CHAPITRE II
Région du Sud-Ouest et Pyrénées.
Périgueux. — Certains vestiges mis à jour, à Périgueux, aux environs d’une source, la Font-Chaude, aujourd’hui disparue et comblée, semblent indiquer qu’elle eut autrefois une utilisation qui n’est peut-être pas .complètement étrangère à l’objet de nos recherches. Sur un ancien plan de Périgueux indiquant l’emplacement des édifices gallo-romains, reproduit dans Y Abécédaire d’archéologie de de Caumont, Ère gallo-romaine y p. 344, cette fontaine figure près de la rivière d’Isle, non loin des restes de deux voies antiques. La légende du plan porte : Font-Chaude. Bains de César. Puits antique.
L’abbé Audierne (1) rapporte que les eaux de cette source,, dont le nom seul indique un certain degré de thermalité, étaient minérales, et que certains vieux pharmaciens les comparaient à celles de Barèges. Le nom de Bains de César qu’elle a porté pouvait déjà faire supposer l’existence d’un établissement antique où ses eaux étaient utilisées, supposition rendue plus probable par la découverte dans ses environs de pierres de taille avec des fragments de marbres, de ciments, de briques, de baignoires et d’autres débris antiques.
Dax. — L’ancienne capitale des Tarbelliens, la ville honorée de la visite d’Auguste, où, d’après les anciennes traditions* Julie, la fdle de l’empereur, serait venue rétablir une santé compromise par les désordres de sa vie, avait conservé, jusqu’à une date très récente, des restes importants de son
(1) Le Périgord illustré, 1851.
passé antique. En 1856, Dax était encore entouré de son enceinte complète de murailles gallo-romaines, construites en petit appareil, avec chaînages de briques, reposant sur des fondations où s’entassaient au hasard les débris de colonnes et de chapiteaux, les autels votifs et les fragments de frises, comme dans tant d’autres ouvrages du même genre élevés en hâte, sous la menace des invasions du quatrième siècle (1). D’après quelques auteurs, cette enceinte en aurait remplacé une autre, moins développée, dont les substructions ont été retrouvées à différentes reprises, et dans laquelle auraient été renfermés les anciens établissements thermaux, dont les hasards des fouilles ont remis au jour de nombreux restes. M. C. Jullian croit à l’existence d’un vaste établissement thermal et est d’avis que cette muraille continue, signalée autour de la source, était l’enclos de pierre renfermant les thermes et leurs dépendances (2).
Si aucune découverte n’est venue appuyer la tradition qui veut que, longtemps avant la venue des Romains, les populations indigènes aient eu déjà recours aux eaux salutaires de la Fontaine-Chaude, les témoignages ne manquent pas pour l’époque qui nous intéresse. En 1568, André de Serres constatait déjà l’existence de toute une série de bains où l’on utilisait l’eau bouillante des sources : « Le bastiment et autres commoditez desdits bains sont merveilleusement belles, estant divisez en trois bains, à savoir :1e grand bain en sa source fort grande et abondante... Geste source et grand bain est fort bien basty, de haute muraille, bien large, en quarré. A l’un cousté de ladite source par des canaulx ladite eau bouillante passe et se rend fort tempérée dans un beau grand lieu et long basty exprès de pierre de taille, où les hommes se baignent et nagent facilement comme dans une rivière. De l’austre côté
(1) De Caumont, Lettre sur les monuments de la ville de Da.r. Bulletin monumental, t. XXII, 1856. — Pottier, les Remparts gallo-romains de Dax. Bulletin monumental, 1879. — Blanchet, les Enceintes romaines de la Gaule, 1906.
(2) Note sur la topographie de Dax gallo-romain. Berne des études anciennes, 1901, p. 211 et suiv.
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par semblables canaulx passe ladite eau de ladite source dans quatre plus petits bains, bastis en quarré de pierres de taille, qui sont fort beaux et bien recommandez. »
Au seizième siècle également un commentateur d’Àusone, Élie Vinet, signalait des piscines destinées aux baigneurs, avec les sièges en gradins sur lesquels on s’asseyait, le tout en marbre : Vetusta solia marmorea , preuve, dit-il, que : fontem Aquensem olim fuisse celeberrimum.
