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C. C. Tuyaux en plomb

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ces sept puits, dit Forichon (op. cit.), était, que dis-je, est recouvert d’un béton poli en ciment impénétrable, c’est-à-dire d’un terris d’une belle couleur brique. Des tuyaux en plomb de huit à neuf pouces de diamètre, couchés sous ce béton, partaient des puits carrés pour se rendre à l’établissement et l’abreuver... On circulait donc en marchant sur le dallage en ciment dont nous venons de parler, autour des puits où les eaux montaient et descendaient librement; on ne s’occupait d’elles que dans les deux carrés, leurs rendez-vous. » Joignant presque immédiatement les puits, se trouvaient des bassins dallés de marbre, qui, plus ou moins dégradés et restaurés au cours des âges, ont subsisté jusqu’au dix-neuvième siècle. Les auteurs des seizième et dix-septième siècles, Nicolas de Nicolay (1569), Aubery (1604), Jean Banc (1618), les ont vus et nous ont donné des descriptions parfaitement concordantes de ces piscines en forme de polygone irrégulier plus long que large, « environnées par le dedans de trois rangs de grandes marches en degrés de pierre à la mode d’un théâtre pour servir de sièges à ceux qui s’y baignent », dallées de marbre et traversées par des murs séparatifs percés pour permettre la circulation des eaux chaudes.

Au nord de l’extrémité de ce bassin, et à peu de distance, s’élevait le principal édifice thermal. Les restes en furent découverts en 1819, lors des travaux exécutés pour asseoir le nouvel établissement. L’ingénieur Lejeune, chargé de ces travaux, reconnut des piscines et des étuves qu’il signala dans son rapport, reproduit dans l’ouvrage d’Esmonnot cité plus haut. Le docteur Boirot-Desserviers, qui suivit de près tous les travaux de fouilles, nous en a laissé une description très complète. Cette étude a été poursuivie et rectifiée sur certains points par les divers auteurs qui ont écrit sur Néris, et plusieurs plans, publiés par de Caumont (1), Esmonnot et de Launay, nous donnent une idée assez précise de ce que devait être ce grand établissement, en laissant de côté, bien entendu,

(1) Abécédaire d’archéologie. Ere gallo-romaine, 1870, p. 178.

les attributions par trop précises de certains auteurs désireux d identifier chaque pièce remise au jour avec quelqu'un des éléments constitutifs des thermes classiques décrits par Vitruve ou d’autres auteurs anciens.

Fig. 58. — PLAN DU PREMIER ÉTABLISSEMENT DE NÉRIS. D'après le plan d'Esmonnot.

Ce premier édifice thermal de Néris comprenait essentiellement deux pièces, l’une ronde, l’autre carrée, ayant probablement servi de piscines, encadrées de portiques latéraux. Ensuite venaient plusieurs salles, dont une circulaire, flan-

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quée de quatre niches, salles qui, par leur disposition, indiquent une série d’étuves, probablement à températures variées. Deux autres salles de bains, précédées chacune d’une première pièce, flanquaient les étuves à droite et à gauche, dans le prolongement des portiques latéraux (fig. 58).

Les piscines, construites en pierre de taille, étaient entourées de gradins et pavées de plaques de marbre blanc reposant sur un béton de six à sept pouces, appuyé sur un mortier de même dimension juxtaposé au rocher. Le système de chauffage des étuves se composait d’une série de tuyaux carrés en terre cuite, placés verticalement à côté l’un de l’autre, dans les murs du pourtour, communiquant entre eux par des ouvertures latérales et plongeant par le bas dans un vide qui occupait toute l’étendue de la salle entre le plancher de marbre et le sol. L’eau chaude arrivait par des tuyaux dans ce vide divisé par une série de piliers de briques, espacés de 0 m. 60, et formait, dans ces sortes de cheminées, des courants de vapeur (1).

L’eau des sources était amenée dans ces thermes par un grand aqueduc souterrain, de 1 m. 70 de profondeur sous voûte et de 0 m. 80 de largeur. La vidange des eaux s’opérait à l’aide d’aqueducs courant le long des façades latérales, recueillant la décharge des bains et allant la déverser dans un canal entrecoupé d’écluses, destinées peut-être à régler leur distribution en vue d’autres ouvrages.

L’une des façades latérales, tout au moins, était ornée d’une colonnade, dont quelques magnifiques chapiteaux composites, appartenant à la plus brillante époque de l’art, ont été retrouvés, en parfait état de conservation, dans le fossé formé par l’aqueduc de ceinture. Le prolongement de ce portique, entrevu au cours des premiers travaux, a été découvert lors de fouilles faites en 1865, pour la construction de nouveaux bassins de réfrigération. L’ensemble de l’édifice devait d’ailleurs être d’une rare magnificence (2), si l’on en juge par la

(1) De Launay, op. cit.

(2) « J’ai recueilli avec soin les espèces de marbre suivantes : marbre

quantité d’échantillons de marbre précieux recueillis au cours des travaux par le docteur Boirot-Desserviers (1).

En 1840, un autre établissement, dont les ruines n’étaient

pas très profondément enfouies (2), fut mis à jour sur le prolongement de la ligne du ruisseau thermal, dans une prairie

située derrière l’ancien théâtre, à la base de la légère éminence

qui portait un camp ancien. « L’ensemble de l’édifice, dit Lenoir (op. cit.), présentait un carré de 40 mètres de côté; une grande piscine, entourée de bancs, et mesurant 30 mètres sur 20 mètres, était, par trois de ses côtés, environnée de galeries de 3 mètres de largeur et formées de colonnades; trois piscines

blanc statuaire, imitant ceux de Paros et de Carrare; marbre fin et rougeâtre; marbre crystallin rubanné très beau; marbre blanc veiné lilas; marbre serpentino-antique ; marbre rubo-antique ; marbre vert antique ; marbre bleu veiné; marbre porphyre rouge antique; marbre noir rubanné; marbre jaune citron, etc. »

(1) Le docteur Boirot-Desserviers avait proposé un projet d’édification des nouveaux thermes, qui aurait permis de conserver le souvenir des anciennes dispositions. Sa proposition ne lut pas écoutée, mais il est intéressant de la rappeler, car elle témoigne d’un souci des choses de l’antiquité, rare en 1822, et qui serait encore bien peu commun et probablement aussi mal accueilli, de nos jours. « Je proposai, dit-il, le déblai général et l’anatomie de tout le plateau, afin d’être à même de juger de la plus ou moins grande perfection des thermes romains et de leur distribution, de changer l’axe du nouveau bâtiment thermal, de conserver en tout ou partie la nombreuse série de piscines, de instaurer les laconicum qui se trouvaient à leur suite, édifices uniques en ce genre aujourd’hui, et de pratiquer des cabinets de bains, comme on se propose de le faire, sur les façades latérales. L’élévation actuelle des sources et leur abondance permettaient facilement cette curieuse combinaison ; on aurait eu le sublime avantage de réunir l’antique avec le moderne, et d’exposer au grand jour la grandeur et la profondeur du goût de leurs auteurs respectifs. *

« Les sommes qu’on aurait pu consacrer à cette rectification et restauration n’auraient pas été aussi considérables que celles qu’on destine au monument français ; à supposer même qu’elles les eussent dépassées, quelles différences pour les résultats 1 En fait d’établissements publics, chez une nation grande, généreuse , jalouse de la gloire des arts, profonde admiratrice de celle des autres peuples, toute économie qui tend à saccager pour la troisième fois des monuments antiques, et à les ensevelir pour jamais, ne peut qu’obtenir ses reproches et les regrets de la postérité. »

(2) Il en existe un plan dans l’Abécédaire archéologique de de Càumont, Ere gallo-romaine, p. 180. Un autre plan, plus complet, dessiné par un architecte, M. Lusson, lors de la découverte du monument, a été publié dans Y Ami des monuments et des arts, t. II, p. US.

