L- POMPEIVS- CAMPANVS- VIVVS- FECIT
Je considère comme inadmissible l’opinion qui voit dans cet édifice l’entrée monumentale des thermes, en meme temps qu’un témoignage de reconnaissance élevé par L. P. Campanus aux membres de sa famille qui avaient contribué à leur construction ou à leur restauration.
A mon avis, la destination funéraire de ce monument n’est pas douteuse. « Ce qui fait son intérêt, dit M. Desjardins (1 ), c’est qu’il n’a pas un caractère public, et qu’il nous montre une famille obscure, mais opulente, au premier siècle de notre ère, élevant sur une place centrale, en face de l’établissement des thermes, une sépulture dont cet arc était évidemment le somptueux portail. Il était détaché et formait l’accès d’un columbarium , dont la partie supérieure devait avoir, comme les columbaria de Rome, sur la voie Appienne, un édicule richement décoré, par lequel on descendait dans le caveau où étaient disposées les urnes cinéraires dans des niches. Il devait y en avoir quatorze, comme l’indiquent les inscriptions gravées sur le portail. »
En dehors des thermes proprement dits, et de ces deux grands édifices, les recherches pratiquées sur divers points de la ville ont permis de constater l’existence de nombreux vestiges de la cité antique. Des fouilles faites en 1869, notamment, dans la région qui s’étend au levant de l’hôtel de ville, amenèrent la découverte d’un grand nombre de murailles rapprochées les unes des autres, et qui semblent avoir été les fondations d’un groupe d’habitations romaines. On trouva aussi des canaux de mortier ou de briques plates, dans la
(1) Sur quelques monuments épigraphiques d' Aix-les-Bains. Bulletin épigraphique de la Gaule, novembre-décembre 1882.
LA GAULK THERMALE
direction du levant au couchant, prenant leur origine du côté du vaporarium , et aboutissant à ce groupe d’habitations. (Comte de Loche, op. cit.) Il semble résulter de cette constatation qu’il devait exister dans cette région un annexe de rétablissement thermal, ou des bains particuliers alimentés ainsi directement par l’une des sources thermales.
Des blocs de pierre taillés avec soin, des débris de chapiteaux, de colonnes, d’entablements, des fragments de mosaïque, des morceaux de marbres étrangers ou du pays débités en lames plus ou moins épaisses, sont autant de témoignages de l’ancienne magnificence et de la splendeur des thermes et des habitations privées de la cité d’Aquæ, qui devait être dans l’antiquité ce qu’elle est encore de nos jours, une ville deluxe et de plaisir.
Il est impossible d’énumérer les objets de toute nature découverts dans le sol d’Aix : fragments de statues, statuettes en métal, outils divers, poids en plomb, vases et débris de vases en terre et en verre, etc., objets étudiés et décrits par le comte de Loche aux pages 306-318 de son Histoire cle la Ville d’Aix. Nous nous bornerons à citer cependant une horloge solaire, qui servit peut-être à indiquer les heures aux baigneurs gallo-romains, car elle fut trouvée en 1804, aux thermes romains. Elle se composait « d’un bloc de pierre de forme cubique, dont la surface supérieure, recoupée par un angle rentrant, présente une cavité conique dans laquelle on voit les traits formant trois lignes parallèles traversées par d’autres lignes convergentes entre elles. Au-dessus, on aperçoit un creux dans lequel avait été plantée une verge de fer fixée avec du plomb, ce qui indique assez un cadran solaire antique » (1).
La Bauche. — L’existence de travaux anciens auprès de cette source, située entre le lac d’Aiguebelette et les Échelles,
(1) Ce cadran a fait l'objet d’une étude spéciale de M. de Rey-Pailliade, dans le Bulletin de la Société archéologique du midi de la France, séance du 29 janvier 1895.
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 317
est établie par les indications suivantes données par M. Calloud dans un mémoire inséré dans la Revue Savoisienne (1).
Dans le courant de l'été dernier (1862), dit Fauteur, des recherches furent faites près d’un filet d’eau ferrugineuse, coulant dans un pré, non loin du château de la Bauche. « Les fouilles pour trouver un captage fixe amenèrent, dès la profondeur de 1 m. 20 à 2 m. 60 au-dessous du niveau du sol, la découverte de quelques briques rouges à rebords, à argile siliceuse, à pâte fine, d’une cuisson parfaite, telles que savait si bien les faire l’art céramique des anciens; d’un pavé dallé, d’une auge, de pieux et autres pièces en bois que leur tannin et l’eau ferrée avaient teintes en noir violet et conservées en partie, et enfin d’un mur de soutènement à ailes, parfaitement conservé, de 1 m. 15 d’épaisseur sur 4 mètres de long, dans l’enceinte duquel jaillissaient deux sources, dont l’une, plus abondante, y était amenée par un canal.