Les thermes romains étaient situés dans le voisinage immédiat de la Fontaine-Chaude. Le sol avait été recouvert d’une couche épaisse de béton, supportant les fondations des constructions disposées autour de la source et dont il a été
retrouvé de nombreux débris : baignoires, fûts de colonnes,
corniches et entablements en marbre blanc, carreaux en marbre gris et blanc, débris de marbres de toutes les couleurs, mosaïques, etc. D’après MM. Dufourcet, Taillebois et Camiade(l), tout ce quartier voisin de la source abonderait en restes antiques, et chaque fouille y amènerait des découvertes, parmi lesquelles je me bornerai à signaler les suivantes, qui peuvent avoir été en rapport direct avec des établissements thermaux : rue des Pénitents, restes importants de thermes, colonnes de briques, conduites en briques et fragments de colonnes en marbre blanc; rue du Bain, voûte bâtie sur pilotis et enceinte circulaire pavée de mosaïque ; place de la Fontaine-Chaude, dallage en tuiles à rebords, et, à côté, dallage en mosaïque; rue de la Fontaine-Chaude, débris de murs et de voûtes, conduite d’eau, nombreux fragments de marbres.
En résumé, l’ensemble de ces découvertes établit de la façon la plus certaine l’existence, autour de la source de la Nèhe, d’établissements considérables, qui semblent avoir été décorés avec un véritable luxe, et vient corroborer les données que nous possédions déjà sur l’antique splendeur des Aquœ Tarbellicœ.
(1) V Aquitaine historique et monumentale. — Les remparts de Da.v. — Anciens plans de Dax. Bulletin de la Société de Borda, 15° aimée, 1900.
Tercis. — .le dois à l’obligeance de M. le docteur Massie, propriétaire et directeur de l’établissement thermal de Tercis, près de Dax, quelques renseignements qui semblent bien établir que ces eaux chaudes, certainement fréquentées au moyen âge, ne furent pas oubliées à l’époque romaine.
A l’étymologie du nom meme de Tercis ( Tertiis Leucis (?) à trois lieues de Dax), qui révélerait une origine romaine, et qui peut être fort douteuse, viennent s’ajouter des indices plus probants : l’existence jusqu’à une époque récente d’une borne romaine sur la route de Tercis à Dax; le caractère très ancien du captage d’une des sources, non utilisée aujourd’hui; enfin, la présence de substructions importantes d’antiques établissements rencontrées un peu partout au cours des travaux exécutés par le propriétaire actuel autour des thermes qui datent du dix-huitième siècle.
11 semble bien probable, en présence de ces constatations que ces eaux chaudes, si peu distantes de Dax, durent aussi avoir leur part de vogue à l’époque où les eaux Tarbelliennes attiraient de toutes parts les visiteurs et les malades.
On peut rattacher au groupe du sud-ouest les sources de Castéra-Verduzan. autrefois Castéra- Vivent, et de Barbotan, situées dans le département du Gers, sur le territoire des Auscii. Peut-être faudrait-il voir dans ces eaux celles dont parle Strabon, lorsque, après avoir parlé des thermes Onésiens et de leurs sources, il ajoute qu’il en existe aussi de belles chez les Auscii. Je ne fais que hasarder cette proposition, car certains commentateurs n’appliquent pas aux thermes et aux sources le dernier membre de phrase de Strabon, et le rapportent au sol de l’Aquitaine, dont il est question au commencement de la même phrase (1).
(1) Telle est l’interprétation de M. Tardieu, Géographie de Strabon, t. I, p. 314. Voici la traduction complète qu’il donne de cette partie du texte du géographe grec : « Dans les plaines de l’intérieur, ainsi que dans la partie montagneuse, le sol de l’Aquitaine est de meilleure qualité; il est notamment fertile dans le voisinage du montPyréné, chez les Convènes, ou, comme nous dirions en grec, chez les Synélydes, peuple
ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES
Le hameau de Barbotàn, où s’exploitent encore aujourd’hui des eaux et des boues, était déjà signalé par M. Jacquot (1) comme une localité très ancienne, où l’on avait trouvé, en fouillant le sol, des médailles et des constructions qui prouvaient qu’à l’époque de l’occupation romaine les sources étaient déjà exploitées.