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beaucoup plus petites que la première occupaient la partie septentrionale de celle-ci : la piscine placée au milieu d’elles était circulaire et inscrite dans une construction carrée dont les angles rentrants étaient occupés par quatre niches ouvertes du côté de la piscine centrale dans laquelle l’eau était retenue par une suite de gradins. Latéralement, et des deux côtés de cette partie occupant le milieu, étaient deux autres bassins de forme oblongue entourés de gradins et décorés l’un et l’autre d’une niche pratiquée dans le mur du fond. »

Cet établissement devait être alimenté d’eau ordinaire par les grands aqueducs dont nous parlerons tout à l’heure. Quant à l’eau minérale, elle y était vraisemblablement conduite par un aqueduc contenant un tuyau de plomb de 24 centimètres de diamètre, qui partait des sources et se dirigeait vers le second édifice en longeant le premier.

Les bassins et les degrés de ces thermes étaient revêtus de marbre, mais l'ensemble de la construction révèle un édifice moins riche et moins luxueux que le précédent. Les détails de la composition et la mollesse de l’exécution semblent indiquer une époque voisine de la décadence, sensiblement éloignée de la perfection presque classique des débris trouvés dans les ruines du grand établissement.

Quelle était la destination exacte de ces piscines ? Étaient-ce des thermes alimentés principalement en eau non minérale, où l’on prenait des bains ordinaires ? Ou des bains destinés aux gens du peuple et aux esclaves, qui ne trouvaient pas entrée à L'établissement principal? Leur proximité du camp doit-elle les faire considérer comme ayant été spécialement affectées à l’usage des troupes? Toutes ces hypothèses ont leur part de vraisemblance, sans qu’aucun indice jouisse donner à aucune d’elles un caractère plus voisin de la certitude.

Dans cette même prairie, qui porte le nom significatif de Pré des Chaudes, de nouvelles fouilles entreprises à une époque toute récente, en décembre 1905, par M. Moreau cleNéris, ont donné de suite de très appréciables résultats. « Les premiers coups de pioche, par un hasard heureux, et aussi par suite

d indications personnelles, ont donné sur un gros mur d’enceinte de piscine romaine, dans laquelle on descend d’un côté par trois grandes marches et, d’un autre, par cinq plus petites et très douces (fy. 59).

« Les murs, les marches et le fond de la piscine sont en béton mêlé de briques ; le tout, au temps de la splendeur romaine, était revêtu des plus beaux marbres. On retrouve des débris de marbre blanc et de marbre nuancé de vert, ainsi

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que des petits carreaux, également en marbre, qui ont 19 centimètres de longueur sur 8 de largeur; disposés avec art, selon leurs couleurs, ils devaient constituer des effets d'encadrement et des dessins géométriques d’une réelle beauté.

« Cette salle balnéaire n’aurait pas encore été explorée, si l’on en juge par les diverses couches d’alluvion, de sable et de terre, superposées en lignes horizontales régulières, concordant avec les atterrissements successifs survenus depuis un temps immémorial. Elle diffère également par ses dimensions de celles dont nous avons les plans dressés antérieurement.

« Un aqueduc non encore reconnu, mais paraissant de grande dimension, joint la piscine découverte; de sa bouche béante sortent, par instants, des vapeurs d’eau chaude (d). »

Plus heureux que le Néris actuel, la ville antique était abondamment pourvue d’eau douce, au moyen de deux aqueducs dont les tracés ont pu être relevés de la façon la plus complète sur toute l’étendue de leurs parcours. Le plus long de ces aqueducs captait à sa naissance une source éloignée de vingt kilomètres environ de Néris, et s’étendait sur un parcours de près de soixante-dix kilomètres. « Observant pour sa direction et son niveau de pente juste ce qu’exige l’écoulement des eaux, il s’en allait, serpentant sur le versant des coteaux, sans jamais, pour aller de l’un à l’autre, passer au-dessus du vallon par une arcade ou un siphon, mais en remontant jusqu’à l’angle de leur réunion. De sorte qu’en revenant ainsi sur lui-même, il présentait souvent deux longues portions presque parallèles, où les eaux coulaient en sens inverse le long des collines qui se regardent. Ce procédé l’allongeait beaucoup, mais il offrait l’avantage de recueillir sur son passage les sources qui s’échappaient du flanc des

(I) Communication (le M. Moreau de Néris à la Société des antiquaires de France.

coteaux, ou clans les anses, et pour aller les prendre à leur naissance, il ne faisait qu’observer son système de pente et tourner la difficulté des ravins (1). ».

La branche principale de l’aqueduc était formée d'un chenal en terre cuite sur massif en béton de ciment, protégé par une maçonnerie en moellons de forme ogivale, dont les dimensions permettaient à un homme de s’y introduire pour le visiter (fig. 60). Sur d’autres points, l’aqueduc ne comportait qu’un conduit en terre cuite, enveloppé d’une chape en béton encadrée entre deux petites murailles, et recouvert d’une tuile courbe à deux crochets. Les petites prises d’eau secondaires étaient effectuées au moyen de simples tuyaux en terre cuite, enveloppés de béton (2).

Le réservoir de distribution des eaux froides devait être situé à peu de distance des thermes. Esmonnot (op. cit.) pense qu’on peut le reconnaître dans un soubassement d’édifice formé de grandes assises sculptées, décou vert en 1861. La direction vers ce point du grand aqueduc et la disposition de la base du monument, reposant sur des petits

(1) Docteur Pevrot, Néris ancien ci moderne, thermo-minéral ou médical, 1898.

(2) Des fragments de ces divers modes de conduite des eaux ont été déposés sous le péristyle de l’établissement, où figure également un plan des aqueducs, gravé sur marbre, d’après les relevés effectués par MM. Esmonnot, architecte, et de Laurès, médecin-inspecteur.

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canaux pratiqués dans le tuf, donnent à cette hypothèse un grand caractère de vraisemblance.

Outre le théâtre dont il a été question dans un chapitre précédent, on a reconnu dans la partie de l’ancien Néris située à l’est des thermes les restes de deux grandes villas, l’une près du théâtre même, à la Croix-Coq, la seconde à l’autre extrémité de la ville antique, au lieu dit Cheberne; les vestiges d’un temple dont nous avons parlé plus haut ; les fondations d’une tour carrée, longtemps appelée Tour de Néron, du nom du prétendu fondateur de la cité, et les substructions d’un grand édifice dont on voyait encore, paraît-il, plusieurs arcades à la fin du siècle dernier.

A Touest du deuxième établissement thermal, sur une éminence dominant le confluent de deux ruisseaux, s’étendait un camp de 546 mètres de circonférence, fermé du côté de la gorge par un fossé profond et une haute levée de terre, encore visible sur une certaine longueur. Certains indices reconnus font penser que ce retranchement était défendu par des tours distantes les unes des autres de 45 mètres. Le curé Renault, qui écrivait à la fin du dix-huitième siècle, disait avoir retrouvé une des portes du camp et vu les restes d’une palissade en bois pourri trouvés dans l’épaisseur du talus; de nouvelles recherches faites sur cette plate-forme n’ont permis de reconnaître aucune trace de ces palissades.

