‹ La Gaule thermaleChapitre 78 sur 85 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Région de l’Est et Vosges.

Sermaize. — Les eaux froides de Sermaize (Marne) étaient déjà signalées par Greppo (op. cit., p. 273), et cela uniquement à raison du nom de Fontaine des Sarrasins sous lequel cette source était connue de temps immémorial. « Comme on ne saurait, dit-il, supposer une invasion des Sarrasins dans cette contrée, il est naturel de penser que là, comme ailleurs bien souvent, leur nom est synonyme de païens, c’est-à-dire de Romains.. »

Des fouilles opérées dans le voisinage de la fontaine ont changé cette hypothèse en certitude, en mettant au jour des traces certaines d’occupation à l’époque gallo-romaine (1). On a trouvé, outre des tuiles à rebords caractéristiques, des médailles en grand nombre de Néron, Domitien, Adrien Antonin le Pieux, Commode, Constantin, Licinien et Julien, des débris d'armes, deux phallus en bronze, la partie antérieure d’une statuette en pâte blanche, des vases en verre et un certain nombre d’ustensiles divers (2).

Santenay. — Dans la Côte-d’Or, près de Santenav, au pied d’une colline où s’élevait un temple consacré à Mercure (3), naissent deux sources, l’une lithinée, l’autre salée, qui sont

(1) Bénard, Notice sur quelques objets antiques trouvés près de la fontaine de Sermaize, 1851. — H. Faure, Notice sur la source minérale de Sermaize. Mémoires de la Société d'agriculture, commerce, sciences et arts du département de la Marne, 1857. — Ch. Remy, Sermaize, ville d’eauar,

(2) Ces objets figurent dans une vitrine placée dans l'atrium de l'établissement minéral.

(3) Voir p. 242.

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encore aujourd’hui l'objet d’une exploitation assez active dans un petit établissement thermal. Elles ne furent certainement pas inconnues des Romains, qui laissèrent dans le village de Santenay de nombreuses traces de leur séjour : débris de constructions, débris de poteries et de verreries, médailles, etc. Auprès des sources memes, on découvrit une grande quantité de monnaies romaines d’époques diverses, dont quelquesunes étaient recouvertes d’une couche d’or extrêmement mince (1).

Maizières. — Le hameau de Maizières (Côte-d’Or), à six kilomètres d’Arnay-le-Duc, possède une source appelée 1a. Fontaine Salée, remise depuis peu d’années en exploitation et qui fut connue des Romains et utilisée par eux. Le captage antique, retrouvé dans un excellent état de conservation (fig. 65), consistait dans une fosse de 1 m. 20, creusée dans la microgranulite, fosse où la source débouchait par les diaclases de la roche. Elle était recouverte d’une dalle en grès, munie d’une ouverture demi-circulaire, sur laquelle s’élevait un puits rectangulaire en maçonnerie. Un drainage fait tout autour du puits complétait le captage, en isolant la source d’un pré marécageux qui l’environne (2).

De nombreux objets antiques : tête d’une dea en calcaire, fragments de poteries, statuettes de bronze, tuiles, tuyaux de

(1) Girault, Archéologie de la Côte-d’Or, 1823. — De Longuy, Notice archéologique sur Santenay. Mémoires de la Société Eduenne, nouvelle série, t. XII.

(2) De Launay, Recherches, captage et aménagement des sources thermominérales. Cours professé à l’École des mines, 18(.)9. — Bulliot et Thiollier, La Mission et le culte de saint Martin d’ après les légendes et les monuments populaires dans le pays Eduen, 1892, p. 239.

Fig. 65. — COUPE ET PLAN DU CAP- TAGE DE LA SOURCE DE MAIZIÈRES.

D’après M. l’ingénieur De Launay.

plomb, furent découverts aux alentours, ainsi qu’une certaine quantité de médailles des deux Faustine, de Marc-Aurèle, Gratien, etc.

Alise-Sainte-Heine. — Le village d’ Alise-Sainte-Reine, l’ancienne Alesia assiégée par César, possède des eaux minérales de très modeste réputation.

Greppo (op. cit p. 448 à 453) parle assez longuement des découvertes de tous genres faites sur l’emplacement de la ville antique qui se substitua à l’oppidum gaulois, et fut, on en a la certitude par les résultats des fouilles actuellement en cours, une des cités les plus florissantes de la Gaule romaine (4). Le savant abbé termine le chapitre consacré à Alesia par ces mots : « Je ne vois pas qu’on ait trouvé à Alise aucun reste d’antiquité qui présente un rapport certain avec la source minérale, à moins qu’on ne veuille y rattacher quelque partie des aqueducs, ou des tuyaux en terre ou en plomb qu’on y a signalés en assez grand nombre ; ce qu’une étude approfondie des localités permettrait peut-être de faire. »

J’ai cru devoir cependant citer le nom d’ Alise en raison de Fattribution, fort hypothétique d’ailleurs, du dieu topique vc vêtis à sa source minérale (2), mais je dois faire observer que les recherches qui se poursuivent activement, depuis la fin de l’année 4905, sur le plateau d’Alise n’ont apporté aucun élément permettant de conclure à l’utilisation ancienne, dans un but balnéaire ou médical, de la source minérale qui y prend naissance.

