‹ La Gaule thermaleChapitre 66 sur 85 · BALNEA- VI CORPORA- SA · texte numérisé non relu

BALNEA- VI CORPORA- SA

le même auteur ajoute : C’est la première partie d’une inscription que les Romains avaient l’habitude de placer dans tous les établissements thermaux :

Balnea, vina. Venus corrompunt corpora nostra.

Cor para sana dabunt balnea , vina, Venus.

Ainsi que le faisait déjà observer Greppo (3), l’assertion de M. Henry semble assez gratuite, et il lui aurait probablement été difficile de citer un seul exemple à l’appui. Sans chercher à tenter un essai de restitution, il nous suffira d’avoir cité ce fragment, dont le premier mot prouve bien que l’inscription était en rapport avec l’exploitation thermale.

(1) J.-J.-M. Ferrand, Histoire, géographie et statistique du département des Basses-Alpes, 1861.

(2) Recherches sur la géographie ancienne et les antiquités du département des Basses-Alpes, 1842.

(3) Op. cit., p. 120.

ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES 331

Deux autres auteurs font allusion aux travaux anciens exécutés à Gréoulx. « Les Romains, dit Garcin (1), en firent la recherche (des eaux minérales) en creusant un puits très profondément, et la source très abondante sortit du fond en bouillonnant... Nombre de Romains opulents recouvrèrent la santé en faisant usage des eaux de Gréoulx. Aussi enrichirentils celui ou ceux qui en étaient propriétaires, au point qu'on y lit construire un bel hôpital dont on croit reconnaître encore les vestiges, et un temple dont on a retrouvé les débris qui annonçaient un monument de bon goût. »

Et un ancien Traité des eaux minérales de Gréoux , en Provence, sans date ni nom d’auteur, signale de vieilles- masures sur lesquelles on bâtit la maison des bains, des inscriptions latines en vieux caractères romains trouvées dans les ruines de ces masures et celles d'un vieux temple qui était tout auprès.

Je crois qu'il n’existe plus rien de ces restes antiques, et que les constructions les plus anciennes encore visibles à Gréoulx remontent aux treizième et quatorzième siècles, à l’époque où les Templiers tirèrent les eaux de l’oubli et fondèrent près de la source un établissement important.

Aix-en-Provence. — Les anciens établissements thermaux qui existaient dans cette cité thermale célèbre entre toutes aux temps antiques semblent avoir été disséminés, et s’être fondés aux différents points où surgissaient des sources chaudes. Les vieux auteurs qui s’en sont occupés n’hésitaient pas à attribuer des fondateurs à ces différents bains. D’après Robert (2), il était à peu près certain que Sextius avait fait construire les premiers bains d’eau chaude près le Palais, et qu’il les alimentait avec la source dite des Bagniers, qui coulait sur le Cours. Il citait des vestiges d’anciens bains romains dans tous les environs de la Poissonnerie, ainsi que sous les fondements des maisons voisines et dans tout le quartier du Palais. La découverte de la grande source, appelée ensuite de l’Obser-

(1) Dictionnaire historique et topographique, etc.

(2) Essai historique et médical sur les eaux thermales d’Aiæ, connues sous le nom d’eaux de Sextius, 1812.

vance, était attribuée à Marins, qui aurait fait construire (Je magnifiques bains dont on voyait encore, en 1704, quelques ruines consistant en frises, chapiteaux, tronçons de colonnes et pavés à la mosaïque.

Robert avait pu étudier par lui-même d’autres bâtiments thermaux encore intacts, reconnus en 1803, rue des Étuves, dans le voisinage de l’Observance, et dont il donne la description dans son Essai historique, pages 100 et 101. Après avoir indiqué les particularités de construction qui décèlent l’origine romaine de ces constructions souterraines, il ajoute : « Le premier bain, qui forme un quarré long, a une banquette tout autour, et peut permettre à quarante personnes de s’y baigner toutes à la fois. La chaleur qu’on y éprouve est très forte, quoique ce bain soit à sec; on le prendrait pour une étuve, tant sa construction a été ingénieuse et bien entendue. En sortant de ce bain, on descend, par la droite, dans un second qui porte la même physionomie antique. Il est beaucoup plus petit que le premier; mais la particularité qui le distingue, c’est qu’on découvre, à sa partie moyenne et orientale, du côté de l’Observance, un aqueduc de deux pieds en quarré, de construction romaine; et, du côté opposé, vers le midi, un conduit tortueux, destiné sans doute à diriger les vapeurs humides et la chaleur dans une salle supérieure, et à y former ce que les anciens appelaient le tepidarium... Ces deux bains avaient plusieurs soupiraux à la partie supérieure de leur voûte. »