On sait avec quelle facilité tous les retranchements en terre dont on a retrouvé les vestiges ont été baptisés camps romains ou camps de César, et combien, au contraire, les ouvrages de ce genre étaient rares ou ont dû laisser peu de traces.

En ce qui concerne Néris, le séjour qu’y fit la légion VIII Augusta, constaté par l’existence de briques à son estampille, rend très admissible l’hypothèse de l’existence d’un établissement militaire permanent, défendu par les ouvrages dont nous voyons encore aujourd’hui les traces.

D’après Barailon, un fort quadrangulaire, de 40 mètres de côté sur 36, aurait existé à 70 mètres à l’orient du camp, au

lieu dit le Champ de la Pâlie (1). Les renseignements transmis sur cet édifice sont trop vagues pour permettre d’accepter ou de combattre cette attribution.

Entre ce point et le deuxième établissement, Barailon et Boiro t- Desserviers ont signalé une construction assez singulière, composée d’une « multitude de chambres ou de cases parallèles, dont les extrémités répondent au midi et au nord, séparées par une rue de 3 à 4 mètres de large. Les unes ont depuis deux jusqu’à cinq mètres en œuvre sur une face, sur cinq, six ou sept, sur l’autre. Les murs de refend ont 70 centimètres d’épaisseur, les gros murs 2 mètres. Quelques-uns de ces appartements ont des terris et des peintures à fresque... Entre les cases, on a découvert un four à pain, rond, surmonté d’une voûte. J’en ai vu le carrelage recuit et noirci; il y avait encore des cendres et des charbons à sa bouche » . Nos deux auteurs voyaient dans cette construction un hôpital ou une caserne. Je serais plutôt tenté de la considérer comme une dépendance des thermes, servant à l’habitation des gens -x de service.

Enfin, une villa somptueuse, dite des Petits-Kars, s’élevait dans le voisinage du camp. Barailon avait donné le nom de Palais du Gouverneur aux ruines de cet édifice, où l'on a retrouvé des colonnes ornées de feuilles d’eau, des débris, de marbres divers, une salle dont les murs étaient peints de couleurs vives avec ornements de feuillage et un foyer d’hypocauste avec son installation complète.

Le Néris moderne a conservé peu de traces visibles de son . ancienne splendeur. En 1569, d’après de Nicola}’, « on y voyait, en divers endroits, sur petites mottes élevées en façon de fort, entre ombrageuses vallées, plusieurs vestiges

(1) Pour divers auteurs, notamment Boirot-Desservicrs, le champ de la Pâlie aurait tiré son nom d’un temple dédié à Pallas. Le docteur Foilchon est d’un tout autre avis : « Il y avait là, dit-il, une petite écluse destinée aux irrigations et fermée par une pelle soutenue par un pan de maçonnerie qui a subsisté longtemps après elle. Les habitants dirent : le champ de la Pâlie, ainsi qu’ils ont fait dans des circonstances analogues, conformément au génie de leur langue; et, par une métamorphose sans exemple dans la fable, une pelle de bois devint une déesse. »

et ruines d’édifices et grosses murailles de briques cimentées antiques, et, outre le ruisseau des bains, sur une autre montagne, les ruines d’un autre grand château fort. » Jean Banc signale « les ruynes qui y paroissent fort grandes en forme d’architecture ancienne », et, à l’époque où écrivait Barailon, au commencement du dix-neuvième siècle, il existait encore des ruines ayant 4 à 5 mètres d’élévation.

Les débris des monuments antiques semblent avoir été longtemps exploités comme de véritables carrières, où l’on trouvait des pierres taillées d’avance et des matériaux tout préparés. La tradition veut que Néris ait fourni les matériaux qui ont servi à bâtir Montluçon, et nous avons la preuve qu’à la fin du dix-huitième siècle cette exploitation continuait encore, souvent à l’insu et contre la volonté des propriétaires des ruines (1).

De tous les monuments que nous venons de passer en revue, il ne reste d’apparents que le théâtre, converti en jardin public, une levée de terre qui faisait partie des défenses du camp et la piscine récemment découverte par M. Moreau de Néris. Quelques inscriptions, des tronçons d’aqueducs, des chapiteaux, des fragments de sculptures et des débris de constructions de tous genres ont été réunis sous le péristyle de l’établissement thermal.

L’emplacement de la ville proprement dite, sur le plateau, à droite de la route qui conduit à Montluçon et en arrière du théâtre, ne présente plus aucun vestige visible au-dessus du sol. On y a découvert cependant de nombreux puits, dans

(1) Nous pouvons citer à cet égard une pièce intéressante, publiée dans le Bulletin de la Société d’émulation du Bourbonnais, 1898, p. 93 :

« Pouvoir donné par M. Dreuilie d’Issard à M. Sallard (Pierre), procureur à Moulins, du 2 juillet 1787, pour exercer des poursuites contre Marien Forichon, cabaretier à Néry-les-Bains, et François Berlon, vigneron, pour « être entrés dans un terrain à lui appartenant, y avoir « l'ait des touilles considérables et avoir enlevé beaucoup de pierres, des « carros, des quartiers de pierres ou marbres qui formaient des collon- « nades de gros pilliers dans un ouvrage souterrain et ancien des Ro- <' mains... dont ils ont vendus parties à différents particuliers et notam- « ment à Laurent Soulier, huissier à Néry et Marien Lafont, aubergiste « aux buis de Néry. »

lesquels d’importantes trouvailles d’objets les plus divers ont été faites, et les haies de buis croissant sur des débris de tuiles et de pierres dont le* sol est couvert par endroits semblent dessiner cl’une façon assez précise le périmètre et les divisions de la cité antique.

11 est impossible de tenter l’énumération, même la plus sommaire, des objets de toute nature : poteries, verreries, vases en métal, armes, outils et ustensiles divers en fer et en bronze, bracelets, bagues, bijoux, dont quelques-uns en or, d’un précieux travail, que l’on a rencontrés et que l’on rencontre encore à Néris, au cours des moindres fouilles. Malheureusement, la majeure partie de ces trouvailles a été emportée par les baigneurs, ou dispersée dans des collections étrangères à la région, et il en reste bien peu dans le petit musée local, où il aurait été cependant si intéressant de chercher à rassembler le plus possible de ces épaves de l’antique splendeur nérisienne.

Vichy. — C’est à Vichy, ainsi que nous l’avons dit plus haut, que nous plaçons sans hésitation la station d’Aquæ Calidæ de la Table de Peutinger. Quelle que soit, d’ailleurs, la dénomination antique de cette cité thermale, il est deux points hors de toute discussion : l’existence sur l’emplacement d’une partie du Vichy actuel d’une importante agglomération à l’époque gallo-romaine, et l’utilisation, à cette époque, de deux, au moins, des sources qui ont assuré à cette station son renom universel.

Le Vichy antique n’était pas seulement une ville thermale, mais aussi une cité industrielle, où, comme sur différents autres points de la vallée de l’Ailier, la céramique faisait l’objet d’une fabrication et d’un commerce considérables. D’innombrables débris de fabrication de poteries de toutes sortes y ont été recueillis, et l’existence d’anciens fours de potiers a été reconnue, notamment sur remplacement des batiments de la gare du chemin de fer et au village de A aisse, situé en face de Vichy, sur la rive gauche de P Allier. La ville

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antique n’occupait pas toute l’étendue couverte par le Vichy actuel: son périmètre peut être largement esquissé par le diagramme suivant : l’Ailier, le Sichon, la voie du chemin de fer et une ligne allant de cette voie au pont actuel, en passant par la source de l’Hôpital, laissant ainsi en dehors la source des Célestins et le rocher sur lequel s’éleva le Vichy du moyen âge.

