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CHAPITRE IV

Auvergne.

Royat. — Les Romains établirent près de Royat un des établissements thermaux les plus vastes et les plus somptueux qui aient été élevés dans les Gaules, et dont la majeure partie a revu le jour à la suite de fouilles successives opérées au cours du dix-neuvième siècle. La prospérité de l’Arvernie fut grande à l’époque gallo-romaine, et ces thermes, dont nous ignorons le nom ancien, voisins de la cité florissante d ’Augusto Nemetum , à portée des nombreuses voies qui rayonnaient autour de cette, ville, durent recevoir, à côté des légionnaires qui venaient, s’y reposer de leurs fatigues, les riches colons dont les villas parsemaient la vallée de l’Ailier et la plaine de Limagnc.

Rien que ruinés de fond en comble par une succession de catastrophes, les thermes de Royat offraient encore quelques vestiges apparents au dix-septième siècle, puisque Jean Banc en pouvait dire : « Après les bains de Bourbon-Lancy, je ne trouve point de marques si entières de la vieille architecture des anciens que ceux de Saint-Marc, près Chamalières. Et combien que les ruynes obscurcissent quelque chose de cette vérité, si est-ce que qui voudra de bien près envisager cette œuvre, jugera bien qu’il appartenoit qu’aux Romains d'immortaliser leur mémoire par l’architecture tant forte et bien cimentée. »

Les travaux successifs opérés dans la vallée, au fur et à mesure de l’extension prise par la nouvelle exploitation des eaux thermales, et les découvertes qui en furent la suite, ont été relatés dans plusieurs ouvrages et mémoires (1), dont

(1) Docteur Fredet, Note sur les thermes romains de Roi/at, 1 S83 . —

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je vais résumer aussi brièvement que possible les données essentielles.

En 18:22, découverte dans les caves d'un moulin d’un puits carré d'origine romaine, dans lequel bouillonnait la source froide à laquelle on donna le nom de César. En 1843, les travaux de recherches des sources chaudes font découvrir une piscine carrée de quatre mètres de côté, divisée en deux compartiments, et une autre enceinte carrée de 4 ni. 50 de côté, dans le milieu de laquelle était inscrit un bassin hexagone de pierre degrés formant banc et gradin. Cette dernière piscine communiquait par un aqueduc avec une chambre voûtée encombrée de terre et de travertins, et, plus loin, on décombra des bétons romains de trente centimètres d’épaisseur, dans lesquels étaient enclavés des tuyaux de conduite d’eau minérale, un mur en pierres de grand appareil et de nombreux fragments de sculptures.

En 1852 et 1853, lors de la construction de l’établissement moderne et du captage de la source Eugénie, on reconnut de nombreux débris, des traces de substructions et une quantité de bétons romains.

En 1870, « en déblayant la source Saint-Mart qui coulait improductive dans le ruisseau, on rencontra un curieux puits carré, formé de madriers de sapin de 1 m. 20 de longueur. De ‘Chaque côté, les madriers superposés s’enchevêtraient au moyen de baguettes et de rainures alternées ; les bouts munis successivement de tenons et de mortaises assuraient l’immobilité de la charpente et prévenaient toute fuite et tout mélange d’eau étrangère. Au-dessous de cet ensemble et à six mètres de profondeur totale, on découvrit un épais tuyau de plomb de 0 m. 15 de diamètre, dimension prodigieuse pour une conduite thermale (1). »

A la môme époque, et non loin de là, on découvrit une

■Docteur Petit, Recherches sur la découverte à Royat des substructions d’un établissement thermal gallo-romain, 1884. — A. Tardieu, Histoire • illustrée du bourg de Royat en Auvergne, 1932.

(1) Docteur Petit, op. cil., p. 5.

pièce rectangulaire en sous-sol, large de dix mètres et longue de quinze, recouverte par une voûte plate de plus d’un mètre et dans laquelle surgissait le griffon de la source Saint-Victor.

En 1878, les fouilles nécessitées par la fondation des piles d'un viaduc firent rencontrer des ouvrages maçonnés et de grandes quantités de marbres et de fragments de tuiles. En 1879, on mit à découvert un aqueduc romain, rempli de travertins calcaires déposés par l’eau minérale, et qui était constitué en haut par une brique en forme de voûte appuyée latéralement sur des murettes en ciment très fin, le tout englobé dans un mortier formé de ciment, de chaux et de petits morceaux de briques.

Jusque-là, le hasard des fouilles n’avait amené la découverte que de fragments de constructions isolées, sans lien certain entre elles; mais, en 1882, des travaux exécutés pour l’aménagement des nouveaux jardins, au-dessus de la source Saint- Victor, firent reconnaître les substructions grandioses d’un vaste établissement thermal, dont le déblaiement, aussitôt entrepris, ne fut peut-être pas très heureusement conduit. L’ensemble des édifices décombrés présente trois piscines rectangulaires et de même niveau, qui se suivent, et, parallèlement à elles, un certain nombre de pièces, dont quelquesunes sont chauffées par des hypocaustes (fig. 47).