« Il résulte de ces constatations :
« 1° Que là existe et existait jadis une fontaine d’eaux minérales ferrugineuses, froides, alcalines, terreuses, bi-carbonatées et crénatées et un peu ammoniacales ;
« 2° Que ces eaux avaient attiré l’attention de quelques dévots à la Nymphe des eaux minérales, peut-être de quelques vétérans des légions romaines, usés par la fatigue des combats, et qui savaient apprécier, pour cause, l’utilité des eaux minérales ferrugineuses pour la cicatrisation des plaies, l’étanchement des blessures, et à l’intérieur, pour la réparation d’un sang appauvri et d’un tempérament débilité. »
Le site de la Bauche a été proposé comme ayant pu être la station de Labisco, située sur la voie de Milan à Vienne, mais il est plus probable que c’est avec les Échelles qu’il convient d’identifier cette dernière station.
Les sources savoisiennes que nous venons de passer en
(1) Antiquités et source minérale de la Bauche. Revue savoisienne , 15 décembre 1862.
revue ont certainement été l’objet d’une utilisation plus ou moins complète à l’époque gallo-romaine. La question est beaucoup plus douteuse pour trois autres stations, que nous nous bornons à étudier brièvement.
Dans le voisinage de Saint-Jean-de-Maurienne, à I’Échaillon, existait un établissement de bains dès le quatorzième siècle. Une charte de 1344 nous l’apprend, et des fouilles faites au commencement du dix-neuvième siècle ont amené la découverte, à dix pieds de profondeur, d’un ancien bassin de pierre ayant 7 à 8 pieds de longueur sur 4 de profondeur.
La présence d’une voie romaine, taillée dans la montagne, qui passait à très courte distance de la source, permet de supposer que celle-ci n’était pas restée inconnue des Romains et que sa première utilisation pourrait être contemporaine de de la construction de la route.
La découverte fréquente de débris de voies pavées et de constructions antiques dans la plaine de Salins démontre d’une façon certaine l’existence sur ce point d’une ville ancienne, située sur une voie qui partait de Vienne en Dauphiné pour aboutir au Petit Saint-Bernard. Ses eaux salées étaient certainement utilisées au point de vue de la récolte du sel depuis une haute antiquité, et les nombreux débris de vases romains, ainsi que les médailles retrouvées près des sources sont la preuve que cette exploitation était en pleine activité à l’époque qui nous occupe. Mais si l’utilisation industrielle des sources ne fait pas de doute, leur emploi au point de vue médical est tout à fait hypothétique. L’abbé Garin (4) rapporte une tradition d’après laquelle des bains auraient existé anciennement à Vile Verte, à environ 500 mètres au midi du village actuel de Salins et n’auraient été entièrement détruits qu’en 4653, par la même inondation qui faisait disparaître ceux de Brides.
Pour le docteur Laissus, à qui on doit de remarquables travaux sur Brides et Salins, « on ne sait rien de certain sur
(1) Notices historiqices sur Salins et ses eaux salino-thermales. Mémoires de l’Académie du Val d’Isère, t. I, séances de 1886 et 1887.
l'utilisation thérapeutique de ces eaux dans les temps anciens, et on peut s’étonner à bon droit que l’on n’ait, pas encore trouvé à Salins quelques vestiges des monuments balnéaires que les Romains aimaient à construire dans toutes les stations minérales importantes; ce qu’il faut attribuer, croyons-nous, aux cataclysmes et aux éboulements nombreux et considérables qui ont dévaté Salins anciennement, exhaussé le lit du Doron et enseveli les sources thermales à 8 mètres au-dessous du sol actuel (1). »
A Brides, pas plus qu’à Salins, aucun débris de contructions romaines n’a permis d’établir avec quelque certitude une antique existence thermale. Je me borne à emprunter à l’abbé Pont, l'historiographe de la Tarentaise . (2), les quelques indications qui suivent, faibles indices d’une occupation possible à l’époque qui nous intéresse :
L’origine des eaux de Brides, connues anciennement sous le nom d’Eaux du Bain, remonte à une époque reculée. Une vieille tradition qui s’est perpétuée d’âge en âge dans le pays, la dénomination de Hameau des Bains, que porte de temps immémorial le village actuel de Brides, ainsi que la découverte faite en 1817, près des sources thermales, d’une médaille sur laquelle on voyait, d’un côté, l’effigie d’une impératrice avec le mot Faustine et, de l’autre côté, le dieu Esculape assis et appuyé sur une urne d’où s’écoulait une source, sont des indices non douteux de l’existence d’anciens thermes que des inondations et des accident de terrain ont dû faire disparaître.
Une copie d’un manuscrit fort ancien contient les lignes suivantes : « L’année suivante (Lan 211 de l’ère chrétienne), nous eûmes à pleurer la mort de trois de nos amis. D’abord celle du vieux Agatha, peu après celle de la veuve de Vitellius, enfin celle de l’intéressante Julia. Transportée dans une maison près d’une source chaude qui se trouve dans une petite plaine traversée par le Doron, à deux mille au-dessous
(1) Les Eaux thermales de Brides-le s-Bains et de Salins- Moûiier s, 1881.
(2) La ■ T ar entais e historique, monumentale, orographique et pittoresque, 1876.