‹ La Gaule thermaleChapitre 72 sur 85 · IIS CE · texte numérisé non relu

IIS CE

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IABANT.INI

Si c’est bien là le monument interprété par d’Assier de Valanches, il a fallu à ce dernier une singulière dose d’imagina-. tion pour faire sortir de ce texte mutilé la lecture et l’interprétation cpie nous donnions tout à l’heure. C’est là de la fantaisie pure et nous sommes loin d’être aussi bien renseignés sur le personnel administratif qui gravitait, aux temps antiques, autour de la source minérale de Sait.

Des indices moins précis semblent indiquer que certaines autres sources de la même région n’étaient pas restées inaperçues aux temps gallo-romains. Je me borne, en ce qui les concerne, à signaler les renseignements très succincts que j’ai pu trouver relativement à leur état ancien.

A Sail-sous-Couzan, « le docteur de la Roue, un des savants de l’époque (dix-septième siècle), dont les manuscrits ont servi à de La Mure, pensait que les eaux avaient été connues des Romains, mais perdues sous les Goths ou sous les Sarrasins, qui avaient fait de grands ravages de ces côtés. Le docteur se fondait sur les nombreuses découvertes de médailles qu’il avait faites dans les environs. » (A. Bernard.)

A Bully-sur-l’Arbresle, dans le département du Rhône, on a découvert, à une époque récente, cinquante-trois sources minérales possédant des propriétés très variées et dont plusieurs ont été livrées à l’exploitation.

« Peut-être faut-il attribuer au bouillonnement de ces

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sources, dont plusieurs sont intermittentes, l’origine du nom latin de Bully, Bidliacus, qui est donné à cette localité dans toutes les chartes du moyen âge.

« Mais ce qui ajoute encore à l’intérêt que présente cette découverte, c’est que les recherches auxquelles s’est livré M. Guiraux, propriétaire de ces sources, nous ont appris qu'elles étaient connues déjà à l’époque de la domination romaine. Des restes de deux piscines antiques, un certain nombre de médailles romaines, retrouvées dans les anciens bassins, comblés depuis des siècles, ne laissent subsister aucun doute à cet égard (1).- »

Enfin, à propos d’un autre Bully, situé dans le département de la Loire, l’abbé Prajoux écrit (2) : « Le nom de Bully, dont l’antiquité se perd dans la nuit des temps, parait venir de bulliens, qui signifie eau agitée, qui sort de terre en bouillonnant. Cette étymologie paraît assez probable si l’on considère qu'à Bully-sur-Loire, comme dans presque toutes les localités qui portent ce nom, on trouve des eaux gazeuses déjà connues et exploitées du temps des Romains. »

La contrée volcanique du Vivarais, singulièrement riche en sources minérales, n’est pas restée ignorée des Romains, qui ont laissé sur plusieurs points des traces de l’emploi qu’ils avaient fait des eaux froides et chaudes de cette région.

Desaignes. — Cette petite ville possède plusieurs sources froides, très riches en acide carbonique, et dont une au moins, à laquelle on donne le nom de Faustine, était utilisée anciennement. Ces sources, situées à côté de la rivière du Doux, avaient été recouvertes et étaient restées ignorées pendant plusieurs siècles. Ce fut une inondation du Doux qui, en 1827, mit une source à découvert en enlevant une épaisse couche de terre végétale plantée d’énormes noyers, dont un se trouvait à peu près sur la source même. Deux ans après, à

(1) A. Vachez, Bully-sur-V Arbresle (Rhône) et ses environs, 1884.