A la fin de l’année 1902, des découvertes assez importantes furent faites à peu de distance de Barbotan, au cours des travaux de construction de la ligne de Nérac à Mont-de-Marsan. Ces découvertes consistèrent en un certain nombre de chapiteaux corinthiens et de socles de colonnes, que Ton a cru reconnaître comme ayant appartenu à un temple ou à un établissement. thermal, et en pièces de bois en décomposition, placées dans une position horizontale, assemblées et semblant former un grillage, au milieu duquel étaient épars des moellons bruts et un fragment de béton de brique et de mortier (2).
Castera-Yerduzan n’a pas fourni de traces aussi nettement probantes de son existence antique, mais on y a rencontré un fragment d’une inscription dédicatoire : Aux Nymphes augustes, que nous avons eu l’occasion de citer au nombre des textes épigraphiques dédiés à ces divinités, et cpii ne doit pas être sans rapport avec les eaux minérales qui sont encore utilisées aujourd’hui dans ce lieu.
Dans la région du Béarn, à l’entrée de la belle vallée d’Àspe, qui fut de tout temps une des grandes voies de communication entre les deux versants des Pyrénées, la petite station de Saixt-Christau n’avait pas été négligée par les Romains. Les traces monumentales de cette fréquentation ont disparu au cours des invasions qui ont si souvent emprunté
dont la capitale se nomme Lugdunum, et qui possède les thermes Onésiens, sources magnifiques donnant une eau excellente à boire. Le territoire des Auscii est egalement d’une grande fertilité. »
(1) Description géologique, minéralogique et agronomique du département du Gers, 1870, lru partie, Description géologique, p. 132.
(2) Revue de Gascogne, t. XXXIV, 1893, p. 269.
ce chemin, mais de nombreux débris : monnaies, médailles, libules, agrafes et autres menus objets ont été trouvés dans les sources lorsqu’on en refit le captage en 1897.
En ce qui concerne les Eaux-Chaudks et les Eàux-Bonxes, aucune découverte n’est venue, jusqu’à présent du moins, confirmer la réputation d’antiquité qu’avaient voulu leur conférer quelques érudits. « On n’a rencontré jusqu’à ce jour, ditM. Soulice(l), aucune trace des travaux que les Romains, si soucieux de tout ce qui concernait les thermes, n’auraient pas manqué de faire pour capter les sources, et si les bâtiments avaient disparu dans quelque cataclysme, comme à Aulus par exemple, il serait au moins resté certains vestiges des routes qui y conduisaient. »
I3agxères-de-Bigorre. — Nous savons, d’après nos études précédentes, que Bagnères-de-Bigorre était connu à l’époque galloromaine sous le nom de Vicus Aquensis, et que les tributs de reconnaissance laissés par des malades sous forme d’inscriptions votives aux Nymphes attestaient l’ancienne renommée de ses eaux, auxquelles présidait vraisemblablement, à côté des divinités officielles de l’Italie, un dieu topique indigène nommé Agho. Des découvertes, sur lesquelles je n’ai pu trouver que des indications assez sommaires, ont mis à jour d’importants fragments des anciens thermes, fragments qui ne semblent pas avoir été conservés (2).
Ce fut, tout d’abord, « une immense piscine à gradins de marbre rose, qui fut exhumée lorsqu’on construisait, en 1823, l’établissement actuel, et qui se développait sous une portion
(1) Notice historique sur les Eaux-Chaudes et les Eaux-Bonnes. Bulletin de la Société des sciences, lettres et arts de Pau, 2e série, t. VI, 1876-1877.