Le même auteur signale ensuite, dans une maison voisine, une salle voûtée, reposant « sur un réservoir voûté rempli d’eau chaude. On ignore si ce réservoir est un ancien bain et quelle en est l’étendue souterraine; aurait-il été destiné à échauffer la salle supérieure, comme un autre tepidarium » ?

Toute la rue qui porte le nom caractéristique de rue des Etuves, recélait dans son sous-sol de nombreuses sources thermales. Au dire de Roux-Alphéran (1), plusieurs caves des

(1) Les Rues d’Aix, ou Recherches historiques sur l’ancienne capitale de la Provence. MDCCCXLVL

très vieilles maisons qui la bordaient étaient des bains antiques, dont la construction romaine ne saurait être révoquée en doute (4).

Un autre édifice thermal intéressant semblait, d’après un ancien historien' d’Aix, Pitton (2), avoir existé sur l’emplacement de la place aux Herbes, sous une fontaine « qui n'avait été construite sur une petite élévation que pour conserver une salle de bains antiques » (3), Garcin (4), après Pitton, décrivait ainsi cette dernière : « Cette salle est une rotonde dans le pourtour de laquelle sont pratiquées seize niches contenant chacune un siège de marbre et deux tuyaux, dont l’un devait servir pour l’eau chaude et l’autre pour l’eau froide; mais depuis plusieurs années on en a fait murer l'entrée. » Des travaux entrepris vers 1840 pour abaisser cette place au niveau des rues voisines en mirent à découvert le sous-sol. On ne trouva pas de bassin, de niches, ni de sièges en marbre, mais on reconnut l’existence incontestable de restes ayant appartenu à d’antiques édifices thermaux : une salle voûtée, vers laquelle semblaient se concentrer les eaux de trois anciens aqueducs, et, tout auprès, les débris d’un pavé antique dé marbre gris et blanc, ayant appartenu sans doute à une salle dépendante des bains romains (5), dont l’existence sur ce point était reconnue par la tradition.

Dans un de ses rapports à la Commission d’archéologie d’Aix, sur les fouilles exécutées dans cette ville en 4841, Rouard signalait la mise au jour d’un établissement qui

(1) « Non loin (les bâtiments des bains d’eau thermale, dit de Saint- Vincens, mais au-dedans des murs de la ville, on voit les restes de plusieurs bains bâtis par les Romains. La bâtisse des murs et des voûtes en est considérable, et peut faire juger de la manière dont les bâtiments étaient construits dans les premier, deuxième et troisième siècles déféré chrétienne. » (Description des antiquités, monuments et curiosités delà ville d’Aix, 1818.)

(2) Histoire de la ville d’Aix, p. 24.

(3) Aix ancien et moderne, 1823 (sans nom d’auteur).

(4) Dictionnaire historique et topographique de la Provence ancienne et moderne.

(5) Rouahd. Commission d’archéologie d’Aix. Rapport sur les fouilles faites en 1853 et 1844.

devait avoir été destiné à des thermes publics, si on en jugeait par le nombre des bassins ou réservoirs, des bains et particulièrement des hypocautes qui y avaient été reconnus. Des dallages en mosaïques blanches à bordures noires, de nombreux débris de poteries et de vases en verre et quelques aiguilles en ivoire pour les ■cheveux furent trouvés dans les décombres, au milieu des cendres et terres calcinées qui témoignaient de l’incendie dans lequel avait dû sombrer l’édifice.