Bourbonne- les- Bains. — Depuis longtemps déjà les fouilles pratiquées dans le sol de Bourbonne avaient permis de cons-

(1) Les recherches sur le plateau d’Alisc ont été reprises, à la fin de 4905, par la Société des sciences historiques et naturelles de Semur. Elles ont déjà amené la découverte des substructions de plusieurs édifices et d’un certain nombre d’habitations privées, ainsi que d’œuvres d’art et d’une quantité d’objets de toute espèce, dont quelques-uns, du plus haut intérêt, sont conservés dans un petit musée local.

(2) Voir p. 207.

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tater la présence d'importants travaux antiques et amené la découverte de nombreux objets mobiliers et débris de construction, attestant l’existence en ce lieu d'une agglomération considérable aux temps gallo-romains. Les différents ouvrages reconnus avaient été étudiés avec soin, et l'on avait déjà tenté de saisir le lien qui les unissait, lorsque des travaux, exécutés en 1874 et 1875, vinrent donner de l’établissement thermal ancien une idée d’ensemble, qui a fait l’objet d’une très intéressante étude de M. l'ingénieur des mines Rigaud (1), étude à laquelle nous ferons de larges emprunts.

Un rapport de l'ingénieur de Yaraigne (2), en 1783, signalait déjà la découverte de caveaux souterrains voûtés, paraissant avoir servi d’étuves, de deux bassins en pierre, d'un autre bassin revêtu en plomb, où se rendaient deux tuyaux, dont l’un amenait de l’eau froide, et de tout un système de canalisation à l’aide de tuyaux en plomb (fig. 66). En 1808, un mémoire de Lebrun (3) décrit en ces termes d’autres travaux souterrains : « Un aqueduc voûté qui, dans sa partie sud, se divisait en quatre branches évasées entre elles en forme de quadrilatère rectangle. Au radier du fond de cet aqueduc étaient quatre

(1) Notice sxir les travaux exécutés à Bourbonne-les-Bains. Annales des Mines, 7e série, t. XVII, 1880.

(2) Bapport des travaux entrepris par M. le comte d’ Avaux, aux bains et eaux minérales de Bourbonne. Dans la Bibliotheca Borvoniensis du docteur E. Bougard, 1866, p. 469 et suiv.

(3) Mémoire de Lebrun, inspecteur en chef des ponts et chaussées, concernant les eaux minérales et thermales de Bourbonne. Bibliotheca Borvoniensis, p. 496 et suiv.

D’après le plan joint au mémoire de l’ingénieur de Varaigne.

A. B. Caveaux parallèles qui ont servi d’étuves. — C. Caveau où passe un tuyau de plomb d’eau froide. — D. Caveau avec tuyau allant à la source. — E. Bassin revêtu de plomb. — F. Puits de la source minérale. — I. Tuyau d’eau froide. — L. Tuyau tiré de la source. — P. Q. Tuyaux amenant de l’eau tiède dont on ignore l’origine. — G. H. Pilastres.

cases ou chambres, d’environ 1 m. 30 de côté, en pierre de taille. Au centre de chacune de ces cases se montraient les orifices d’autant de tubes verticaux en plomb, de dix centimètres de diamètre, avec des restes de robinets en cuivre qui avaient été scellés sur ces orifices... Au moment de la réfection, en 1784, cet aqueduc ne pouvant plus servir, il fut démoli, mais en réservant son radier et les orifices des tubes de plomb. »

Dans sa remarquable étude sur les antiquités de Bourbonne (1), Dugas de Beaulieu mentionnait, comme antérieure aux découvertes de 1783, la mise au jour d’un bassin octogone en briques, se vidant par le fond dans un petit canal qui conduisait ses eaux à l’Apance. Après avoir analysé les trouvailles de la fin du dix-huitième siècle, il indiquait qu’à une époque plus récente on avait rencontré de nouvelles substructions, des cellules en pierres de taille, des fûts de colonnes et des chapiteaux, qui lui semblaient avoir dû supporter la toiture d’une galerie servant de promenoir aux baigneurs et qui devait être terminée, à l’une de ses extrémités, par un édicule consacré aux dieux de la source.

