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BUVEUR EN BRONZE PROVENANT DE VICHY

Dessin de Piébourg, d’après nature.

que d’accompagner notre dessin de la description suivante, empruntée au docteur Poucet (1) :

« Ce bronze est de l’époque de la bonne sculpture romaine, il est très habilement travaillé et modelé. Haut de 10 à 12 centimètres, large de 6 h 7, il représente un baigneur accroupi, vêtu d’une robe et la tête protégée par une coiffure qui redescend en col sur les épaules et devait être imperméable, ce qui fait songer à la douche. Notre baigneur a les deux mains placées sur chaque genou ; les avant-bras sont d’une maigreur extrême, les mains, au contraire, énormes, noueuses, les doigts tuméfiés; la main droite tient un verre.

« Les jambes cachées dans les plis de la robe montrent un pied nu ; l’autre, malade, est garni d’une pantoufle. La figure est un chef-d’œuvre d’expression; la tête est celle d’un homme de cinquante ans, le nez droit et effilé; mais la physionomie est si parfaite de douleur, les joues sont si pendantes de maigreur après leur embonpoint perdu, le cou est si ridé, le buveur a Pair si à plaindre, si misérable, qu’il en est risible.

« Sans aucune contestation ce petit bronze, unique jusqu’ici, établit mieux que tous les textes possibles la présence des buveurs podagres à Vichy du temps des Romains. L’artiste a coulé dans le métal ce que nos peintres modernes ont confié au crayon; mais la ressemblance du type est frappante à 1,800 ans de distance. »

Cette statuette peut être rapprochée d’une autre, trouvée dans l’Aisne et décrite par M. A. de Longpérier (2). Haute de 11 centimètres, elle a les jambes recouvertes d’une draperie, un pied est chaussé, l’autre nu, les bras et le torse nus sont d’une maigreur extrême, la tête a une remarquable expression de douceur et de souffrance. Très certainement cette pièce était un ex-voto destiné à un temple.

Dans la grande et belle salle des Pas Perdus de rétablissement du Mont-Dore où M. Camut, l’architecte distingué et très

(1) Annales de médecine thermale, 5 octobre 1889.

(2) Revue archéologique, 1844, t. I, p. 457.

SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES

regretté de ce monument, a disposé comme motifs décoratifs les antiques débris de rétablissement romain, se trouve un buste en lave grise du pays, s’arrêtant au bassin, haut d’environ Om. 90. Il représente un personnage aux cheveux courts, taillés en calotte et vêtu d’une toge artistement drapée (fig. 33). Voici comment le décrit le professeur Landouzy, dans la remarquable leçon qu’il a faite au Mont-Dore, en 1904, aux nombreux médecins qui firent à cette époque le voyage d’études médicales aux eaux minérales, si heureusement organisé par le docteur Carron de la Carrière. « A ce point de vue (de l’antique spécialisation du Mont- Dore) il n’est pas sans intérêt d’arrêter nos regards sur le buste du Vieux romain dont la tournure est bien faite pour retenir notre attention. Avec ses épaules soulevées, son sternum bombé, sa poitrine voussurée, ses yeux saillants, est-ce que le personnage ne se présente pas avec l’habitus de l’asthmatique e m p h y s é m a teux, au cou court par remontement du thorax? N’est-ce pas cette impression que donne la vieille statue en pierre basaltique décorant aujourd’hui la grande salle de l’établissement moderne, comme elle ornait, voilà bien des siècles, les luxueux thermes gallo-romains? S’il est permis de discuter, au point de vue archéologique, sur la signification de l’arme sphérique placée en sa dextre, et considérée aujourd’hui comme un attribut d’origine arienne, symbolisant la force récupérée, le fait à noter, au point de vue médical, c’est que parmi les nombreuses statues retrouvées dans les hydropoles anciennes de la France et de l’étranger, celle du Mont-Dore est la seule à laquelle le sculpteur, chargé de la décoration des thermes,

Fig. 33. — BUSTE DU MONT-DORE DIT « LE VIEUX ROMAIN ».

a donné les traits caractéristiques du bronchitique emphysémateux. »

Une statuette en bronze, provenant d’Uriage, à surface érodée, a été signalée comme un spécimen d’affection cutanée. Un examen attentif a montré que les taches provenaient de l’altération du bronze et n’étaient pas voulues.

Une autre statuette d’un très haut intérêt, à caractère médical ou chirurgical très marqué, est celle qui a été trouvée à Vichy et dont la description suivante a été donnée par son propriétaire, M. Francis Pérot (1):

« Parmi les figurines trouvées à Vichy, nous possédons une charmante statuette représentant un homme barbu, la tète nue; il repose sur un piédouche sphéroïdal; il est vêtu d’un sagum court et plissé par devant, serré à la taille par une double corde, et descendant jusqu’aux genoux; il porte la braye, le bras gauche est coudé et porté en écharpe par le vêtement qui se croise en biais sur la poitrine, ne laissant voir que l’extrémité des doigts, tandis que le bras droit est nu, replié et portant la main sur le sein (fig. 34). » Le bras immobilisé et tenu en écharpe fait aussi bien penser à un blessé qu’à un

Fig. 34. — STATUETTE EN TE’RRE CUITE, PROVE- NANT DE VICHY.

Collection de M. Pérot. Dessin de Champion, d’après une photographie de l’ouvrage de MM.

Mallat et Cornillon : Histoire des Eaux minérales de Vichy.

malade atteint d’une affection gout-

teuse ou rhumatismale chronique.

Si les œuvres à caractère médical sont rares, plus abonni) Centre Médical, 1897-1898, p. 178.

SOURCES THERMALES ET MÉDICINALES 297

dantes sont celles qui présentent un côté chirurgical. Les mains, les pieds, les jambes sculptés clans la pierre ont été recueillis en grand nombre à Ilalatte, à Essarrois, aux sources

Fig. 35.

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