La première de ces piscines (A) a 10 mètres de long sur 7 m. 55 de large. Elle est munie tout autour de deux gradins, et présente sur son côté occidental une retraite en hémicycle. Le sol, les gradins et les cabinets qui l’environnent sont en marbre blanc, encore intact en certaines parties. L'absence de tout dépôt minéral sur les parois indique qu'elle ne devait recevoir que de l’eau froide. La seconde piscine (B) a 6 m. 50 de large sur 10 m. 50 de long ; elle n’est pas entourée de gradins, et présente seulement trois degrés au couchant pour permettre d'y descendre (fig. 48). La troisième piscine a 16 mètres de long sur 8 mètres de large. Elle a deux gradins sur tout son pourtour, et deux retraites en hémicycle, surmontées d un couronnement de marbre, par où l'eau minérale venait se

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déverser en petite cascade. Ces deux dernières piscines étaient, en elTet, alimentées par l’eau thermale, dont les dépôts sont encore visibles sur les parois et sur le sol composé d’un

ciment épais, présentant les trois couches distinctes recommandées par Vitruve pour la construction des citernes ou réservoirs, dont l’étanchéité devait être absolue. Des portes de 1 m. 50 de large, à montants de marbre blanc, facilitaient

la communication entre ces diverses pièces, autour desquelles on voit encore des divisions qui devaient former autrefois des cabinets de bains séparés ou des cases permettant aux baigneurs de déposer leurs vêtements. Des canaux servant à amener l’eau minérale couraient le long des piscines et traversaient les murs sous des petites arcades très bien conservées; au sortir des piscines, l’eau se déversait dans des cloaques, et de là directement dans le ruisseau.

Parallèlement aux piscines, dont elles sont séparées par un mur épais, se trouvent plusieurs chambres, de dimensions différentes, communiquant entre elles par des portes de 1 m. 25 de large ; quatre d’entre elles (D, E, F, G) sont chauffées par des hypocaustes, dont on a pu reconnaître la disposition tout à fait conforme aux règles habituelles : sur un béton compact est disposée une première assise de très épaisses et larges briques, sur lesquelles s’élèvent, à 0 m. 50 les unes des autres et à un mètre environ de hauteur, des colonnettes, formées de briques carrées. Au-dessus des colonnettes, d’autres briques semblables à celles de la première assise forment une plateforme sur laquelle a été coulé un épais ciment qui forme le sol. Les tuyaux de circulation sont en briques creuses, avec ouvertures latérales. Les ouvertures des fourneaux étaient disposées dans la petite cour IL

Tous ces bâtiments thermaux semblent avoir été décorés avec le plus grand luxe. Des échantillons des marbres blancs et de couleurs qui tapissaient les murs ont été retrouvés en quantité considérable dans les décombres. Les voûtes en maçonnerie qui recouvraient les diverses pièces, et dont on a rencontré des blocs énormes en déblayant les piscines, étaient ornées de mosaïques formées de petits parallélogrammes en lave d’un grain compact, très noir et très fin et de carrés de verre de différentes couleurs, d’un centimètre cube, dont il a été enlevé de pleins tombereaux, lors des travaux de déblaiement.

Enfin, en dehors des débris de matériaux, de nombreux objets ont été découverts dans les ruines des thermes et aux

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alentours : vases et fragments de vases en terre rouge et grise, verrerie, objets divers en bronze, fragments de statues et de bas-reliefs, qui ont trouvé placé au musée de Clermont, à rétablissement thermal de Royat et dans des collections particulières. Parmi les objets qui figurent au musée de Clermont, une mention particulière est due à un pied de bronze doré, de 38 centimètres de long (ce qui représente une statue de trois mètres de hauteur), qui fut trouvé en 1877, sur l’emplacement du Grand-Hôtel. Un trou perpendiculaire dans le talon fait supposer que l’effigie était assujettie debout sur son socle. M. Héron de Villefosse (1) a émis la pensée que ce débris appartenait à une des principales statues qui ornaient le temple du Mercure Arverne, au sommet du Puy-de-Dôme, et qu’il avait été pieusement conservé par quelque dévot, qui serait parvenu à le sauver lors de la dévastation du temple par les sauvages soldats de Chrocus.

Comme on le voit par ce rapide exposé, dans le charmant vallon de la Tiretaine, où s’élèvent les somptueuses constructions du Royat moderne, les Gallo-Romains avaient édifié un établissement, qui dut compter parmi les plus importants des Gaules. Les différents captages et fragments d’édifices reconnus avant les découvertes de 1882 devaient évidemment se rattacher à un vaste ensemble, dont certaines parties, demeurées en dehors des fouilles de cette époque, ont été reconnues depuis lors. C’est ainsi que le docteur Fredet signale ( op . cit., p. 3, en note) la mise au jour d’une nouvelle piscine à gradins dans la partie sud-ouest des thermes. Le docteur Petit (op. cit., p. 13), après avoir mentionné la découverte, dans cette même partie, de plusieurs salles, de petites cours, d’un escalier, de latrines et d’un cloaque très bien conservé, ajoutait (p. 15) : « Un examen, meme superficiel, démontre que toutes les substructions découvertes à Royat faisaient partie d’un édifice extrêmement vaste qui embrassait dans son ensemble une grande étendue du parc et de l’établissement actuel ; tout

(I) Bulletin de la Société des antiquaires, 1879, p. 287.

indique môme que les thermes s’étendaient très au loin dans la. propriété, lourand, où il serait à désirer que les recherches lussent continuées ou tout au moins enregistrées avec le plus grand soin. Ainsi, nous avons vu déblayer l'an dernier, de l’autre côté du viaduc du chemin de fer, la suite des substructions romaines, mais, malheureusement, les fouilles n’ont pas été suivies, ni les plans relevés. »

1 ne partie des substructions retrouvées en 1882 a été conservée et a meme été l’objet de restaurations qui ne semblent pas sans mérite; mais il est profondément regrettable .qu’on n’ait pu continuer d’une façon méthodique et scientifique l’exploration et l’exhumation de toutes les constructions annexes dont l’existence parait certaine, ce qui nous aurait donné le rare spectacle de l’ensemble complet d’un imposant établissement thermal au deuxième siècle de notre ère.