(2) Notes et documents sur Bully, 1896.

la suite de certaines observations qui tendaient à indiquer que Peau qui s’était ainsi fait jour avait des caractères différents de Peau ordinaire, « on creusa et on trouva un bassin carré de trois mètres de diamètre et d’un mètre et demi de profondeur, dont le fond et la partie inférieure des côtés du midi, de l’ouest et du nord sont formés par un rocher de granit et de larges tuiles sarrasines. La partie inférieure de la paroi du midi est formée par un rocher de granit, lequel est traversé par une fissure oblique de laquelle jaillit Peau minérale (1). »

Lors de la découverte de la source, dit M. Mazon (2), en voulant dégager cette fissure avec des lames de couteau, on en fit sortir un assez grand nombre de médailles romaines dont la plus ancienne remonte au règne de Constantin. Une pierre blanche de nature calcaire, scellée dans la chaux vive à une des parois du bassin, fait saillie et paraissait évidemment placée pour recevoir les coupes des buveurs. D’après d’autres témoignages, on trouva près des sources des ex-voto de tout genre et des médailles et monnaies de tous les empereurs romains , depuis Auguste jusqu’aux successeurs de Constantin .

Desaignes était situé sur l’ancienne voie de Tournon au Puy, par la vallée du Doux, Saint-Agrève et le Pont-de-Mars . Rappelons qu’en dehors des découvertes dont nous venons de signaler l’existence, les restes d’un temple dont nous avons déjà parlé établissent d’une façon incontestable l’importance de cette localité à l’époque romaine.

Saint-Laurent. — Le bourg de Saint-Laurent-les-Bains, situé au fond d’un ravin qui aboutit à la rivière de Borne, affluent du Clmssezac, possède des eaux thermales dont la température est de 52 à 53 degrés, employées avec succès dans les cas de rhumatismes et d’ulcères ou d'engorgements provenant d anciennes plaies. Situées sur le passage d’une ancienne voie

(1) Extrait du rapport d’une commission chargée , en 1831, de procéder à l’examen des eaux.

(2) Notice historique sur Desaignes, 1903.

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romaine qui suivait à peu près la direction de la route actuelle des Vans à Saint-Etienne-de-Lugdarès, ces eaux furent certainement utilisées à l'époque gallo-romaine.

De nombreuses médailles romaines y ont été découvertes, ainsi que des fragments de tuyaux de plomb, une piscine qui se trouve à l’établissement Bardin et une maçonnerie en briques et ciment, d’origine gallo-romaine, qu’on peut voir encore au point d’émergence de la source dite de la Saigne, destinée plus particulièrement autrefois à l’usage des pauvres, d’où le nom de Bain des Pauvres qu’on lui donne encore (1).

Neyrac. — A Neyrac-les-Bains, près de Thueyts, où sont exploitées six sources minérales, des fouilles, entreprises en 1852, ont fait reconnaître, au-dessous d’une maçonnerie du moyen âge en gros cailloux dégrossis et séparée par des vestiges d’incendie, une piscine gallo-romaine, construite en opus reticulatum, dont les murs avaient sept mètres de longueur. Un dépôt de travertin formé par les eaux minérales en indiquait clairement la destination. Ces mêmes fouilles ont mis à jour des fragments de poteries avec figures et des médailles d’Antonin le Pieux, Adrien et Gordien III.

Ces eaux furent l’objet d’une survivance remarquable au moyen âge. Elles passaient pour guérir la lèpre, et on y voit encore les restes d’une piscine dite des Lépreux ou des Croisés, construite en gros blocs de granit, où les personnes atteintes de l’horrible mal venaient se baigner en commun, assises sur des bancs de châtaignier faisant corps avec la maçonnerie et parfaitement conservés. Non loin de là se trouvait une léproserie fortifiée dont une tour, un passage couvert et une enceinte fortifiée garnie de meurtrières existaient encore en 1868.

Une étymologie, peut-être hasardée, fait dériver le nom de Neyrac du mot cic, eau, àqua , et de l’adjectif Nereia, dérivé du nom du dieu des eaux Nérée. En laissant de côté cette fantaisie linguistique, les vestiges que nous venons de signaler

(1) Silvius (A. Mazon), Notice historique sur Saint-Laurcnt-les-Bains,

ne permettent pas de douter que les sources en question ne doivent rentrer parmi celles dont l’ utilisation par les Gallo- Romains se présente avec le plus de certitude (1 ).