Mais c’est au cours de travaux considérables exécutés en 1874 et en 1875 pour l’aménagement des sources thermales, que furent faites, outre des trouvailles importantes de médailles et d’objets divers, des découvertes à la suite desquelles les procédés de captage employés à Bourbonne et le plan général des établissements antiques nous sont nettement apparus. Le docteur Ath. Renard (2), à la suite d’un mémoire sur Bourbonne, donnait quelques détails sur ces travaux, qui avaient fait réapparaître les anciennes étuves et la galerie souterraine déjà reconnues en 1783 et 1784, et remis au jour, pour la première fois, deux files parallèles de colonnes, situées à 3 m. 50 en contre-bas du sol actuel de la place des

(1) Mémoire sur les antiquités de Bourbonne-les-Bains. Mémoires de la Société des antiquaires de France, t. XXV, 1859.

(2) Bourbonne ; son nom, ses origines, ses antiquités gallo-romaines, scs établissements thermaux, etc. Mémoires de la Société historique et archéologique de Langues, t. II, p. 309 et suiv., et appendice, p. 331.

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Bains, une porte massive couronnée de son cintre, des vestiges d’escaliers ou de gradins, et des débris nombreux de revêtements et de pavages en marbres de nuances très variées. M. l’ingénieur lligaud, dans la notice à laquelle j’ai fait allusion tout à l'heure, a résumé tout ce que les travaux souterrains dont le sol de Bourbonne a été le théâtre nous ont appris sur les ouvrages qui ont précédé, dans la vallée de la Borne, les établissements thermaux actuels.

Les Romains, placés en présence du marais chaud formé par le mélange des eaux d’un ruisseau et des sources thermales, opérèrent le captage de ces dernières en enlevant les alluvions jusqu’à la rencontre, à 6 m. 50 de profondeur, des couches argileuses en place, avec source bien définie, émergeant sur un espace de quelques mètres carrés, avec un puissant débit. Le fond de cette fouille fut rempli d’une couche de béton, dans laquelle était réservée, pour le passage des eaux thermales, une ouverture entourée de maçonnerie en forme de puits : c’est ce qu’on appelle le Puisard romain. La couche de béton fut ensuite prolongée sur toute la zone d’émergence des sources, en y réservant, pour le passage de certaines autres sources, quelques orifices, sur lesquels on établit des tuyaux de plomb à joints de bronze « dont l’extrémité aboutissait au radier d'une galerie, et se trouvait probablement prolongée par un tuyau de plomb faisant partie de la distribution générale, et conduisant les eaux thermales aux appareils balnéaires (1). »

(1) M. Rigaud (op. cit.) donne les très intéressants détails qui suivent sur le procédé de tubage d’une do ces sources secondaires : « Le tubage de la source n° 2 se composait de tuyaux de plomb de 2 mètres de longueur et de 0ml 0 de diamètre intérieur, profondément corrodés, mais dont un fragment en meilleur état permettait de lire : cinnamvs fec. Ces deux tuyaux avaient un centimètre d’épaisseur. Ils étaient réunis au moyen d’un cône tourné en bronze; la construction de cet assemblage est fort curieuse. Il est évident que le tuyau intérieur était soudé au bout femelle. On logeait une bague de plomba l’intérieur, dans une petite rainure ménagée à cet effet; puis on présentait le bout mâle, soudé à un autre tuyau, Par .simple pression, et par écrasement de la rondelle de plomb, le joint pouvait être hermétique. Des pierres de grès de 0"‘70 de côté et de 0m50 de hauteur, percées d’un trou central de 0"'22 de diamètre, étaient ensuite enfilées comme des bagues autour de ces tuyaux

Des murs verticaux et des galeries de drainage, en communication avec un aqueduc principal, isolaient la masse de béton de l’afflux des eaux douces.

C’est également dans l’excavation creusée pour le captage, et dans le voisinage de la source du Puisard, que furent placés les établissements thermaux (fig. 67). ils comprenaient des piscines et des étuves ; aucune trace de baignoires n’a été rencontrée au cours des fouilles. La grande piscine à gradins (7 mètres sur 3 mètres) avait ses parois en briques et des

Fig. 67. — THERMES DE B O U R B O N N E - L E S - B A I N S .

D’après le plan joint au rapport de M. Rigaud.

P. P. P. Piscines. — Q. Q. Étuves. — T. Temple.

degrés en pierre blanche. Une petite galerie renfermant un gros tuyau de plomb circulait le long du dallage. La chambre qui contenait cette piscine était recouverte d’une voûte, et, dans la muraille, des deux côtés de la porte, étaient creusées deux niches cintrées peu profondes, dont une seule fut déblayée et fournit le buste en bronze désigné sous le nom de Damona (1).

« Sur la salle de la grande piscine, à l’est, s’ouvraient deux

et réunies par une mince couche de ciment. Enfin, après 1 achè\ cm ont. de la colonne, tout l’espace libre était rempli de mortier de ciment et ( e tuileaux, formant une seconde enveloppe imperméable. »

(1) Voir p. 220.

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très petites piscines, de 1 mètre carré chacune, placées audessus du niveau du dallage, et limitées par une pierre de taille de 0 m. 60 de hauteur. Au delà de ces deux piscines, il y en avait deux autres plus grandes, ayant 3 et 4 mètres de côté, et probablement d’autres petites cachées sous des remblais. » Ces piscines semblaient avoir été plus luxueuses que la grande, et leurs parois étaient revêtues de marbres blancs, noirs et de couleurs dont il a été retrouvé de nombreux fragments.