Saint-Nectaire. — « Gomme toute station auvergnate qui se respecte, dit le docteur Roux (1), Saint-Nectaire se réclame d'une origine romaine; des fouilles faites au commencement du siècle ont fait découvrir des vestiges de construction et des débris de piscines qui permettraient peut-être d'affirmer cette prétention. »

Ces découvertes, dont l’auteur fut l’architecte Ledru, consistèrent dans la mise au jour, près d’une ancienne voie romaine, de restes d’une ancienne construction, de laquelle on a retiré des tuiles d’origine romaine et des fragments de vases antiques, et dans la trouvaille des vestiges d'un établissement romain, au-dessous de l’établissement Mandon.

En 1824 ou 1825, on trouva dans des grottes taillées dans la roche du Mont-Cornador des sortes d'auges en béton, dont MM. Lavort, Lecoq et Bertrand ont donné, en 1828, la description suivante (2) : « Les fouilles ont mis à nu une quarantaine d’auges en maçonnerie bâties sur un plan incliné, les unes

(1) Saint-Nectaire. Notes historiques.

(2) Docteur Nivet, Dictionnaire des eaux minérales du Puy-de-Dôme. Annales scientifiques , littéraires et industrielles de l’Auvergne, t. XVIII,

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circulaires, les autres rectangulaires. Les premières, plus nombreuses, ont la forme d'un chaudron. Leur profondeur est d’un mètre, leur largeur de 12 décimètres. Les secondes sont moins profondes, leur longueur est de 9 à 13 décimètres? et leur largeur de 3 à 8. Elles ressemblent à des baignoires.

« Ces auges sont rangées six par six, et présentent des compartiments symétriques entre lesquels on peut circuler. Chaque compartiment résulte de l’assemblage de quatre auges rondes et de deux auges rectangulaires. Toutes sont revêtues à l’intérieur d’une couche épaisse de ciment rougeâtre. » Il ne reste actuellement de tout cet ensemble que deux anges circulaires, dont les revêtements intérieur et extérieur ont disparu sous les couches de sédiment déposées par les eaux Ces cuves furent-elles employées dans l’antiquité comme baignoires? Eurent-elles, au contraire, une autre origine et une autre destination, et ne doit-on voir dans les grottes du Mont-Cornador, comme on l’à prétendu, qu’un établissement de teinture? La réponse à cette question est encore douteuse et je crois qu’il n’a été fait dans les grottes aucune découverte permettant de fonder à cet égard une hypothèse quelconque sur des données précises. Cependant la présence dans les grottes mêmes de sources minérales permet de supposer que ces cuves étaient destinées à certains usages de balnéation thermale.

Moxt-Dore. — Nous ne reviendrons pas sur les diverses identifications qui ont été proposées de cette station avec des lieux portant des dénominations anciennes, et, comme nous l’avons déjà dit, nous n’y chercherons ni les Aquæ Calidæ de la Table, ni les Calentes Baïæ de Sidoine Apollinaire. Son lointain passé n’a, d’ailleurs, pas besoin d’être prouvé par une dénomination antique, et les ruines considérables, exhumées à diverses reprises, suffisent à nous démontrer la présence sur ce point de constructions thermales d’une vaste envergure, indiquant même une utilisation des sources bien antérieure à l’époque romaine.

Depuis longtemps ces vestiges avaient attiré l’attention de certains esprits curieux. Dès le commencement du dix-septième siècle, un antiquaire de Riom, Louis Chaduc, venu au Mont- Dore en 1610, en avait rapporté une série de dessins représentant la grotte dite de César, des fragments de marbre sculptés et des tronçons de colonnes épars sur plusieurs points du village.

Un petit ouvrage publié à Tulle, en 1616 (1), décrit « ce vallon auquel se découvrent plusieurs sources d’eau qui ont été adjancées pour se baigner, comme je crois, bien qu’à présent défrichées, depuis le temps que les Romains, sous l’empire des Césars, subjuguèrent les Gaulois, ainsi que les médailles qu’on a rencontrées en plusieurs endroits et les pierres tout entières cà et là éparses du vieux panthéon en témoignent assez. »

Jean Ranc s’étonnait de trouver la trace des conquérants de la Gaule « en si rude, desplaisant' et fâcheux païs » ; et il ajoutait : « C’est merveille de la curiosité de l’antiquité romaine en la recherche des sources chaudes naturelles pour se baigner.... Les pierres tout entières de leur panthéon sont esparses çà et là; le vieil lavoir de leurs anciens bains y paroist encores, les médailles de leur antiquité s’y rencontrent en plusieurs lieux. » Ces découvertes de médailles devaient être fréquentes, si l’on en croit le docteur Chomel, qui rapporte que, lors de travaux exécutés à l’établissement en 1707, on en trouva en si grande quantité que « les particuliers en remplissaient plein leur chapeau ».