M. de Saint- Andéol (2) signale un établissement probable, qui aurait existé au lieu dit Mercoiras, sur le ruisseau de Rimercuer (Rimes Mercurii?), affluent de l’Ibio, rivière qui se jette elle-même dans l’Ardèche, au-dessous de Vallon.

« A un kilomètre environ (de Saint-Maurice d’Ibie) existait un établissement sanitaire sur les bords d’une source minérale ferrugineuse qui, perdue en partie, colore encore la berge droite du ruisseau qui traverse ces lieux sous le nom de Rimercuer. Ce lieu s’appelle Mercoiras. Non loin de là se trouve le hameau des Ilermessènes, dont le nom indique aussi que ces lieux et ces eaux étaient dédiés au dieu de la Santé< à Mercure Hermès...

« La source de Mercoiras, enfoncée sous les alluvions, ne se laisse plus soupçonner que par les dépôts ferrugineux dont elle colore les bords du ruisseau de Rimercuer ; mais les ruines, monnaies, marbres, béton, meules, etc., et le voisinage du hameau des Ilermessènes, rappellent assez et son usage et son antiquité. »

D’après l’auteur de cette communication, Mercoiras aurait été situé sur une voie allant directement d ’Alba Augusta Helviorum (Aps) à Nîmes.

Bàgnols. — Dans l’ancien pays des Gabales, devenu ensuite la province du Gévaudan, les eaux sulfureuses de Bagnols ont conservé de nombreuses traces du séjour des Romains, qui en apprécièrent certainement les hautes qualités ther-

(1) Docteur Fuancus, Voyage aux pays volcaniques du Vivarais, 1878. Ancienne station thermale et historique de Neyrac-les-Bains, 1883. — Docteur Monix, Notice historique et thérapeutique sur les eaux minérales et thermales de Neyrac, 1868.

(2) Aperçu géographique sur le Pays des Helviens, depuis la conquête romaine jusqu’au huitième siècle. Lecture faite à l'Académie delphinale dans la séance du 2o mai 1860, par M. de Saint-Andéol. Bulletin de l’Académie delphinale, 2° série, t. I, p. 642.

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males. Jean Banc signalait déjà « en Guiaudan, non guieres loing de Mandes, des bains naturels de structure assez vieille et bien commode », et le docteur Baldit, qui écrivait en 1651 (1), remarquait l’analogie des dispositions de ces bains avec celle des thermes romains : « Au bas du village de Bagnols sont situés ces bains regardant le soleil levant, lesquels semblent presque me représenter une idée et proportion des quatre parties des bains des anciens Romains, si nous en exceptons la partie frigidaire. »

En 1764, Bonnel de Labrageresse, au cours de recherches entreprises dans le but de rendre plus pratique l’exploitation des eaux, parvint à leur point d’émergence. Dans un Mémoire sur les eaux de Bagnols, publié à Mende en 1774, son fils raconte ainsi cette découverte : « Un éboulement considérable de terrain avait écrasé les arceaux et les voûtes pratiqués anciennement à la première source des eaux; on y trouva une source abondante, de plus de trois pouces de diamètre, qui sortait au milieu cl’un grand carré de quatre toises, dont trois faces étaient creusées dans le roc; .c’était sous une coupole octogone bâtie de pierres énormes, et placée au milieu de ce carré, que se trouve la source dont l’ouverture était garnie d’un tuyau de plomb où l'on voyait encore les restes d’une soupape de meme métal. Le pavé, soit de la coupole, soit du reste du carré, était d’un mastic qui avait deux pieds d’épaisseur, et qui était si ferme que les marteaux les plus durs ne pouvaient y avoir aucune prise. Ce grand carré, creusé à trois faces dans le roc, avait la quatrième bâtie en maçonnerie; celle-ci séparait ce premier carré d’une voûte longue, au milieu de laquelle était placé un aqueduc en pierre qui conduit l’eau minérale dans une auge située derrière la muraille qui sépare cette voûte des étuves. »