Au-dessus du bâtiment des piscines, des chambres entièrement revêtues à l’intérieur d’une fausse paroi formée de tuyaux de terre à section rectangulaire avaient dû servir d'étuves. L’emplacement de l’ancien foyer de chauffage a pu même être déterminé.

Enfin M. Rigaud a signalé, autour du Puisard romain, des galeries souterraines profondes, établies immédiatement audessus du béton, qui semblent avoir été utilisées comme étuves à chauffage naturel, et, dans la galerie à l’est du Puisard, le puits revêtu de plomb (0 m. 50 de diamètre et 1 m. 20 de profondeur), dont il était déjà question èn 1783, muni de deux robinets qui y amenaient à volonté l’eau thermale et l’eau douce froide, pour des bains à température variée.

Entre les deux parties du bâtiment thermal s’élevait l’édifice à colonnes, dont nous avons parlé antérieurement, et que M. Rigaud, dans sa notice, a décrit et étudié avec grand soin sous le nom de Temple. Nous ne reviendrons pas ici sur ce que nous avons déjà dit à . ce sujet.

Une dernière galerie fut découverte en 1887, pendant les travaux de fondation d’un nouveau bâtiment, à l’hôpital militaire (1). Cette galerie, assise sur une épaisse couche de béton d’une extrême dureté, était entièrement voûtée et un revêtement de ciment recouvrait, vers la base, la maçonnerie des parois. Sur le sol se prolongeait, parallèlement à la voûte,

(1) Lacoudajhe, Fouilles faites à Bourbonne-les-Bains en 1SS7. Bulletin de la Société historique et archéologique de Langues, t. III.

xi ne assise de pierres de taille, creusées à l’intérieur de manière à renfermer et protéger un tuyau de plomb, de forme ovalaire, portant, gravés au burin, les mots cinnamvs fbcit. Cette galerie n’ayant été fouillée que sur une longueur de 20 mètres environ, et ses deux extrémités restant ignorées, on ne peut que faire des conjectures sur sa destination. Dans la galerie meme, à un point où la voûte s’était effondrée, on a recueilli trois chapiteaux corinthiens en pierre, qui provenaient vraisemblablement de la chute d’une construction supérieure.

Du reste, toute la région qui environnait le captage romain devait être couverte d’édifices élevés avec un certain luxe, car toutes les excavations ouvertes dans ces parages ont mis à jour des chapiteaux de marbre blanc, des colonnes d’albâtre et des débris de divers matériaux de construction.

Luxeuil. — Nous ne reviendrons pas sur les discussions que les fameuses inscriptions dont nous avons parlé plus haut ont fait naître au sujet de la haute antiquité de Luxeuil, et nous nous bornerons ici à exposer brièvement ce que le hasard des découvertes nous a permis de connaître de l’ancienne cité thermale.

11 semble, tout d’abord, bien établi que les sources ont été l’objet d’une utilisation préromaine. Des restes de constructions grossières, ne portant pas l’empreinte de la maind’œuvre romaine; la trouvaille, sous un dépôt ancien, de statuettes de bois de chêne d’un caractère très archaïque; celle de nombreux fragments de poteries noires, brutes et nettement gauloises (Delacroix), sont, à cet égard, autant de présomptions rendant vraisemblable la très ancienne utilisation des eaux sur ce point.

Cette station avait pris, à l’époque gallo-romaine, une importance considérable, dont témoignent de nombreux vestiges de constructions, les monuments funéraires trouvés en grand nombre, ainsi que la quantité prodigieuse d'objets de toute nature* recueillis dans son sol. « Ces monuments de

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l'antiquité étaient assez nombreux, dit Chapelain (1), pour que, sur la fin du siècle dernier, des habitants de Luxeuil en pussent former jusqu’à sept collections dans lesquelles se trouvaient des pierres gravées, des mosaïques, des bijoux en or, en argent et en cuivre, des camées, des armes, des lacrymatoires, des vases, des poteries sur lesquelles étaient représentés en relief des fêtes, des combats de gladiateurs, des triomphes, des courses, des danses, des chasses, etc. »

D’après les données fournies par les fouilles et le plan, très hypothétique d’ailleurs, de la ville antique, dressé par le bénédictin dom Grappin, celle-ci aurait eu une forme allongée, et sa plus grande étendue aurait été de 1,200 mètres, entre deux portes qui s’ouvraient l’une au nord, l’autre au sud, et dont les fondations ont été retrouvées en 1740 et 1745. Chapelain (op. cit.) signalait également la découverte, en 1763, sur la place du Marché, d’un temple du Mercure gaulois, et, en 1784, celle des débris d’un temple de Diane, dans l’ancienne cour de l’abbaye, vis-à-vis du cloître . — Sans nous étendre plus longuement sur l’étude générale du Luxeuil antique, nous nous bornerons à dire quelques mots de la partie qui nous intéresse spécialement ici, celle qui a rapport aux eaux thermales.