En 1748, Dufraisse de Vernines avait publié une brochure intitulée : Dissertation sur les anciens monuments qui se trouvent à Bains , village du Mont d’Or, en Auvergne, et, à la lin du dixhuitième siècle, Pasumot les signalait également dans sa Description de quelques monuments antiques qui existaient aux Bains du Mont d'Or. Mais ce fut surtout au cours des fouilles exécu-

(1) L’Entelechie des eaux chaudes du bourg de Bain , près du Mont-d'Or..., par J. Mante, docteur en médecine. Publié dans le t. XXIX des Mémoires de l’Académie des sciences, belles-lellres et arts de Clermont-Ferrand, 1887.

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tées à plusieurs reprises pendant le dix-neuvième siècle, et dont les premières furent étudiées avec le plus grand soin par le médecin inspecteur des eaux, Michel Bertrand, qu’on mit au jour la plus grande partie de l’établissement romain et qu’on put en reconnaître les dispositions.

On connaissait déjà la source du Bain de César, renfermée dans un petit bâtiment de forme antique, encore à peu près intact avec son frontispice et sa vasque circulaire, et qui était situé en dehors de l’établissement principal des Gallo-

Fig. 49. — LA SOURCE DE CÉSAR, AU MONT-DORE.

Bomains (fig. 49). Vers 1817, en creusant les fondations de l’établissement thermal, on reconnut successivement : une piscine de 3 m. 50 de longueur sur 3 m. 38 de large etOm. 60 de profondeur ; des murs formant une enceinte carrée, fermée de trois côtés; une grande salle, dallée de pierres de taille, à pavé incliné vers le centre, bordée de deux rangs de pierre en gradins, avec trois escaliers pour y descendre; une galerie avec deux pièces, jointes par un aqueduc, dont l’une était chauffée par un hypocauste. Des amorces de canaux s’enfonçant sous des maisons voisines furent aussi reconnus, ainsi

que tout un réseau de conduits de plomb qui serpentaient à travers les ruines (1).

En 1823, en enlevant une masse rocheuse provenant d’un dépôt formé par les eaux, on exhuma la piscine en madriers de sapin dont nous avons déjà parlé, et qui, par la place meme qu’elle occupait sous ce dépôt de lente formation, implique la certitude d’une utilisation des sources bien antérieure à l’occupation romaine.

En 1824, les restes du Panthéon : soubassement du portique, escalier de cinq marches, tronçons de colonnes, hases des murs de la cella, fragments de l’entablement, etc., furent découverts sous des maisons particulières que l’on venait de démolir (2). Lorsque Michel Bertrand écrivait sa brochure, en 1844, on avait déjà reconnu un réservoir ayant contenu des eaux froides, certaines parties des bains de vapeur, cinq grandes piscines à degrés étagés, des fragments de mosaïques, et, un peu partout, des restes de constructions diverses portant la marque certaine de la main-d’œuvre romaine.

En 1805, M. Agis Ledru, chargé de rechercher certaines sources minérales, reprit des fouilles qui avaient été arrêtées sur une ligne qui coupait obliquement une grande piscine décorée de niches et de pilastres. Les nouveaux travaux entrepris alors dégagèrent le reste de la piscine, ainsi que les escaliers qui y descendaient et une galerie transversale qui la limitait du côté sud. Ils permirent également de reconnaître, dans une partie absolument ignorée, des substructions diverses et deux salles dont M. Ledru donne une description complète. La première, de 3 m. 80 de long, sur 3 m. 43 de large, avait pour sol deux rangs de briques assises sur du béton. « L’extrémité ouest était occupée par une grande baignoire de 2 m. 73 de longueur, lm.38 de largeur et 1 m. 55 de profondeur. Elle pénétrait dans le sol de 0m. 62. Les parois verticales de cette

(1) Michel Bertrand, Mémoires sur l’établissement thermal du Mont-Dore et les antiquités que l’on vient d’n découvrir, 1819.

(2) Michel Bertrand, Notes sur des antiquités découvertes au Montd’Or, 1844.

baignoire étaient en briques; elles avaient été • revêtues de stuc vert, dont quelques parties seulement ont été retrouvées au moment de la découverte. Le fond était composé de dalles de marbre blanc (1). »

Le plancher de briques delà seconde salle, de 6 m. 40 de long'

Fig. 50. — PLAN DES THERMES GALLO-ROMAINS DU MONT-DORE.

Ar Temple dit Panthéon.

B. Etablissement thermal.

sur 3 m. 65 de largeur, reposait sur des piliers d’hypocauste et les parties des murs encore debout présentaient des ouvertures communiquant avec des cheminées verticales en briques.

Enfin, une nouvelle piscine bien conservée, avec deux escaliers pour y descendre, fut découverte en 1876 ou 1877, lors

(1) Agis Ledru, Note sur la mise an jour d’une grande partie de l’établissement thermal romain du Mont-Dore. Mémoires de l'Académie des sciences, etc., de Clermont-Ferrand; nouvelle série, t. X, 1868.

de travaux ex-écutés sous la direction de M. Ledru, au point où est aujourd’hui la galerie Pasteur.