Toute cette région a été féconde en trouvailles de toute nature : substructions et débris de constructions, pierres funéraires, médailles, poteries, lampes, moules céramiques et statuettes, instruments divers en fer et en bronze, bijoux, etc. L’étude d’ensemble du Vichy gallo-romain (T) nous entraînerait trop loin : nous nous bornerons à résumer brièvement les indications que des découvertes successives ont fournies relativement à l’existence de notre station au point de vue thermal.

Les eaux d’Aquæ Calidæ étaient employées en bains et en boissons, et deux sources : le Puits Carré ou source Chornel et la source Lucas, avaient été l’objet de travaux d’aménagement. L’ingénieur François, dans un rapport du 16 avril 1856, décrivait ainsi ceux qu’il avait reconnus lors du captage du Puits Carré, en 1844 : « La source s’élevait dans une cheminée maçonnée ayant 0 m. 86 de section. On découvrit, en travers de cette cheminée, un diaphragme horizontal de travertin, de 0 m.40 d’épaisseur moyenne, au centre duquel la source n’avait conservé que deux bouches étroites, n’ayant ensemble que 9 centimètres carrés d’ouverture (2)... Il est

(1) Cette étude a été laite de la façon la plus complète dans l’ouvrage tout récent de MM. Mallat et Cornillon, Histoire des eaux minérales de Vichy, 1906. A la page 18, bibliographie des ouvrages et mémoires relatifs aux différentes découvertes archéologiques faites à Vichy.

(2) Telle était déjà la description donnée par J. Banc (op. cil.) des bains de Vichy en Bourbonnois. « La source, dit-il, est la moins mignardée d’art et d’adjencement que j’aye veu. en France; mais c’est merveilles qu’elle peut fournir elle sculle autant d’eau que pourraient plusieurs autres de celles des Bourbons. Elle ne ressort que d’un puits l’ai et en ovale, qui a do longueur 6 pieds, de largeur 5, et de profondeur 4; basty de bonne pierre de taille, le fonds est pavé d’une seule

difficile (le se faire une idée, sans avoir vu les lieux, des efforts qui furent faits à l'époque gallo-romaine pour arrêter la dérivation de la source vers le sud-est, bien qu’alors le niveau d’emploi ne fût qu’à 2 m.20 environ au-dessous du sol actuel du grand établissement : on établit des massifs de béton considérables, formant barrage, dont l’épaisseur s’élève jusqu’à 5 et 6 mètres et qui descendent jusqu’à 7 mètres de profondeur au-dessous du sol actuel. »

Entre le Puits Carré et l’Ailier, on aurait, d’après M. V oisin (1), retrouvé les traces d’un aqueduc remontant également à l’époque gallo-romaine.

A la source Lucas, des travaux exécutés en 1844 mirent à jour une piscine en ciment construite sur la source même, et d’où partait une conduite menant les eaux à une source, dite des Acacias, que les travaux alors entrepris firent disparaître (2).

Des baignoires en pierre et en marbre, éparpillées un peu partout, des piscines découvertes place de l’Hôtel-de-Ville, boulevard Victoria, rue Alquié, alimentées par les eaux minérales ou des eaux douces, dont le bassin de distribution, à fond cimenté et à bords en pierres, a été reconnu, font présumer l’existence dans l’ancien Vichy thermal d’un certain nombre de bains publics ou privés, indépendants du grand établissement qui s’élevait à peu de distance du Puits Carré, et non loin du temple de Jupiter Sabasius, qui en était peut-être une dépendance (3).

Des fouilles pratiquées en 1837 avaient amené la découverte sur ce point, de frises, corniches, chapiteaux, pilastres, tron-

pierre toute percée pour l’usage cle la descharge de l’eau, le tout bien joinct avecque bon et fort ciment. »

(1) Mémoires sur les sources minérales de Vichy et des environs. Annules des Mines, 7° série. Mémoires, t. XVI, 1879.

(2) Voisin, op. cil. — Beaulieu, Antiquités des eaux minérales de Vichy, Plombières, Bains et Niederbronn, 1851.

(3) « La cité thermale, ville de repos et de plaisirs, qui avait ses dieux, ses temples, ses bains publics et privés, ne dépassait guère les limites du quartier du Moûticr qu’elle occupait entièrement. » — M allat et Cop.nillon, op. cil., p. 17.

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çons de colonnes de pierre et de marbre, provenant d’un édifice de grande importance. Un réservoir cimenté, presque entièrement rempli de tessons de vases, de statuettes en argile et de débris de tout genre, des couches épaisses de béton, anciens fonds de piscines rencontrés à un mètre de profondeur, avaient fait supposer qu’on était là en présence des anciens thermes, hypothèse que vint confirmer, en 1864, la suite des travaux de déblaiement de ces substructions. « On y trouva, disent MM. Mallat et Cornillon (op. cit., p. 31), un assez grand réservoir qui en surplombait le fond, un aqueduc encore incrusté de dépôts des eaux minérales, des pilastres percés à jour pour laisser écouler les eaux des toitures, des colonnes, des étuves, des salles de frigidarium et aussi, rue Louis-Blanc, grand nombre de fragments de baignoires en marbre blanc. » Nous devons malheureusement constater une fois de plus qu'il ne reste plus aucun vestige apparent de ces substructions, et j'ignore même s’il en a été relevé un plan précis; mais l’énumération seule de ces trouvailles prouve qu’il existait à Aquæ Calidæ un établissement considérable, pourvu de toutes les ressources balnéaires alors en usage.

L’emploi des eaux en boissons ne peut non plus faire l’objet d’aucun doute. Il est intéressant de remarquer que les buveurs de Vichy se servaient généralement de coupes en terre cuite de forme particulière, dont nous avons déjà parlé lorsque nous nous sommes occupés des eaux prises en boisson. On a trouvé de nombreux témoins de cette pratique, intacts ou fragmentés, non seulement aux sources Lucas et du Puits Carré, mais aussi à la Grande-Grille et à l’Hôpital, ce qui semble démontrer que, bien que ne présentant pas de traces de captage ancien, ces dernières sources devaient cependant être recueillies pour la boisson à leur point naturel d’émergence.

Abrest. — Au village d’Abrest, situé sur la rive droite de l’Ailier, à trois kilomètres environ de Vichy, une source ferrugineuse, découverte en 1883, a présenté les tracés certaines

d'un captage ancien, remontant très probablement à l’époque gallo-romaine. D’après une communication de M. Bertrand à la Société d’émulation de l’Ailier (1), des matériaux portant la marque des œuvres romaines ont été retrouvés dans la touille, qui avait été pratiquée de façon à conserver un petit baquet en bois de chêne, presque carré, de 0 m. 55 sur 0 m. 50 et 0 m. 28 de profondeur, creusé dans une seule bille a 1 époque du captage ancien. La fontaine était préservée par une dalle de deux mètres de côté; un tuyau, également en bois, conduisait les eaux vers l’Ailier après leur sortie du

baquet.

Ce petit ensemble de travaux paraît bien constituer un modeste aménagement, destiné vraisemblablement à une sorte de buvette d’eau minérale.

