractère votif, et nous font apercevoir une ancienne pratique religieuse du plus haut intérêt : l’inscription du vœu sur une tablette qui était déposée au point où la divinité tuté- I laire exerçait son empire (1). Peut-être aussi y avait-il un rapport étroit entre ces lamelles et les pièces de monnaie , retrouvées à leurs côtés; il est permis de supposer que les | fidèles, en même temps qu’ils consignaient leurs souhaits sur les lames de plomb, et cela vraisemblablement d’après des } formules rituelles qui expliqueraient les répétitions de mots constatées par les divers lecteurs, jetaient dans la source une offrande qui était en quelque sorte la rémunération anticipée i de l’intervention divine.
Marteaux et ornements en plomb d’Uriage. — Le château I cl'Uriage renferme un certain nombre de petits objets en plomb, trouvés dans les ruines des anciens thermes, qui avaient incontestablement, étant donné leur nombre, un carac- \ 1ère votif, mais dont le sens symbolique est encore entouré, d’obscurité. Ces objets, de sept à huit pouces de longueur, présentent la forme de marteaux ou de haches; le relief est t placé sur la face, le derrière est plat, comme si la pièce était destinée à être appliquée contre un mur. Quelques-uns de ces ’ marteaux sont percés pour donner passage au clou d'attache, ô
Greppo ( op . cit., p. 262), les considérait comme représentant un des attributs de Vulcain, le dieu forgeron, le dieu du
(1) « C’était l’usage dans l’antiquité gréco-romaine, de confier non seulement à des tombes, mais à la mer, aux fleuves et mômes aux sources des puits les tablettes adressées aux divinités infernales et sur lesquelles les dévots avaient tracé leurs souhaits et leurs exécrations. Sans doute la source amenait les vœux à leur destination souterraine. » Jullian, Inscription gallo-romaine de Boni. Revue celtique, 1898, p. 169.
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feu, le dieu des mines, qui pouvait très naturellement aussi être le dieu des sources minérales et thermales.
On peut rattacher surtout ces objets au culte du dieu galloromain barbu, à la tête olympienne et si fréquemment représenté tenant dans la main un maillet à long manche. Ce dieu occupait un rang important dans les traditions religieuses de la Gaule. On y voit généralement une incarnation de Taranis, le dieu de la foudre, une des divinités mentionnées dans un passage souvent cité du poète Lucain (1). « Cette assimilation (avec le dieu de la foudre), dit M. Gaidoz, n’est pas sans raison d’être pour les eaux sulfureuses. N’est-ce pas une remarque de tous les jours que la traînée de la foudre laisse derrière elle une odeur de soufre (2) ? »
Pour M. Allmer (3), l’image de la foudre, aux mains du dieu celtique, était non un maillet, mais une roue. Selon lui, il résulterait manifestement d’un ensemble de monuments, que le maillet à court ou à long manche était un attribut de Silvain. La présence de ce dieu auprès de sources thermales n’aurait rien qui pût nous surprendre, car nous avons pu la constater déjà au Mont-Dore, et signaler en même temps les affinités de Silvain avec des divinités essentiellement médicales.
Peut-être faut-il même, pour interpréter les singuliers exvoto d’Uriage, remonter plus haut dans le passé, et les considérer comme une survivance des pratiques traditionnelles dont les haches ou marteaux en silex étaient l’objet aux temps préhistoriques. Ces instruments furent certainement entourés d’un culte fétichiste, dont le symbolisme possible nous échappe, mais dont les preuves apparaissent jusqu’à l’évidence dans les sculptures des dalles mégalithiques du Morbihan et des grottes sépulcrales de la Champagne.
(J) Pharsale , I, 446.
(2) Taranis, A propos des marteaux d’Uriage. Revue celtique, t. Vlr 1883-1885, p. 457. — Flouest, le Dieu gaulois au maillet sur les autels à quatre faces. Revue archéologique, 3° série, t. XV, janvier-juin 1890. — Gxinoz, le Dieu gaulois au maillet. Les autels de Stuttgart. Môme volume.