En somme, ces découvertes successives ont permis de reconnaître que cinq au moins des puits de captage des sources sont d’origine romaine (1); que des eaux froides étaient amenées par des aqueducs dans les thermes gallo-romains, qui couvraient à peu près l’emplacement du rez-de-chaussée actuel, et dont l’ensemble peut s’analyser ainsi (fiy. 50; : « Trois grandes piscines en mosaïque verte, alimentées par les sources inférieures et adossées à la roche, communiquaient de chaque côté par des portiques avec les diverses pièces servant de tepidarium, de caldarium, de frigidarium, de salles de massage et de vestiaires et séparées par un atrium central; au nord elles se rattachaient avec d’autres piscines occupant, sur la roche, un édifice supérieur et alimentées par les sources du pavillon. Au sud, les thermes devaient être reliés par une cour, décorée de portiques et plus étendue que la place actuelle, avec un temple voué au dieu Pan ou, peut-être, à tous les dieux, suivant une tradition locale qui a conservé la désignation de panthéon. Quant à la grotte de la source César, isolée un peu plus au nord, elle nous est parvenue intacte, avec son frontispice et sa vasque circulaire, où les Romains pratiquaient à la fois le demi-bain hyperthermal et l'inhalation des vapeurs médicamenteuses issues spontanément dés griffons, et elle n’est englobée dans le bâtiment principal que depuis une dizaine d’années (2). »

La Bourboule. — Il est probable que les eaux de la Bourboule, si voisines du Mont-Dore, où s’élevait un établissement thermal grandiose, ne furent pas ignorées des Romains. Elles étaient, d’ailleurs, situées sur le passage d’une voie romaine qui conduisait du Mont-Dore dans le Cantal, dont on a retrouvé des traces dans une gorge en face de la Bourboule.

(1) Sources de la Madeleine, Pigeon, Rigny, Ramond et César.

(2) Le Mont-Dore. Notice médicale et ‘pittoresque.

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Le seul témoignage matériel cle cette utilisation ancienne serait une fosse, d'origine romaine, qui aurait été découverte en 1820, lorsqu’on creusa les fondations du premier établissement thermal (1).

Peut-être n’est-il pas téméraire de voir dans le vieux nom de la Bourboule : Borbolci, qu’on trouve mentionné dans un titre de 1463, un souvenir lointain du nom d’un des dieux tutélaires des sources médicinales de la Gaule et d’en inférer une antique connaissance des eaux, qui semble cependant, tout au moins d’après ce que les fouilles nous ont fait connaître jusqu’à présent, n’avoir pas dépassé les limites d’une petite exploitation locale.

Poxt-des-Eaux. — A Pont-des-Eaux, hameau de la commune de Nébouzat, situé sur la Sioule, à peu de distance du point où la voie de Clermont se dirigeant vers le Limousin franchissait cette rivière, des fouilles, opérées en 1834, ont fait découvrir un vaste établissement de bains, dont les restes étaient enfouis sous un amas considérable de débris de constructions : marbres, tuiles, fragments de mosaïques, etc.

D’après les indications d’un plan dressé lors de la découverte, et dont nous donnons un croquis (fig. 51), et la légende publiée par Bouillet dans sa Statistique monumentale du Puy-de- Dôme fl 846g on reconnaît facilement en A et B des pièces chauffées par deshypocaustes, probablement à usage d’étuves; en C, une petite pièce avec sol de béton, ayant dû servir de salle de bain. Il avait été réservé dans le sol, le long de l’un des murs, un petit canal de 0 m. 20 de profondeur et de 0 m. 14 de largeur. Ce canal traversait le mur et allait aboutir dans un petit mur de refend, au sein duquel il formait deux retours d’équerre, pour s’élever ensuite verticalement dans le milieu du mur. Il paraît avoir été destiné à former une petite cheminée de vapeur.

En D, était une autre pièce contenant deux baignoires, dont

(1) Docteur Clérault, La Bourboule. Ses eaux minérales, 1877.

le service devait se faire par la pièce E. Le sol de ces baignoires était fait d’un béton solide qui fut enlevé d’une seule pièce. En F était un cabinet de bains revêtu de marbre; la partie du plan désignée par un G devait correspondre à un corridor de distribution. H et I sont deux pièces carrées, dont la destination n’a pu être déterminée.

Ces thermes spacieux, construits à proximité d’une voie

fréquentée, et qui semblent avoir été décorés avec un certain luxe, ont dû certainement avoir un rapport avec des sources d’eau minérale acidulée froide qui prennent naissance dans leur voisinage immédiat.

Beuregard-Yendon. — A 8 kilomètres environ de Riom, non loin d’une voie ancienne qui tendait vers Menât, on a trouvé, en 1839, près de Beauregard- Yendon, des restes d’ouvrages romains où était vraisemblablement utilisée une source d’eau minérale, dont les fouilles entreprises avaient justement pour but de rechercher le point d’émero-ence

Fig. 51. — PLAN DES THERMES °

de pont-des-eaux. « Au centre d un béton était

une piscine de 4 mètres de longueur sur 3 de largeur, et de 5 mètres de profondeur. Cette piscine, que l’on a trouvée comblée de débris de construction, de tuiles, de briques, de fragments de marbre et de poterie, était formée avec des madriers de chêne de 10 centimètres d’épaisseur, assemblés à rainures et à languettes et chevillés à l’extrémité avec de gros clous en bronze (l). »

(1) Bouillet, Description archéologique des monuments celtiques, romains

Les fouilles ne semblent pas avoir été poussées plus loin et il peut y avoir lieu de le regretter, car le caractère de certains débris exhumés, notamment des fragments de statues mutilées (i), autorise à penser qu’il existait là un édifice décoré avec une véritable recherche d’élégance.