Les bains étaient situés à peu près au centre de la ville, le long d’une grande voie qui les traversait du sud au nord. Des découvertes successives ont mis à jour les restes de deux grandes salles voûtées pavées en albâtre (?) et mosaïques; trois bassins, deux de forme circulaire, l’autre rectangulaire, où l’on descendait par des degrés; des espèces de stalles creusées dans le roc pour les baigneurs; un bel aqueduc, construit en assises alternatives de grand et de petit appareil, qui recevait les eaux de vidange des bains; des rangées de pilastres et des débris de longues pièces de bois à demi consumées, entremêlées de tuileaux, qui ont dû appartenir à des promenoirs ou à des galeries dépendant des thermes. « Il devient évident par

(1) Propriétés physiques, chimiques et médicinales des eaux minéro-thcrmales de Luxeuil, avec quelques recherches historiques, 1859.

là que le principal système adopté pour les constructions accessoires des thermes de Luxeuil associait largement le bois à la pierre du pays. C’étaient de longs portiques, formés de piles en grès couronnées de sablières et supportant de vastes combles (1). » Malheureusement ces découvertes, qui ont toujours été dues au hasard et non à des fouilles régulièrement conduites, ne semblent pas avoir été soigneusement relevées, et il est fort difficile de déterminer avec quelque certitude le plan d'ensemble de l’établissement antique de Luxeuil.

Le captage des eaux de cette station présente un intérêt tout particulier, à raison du soin qu’ont mis les ingénieurs romains à éviter le mélange des eaux ferrugineuses froides et des eaux salines thermales, qu’on y rencontre côte à côte. Les travaux entrepris dans ce but démontrent de la façon la plus évidente que les anciens distinguaient parfaitement les caractères particuliers des eaux minérales, et la précaution ainsi prise d’isoler des eaux de natures différentes prouve bien qu’ils savaient les employer à des usages distincts.

Pour arriver aux eaux thermales, dit le docteur Stourme (2), un ruisseau fut détourné de son cours naturel et rejeté plus à l’est. Puis on creusa pour rechercher les griffons et on les trouva, à une profondeur de deux à trois mètres, sur un banc de grès vosgien. Enfin, on construisit, pour chacun d’eux, une cheminée formée d’anneaux de pierre superposés, et l’on coula, dans les intervalles, des masses de béton destinées à empêcher les eaux de s’échapper. Les eaux ainsi collectées furent conduites à destination par un canal, souterrain d’abord, puis en tranchée profonde, qui sert encore de nos jours.

D’après les renseignements fournis par Delacroix (3) et le

(1) Delacroix, Luxeuil : Ville, abbaye, thermes. Mémoires de la Société d’émulation du Doubs, 4e série, vol. III, 1867.

(2) Mémoires de la Société d’émulation du Doubs. Séance du 3 avril 1897 : lecture d’un travail de M. le docteur Stourme intitulé: Essai sur les bains gallo-romains de Luxeuil et le mode de captation de leurs sources.

(3) Etudes sur Luxeuil. Un céramique gallo-romain et la déesse Brida, 1857. Notice sur les fouilles faites en 1857 et 1858 aux sources ferrugineuses de Luxeuil. Mémoires de la Société d’ émulation du Doubs, vol. VII, 1862.

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docteur Stourme (op. cit.), les eaux ferrugineuses étaient canalisées par une série de murs de drainage, engagés dans le rocher, et disposés au-dessus d'un vaste barrage en béton, destiné à former leur limite inférieure et à les empêcher de s’étendre au delà. Les eaux ainsi drainées étaient recueillies dans une galerie en grès de gros appareil, à deux étages. Les parois latérales de la cuvette inférieure étaient formées de forts plateaux de chêne, posés de champ, doublés d’un mur grossier et sans ciment. Cette cuvette était séparée de la voûte par une rangée de dalles en pierre, dont la mobilité permettait de surveiller le canal inférieur et de l’empêcher de s’envaser.

Des fouilles pratiquées en 1851 et 1855 avaient également

fait reconnaître un puits, dit le Puits romain , fondé sur le roc

et entouré d’un massif de terre glaise de près de deux mètres

d’épaisseur, assis lui-même sur un béton de ciment tellement

dur que l’on dut faire jouer la mine pour déblayer le terrain «

et parvenir à la roche vive (1). A la partie supérieure du massif de glaise était adapté un conduit de plomb de 0 m. 35 de circonférence, continué par des tuyaux en bois de chêne où coulait l’eau recueillie dans le puits. D’après M. Leconte (2), les ingénieurs antiques avaient su y réunir une source ferrugineuse et le produit de deux sources salines destinées à en élever la température. « On remarque, ajoute-t-il, que la source du Puits romain consistait en griffons thermaux, jaillissant des fissures et failles du grès bigarré, de 27 à 32 d/2 degrés, dont quelques-uns ferrugineux. Ces griffons étaient réunis au fond d’un puits circulaire maçonné, de 0 m. 50 de diamètre et de 1 m. (35 de hauteur. Suivant trois directions, des suintements ferrugineux, recueillis dans une cuvette de drainage et conduits dans des rigoles de pierre, se rendaient à ce puits. La source du Puits romain était donc un mélange de grillons thermaux de 27 à 32 d/2 degrés, et de

(1) Chapelain, op. cit.