(3) Les Dieux de la Gaule celtique. Revue épigraphique.
Ces différentes hypothèses ont toutes leur part de vraisemblance et, seules, des découvertes épigraphiques pourraient permettre une solution indiscutable, en révélant le nom de la divinité qui présidait aux eaux d’Uriage (1).
Les haches-marteaux se retrouvent également dans la composition d’un ornement en plomb, retrouvé à Uriage dans les fouilles de la source thermale, et conservé au musée du château. Il est décrit ainsi par Àllmer (. Inscriptions de Vienne, t. IV), cité par le docteur Doyon dans son ouvrage sur Uriage et ses eaux minérales (1884) : « Petite plaque oblongue en plomb, faisant partie d’une armature de même métal, qui probablement enveloppait un cippe. L’inscription est imprimée en relief et entourée d’un filet cordelé : m- rvf- marciax- vf-
M. Ru fus Marcianus a , de son vivant, fait ce tombeau.
« La plaque de plomb sur laquelle se lit cette inscription appartient à un ensemble de débris qui méritent d’être décrits. Ils représentent la façade, découpée à jour, d’une sorte de petit temple, dont la plaque en question sert de soubassement et sert d’appui à deux colonnes supportant une autre plaque pareille qui constitue l’entablement de l’édifice, terminé au faîte par une hachette à deux tranchants. Une hachette semblable est placée sur le soubassement, et une autre encore est emmanchée dans chacune des deux colonnes à laquelle elle fait une espèce de chapiteau bizarre, grossièrement disproportionné. D’autres débris du même genre indiquent, quoique moins complets, la répétition du même sujet,
(1) Nous ne citons que pour mémoire ^interprétation suivante, figurant clans une note de M. Pilot, Bulletin de la Société de statistique du département de l’Isère, séance du 3 mai 1841 : « L’inscription d’Uriage : l: scr. martinvs. ac- f, nous apprend le nom du fondateur des bains d’Uriage. Il est à croire que ce Scribonius était de la célèbre famille Scribonia. Ce qui semblerait le prouver, et qui expliquerait en même temps la cause d’une cinquantaine de plaques de plomb, représentant chacune un marteau, et trouvées dans les anciens bains d’Uriage, ce seraient à la fois le surnom de Martinus et ces mêmes marteaux dont on n’a point encore trouvé ni l’usage, ni le motif. Le marteau était un emblème des Scribonius, que l’on voit sur la plupart de leurs médailles, et qu’ils adoptèrent à cause d’un Scribonius qui, étant préteur, avait fait clore le Forum d’une charpente. »
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et font présumer une armature appliquée sur les quatre faces d'un petit cippe, qui n’était autre qu'un tombeau.
« Un vase gardé par deux griffons affrontés, sur la plaque supérieure, met hors de doute la destination funéraire du monument, et donne lieu de reconnaître des figures de Yascicc dans les hachettes dont il vient d’être parlé. » Ghampollion-Figeac (1) avait déjà signalé cette plaque comme paraissant avoir fait partie d’un petit bas-relief en plomb, représentant un trépied avec un griffon de chaque côté, sujet ordinaire de consécration à Apollon.
Greppo (op. cit ., p. 263), dit ne pouvoir trouver d’autre interprétation aux deux lettres qui terminent l’inscription que Votum Fecit, et voit dans l’ensemble de ses débris les restes d’un monument qui devait être certainement votif.
Tel est aussi l’avis de M. Gaidoz, rapporté par le docteur Doyon dans son ouvrage que nous venons de citer.