Bourbon-Lancy. — La ville de Bourbon-Lancy, l’Aquæ Nisinciæ de la Table de Peutinger, si l’on admet l’opinion la plus répandue sur cette question de géographie ancienne, semble avoir eu dans l’antiquité une importance considérable. Au dire de Courtépée (2), il n’y avait point, après Autun, ville de Bourgogne, où l’on eût plus de marques d’ancienneté. La cité gallo-romaine s’étendait à l’ouest de la ville actuelle, dans la direction de la Loire, du côté du petit village de Saint- Denis. Dans toute cette région, les restes de travaux antiques : mosaïques, débris de colonnes, d’ornements sculptés, de frises, de statues, ont été exhumés en grand nombre. « Là, dit Jean Banc, se trouvent encore de vieilles murailles, des bâtiments superbes, des briques fort grandes, sur lesquelles on découvre parfois quelques figures à demi effacées, force marbres antiques divers de grandeur et de coloration. » Et Auberi (3) signalait « tirant vers le levant, un grand chemin encore remarquable par neuf ou dix grandes pierres de taille,

(1) Bulletin de la Société d'émulation de V Allier, t. XVII, p.202. Séance du 3 août 1883.

(2) Description du duché de Bourgogne, t. III.

(3) Les bains de Bourbon-Lancy et V Archambault, par J. Auberi, Bourbormois, docteur en médecine, 1604.

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posées à plat, qui font comme un portai cle ville, et une muraille à chaque costé du chemin, qui reste encores, nonobstant sa ruine, de deux pieds hors de terre, descendant environ deux cents pas, et formant le chemin par lequel les anciens se conduisaient aux bains. »

Les sources qui alimentent les thermes sont situées sur une ligne parallèle à la muraille rocheuse que les Romains, pour assurer le captage, avaient taillée cà pic sur une hauteur de quinze mètres. Auberi (op. cit.) nous indique de quelle manière était opéré ce captage, encore apparent de son temps : « A l’un des bouts du rocher, du côté du levant est la grande source d’eau chaude des bains, sortant dudict rocher. Geste eau, de la grosseur de la cuisse d’un homme, tombe dans un bassin de pierre de taille bien cimentée... A un endroit dudict bassin, du costé qui regarde le midy, il y a un canal de terre cuite tout rond, d’un pied de rondeur sur tous endroits, lequel par le dedans est rernply d’un canal de plomb de l’éspesseur d’un doit, et a ledict canal de longueur plus de soixante pas qui s’estend le long du rocher, duquel il est distant d’une toise : ce canal est enveloppé et entorné comme d’un estuy d’une grosse muraille faicte à moulons de chaux et sable de six pieds d’espesseur et d’hauteur en tout quarré pour empescher tout ce qui pourroit offencer ce canal contenu en icelle. Entre cette muraille et le rocher il y a un canal de pierre de taille de l’h auteur susdicte pour recevoir les eaux pluviales et autres immondices, qui tombent du rocher et s’écoulent autre part que dans les bains. Dans le premier canal de plomb revestu de terre cuitte y a sept autres tuyaux de plomb, sortants de ce rocher, qui distribuent à sept fontaines qui sont au-dessus. » Bourbon-Lancy reçut, à partir du seizième siècle, la visite fréquente de grands personnages : Catherine de Médicis y vint en 1342; Henri III et la reine Louise de Lorraine y passèrent six semaines en 1380; Henri IV subventionna des travaux de restauration des bains; Richelieu, en 1640, s’en occupa également. Cette vogue des eaux de Rourbon détermina une série de travaux et de recherches, notamment en

1 580, 1602, 1608 et 1680, au cours desquels les ouvrages anciens purent être reconnus et décrits et, s’il en existe actuellement à peine quelques rares vestiges, les écrits de divers auteurs nous permettent de nous rendre compte de ce que devaient être, au temps de leur splendeur, ces luxueux édifices, le chef-d’œuvre, dit Jean Banc, restant le plus entier en ces Gaules des bains de toute l’antiquité.

Les eaux thermales étaient captées dans plusieurs puits, dont Pun, le Lymbe, était circulaire, construit en moellons de marbre et de granit disposés en gradins, environné par le dehors d’un « fort cyment de plusieurs pièces de marbres de diverses couleurs. Il y avait aussi, un bort de marbre blanc, relevé d’un pied de terre, de pareille espaisseur, troüé à usage de treillis de fer, pour deffendre de péril les moins advisez. »

Les autres puits étaient de forme carrée et de moindre dimension.

A peu de distance des puits on rencontrait les bains, déjà signalés en 1567 par Nicolas de Nicolay (1), qui mentionne spécialement « le grand bain... faict en forme de piscine ronde, estant environné de degrés en façon de théâtre, auquel on entre par cinq portes faictes à l’antique de grosses pierres sans chaulx ni sable cramponnées de fer, qui est œuvre admirable et très-antique du païs des Romains. » Un dessin colorié, à la page 160 du manuscrit de Nicolay, représente ce bain comme une sorte de tour placée au milieu d’un bassin et reliée par un mur à la rive, dans laquelle s’ouvre un puits circulaire. On distingue très nettement les niches pratiquées à l'intérieur du bain et les cinq portes rectangulaires séparées par des contreforts (fig. 61).

Une description très complète de ces mêmes bains se trouve dans une lettre de M. de Comiers, prévôt de Ternant, publiée

(1) Générale description du pais et duché de Bourbonnois, lo69, par Nicolas ue Nicolay, Dauphinois, sieur d’Arfeuille, valet de chambre et. géographe ordinaire du Roy. Manuscrit conserve a la bibliothèque Mazarine.

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dans le Mercure galant de juillet 1681 (1), dont nous extrayons les principaux passages : « Du côté du septentrion est le bain royal. 11 est de figure ronde, ayant quarante-deux pieds de diamètre dans œuvre et quatorze de profondeur, qui sont employez, savoir en trois pieds et demi de hauteur d’eau servant à l’usage de bain et le surplus en ornements d’architecture. Les murs ont six pieds d’épaisseur et sont faits de gros quartiers de pierre qui paraissent avoir été fondus par le mé-

Fig. 61. — CHATEAU ET BAINS DE B OURB ON-L ANC Y AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.

Réduction d’une estampe d'Israël Silvestre. (On aperçoit l’édifice en rotonde du bain royal.) Communiqué par M. le directeur de l’Etablissement thermal de Bourbon-Lancy.

lange des matières étrangères qui les composent. A l’entour de ces murs, on voit douze niches espacées de six en six pieds, en ayant chacune neuf de hauteur, cinq de largeur et quatre de profondeur. Six de ces niches sont arrondies par dessus en cul-de-four, et les six autres sont couvertes de plates-bandes (2). Au-dessus des niches est une corniche

(1) Rapporf.ée dans les Origines de Bourbon-Lancg , par le Révérend Du Mesnil. Bulletin-Revue de la Société d’émulation et des beaux-arts du Bourbonnais, 1894.