(2) Rapport sur V établissement et les eaux thermales de Luxcuil. Annales de la Société d’hydrologie médicale de Paris, t. VI, 1859-1860.

suintements ferrugineux d’une température de 17 degrés. »

Gomme on le voit, la thérapeutique ancienne avait à sa disposition, aux thermes de Luxeuil, des moyens d’action variés. Il semble également qu’une source d’une pureté remarquable, celle du Pré-Martin, fut anciennement l’objet de travaux de captage et de protection contre l’arrivée des eaux ferrugineuses. Le rapport sur des travaux qui y furent opérés en 1865 a signalé la découverte de deux rangées parallèles de colonnes, l’une à l’est, avec un mur de gros moellons, l'autre à l’ouest, avec divers travaux d’enceinte et d’étanchement, qui ne permettent pas de douter de l’existence, à l’époque gallo-romaine, d’un vaste bassin au milieu duquel émergeait la source (1).

Plombières. — La situation de Plombières, telle que la trouvèrent les Romains, au fond d’une vallée très étroite, encaissée par des berges rapides entre lesquelles coulait le torrent de l’Eaugronne, mélangé aux eaux des sources chaudes surgissant de son lit, nécessita pour l’aménagement des sources des travaux considérables, dont le substratum a été mis à découvert sur une vaste étendue, et qui nous montrent une fois de plus la fertilité de ressources et la perfection dans l’exécution déployées par les ingénieurs romains dans les travaux hydrauliques de ce genre. Une partie de ces travaux avait déjà été vue par l’apothicaire Rouvray (2), lorsqu’il fut chargé, en 1702, par le duc de Lorraine Léopold, de remettre en état les étuves et bassins (3). Dom Calmet, abbé de Senones (4),

(1) Delacroix, Luxeuil ; ville, abbaye, thermes.

(2) Petit traité des eaux de Plombières.

(3) M. Parisot, dans l’édition refondue par lui de l’ouvrage de Haumonté. Plombières ancien et moderne, cite des passages relatifs aux travaux romains, extraits des ouvrages suivants, antérieurs à celui de Rouvray : Toignard, médecin de Charles III de Lorraine, 1581, Entier discours de la vertu et propriété des bains de Plombières, fol. 25. — Thtbourel, chirurgien de l’évêque de Verdun, 1611, Hydrothérapie pulmériane. (Manuscrit, liv. I, chap. ii.) — Berthemin, médecin ordinaire du duc de Lorraine, 1615, Discours des eaux chaudes et bains de Plombières, p. 74.

(4) Traité historique des eaux et bains de Plombières, de Bourbonne, de Luxeuil et de Bains, MDCGXLVIII.

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nous en a également laissé une description qui ne manque pas d’exactitude; mais il a fallu arriver aux grands travaux exécutés à une époque plus récente pour faire jaillir du sol l’ensemble de l’œuvre romaine et permettre de l’apprécier plus complètement dans toutes ses parties.

Le premier soin des ingénieurs antiques fut d’empêcher la dispersion dans le fond de la vallée des eaux du torrent, en les emprisonnant dans un lit artificiel suspendu au rocher de la rive gauche; ce canal, large au fond de six mètres, comportait deux murs de pierre, le long desquels régnait un trottoir de 0 m. 33 de haut, et un fond en béton recouvert de dalles de grès. Ensuite, afin d’empêcher l’écoiüement des eaux thermales vers l’aval, on ferma la vallée transversalement par un barrage en béton de trois mètres d’épaisseur, descendant jusqu’à la roche. En arrière du barrage, sur toute la surface des alluvions, on établit une puissante couche de béton fait de chaux, de cailloux brisés et de fragments de tuiles jetés à bain de mortier, au travers de laquelle des puits garnis de tubes en pierre furent réservés pour le passage des sources chaudes (1). Cet ensemble fut complété par l’établissement de rigoles en pierre autour des divers édifices et au bas des coteaux, pour recueillir les eaux froides et les empêcher de se mélanger aux eaux thermales. Les eaux ainsi drainées étaient conduites dans un canal qui traversait tout le radier et le barrage de béton, en aval duquel il venait se déverser dans l’Eaugronne.