(2) Bordeu, dans un ouv rage assez rare intitulé : Lettres contenant des essais sur l’histoire des eaux minérales du Béarn et de quelques-unes des provinces voisines,... adressées à Mma de Sorberio, à Pau en Béarn. Amsterdam. m.dcc.xlvi, faisait allusion en ces termes à l’antiquité d’une des sources de Bagnères : « Dumoret le vieux est fort ancien, il date du temps des Romains. On y voit avec plaisir des tuyaux remplis de concrétions pierreuses de plus de deux mètres d’épaisseur, et en couches de différentes couleurs : on sait par tradition que ces tuyaux furent les premiers que l’on mit à la source. »
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du pavillon nord des Thermes, sur toute la largeur de la place et une partie de la maison Jalon. La conservation était parfaite, et malgré les réclamations de bien des gens, les prières de bien d’autres, l’architecte ne voulut rien entendre et posa son moellon neuf sur le marbre antique (1). »
En 1868, M. Vaussenat (2) releva deux piscines romaines, dans le voisinage d’une source dont il venait d’opérer le captage et qui émergeait à une distance intermédiaire entre les deux. Ces piscines devaient être établies avec un certain luxe, car on y a recueilli un assez grand nombre de tranches sciées de marbre blanc.
Dans le mémoire cité plus haut, M. Dumont a signalé également l’existence de pompes en briques à l’aide desquelles les eaux étaient captées, ainsi que d’aqueducs nombreux dont des fouilles anciennes ou récentes avaient révélé l’existence. L’espace très considérable (près de 300 mètres) sur lequel ont été trouvés des restes d’ouvrages anciens le portait à croire qu’il avait existé à Bagnères plusieurs établissements distincts : « Il ne nous paraît pas possible de supposer, avec les restes découverts, un bâtiment de trois cents mètres de longueur. Une construction de cette importance aurait laissé plus de traces. »
Cauterets. — L’existence de cette station à l’époque galloromaine semble encore très problématique et les indications recueillies dans les écrits des auteurs qui se sont occupés de son histoire ne permettent guère de remonter avec certitude au delà des premiers temps du moyen âge.
D’après MM. Lequeutre et Wallon (3) : « Sans parler de la visite légendaire de Jules César, ni même de l’hypothèse de la venue de l’empereur Auguste à Cauterets, il est certain que les Romains avaient établi des bains à Cauterets ; ils faisaient usage des sources de César et de Pause. Tous les historiens
(1) Dumont, Bagnères (levant le Congrès d'hydrologie. Notes historiques. Bulletin de la Société Ramond, 1887.
(2) Bulletin de la Société Ramond, séance du 6 avril 1868.
(3) Guide de Cauterets, 1895.
de la célèbre station sont d’accord pour affirmer que le nom de César, que portait déjà, au début môme de l’époque moderne, l'une des sources les plus anciennes et les plus en renom; une inscription placée sur la porte de la piscine antique dans laquelle les malades devaient primitivement se plonger; l’ordre meme des constructions archéologiques mises à jour par les fouilles et les aménagements contemporains ne peuvent laisser aucun doute. »
Le docteur Miquel-Dalton (1) parle également de cette inscription, qui aurait été relevée en 1821, par Ch. Labbat dans des Notes manuscrites sur Cauterets; mais il m’a été impossible, malgré toutes mes recherches, d’en connaître, même approximativement, la teneur.
Le même auteur signale aussi la découverte d’un tuyau de plomb, trouvé à une grande profondeur (26 pieds), lors de fouilles entreprises à la source de Bruzaud, et il tire argument d’une charte du comte Raymond, de 945, où il est question de la conservation des maisons destinées aux bains, pour déclarer : qu’il est difficile de croire que, du cinquième au neuvième siècle, dans les temps troublés où partout les Barbares bouchaient les sources thermales avec de grosses pierres, dans l’espoir de les refouler dans le sol, ait commencé la fortune de la station... et qu’il est donc amené à conclure que les bains donnés en 945 dataient au moins de l’ère relativement paisible de l’occupation romaine.
Mais, d’autre part, M. Reveil (2) est d’avis que, bien qu’une des sources les plus importantes de Cauterets porte le nom de César, aucune inscription, aucune trace n’indiquent que les eaux aient été exploitées à l’époque gallo-romaine. L’ancien bain de César se rapporterait, par son ordonnance et par sa construction, à la fin du quatorzième siècle, époque à laquelle un grand nombre de maladreries furent fondées près des sources minérales.
(1) Cauterets dans le passé, 1890.
(2) Analyse chimique des eaux de Cauterets. Annales de la Société d’ hydrologie de Paris, t. VI, 1859-1860.