Châteauneuf. — Les eaux de Châteauneuf jaillissent en plusieurs sources, thermales ou froides, dans un des sites les plus charmants de la vallée de la Sioule. Les Romains on certainement utilisé celles des sources qui se trouvent sur la rive gauche de la rivière, vers le lieu où sont situés actuellement les Grands-Bains, mais les indications relatives à leurs travaux sont assez sommaires. Voici ce qu’en disait le docteur Salneuve (2), dans un passage cité par Greppo (op. cit., p. 286) :

« Il existe peu de documents sur ces thermes, qui sont, à n’en pas douter, d’origine romaine. Aucune tradition ne fait savoir qu’ils aient été connus jadis, et pourtant, en creusant une des piscines, on a trouvé des médailles ou des pièces de monnaie de fabrication romaine provenant des colonies d’Aix et de Marseille. La découverte faite récemment de baignoires de briques parfaitement cimentées prouve qu’ils ont été abandonnés après avoir été fréquentés pendant un temps plus ou moins long. Ils ont subi, pendant la barbarie du moyen âge, le sort d’un grand nombre d’autres établissements utiles. Peutêtre cet abandon est-il dû aux nombreuses difficultés qu’éprouvaient les malades pour y arriver. »

Alibert avait déjà signalé d’anciennes constructions du même genre : « Au milieu de la presqu’île de Saint-Cir, près d’une ancienne église, existent les Bains de Méritis. Lors du décombrement de ces thermes, lequel remonte à un grand nombre d’années, on trouva les anciennes cuves avec le ciment des Romains »

du moyen âge du département du Puy-de-Dôme. Mémoires de V Académie de Clermont-, 1874.

(1) Mathieu, Des colonies et des voies romaines en A uvergne p 253-254

(2) Essai sur les eaux minérales de Châteauneuf, 1834.

Enfin, le Bulletin de la Société d’ Anthropologie (1883, p. 732; fait men tion de la présentation cl’un vase romain, renfermant un ossenïent et deux fragments de bois travaillés, découverts dans la vase en creusant une vieille piscine abandonnée à Châteauneuf.

Coren. — Les eaux minérales de Goren (canton nord de Saint-Flour), appelées dans le pays la Font de vie, se composent d’un certain nombre de veines qui jaillissent dans le lit même du ruisseau de Golsac. Au mois de juillet 1886, au cours de travaux destinés à nettoyer et à isoler la source la plus forte, on reconnut que deux de ses naissants avaient été l’objet d’un captage ancien, assez rudimentaire, mais dont les traces étaient restées très nettement apparentes.

Les travaux consistaient en une cuve carrée en bois, de 1 m. 32 de côté, sur 1 m. 30 de profondeur, formée de quatre

^ ^ pieux de chêne reliés par

des madriers de sapin réunis entre eux par des enchevêtrements, avec un fond de madriers de chêne percé de deux trous irréguliers , correspondant exactement aux points d’émergence des fdets d’eau minérale à capter.

Le fond de la caisse ne reposait pas directement sur les griffons, afin d’en laisser le jaillissement plus libre. Les quatre pieds, dépassant par le bas le plancher de 0 m. 60 environ, s’appuyaient sur les parois latérales du roc, préalablement évidé en un entonnoir au fond duquel sourdaient les deux naissants. Cette première caisse devait être surmontée, à l’origine, d’un second carré de mêmes dimensions, de façon à former un puits boisé de trois mètres de profondeur (fig. 52) (1).

(1) Marcellin Boudet, La Source minérale gallo-romaine de Corca el son

S “‘Ss ( au

de Cotjec

Fig. 52. — CAPTAGE DE LA SOURCE DE COREN .

A. B. G. D. Caisse en bois ou cuve du puits minéral.

E. F. G. H. Quadrilatère de madriers destiné à préserver le puits.

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« Le puits thermal était enfin protégé tout autour contre les attaques clu torrent par un quadrilatère de 4 m. 50 de côté composé de madriers de Om.lO d’épaisseur, au centre duquel il se trouvait. On en a retrouvé une partie sur place dans le gravier. Le grand nombre de briques, de tuiles à rebord et autres débris gisant à cet endroit dans le lit du ruisseau laisse supposer que l'intérieur de ce quadrilatère, entre le puits et le blindage extérieur, était primitivement garni de maçonneries. Ces maçonneries ont été peu à peu démantelées et emportées par les crues; la vase et l’ensablement ont seuls permis au cadre inférieur du boisage du puits d’échapper à la destruction. »

Tous ces travaux de boisage ont disparu, pour être remplacés par un petit pavillon en maçonnerie qui isole les eaux minérales recueillies dans l’entonnoir même creusé dans le roc par le pic des ouvriers gallo-romains.

A l’exception des monnaies, la plupart des objets recueillis dans la source : figurines en bois, bracelets, débris de poteries, etc., dont nous avons déjà parlé, semble démontrer que les eaux de Coren étaient employées dans l’antiquité pour guérir les maladies de l’enfance. C’est encore aujourd’hui leur principal mode d’emploi et elles ont continué à être utilisées dans le pays comme eaux reconstituantes, surtout pour les enfants de huit à quatorze ans.