Dom Calmet avait déjà entrevu l’ensemble de ces travaux, et il nous parle (op. cit.) « d’un fond solide qui règne dans toute la ville de Plombières, et qui est une couche fort haute de cailloutage, de tuilleaux et autres matières dures jetées à bain de ciment, que l’on a toujours trouvée dans tous les endroits où l’on a travaillé... Elle est ventousée (pour ainsi

(1) La qualité de ce ciment était telle, qu’à riuondation de 1770, le torrent, en passant dans la me, avait enlevé le pavé et le sous-sol, jusqu’au ciment sur lequel il n’avait pu mordre; on put alors le voir dans toute son étendue, depuis l’étuve Bassompierre, jusqu’au delà du bain des Capucins. (IIaumonté, Plombières ancien et moderne.)

parler) de grandes conduites taillées dans de grands blocs de pierre dure, qui régnent le long du pied de la montagne septentrionale, avec des rameaux qui retournent d’espace en espace vers la rivière, pour y porter les eaux froides et pluviales. »

Vers le centre de la couche de béton avait été ménagée une piscine de vastes dimensions (41 m. de long sur 9 m. de large), pavée en larges dalles, où Ton descendait par quatre degrés régnant sur tout son pourtour. Au dire de Beaulieu (1), on îr aurait trouvé aucun indice de voûtes ayant pu recouvrir cette piscine, qui était probablement à ciel ouvert, ou abritée par une simple couverture en planches. D’après le même auteur, cette piscine subsistait encore en son entier au commencement du dix-septième siècle, lorsqu’un débordement de l’Eau gronne vint la bouleverser et la combler de débris (2). Lors des travaux de 1702, « on retrouva son dallage en larges pierres, dans l’une desquelles était encore encastrée la bonde en cuivre qui fermait l’issue de dégagement des eaux qu’on faisait couler dans un canal ménagé au-dessous. »

Plusieurs autres sources, situées en amont du grand barrage en béton, furent également captées dans les conditions que nous expose ainsi M. Jutier (3) : « Après avoir mis le granit à découvert, on étendit une couche de béton autour

(1) Antiquités des eaux minérales de Vichy, Plombières, Bains et Niederbronn, 1851.

(2) On trouve dans un ouvrage imprimé à Venise, au seizième siècle : De balneis omnia quæ exstant apud Grœcos, etc., p. 299, une gravure du plus haut intérêt, représentant la piscine de Plombières à cette époque. Cette piscine, entourée d’un petit mur, est en forme de rectangle très allongé. A l’une des extrémités, dans un angle, un tuyau déverse de l’eau dans le bassin où sont plongés un certain nombre de malades. A l’extrémité opposée, im infirme, soutenu par deux personnes, descend les degrés d’un escalier qui occupe presque toute la largeur du petit côté du rectangle. Le long des murs latéraux, des toiles supportées par des perches en bois plongeant dans l’eau offrent un certain abri aux baigneurs. A droite et à gauche de la piscine et séparées par une rue, sont deux files de maisons, probablement à usage d’hôtelleries, dont on distingue les enseignes : la cloche, le chapeau, la croix, la fleur de lys, etc.

(3) Jutier et Lefort, Études sur les eaux minérales et thermales de Plombières, 1862.

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des griffons ; de petits canaux ménagés dans la maçonnerie et aboutissant aux principaux points d’émergence réunissaient leurs produits à un centre commun, où se trouva dès lors fixée la source proprement dite. C’est, ainsi que furent constituées les sources du Crucifix et des Dames, alimentant chacune une piscine spéciale que l’on pouvait voir encore dans toute leur intégrité vers la fin du dix-huitième siècle. »

Une autre source, celle-ci en aval, fut entourée d’une enceinte de béton, contre laquelle s’appuyaient des radiers successifs de pierre de taille et de béton, de façon à comprimer les eaux vers une issue unique, placée au fond d’une piscine, et fermée par un robinet de bronze à plusieurs emboîtements (1).

En résumé, d’après M. Ilaumonté (op. cit.), l’existence de sept piscines ou étuves d’origine antique, qui ont dû probablement être construites simultanément, a été constatée.

Dans le haut de la ville, des sources à très haute température étaient amenées à un établissement qui devait être une étuve, découvert en 1857, où l’eau s’écoulait par un robinet de bronze, de 11 centimètres de diamètre, que l’on pouvait ouvrir ou fermer à volonté avec une clef de fer. « Ce robinet était fermé; on parvint à l’ouvrir, et l’eau en sortit abondamment comme elle faisait seize à dix-sept siècles auparavant. Elle avait 74° de chaleur et fournissait 21 litres à la minute. » Un peu au-dessous de cette étuve, et en communication directe avec le bâtiment qui la couvrait, une autre piscine rectangulaire renfermait probablement de l’eau tempérée, où l’on venait se plonger après le bain de vapeur.