(2) Dans une notice consacrée à Bourbon-Lancy, publiée en 1849, le

d’ordre toscan, qui fait le contour des murs. Ces niches étaient autrefois ornées de douze statues posées sur des piédestaux, qui paroissent encore à présent. II en sort divers canaux qui portent l’eau des fontaines dans un bain, où l'on descend par des marches placées à l’entour des murs (fy. 02). * Il cite ensuite trois bains joints au bain royal : « Les deux bains V et N sont séparez du bain M par un mur de pierres de taille de cinq pieds huit pouces de hauteur sur cinq d'épaisseur. Dans le milieu de leurs faces qui regardent le septentrion et le midy, l’on voit quatre grandes niches qui estaient autrefois remplies de quatre statues, l’une desquelles repré-

Fig. 62. — BAINS ANTIQUES DE B O U R B O N-L AN C Y. Croquis d'après le plan du Mercure galant.

sentait deux baigneurs folastres. On dit qu’on l’a transportée dans la maison royale de Fontainebleau. Ces trois derniers bains ont chacun trois pieds et demi d’eau, dans laquelle on descend aussi par des marches qui régnent autour des murs.

« Tous ces bains et ces fontaines se vuident par le bas et à fleur d’eau, par des canaux de bronze, de plomb et de pierre, dans des aqueducs intermédiaires et de là dans le grand aqueduc, qui sert de réceptacle général à toutes les eaux. » D’après

docteur Rérollc faisait allusion à des conduits saillants qui auraient existé à la partie supérieure de ces niches, et qui, d’après lui, étaient destinés à l’administration des douches.

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Jean Banc, ce canal général de décharge « était de près d’un quart de lieue de longueur, voulté et pavé fort loing de belles pierres de taille, inesgal en hauteur et largeur, en certains recoins recourbez, qui ont été faicts à dessein plus hauts et larges, pour le ramas plus aysé de toutes sortes d’eaux : et afin d’ayder à la ventilation de ce cours, joinct les souspiraux anciens qui estoient en divers lieux de distance convenable, communément la hauteur est de six pieds et deux de largeur. » Ragut (1) parle également de cet ouvrage en ces termes : « Cet aqueduc est construit avec des blocs énormes de pierres fort dures, et ses dimensions sont telles qu’un homme peut y marcher debout et y faire rouler une brouette. Sa hauteur est de deux mètres sur un mètre de largeur. On remarque, en le parcourant, les ouvertures de plusieurs canaux en plomb, en cuivre et en pierre, dont quelques-uns fournissent encore de l’eau. »

Les travaux d’installation moderne ont fait disparaître toutes ces constructions, dont il ne reste que le puits du Lymbe, avec ses gradins intérieurs qui lui donnent la forme d’un cône renversé descendant jusqu’à dix-neuf mètres de profondeur. Les statues et les débris de construction les plus intéressants ont été dispersés. D’après le docteur Robert, cité par Greppo ( op . cit., p. 54), douze statues en marbre furent enlevées par Richelieu, d’autres furent envoyées plus tard aux musées de Paris et d’Autun (2); les marbres, les colonnes, les chapiteaux furent transportés à Mâcon en 1804.

En 1836, rapporte Ragut (op. cit.), on découvrit à la profondeur de trois ou quatre mètres les restes de deux salles d’étuves, l’une revêtue de marbre blanc, l’autre de marbre gris, chauffées par des tuyaux en terre cuite ouverts par leur sommet et communiquant avec un réservoir d’eau thermale.

(1) Statistique du département de Saône-et-Loire, 1838.

(2) Je n’ai pu retrouver la trace des statues qui seraient entrées au Louvre, au musée des Antiques. Le musée d’Autun possède une statue d’homme, en marbre blanc, assez mutilée, mais d’un très bon style et d’une exécution habile. (Figure dans les Mémoires de la Société Êduenne, nouvelle série, t. XIX, 1891, p. 54.)

Le sol de ces étuves, supporté comme de coutume par de petits piliers de briques rondes, comprenait trois couches : l'une de larges carreaux en terre cuite posés sur des piliers, la seconde d’une couche épaisse de ciment, la troisième d'un pavé de marbre.

De nombreuses trouvailles sont encore faites de nos jours lorsqu’on remue le sol de l’ancienne cité thermale. En 4892, notamment, une fouille fit découvrir un puits antique rempli d’objets de toute sorte : poteries, vases de bronze, outils en bronze et en fer, constituant une véritable cachette faite dans un temps de trouble ou de fuite précipitée (1).

Le fragment suivant d’inscription sur marbre blanc rosé, trouvé également dans un puits et conservé au musée d’ Autun, semble avoir eu un rapport direct avec les thermes, par rétablissement ou la réparation d’une fontaine (2) :

A VG- SACll CRET- FEL OXTEM

Un certain nombre de fragments de constructions antiques, quelques monuments épigraphiques, des statuettes en terre blanche : Vénus, Déesses-Mères, enfants, oiseaux et animaux divers, des objets mobiliers en fer, bronze, verre, céramique, ont heureusement échappé à la dispersion et été réunis dans un petit musée installé dans l’ancienne église Saint-Nazaire (3 ).

Bourbon-l’Arciiambault. — Comme dans la plupart de nos anciennes stations thermales, le passé de Bourbon-l'Archambault est resté enfoui dans le sol, et des débris de marbres, d'enduits, de mosaïques, des fragments de poteries et des briques à rebord sont aujourd’hui les seuls restes tangibles de l’antique splendeur d’Aquæ Bormonis. Nous avons

(1) Abbé Melin et Bertrand, Notice sur une officine de potiers-modeleurs y allo-romains découverte à Bourbon-Lancy . Bulletin archéologique du comité des travaux historiques.

(2) Mémoires de la Société Ëduenne, nouvelle série, t. XX, 1892, p. 392.

(3) Perrault-Dabot, L’Ancienne église Saint-Nazaire, à Bourbon-Laucy.

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cependant des renseignements assez précis sur l’agencement ancien de la partie thermale, dus à des auteurs qui, au seizième et au dix-septième siècle, ont donné des bains de Bourbon des descriptions ayant trait certainement aux ouvrages des Romains, toujours subsistants et encore employés à cette époque. L’exactitude de ces descriptions a pu, d'ailleurs, être Contrôlée, lorsque les grands travaux d'aménagement exécutés vers 1882 ont amené à reconnaître le captage gallo-romain, qui avait déjà servi de fondement à l’établissement d'une voûte exécutée sur l’ordre de Gaston d’Orléans, et qui a été encore employé de nos jours comme base du captage moderne.

Le travail romain avait consisté à creuser, sur le fdon thermal, une fosse rectangulaire de 5 m. 70 de profondeur, 5m. 90 de long et 1 m. 80 de large, dont on avait garni les parois d'un béton étanche. Sur cette fosse étaient placés trois puits cylindriques en maçonnerie, contigus, de 1 m. 72 de diamètre et de 3 mètres de haut, qui n’étaient que trois orifices distincts de la même chambre et s’arrêtaient à 2 m. 70 du fond. « Peutêtre, dit M. de Launay, a-t-on voulu, par une idée bien erronée, établir là, au-dessus des griffons, des sortes de tuyaux d’aspiration, qui n’exercent, en réalité, aucune influence sur le régime des eaux (1). »

La construction était revêtue de belles pierres de grès, mais seulement jusqu’à la profondeur de 5 m. 17, où l’on voyait paraître et se continuer jusqu’au rocher un béton entouré de revêtements extérieurs en terre glaise, destiné à isoler complètement les eaux thermales.