Il semble qu’il reste actuellement peu de chose de toutes ces anciennes constructions balnéaires, si l’on s’en réfère à la réponse donnée à une question posée en 1866 au Congrès scientifique tenu à Aix (1). Au point de vue thermes, y fut-il dit, il ne reste en fait de constructions romaines qu’un bain antique ayant appartenu aux thermes romains, et qui est situe entre les récentes constructions de l’établissement thermal actuel et la piscine nouvellement installée. Ce bain voûté est bâti en moellons de petit appareil, et offre de chaque côté un banc en pierre qui était destiné aux baigneurs. Il forme un réservoir au fond duquel naît une des sources des eaux sextiennes.

Pioule . — Les eaux minérales de Pioule (Var), dont la mise en exploitation est assez récente, ont été «très probablement l’objet de certains travaux de captage, à l’époque où la voie Aurélienne, toute voisine, était la grande artère, toujours sillonnée de voyageurs et de troupes en marche, dans le midi de la Gaule. Des fouilles pratiquées en 1882 ont mis à jour des restes de constructions dans lesquels on retrouve plusieurs traits caractéristiques des thermes antiques : massif bétonné ressemblant au fond d’un bassin ou d’une piscine, pièce dans laquelle se trouvait un bassin carré ou cuve, au milieu de débris de murs couverts d’enduits, de fragments de mosaïques et de sections de colonnes en terre cuite.

(1) Congrès scientifique tenu à Aix-en-Provence , 33e session, 1866, 2e volume.

ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES

Les sources minérales surgissent sur l’emplacement meme des ruines. Les bains étaient alimentés par leurs eaux, captées dans un puits voisin qui porte le nom de Puits des Romains, et qui n’était qu’un des puits d’émergence de la nappe souterraine mise au jour par des travaux plus récents (1).

Ces substruetions ont-elles appartenu à un établissement thermal ; ou, comme on l’a pensé, n’y faut-il voir autre chose qu’une villa, dont le propriétaire aurait employé pour son usage personnel les eaux qu’il rencontrait dans son terrain même (2) ? Lu, question restera probablement toujours douteuse, mais l’hypothèse d’un établissement public n’aurait cependant rien de surprenant, étant donné que les sources de Pioide étaient situées dans le voisinage de la grande voie, et tout près d’un centre important de population, dont on a retrouvé de nombreuses traces au Luc, localité moderne où il faut très probablement placer la station antique de Forum Voconii.

San Salvadour. — Dans cette même région, on trouve au bord de la mer, au fond de la baie de Carqueiranne, au pied du massif de Costebelle, les restes importants d’une ville, qui fut vraisemblablement la station de relâche des galères indiquées dans l’Itinéraire Maritime sous le nom de Pomponiana(3). Les ruines comprennent une citadelle, un nombre considérable de substruetions diverses, des puits, des citernes, des magasins voûtés, des cales pour les navires, les débris d’une jetée, etc. Cette ville maritime et militaire avait aussi ses thermes, avec une salle dans laquelle on descendait par deux escaliers de trois marches placés dans des angles, une baignoire séparée, un hyppeauste avec ses piliers de briques et

(1) Docteur Japhet, les Eaux minérales de Pioule, 1885.

(2) Les Fouilles de Pioule (Var). Bulletin monumental, 1883, p. 374. — Bulletin de la Société des Antiquaires , 1885, p. 112 et suiv.

(3) Cette station est placée dans Y Itinéraire entre Telo Mar tins (Toulon) et Alconis, dont il faut chercher le site au fond de la vaste rade de Bonnes.

trois dégorgeoirs qui laissaient écouler dans la mer l’eau dont on s’était servi (1).

L’emplacement de ces bains au milieu de la cité, à peu de distance de la mer, semble bien indiquer que c’étaient là des bains publics. Ils étaient alimentés, au moins en partie, par une source minérale, appelée aujourd’hui source de San-Salvadour, dont les propriétés sont, paraît-il, analogues à celles de l’eau de Contrexéville, et qu’on commence à utiliser en boisson. La source, située à une certaine distance et à un niveau plus élevé que les thermes, y était conduite par un aqueduc en pierres, où l’eau coulait dans un canal de Om. 20 de section, dont la direction a pu être nettement déterminée lors de travaux exécutés en 4903-1904, qui l’ont mis à jour sur plusieurs points de son parcours.

(1) Denis, Promenades pittoresques à Hyêres, 1853.

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