Chaudesaigues. — Le bourg de Chaudesaigues, où coule un véritable torrent thermal dont la température, à certaines sources, dépasse 80°, vit-il les Romains se baigner dans ses piscines fumantes? L’affirmative ne fait pas de doute pour ceux qui voient dans la petite ville auvergnate les Aquæ Calidæ de la Table de Peutinger. Cette identification géographique pourrait leur suffire, mais ils ont même à invoquer, en outre, l’existence, affirmée par certains auteurs, de vestiges gallo-romains ayant un caractère certain de constructions thermales, dans le voisinage des sources.

trésor. Clermont-Ferrand, 1889. Extrait du Bulletin de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Clermont-Ferrand .

Ai. Berthier (1), chargé au commencement du dix-neuvième siècle d’une analyse de l’eau de Chaudesaigues, affirmait, mais sans donner aucune preuve, que les Romains avaient fréquenté ces sources et avaient bâti tout auprès un bourg, pour lequel il improvisait meme le nom de Calcules, Aquœ.

D’après AI. Laforce (2), qui écrivait en 1836 : « Dès qu’on fouille le sol à Chaudesaigues, on rencontre à une petite profondeur des ruines considérables; des piscines sont enfouies sous la place publique, et on y a trouvé des voûtes souterraines, des baignoires et des cabinets d’étuve; ces ruines, qui portent toutes un caractère romain, viennent à l’appui d’une tradition populaire qui voudrait que, peu après la conquête des Gaules, une colonie romaine se fût établie dans ces lieux. »

AI. de Ribier du Châtelet (3) est moins affirmatif au point de vue de l’attribution des constructions exhumées : « Si l’on interroge le sol, dit-il, on trouve presque partout des ruines, de vieux conduits, des piscines, des baignoires, des voûtes qui annoncent l’existence de thermes anciens, remontant probablement à l’époque gallo-romaine. » Et, plus loin, il ajoute (op. cit., t. III, p. 160) : « Dans les fouilles pratiquées autour de la fontaine du Par, on a trouvé deux grottes qui contenaient des baignoires romaines en lave volcanique, une piscine attribuée au même peuple, des vestiges d’établissements thermaux et des monnaies romaines. »

Cependant l’existence d’un Chaudesaigues gallo-romain a trouvé un détracteur convaincu dans l’auteur d’un travail récent sur cette région, AI. Felgères(4). Pour lui, l'ancienne voie romaine de Toulouse à Lyon laissait ces eaux complètement à l’écart; les difficultés d’accès n’étaient pas faites pour attirer les baigneurs dans ces gorges abruptes, et, si les Romains se hasardèrent jusque-là, ils n’y séjournèrent point et n’y firent

(1) Journal des Mines, 1er semestre, 1810.

(2) Essai sur la statistique du département du Cantal.

i(3) Dictionnaire historique et statistique du département du Cantal, 1859.

(4) Histoire de la baronnie de Chaudesaigues.

ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES

aucun établissement. Les piscines, les voûtes, en grand appareil de pierres cimentées, remontent bien, d’après notre auteur, à une époque fort ancienne, mais il se refuse à y voir des œuvres romaines.

En résumé, il ne semble pas qu'il ait jamais été fait à Chaudesaigues de fouilles véritables, méthodiquement conduites. Peut-être pourrait-on trouver à l'aide de recherches de ce genre, ainsi que dans un examen approfondi du mode de construction des anciens ouvrages dont l’origine est ainsi discutée, la solution de cette controverse, sinon au point de vue de la géographie comparée, tout au moins au point de vue archéologique.

Ydes. — Les environs du village d’Ydes, où sont exploitées deux sources d’eaux minérales froides, présentent de nombreux vestiges d’occupation à l’époque gallo-romaine, parmi lesquels il en est qui se rattachent d’une façon certaine à un établissement de bains.

Dès 1818, des fouilles faites au village voisin de Montfouilloux faisaient découvrir une lionne-fontaine en domite, ser-

Fig. 53. — PLAN DES THERMES D’YDES.

D’après une planche jointe au mémoire de M" de Ribier.

vant de griffon à une source. En 1821 et 1822, au cours de ses recherches, M. de Ribier trouva de nombreux débris de poteries, divers objets, dont plusieurs en silex, des médailles, etc. et, en 1827, au bord d’une prairie qui a conservé le nom de

Pral d’y bagneyras, les fondations d’un [véritable établissement thermal, composé de plusieurs salies, dont une contenait des piliers de briques carrées distants deO m. 33. Ces piles étaient encore droites, portant sur un pavé à ciment, tout couvert de terre noire et onctueuse. L’eau était amenée à ces bains par un canal en ciment, revêtu intérieurement de briques (fig. 33) fi).

Les salles B et E, pavées en ciment blanc, devaient constituer des piscines, à l’exception de la partie D, qui, exhaussée sur des piliers de briques et munie de fourneaux, pouvait remplir le rôle d’étuve. Il en était certainement de même de la salle où figurent les lettres F et G, désignant, la première des piles en briques, la seconde, des ouvertures en briques pratiquées dans les murs. En H, est figurée une salle non découverte et, en K, une ouverture en briques pour l’écoulement des eaux.