A côté de ces puits était un bassin à ciel ouvert, à usage de piscine, dont Nicolas de Nicolay et Jean Banc, qui, tous deux, mentionnent l’existence des trois puits, nous donnent des descriptions parfaitement concordantes. « Audit bourg de Bourbon, dit le premier, au-dessus des balles, sont les baings

(1) De Launay, Cours des Mines et Mémoires sur les sources minérales de Bourbon-!' Archambault. Annales des Mines, 8e série. Mémoires, t. VIII,

chauldz provenant des fontaines chaudes qui passent par raines d alun et de soulphre... Lesdictz baings sont tout environnés de muraille antique pour la rétention des eaues et tout autour par le dedans il y a de grandes marches et degrés de grandes pierres de taille, pour servir de sièges à ceux qui s’y baignent, et y a une séparation du cousté des halles au bout du grand baing d’une longue muraille de pierres plates au milieu de laquelle, par un petit canal,

s’écoule l'eau e dans un autre réceptoire deux fois plus petit que le grand, où les femmes dudict bourg lavent leurs linges

et leurs lessives. » Un dessin colorié joint au mémoire de Nicolay (p. 115 du manuscrit ) représente le bassin qui vient d’être décrit. Le long cl’une des murailles s’élèvent trois tuyaux polygonaux, ouverts comme des sortes de cheminées. Un puits circulaire est représenté à quelque distance du bassin. Dans le compartiment de gauche, quatre femmes lavent du linge ; la partie principale du bassin est occupée par des baigneurs des deux sexes, dont les vêtements sont déposés sur les bords.

Et Jean Banc : « (Les puits) sont fort bien cimentés, posés dedans le grand espace du bain, fort proches de la muraille, du côté de la maison du Fauconnier, tirant vers le soleil levé. Il y a trois sièges assez larges, couverts de la même muraille du bain, qui servent à reposer ceux qui se baignent. 11 y a autour dudit bain cinq grands degrés pour y descendre; la figure en est presque carrée et capable de tenir bien cent personnes ; il est divisé en deux par une muraille faite à travers qui n’est pas également tirée. »

Outre cette grande piscine, il devait y avoir dans le Bourbon antique des piscines séparées, formant probablement des bains particuliers, et alimentées par des conduites en pierre et en plomb, qu’on a découvertes en grand nombre en construisant les maisons voisines de la source et en exécutant des travaux pour pourvoir la ville d’eau froide. Dubuisson d’Aubenay parle en ces termes d’un de ces établissements séparés : « On a découvert au-dedans de l’édifice romain un

plancher à grands carreaux de marbre blanc..., qu’on leva avec bien de la difficulté. Il y avait par-dessous un ciment très dur, au-dessous duquel il y avait un autre plancher de grands carreaux de pierre qui couvrait une voûte ou crypte en laquelle il y avait de l’eau. Ce qui fit croire que c’était bien un bain particulier, où l'eau était conduite des bains qui sont tout proches. » Une autre découverte de piscine gallo-romaine était également signalée en 1873, au cours de fouilles qui devaient être continuées et surveillées d’une façon méthodique (1).

Ce mode d’exploitation des eaux de Bourbon s’était continué au moyen âge, et il est vraisemblable qu’il s’exerçait dans des ouvrages remontant à l’époque gallo-romaine. Un roman d’aventures du treizième siècle, Flamenca , écrit vers 1234, nous a laissé un tableau du plus haut intérêt de la vie, fort libre d’ailleurs, qu’on menait alors aux établissements thermaux de Bourbon. Bien que nous ayons laissé volontairement ce point en dehors de notre étude particulière, il nous a semblé indispensable de signaler ici cette œuvre, qui jette un jour si curieux sur la très intéressante question de la survivance de l’emploi des eaux thermales pendant le cours du moyen âge (2).

En terminant ce qui est relatif à Bourbon-rArchambault, signalons également une construction antique destinée à recueillir les eaux d’une source minérale froide, à deux kilomètres de Bourbon, sur la route d’Ygrande. D’après une note manuscrite d’Esmonnot, rapportée par M. l’abbé Clément (3), cette source était captée dans une citerne de construction antique, en pierres de taille, voûtée et percée de trois ouvertures. L’eau arrivait du fond de la citerne par les fentes des

(1) Société d’émulation de l’Ailier, t. XII, 1873.

(2) Pour la bibliographie sur Flamenca et l’analyse très complète du roman, voir Ch.-V. Langlois, La Société française au treizième siècle d’après dix romans d’aventure, 1904.

(3) Inventaire archéologique et bibliographique des communes du département de l'Ailier, canton de B ourbon-V Archambault . Moulins, 1890. — Sur Bourbon, voir également : Docteur Régnault, B ourbon-V Archambault, ses eaux minérales et ses nouveaux thermes, 1886.

rochers. Des médaillés de différentes époques trouvées lors du curage de cette citerne enlevaient toute espèce de doute sur l’ancienneté de son origine.

Saint-Honoré- les-Bains. — Ces eaux thermales sourdent en deux étages au pied d’une colline sur le sommet et le flanc de laquelle s’élève le bourg de Saint-Honoré. Station romaine dont, comme nous l’avons vu, l’identification est encore sujette à controverse, elle paraît sous le nom (ïArbandal dans un récit légendaire, qui y fait venir les légions de César, rongées par une horrible lèpre. Ruinés à une époque indéter-

Fig, 63. — SAINT-HONORÉ. — BASSIN DE RECETTE DES EAUX DE LA CREVASSE.

D'après le plan joint au Guide de Charleuf et Collin.

1. 1. 1. — Puits. 2. 2. Trop-plein des puits. — 3. Salle des puits.

— 4. 4. 4. Renfoncements en décoration. — 5.. 5. 5. Ecoulement des eaux froides du rocher.

minée, les thermes disparurent, en même temps que les sources, sous les eaux d’un étang formé par les Bénédictins, qui avaient fondé un prieuré à Saint-Honoré. Les sources reparurent en 4773, après qu’un terrible orage eut emporte la digue qui maintenait les eaux de l’étang. A’ers 181-, des travaux entrepris près des sources ne pénétrèrent pas jusqu’aux restes des travaux romains, dont la partie supérieure

ne fut atteinte que lors des recherches entreprises en 1820 par le marquis Antoine d'Espeuilles. Depuis lors, des découvertes successives ont permis de se rendre compte de la disposition et de l'importance des ouvrages anciens.

Les ingénieurs romains commencèrent par détourner et endiguer deux ruisseaux dont les eaux venaient se mêler à celles des sources minérales, et ils assurèrent encore l’isolement des sources en les environnant d’une épaisse couche d'un béton dur comme du granit.

« En 1820, disent MM. Collin et Charleuf (1), on déblaya le bassin de recette des eaux de la Crevasse, la partie la plus ornée des travaux antiques (fig. 63). On y voyait quatre saillies semi-circulaires, renfermant autant de piédestaux revêtus de

Fig. 64. — SAINT-HONORÉ. — BASSIN DE RECETTE DES SOURCES INFERIEURES.

D’après le plan joint au Guide de Charleuf et Collin.