Pour notre auteur, ces constructions, ainsi que « différentes voûtes où coulaient les eaux pour être disposées relativement aux usages où on les destinait, étaient indubitablement des ouvrages des Romains. »

(1) Hydrolhermopolie des Nymphes (le Bagnols , en Gévaudan. Lyon, 1651.

En 1826, d’après Borelli de Serres (1), l’établissement primitif, ou du moins ce qui restait de celui des Romains connu à cette époque, se composait de six salles, dont deux destinées aux bains de piscine, deux aux étuves sèches et deux aux douches. Les salles étaient construites en sous-sol, privées d’air et de jour extérieur sous leurs voûtes surbaissées, et les entrées étaient si basses qu’il fallait se plier en deux pour passer de l’une dans l’autre.

D’autres découvertes sont venues confirmer l’attribution de ces travaux aux occupants romains, et étendre singulièrement, semble-t-il, l’importance des ouvrages antiques, dont je n’ai pu trouver cependant de plan d’ensemble. C’est ainsi que, d’après L. Chevalier (2) et Borelli de Serres (op. cit.), on trouva, lors de la confection de la route et au cours de travaux souterrains dans le voisinage de la source romaine, une quantité de briques romaines, des chapiteaux corinthiens, des vases, des médailles, un béton romain de la plus grande beauté et d’une conservation parfaite, ainsi que des vestiges d’anciennes piscines qui s’étendaient bien au delà du périmètre des bains actuels.

Peut-être aussi peut-on rattacher dans une certaine mesure aux cités thermales l’ancienne ville principale du pays des Gabales, dont les ruines considérables jonchent le sol autour du village de Javols, et où quelques érudits (3) ont placé Y Anderitum de la Table de Peutinger.

L’existence d’une cité considérable sur ce point a été démontrée par la découverte d’importants vestiges de constructions, d’une colonne dédiée à Postumus par la cité des Gabales et d’une quantité considérable de débris et d’objets mobiliers de toute sorte, mis au jour au cours de fouilles exécutées à plusieurs reprises dans le courant du siècle der-

(1) Nouveau guide des malades et des touristes aux bains de Bagnols,

(2) Recherches sur les eaux thermales de Bagnols, 1840.

(3) Ignon, Notice sur les monuments antiques et du moyen âge du département de la Lozère. — André, Des voies romaines dans le Gévaudan.

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nier. Parmi les édifices exhumés, il en est un qui était très

vraisemblablement destiné à des bains, et dont la disposition particulière semblerait plutôt convenir à un établissement médical qu'à des thermes ordinaires. Les fouilles, ont permis de reconnaître une série de quatorze chambres rectangulaires, au-dessous desquelles régnait un aqueduc de décharge et dans lesquelles on a recueilli « de magnifiques tuyaux de plomb qui devaient, à un niveau supérieur, amener dans les appartements et dans les baignoires une eau que P aqueduc souterrain devait porter à la rivière, après qu’on en avait fait usage (1). »

J'ai cru devoir signaler ces restes parce que l’ancien Manuel des eaux minérales , de Pâtissier parle de Javols comme possédant des eaux minérales, peu connues d’ailleurs, et que Greppo (op. cit., p. 271) donne également quelques indications sur cette ville. D’après le Guide Joanne, ce village exploiterait encore des sources d’eau thermale; mais je n’ai pu avoir aucun renseignement sur les conditions actuelles de cette exploitation.

(1) De More, Rapport sur les antiquités gallo-romaines de l’ancienne province de Gévaudan. Congrès archéologique de France, XXIVe session, 1837.

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