Les offrandes que nous allons maintenant passer en revue sont nettement en rapport avec l’intervention salutaire qu’on sollicitait de la divinité de la source, en représentant les parties du corps sièges des maladies dont on venait demander la guérison, ou l’image même, plus ou moins grossièrement figurée, des manifestations extérieures de ces maladies. La plupart des ex-voto de ce genre que nous décrirons proviennent de temples médicaux, voisins, le plus souvent, de sources sacrées. C’est ainsi que les temples des sources de la Seine, d’Essarrois, de Sainte-Sabine et d’Halatte (2) nous ont fourni
(1) Cité dans un Rapport sur les antiquités et les bains d'Uriacje, près Grenoble, par Berriat-Saint-Prix. Mémoires de la Société des Antiquaires, t. VIII (1829), p. 291 et suiv.
(2) La majeure partie des objets trouvés aux temples de la Seine et
des documents nombreux et importants au titre médical. C’est à ce point de vue que nous les avons retenus, quoiqu’ils ne se rattachent pas absolument aux sources thermales, mais le caractère en est si proche que nous avons cru pouvoir le conserver dans le meme esprit. Il en a, d’ailleurs, été découvert également un certain nombre dans les anciennes stations thermales. Greppo signale, entre autres, des bras votifs en terre cuite, provenant de Vichy, et des ex-voto de même matière : têtes, pieds, mains, oreilles, trouvés à Aix-en-Provence et conservés au musée de cette ville.
Certains de ces ex-voto sont d’un intérêt tout particulier à raison de leur mode de fabrication : ce sont de minces lames de bronze, quelquefois doré ou argenté, représentant, découpées au ciseau ou repoussées au marteau, différentes parties du corps humain. Cent vingt-deux feuilles de ce genre ont été recueillies aux sources de la Seine, dans le grand vase aux médailles dédié à la déesse Sequana; il en a aussi été découvert un certain nombre à Essarrois.
Un auteur signale également la trouvaille, aux bains de Bondonneau de « métaux figurant diverses parties du corps, offrandes des baigneurs débarrassés des maladies qui affectaient ces parties »; mais je n’ai pu avoir aucun renseignement plus précis sur ces objets (1). Enfin, nous avons vu au musée archéologique de Senlis deux petits seins en bronze d’un travail délicat provenant du temple d’Halatte.
Il semble que ce mode d’offrande ait été de tradition ancienne dans notre pays. Au dire de Grégoire de Tours, les habitants de la Gaule représentaient en bois ou en bronze les membres dont ils souffraient et dont ils sollicitaient la guérison, et les plaçaient dans les temples. Ce même usage n’a pas, d’ailleurs, complètement disparu; il subsiste encore dans
d’Essarrois figure au musée archéologique de Dijon. Quelques-uns sont au musée archéologique de Soniur. Les objets provenant du temple d’IIalattc sont conservés au musée archéologique de Senlis.
(1) Rappelons également les jambes d’airain et d’étain trouvées près de la fontaine sacrée de Léomont. (Voir p. 162.)
SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES
certains pays, notamment en Espagne, où Fon nous a signale, auprès de certains sanctuaires vénérés, l’existence d’ex-voto composés de minces lames d’argent estampé ou gravé, façonnées en forme de membres humains.
Beaucoup de statues et de bustes en pierre découverts dans les ruines de ces temples, où ils avaient certainement été déposés à titre d’offrandes, ne présentent aucun caractère spécial; ils sont, selon toute apparence, le tribut de la reconnaissance de gens atteints de maladies internes.
Les affections purement médicales n’ont pas de caractère d’extériorisation, si ce n’est, chose rare, l’expression de souffrance ou les modifications d’attitude que l’artiste apu donner à son sujet. Ces manifestations constituent alors de précieux documents; en l’absence de données écrites, elles nous fournissent une indication précise sur les affections traitées dans la station.
Un des plus beaux exemples de ce genre est la statuette en bronze, trouvée à Vichy dans un puits funéraire, et acquise en 1895 par le musée du Louvre, où elle figure dans la salle des Bronzes antiques (fig. 32). Nous ne pouvons mieux faire
Fig. 32.