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Telle paraît être également l’opinion du docteur Lahillonne (1), pour qui un voile épais couvre l’histoire primitive de Cauterets jusqu’à l’époque de Charlemagne.
Un texte semble, cependant, consacrer l’existence antique de Cauterets et lui attribuer des thermes construits ou visités par un des maîtres de l’Empire. Brugeles (2) parle des ravages d’une invasion des Normands et des Danois, de 840 à 844, et cite dans les Preuves de la première partie , p. 9 et 10, le passage suivant, tiré du Cartulaire de Bigorre, par Nicolas Bertrandi : « Post hæc maximâ furiâ invecti ad nobilissimum oppidum Aquis, quod nunc dicitur Cautères, tune latum et pingue, nunc satis debile, afflati, illorum malas mentes exagitaturi, rabiem cum magno impetu exercent... Dani vero Barbari, cum se victores esse conspexissent, ad dictum oppidum demoliendum cum festinatione properant : cujns speciosissima sedificia detrahentes ad ima, thermas impériales Balneorum habentes usum, et venas salutiferas quæ ibi antiquitùs constructæ fuerant demoliuntur. »
Les thermes dont il s’agit dans ce texte sont-ils bien, en réalité, ceux de Cauterets? Bertrandi le pensait et exprimait par sa phrase incidente quod nunc dicitur Cautères cette opinion, suivie par d’autres savants, notamment par M. Degert (3).
Je préfère cependant l’attribution du texte de la Chronique à Dax, ce qui semble avoir été admis par Brugeles lui-mème qui, dans le texte auquel se réfère la note figurant aux Preuves, donne le nom d’A^s, et non de Cauterets, à la cité détruite par les Barbares du Nord. Aqs, ancien nom de Dax, correspond bien d’ailleurs au mot latin Aquis. En outre, l’itinéraire des envahisseurs indiqué par les textes est le suivant : Bordeaux, Bazas, Sos, Lectoure, Aquis, Bayonne, Oloron, Lescar et Tarbes. Une pointe sur Cauterets, entre Lectoure et Bayonne,
(1) Histoire des fontaines de Cauterets, 1877.
(2) Chroniques ecclésiastiques du diocèse d'Auch, MDCGXLVI.
(3) Saint Vincent, évêque de\Dax. Revue de Gascogne, 1899. (En note).
« Dans cette excursion des Normands, il s’agit des Cauterets, non de Dax. »
semble bien singulière et improbable, tandis qu’au contraire Dax se trouvait sur le chemin des Danois allant de la p/emière à la seconde de ces deux villes.
En résume, devant toutes ces contradictions il semble prudent de n’admettre Cauterets au nombre des stations galloromaines que sous de très expresses réserves.
Bagnères-de-Luchon. — La station thermale qui s’intitule « la Reine des Pyrénées » eut certainement aux temps antiques une grande réputation, dont témoignent les nombreux gages de reconnaissance dédiés aux divinités protectrices et retrouvés autour des sources. Les inscriptions nous ont montré qu’on y venait de loin, du pays des Rutènes comme de celui des Ségusiaves, par cette belle route, jalonnée de bornes milliaires, où les ingénieurs modernes se sont bornés à suivre la voie tracée par leurs collègues de l’ancienne Rome.
Au pied de la montagne de Superbagnères jaillissaient les sources sulfureuses qui accomplissaient ces merveilleuses guérisons. Recueillies aujourd’hui dans un savant réseau de galeries qui s’enfoncent au cœur de la montagne, elles sortaient alors des atterrissements et venaient au jour après avoir imprégné des terrains meubles, dépôts glaciaires et éboulis, déjà imbibés par les eaux superficielles (1).
C’est dans ces conditions qu’elles étaient exploitées par les Romains, dans un établissement dont les premières traces semblent avoir été révélées lors des fouilles entreprises en 1714 par d’Orbessan, gouverneur du duc du Maine. D'autres découvertes, signalées en 4736 par un curé, M. Bordage, furent faites sur ce meme point, et d’importants restes d'antiquités romaines furent rendus au jour au cours des travaux commencés en 1763 par l’Intendant de la généralité de Gascogne, Mégret d’Étigny, qui avait résolu « de tirer ces eaux, déjà célèbres sous les Romains qui y avaient des thermes
(1) Docteur Gahrigou, les Sources et les galeries de captage de Bagnèresde-Luchon. Études sur Ludion, 1887.