1. Enceinte des puits. — 2. 2. 2. Puits des sources. — 3. 3. Piscines romaines. —

4. 4. Canal de vidange des puits. — 5. 5. Ecoulement des eaux froides du rocher.

marbre blanc ; le sol était dallé de ce même marbre, qu’on suppose avoir été tiré de Champrobert. Le réservoir renfermait cinq bassins peu profonds, trois circulaires et deux carrés, taillés dans le béton... »

« Les fouilles, reprises en 1838, mirent à découvert l’ensemble des thermes antiques (fig. 64) : tout le bassin inférieur de recette des sources dites de la Marquise, sept puits communiquant entre eux par un canal revêtu de marbre, une piscine,

(1) Saint-Honoré-les-Bains. Guide médical et pittoresque, 1865.

un dallage de calcaire compacte ou pierre lithographique : ou reconnut à ses piles de briques rondes, à ses, conduits de chaleur verticalement disposés l’hypocauste, foyer souterrain destiné à chauffer l’ensemble de l’édifice; un impluvium régnant à l’entour du réservoir isolait les eaux froides provenant, soit des pluies, soit des suintements du rocher. »

Ces découvertes ne firent d’ailleurs pas connaître l’intégralité des thermes, dont il apparaît des parties nouvelles chaque fois que des travaux de fond sont pratiqués aux environs de l’établissement thermal. Ainsi, vers 1864, on arriva, en poussant une galerie vers l’est, à un réservoir 'de forme ovalaire, de 0 m. 80 dans son plus long diamètre sur 0 m. 50 de profondeur, bâti en pierres sèches reliées entre elles par une mousse qui s’était conservée verte et fraîche (1).

De même, pendant l’hiver 1886-1887, en creusant les fondations d’une nouvelle salle de douches, on découvrit, outre de nombreux débris de tuiles à rebords, marbres, poteries, tuyaux d’hypocauste, une piscine romaine, un couloir revêtu de stuc peint en rouge et plusieurs murs de petit appareil, ainsi qu’une mosaïque très bien conservée, se prolongeant, d’un côté sous le parc de l’établissement, de l’autre sous la butte du Casino (2).

A côté de l’établissement thermal, il existait à Saint-Honoré un centre important de population. De nombreuses substructions, des puits antiques, des objets mobiliers découverts en grand nombre, ont permis de déterminer remplacement de l’agglomération gallo-romaine, qui commençait aux environs de l’église, occupait tout le massif dtf bourg et une partie de la colline s’inclinant vers les bains, et se prolongeait à l'ouest, en suivant le tracé d’une ancienne voie, jusqu’à l’entrée des bois. Le temple de la divinité locale, à laquelle était dédiée l’inscription dont il a été question plus haut (3), devait vrai-

(1) Docteur Collin, Eludes médicales sur les eaux sulfureuses de Saint- IIonoré. Congrès scientifique d’Autun, 1876.

(2) A. Blanchet, Statuette en lerrc cuite et bronze trouvés à Saint- Honoré-les-Bains. Revue archéologique, 3e série, t. XXI, janvier-juin 1893.

(3) Voir p. 206.

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•semblablement occuper, au sommet de la colline, remplacement de l’ancienne église, dans les murs de laquelle on a reconnu la présence de nombreux matériaux romains.

Le Crot-Chaud. — A peu de distance de Saint-Honoré, sur le versant sud de la Vieille-Montagne, des sources dites le Crot- Chaud, légèrement sulfureuses, et dont la température varie de 12 à do degrés, semblent avoir été également l'objet d’un travail de captage à l’époque gallo-romaine. Elles sont recueillies dans un bassin carré, de cinq mètres de côté, dont les parois sont formées de grosses pierres granitiques. Les travaux de curage opérés dans ce bassin y ont fait découvrir, ainsi que dans un champ voisin, de nombreuses tuiles à rebords (1).

MM. Bulliot et Thiollier (2) avaient déjà signalé cette source comme devant avoir été fréquentée par les malades galloromains : « Les revêtements de marbre retirés de son bassin an font foi. »

Saülx. — Dans le voisinage de Decize, près du château de Saulx, les travaux entrepris en 1881 pour recueillir les eaux d’une source minérale ont mis à jour des travaux de captage gallo-romains. « Le bassin était formé de trois cuvettes carrées, superposées; celle du fond était la plus étroite, celle du haut la plus large. Deux poutres placées [en biais soutenaient les terres. On a recueilli dans ces fouilles des poteries, des ex-voto en terre blanche et des monnaies allant de Domitien à Claude-le-Gothique (3). »

Saint-Parize. — Les nombreuses substructions et les ves-

(1) Je dois ces renseignements à l’obligeance de M. le docteur Comte, •de Saint-Honoré-les-Baius, qui a bien voulu se charger d’aller examiner sur place l’ctat actuel de cette source.

(2) La Mission et le culte de saint Martin d'après les légendes et les monuments populaires dans le pays éduen, 1892.

(3) Bulliot et Thiolliek, La Mission et le culte de saint Martin. — Blaxchet, Les Trésors de monnaies romaines et les invasions germaniques en Gaule , 1900.

tiges de tous genres recueillis aux environs du village de Saint-Parize, dans la Nièvre, permettent d’affirmer qu’il exista là une agglomération antique d’une certaine importance, où certains archéologues ont voulu voir la Gergovia Boïorum dont il est parlé dans César. La source froide de Saint-Parize, remise en exploitation depuis peu, fut certainement utilisée par les anciens occupants, ainsi que l’eau de la Fontaine des Vertus , située à peu de distance.

Greppo (op. cit., p. 279 et 280) avait déjà signalé la découverte, à 10 ou 17 pieds de profondeur, dans le bassin de la source Saint-Parize, d’une grille en bois et de trois bassins, en bois également, ayant la forme de baignoires, auxquels il attribuait une haute antiquité, par analogie avec la piscine en charpente découverte au Mont-Dore. A la Fontaine-des-Vertus, source toute proche de Saint-Parize, on avait trouvé, en faisant des déblais, un puits en forme d’entonnoir quadrangulaire ou de pyramide renversée.

Les indications fournies à Greppo n’avaient pas été complètes, car M. Desforges, dans une brochure récente (1), mentionne l’existence, à une date peu lointaine, des murs anciens qui entouraient la fontaine, ainsi que de son bas-fond pavé formant trois bassins distincts creusés à six mètres de profondeur.

Quant à la Fontaine des Vertus, on a retiré de ses eaux des fragments de poteries ne laissant aucun doute sur son ancienne exploitation, et on a mis à jour, non loin de là, il y a une trentaine d’années, des poteries et trois piscines reliées entre elles par des tuyaux.

Pougues. — L’existence antique de Pougues, au point de vue thermal, semble, jusqu’à présent et dans l’état actuel des découvertes, tout au moins très problématique. Le docteur bourbonnais Jean Banc signalait les sources en ces termes :

« Dans l’entour d’un carré de murailles de XXV ou XXX

(1) Boïcns et Gorgobines.

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pas, il s’en trouve deux sources insignes, et celle cpii est à main droite, en venant du bourg, s’appelle Saint-Léger » ; mais il ajoute : « Je n’ay point appris des habitants du lieu que leurs anciennes sources susdites ayent des autheurs nommez de leur vieille descouverture et adjencement. » D’après Le Nivernois , Album historique et pittoresque, publié en 1840 : « Rien, chez les écrivains romains, ne peut donner l'idée que ce lieu ait été connu et fréquenté par les gens de leur nation ; et cependant il est à peu près certain qu’ils y avaient un établissement. A peu de distance de Fougues, dans le champ de Bretagne, du côté de la Charité, on a trouvé des briques à rebord, des débris de marbres étrangers et plusieurs tronçons de colonnes. » Roubaud (1) se borne à reproduire ces vagues données, qui, d’après lui, fournissent, relativement à l’ancienne utilisation de ces eaux, une probabilité qui touche de bien près à la certitude. J’avoue qu’en ce qui me concerne quelques éléments de preuve de plus ne seraient pas inutiles pour déterminer ma conviction à cet égard.

(1) Pougues. Ses eaux minérales, ses environs, 1860.

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