De nouvelles découvertes ont eu lieu depuis cette époque : en 1879, un tronçon de voie romaine, des débris de constructions et quelques fragments de céramique, et, en 1883, un ensemble de travaux ayant un rapport plus direct avec l’objet spécial de nos études. À cette époque, une fouille pratiquée dans une prairie formant cuvette fit retrouver un ancien puits carré gallo-romain, boisé au moyen de rondins de chêne solidement reliés par des traverses. Au-dessous de ce puits il avait été pratiqué une battue de mousse et d’argile, destinée à faire remonter les eaux à l’orifice, d’où elles s’échappaient par un tronc d’arbre taillé en forme de bac. Quelques débris de poteries ont été recueillis aux alentours (2).

A Vic-sur-Cère, des fouilles opérées au commencement du dix-huitième siècle, sur l’emplacement de la source minérale, par un médecin de Murat, M. de Boria, amenèrent la découverte de vestiges de constructions gallo-romaines et de mé-

(1) J.-B. de Ribier, Mémoires sur les fouilles et découvertes faites dans l’arrondissement de Mauriac (Cantal), en 1822, 1823 et 1 827 . Mémoires de la Société des antiquaires, t. VIII, 1829.

(2) Docteur de Ribier, Ydcs: son histoire; ses eaux minérales, 1901.

ÉTUDE PARTICULIÈRE DES SOURCES

dailles à l’effigie des empereurs Auguste, Claude, Vespasien, Dioclétien, Maximin et Licinius (1). D’autres médailles et des vases antiques furent encore retirés pendant les travaux exécutés en 1829 (2).

En terminant cette revue des eaux minérales de l’Auvergne, je dois en signaler encore quelques-unes, dont l’utilisation à l'époque gallo-romaine peut sembler très problématique, mais que le désir d’être aussi complet qu’il est possible de l’être en pareille matière ne me permet pas de passer sous silence.

M. Bouillet (3) signale la découverte, en 1850, aux Roches, près de Chamalières, où existe, dit-il, une très belle source d’eau minérale, de poteries du quatrième siècle, de médailles du Bas-Empire, de Constance, de Constantin^ de Maximin, etc., ce qui ferait penser que là était un établissement déjà ancien.

D’après M. Mathieu (4), près des sources minérales de Mèdagues, s’élevait un vaste bâtiment dans les ruines duquel on a recueilli des médailles du Haut-Empire, des vases, des figurines et des clés romaines.

Je n’ai pu avoir de renseignements plus complets sur les découvertes si brièvement mentionnées.

Les eaux de Chatel-Guyon, d’après le docteur Macquarie, auraient été connues et utilisées des Romains, comme le prouverait la découverte d’anciennes piscines et d’autres vestiges de l’époque gallo-romaine. Je n’ai pu trouver la confirmation de ces trouvailles, et il semblerait plutôt résulter d’autres indications qu’on n’a rencontré à Châtel-Guyon aucune ruine susceptible d’être rattachée à la période qui nous occupe (5).

(1) Vicomte de Miramon-Fargues, Vic-sur-Cère et ses environs, 1899.

(2) De Ribier du Châtelet, Dictionnaire historique et statistique du département du Cantal , 1859, t. I, p. 446.

(3) Description archéologique des monuments celtiques, etc. Mémoires de l’Académie de Clermont, 1874, p. 23.

(4) De la position d’Aquis Calidis sur la Table de Peulinger, 1859.

(5) Nivet, Dictionnaire des eaux minérales du département du Puy-de- Dôme. Annales scientifiques, littéraires et industrielles de V Auvergne, t. XVIII, 1845 : « On no trouve à Châtel-Guyon aucune ruine qui rappelle l’époque romaine. »

Les sources thermales de Sainte-Marguerite sourdent sur le bord de l'Ailier, au pied de la montagne de Saint-Romain et dans le lit meme de la rivière. Nous avons vu déjà qu’une opinion, absolument inadmissible d’ailleurs, inclinerait à placer en ce lieu les Aquæ Calidæ de la Table de Peutinger. Si rien ne justifie cette attribution, il ne semble pas moins résulter du passage suivant de l’ouvrage déjà cité du docteur Nivet que des constructions anciennes, remontant probablement a T époque romaine, auraient exis té près des sources :

« Elles ont eu jadis une grande vogue. Des restes d’édifices existaient encore auprès de ces eaux; ils annonçaient qu’elles ont alimenté, à une épocpie inconnue, mais fort reculée, un établissement thermal d’une certaine importance. Jean Banc nous a laissé, sur ce fait, des documents curieux et que nous allons reproduire : « La masse des murailles toute cimentée, qui est en lieu déclive de ce voysinage, marque plustot avoir esté adjencée autresfois pour un bain que pour un moulin, au contraire de ce que beaucoup de voysins du lieu croyent : ce qui me le fai et juger ainsi est la descouverture des canaux, qu’on voit tous les jours propres à l’usage desdicts bains naturels, lesquels en quelque lieu paraissent entiers de terre cuite et en d’autres rompuz et usez par leur vieillesse et caducité; tous lesquels servent à conduire partie desdictes eaux bien près d’un vuide, dans lesquel toutes sont reçues en l'enclos desdictes murailles, que je crois qui servaient de bain anciennement. »

Comme le granit est presque partout à nu autour des fontaines de Sainte-Marguerite, on doit supposer que l'Ailier a entraîné les constructions décrites par Jean Banc, car nous n’en avons pas trouvé la moindre trace, r

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