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somptueux, de l’obscurité dans laquelle elles étaient demeurées depuis tant de siècles » . Mais ce fut lors des travaux entrepris de 1803 à 4807, pour la fondation d’un premier établissement, et de 1848 à 1833, pour la construction des thermes actuels, que furent découverts à peu près dans leur intégralité les vestiges des thermes antiques, qui avaient presque les dimensions du monument actuel, et dont j’emprunte à Lambron (1), la description, reproduite daus V Histoire ancienne de Ludion, de Sacaze (2),
Premières fouilles. « On découvrit deux bassins peu éloignés et placés sur la même ligne, au pied de la montagne. Le premier, mis à découvert en 1803, n’avait quelm. 75 en largeur, longueur et profondeur. Le second, trouvé deux ans plus tard, en 1807, était carré, et avait, avec la meme profondeur, 6 m. 50 sur chacun de ses côtés. Il régnait dans le pourtour de l’un et de l’autre un gradin qui, sans doute, servait de siège. Toutes leurs faces étaient revêtues de dalles en marbre blanc usées par les eaux, mais si artistiquement maçonnées que les jointures en étaient presque imperceptibles et qu’on ne pût les détacher qu’en les brisant. Le plus petit de ces bassins paraissait avoir été alimenté par une source minérale qui fut enfouie sous l’aile droite de l’établissement, ne pouvant être utilisée dans cette construction à cause de la profondeur à laquelle elle se trouvait. »
Deuxièmes fouilles (dont il existe un plan dressé à mesure de la mise à découvert des substructions romaines) ($7. 41). « On a trouvé trois piscines P P P superposées l’une à l’autre et plusieurs réservoirs R R R, qui servaient sans doute à refroidir l’eau nécessaire à alimenter ces bassins. Le bassin inférieur était une véritable piscine de natation. Sa forme était celle d’un quadrilatère ayant 7 mètres de large sur 10 mètres de long. Toutes ses parois, même le fond, étaient revêtues de marbre blanc. On a trouvé dans les débris qui le remplissaient
(1) Les Pgrénèes et les eaux thermales sulfurées de Dagnères-de-Luchoii, t. I, 1863.
(2) Revue de Comminges, t. III, année 1887.
de.s fragments de poterie d’une couleur brune, recouverte de l'émail le plus brillant et le plus solide, puisqu’il n’avait été altéré ni par le temps, ni par un long enfouissement, ni par 1 action corrosive des eaux sulfureuses... Le bassin qui dominait presque immédiatement la piscine de natation était plus
petit; il n’avait que 4 mètres sur 5 mètres, et il était revêtu simplement de dalles ordinaires du pays. Le troisième, le plus petit des trois, puisqu’il n’avait que 2 m.50 sur 3 mètres, était le plus élégant. Ses murs étaient enduits d’une forte couche de ciment sur lequel le marbre blanc se trouvait appliqué. Il pouvait aisément contenir huit ou dix personnes à la fois.
« Les réservoirs, où les eaux venaient se refroidir, étaient construits partie en ciment, partie en briques d’une très forte épaisseur et d’une admirable conservation. Le nombre et la disposition de ces réservoirs semblent démontrer que les Romains ne faisaient point usage de l’eau froide. M. Chambert, en effet, n’a trouvé aucune disposition propre à introduire la source froide dans les bassins. Ils étaient alimentés par quatre sources, presque toutes captées avec du béton et des cloisons de bois. Ces sources étaient amenées soit par des tuyaux de plomb, par des conduits en bois, soit plus simplement par des caniveaux, faits avec des tuiles plates et à rebords, cimentées avec du béton. Le réservoir supérieur
Fig. 41. — PLAN DES THERMES DE BAGNÈRES-DE-LUCHON.
D’après le plan joint à l’ouvrage de Lambron.
B. Source romaine captée par du béton et
par une cloison en bois.