Une étuve sèche avait été découverte en 1821, du côté de la route de Luxeuil. On avait retrouvé des fragments d’architecture de toutes sortes, ainsi qu’un pavé de pierres cubiques sur lequel s’élevaient de petits piliers de briques, qui avaient supporté un pavement en carreaux de terre cuite, dont plusieurs étaient traversés sans régularité par des trous coniques.

(1) Jutieu et Lekout, op. cit. — De Launay, Cours professe à l'école des mines.

M. Juticr revit ces restes en 1857, et déclara qu’il avait pu visiter l’hypocauste, resté encore en place presque tout entier.

Les Romains ne s’étaient pas bornés à recueillir les eaux minérales de la vallée de Plombières; ils avaient également voulu s’approvisionner d’eau douce et choisi pour cela la source Godée ou Godelle, la plus fraîche de la ville, qui a presque la pureté de l’eau distillée. En 1863, en creusant pour rechercher la source tarie par suite de la sécheresse, on tomba sur un captage, abandonné depuis des siècles, consistant en une petite auge monolithe, plongée dans un lit de ciment d’origine romaine. L’auge présentait le même genre de taille que les pierres trouvées parmi les fouilles et fit reconnaître les outils dont se servaient les Romains (1).

Les sources de Plombières devaient être entourées d’édifices, dont on a retrouvé de nombreux débris; tronçons de colonnes, de chapiteaux, de corniches, pierres de tailles de toutes grandeurs, etc. Divers objets, entre autres la plaque votive à Neptune dont nous avons parlé, et un certain nombre de médailles y ont été recueillis, mais le grand intérêt qui s’attache à l’histoire antique de cette station provient surtout de l’importance et de la perfection technique des ouvrages entrepris sur ce point par les ingénieurs romains. Leurs travaux, a dit M. Jutier, furent si bien conçus et si largement exécutés; que c’est grâce à eux que nous pouvons, même aujourd’hui, disposer des eaux thermales. On en a toujours profité sans savoir jusqu’à quel point on leur en était redevable.

Vittel. — L’étymologie du nom de cette station, qui, d’après les anciens titres, doit d’ailleurs s’orthographier V itel, a donné lieu à des interprétations diverses. Pour l’abbé Ghapiat (2), le nom vient de Werj-Thal, voie de la vallée, d où

(1) Haumonté, Plombières ancien et 'moderne. Edition refondue par J. Parisot, 1905.

(2) Vittel. Nancy, 1877.

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Vitallum en lutin et Vitelle, puis Vitel, en français. L’abbé Pierrefîtte (1), avec Bullet, clans ses Mémoires sur la langue celtique, le fait dériver de deux mots celtes : Ve, habitation, et Dale ou Thaïe, rivière ; quelques maisons semées le long du Vair. D’après le docteur Fournier (2), Vittel devait s’appeler à l’origine Vitelliolum, puis Vitellum : le domaine, la villa de Vitellus.

Nous nous abstiendrons de prendre parti sur cette question, en nous bornant à indiquer les indices d’où l’on peut faire résulter avec certitude la preuve de l’existence d’un groupement gallo-romain sur ce point et l’utilisation des sources qui y attirent actuellement la foule des baigneurs et des buveurs. Dans le bourg môme, sur la place des Dames, on trouva, en 1860, un certain nombre de fûts de colonnes renversées, ayant fait partie d’une colonnade, puis, à diverses époques, des restes d’un aqueduc voûté en pierres, qu’on se contenta de combler, sans rien explorer, un pavé de briques romaines, et, sur divers points, des fragments de tuiles à rebords, des restes de constructions et des charbons ainsi que des cendres, attestant que Je bourg avait dû etre détruit dans un incendie.

A l’endroit où se trouvent aujourd’hui les établissements thermaux, on découvrit des fosses ovales, construites en briques et profondes d’un mètre, au fond desquelles se voyaient des cendres et des restes de charbons. Ces constructions, dit le docteur Fournier (op. ait.), semblent avoir été des fourneaux à chauffer l’eau, de véritables hypocaustes.

Mais les trouvailles les plus importantes ont été faites aux environs de la Source salée, située à 3 kilomètres environ du bourg de Vittel, auquel elle était, au dire de l’abbé Chapiat, reliée par une voie à l’époque romaine. Des travaux exécutés en 1875 pour le captage de cette source permirent de constater l’existence d’une retenue antique en madriers, soutenant

(1) L’ancien Vitel. Bulletin de la Société philomatique voagienne, 1899

(2) Vittel. Bulletin de la Société philomatique vosgicnne, 1897-1898.

une couche de terre glaise fort épaisse (1). Près de la source, les débris de poteries et de tuiles à rebords abondaient, et. dans un bois qui l’environnait, on trouva les fondations d’un petit temple, orné par devant d’une colonnade ou d’un péristyle dont les deux colonnes ont été retrouvées, et qui servait d’abri à la statue d’une divinité, ayant quelque ressemblance . avec les représentations de la Vénus Anadyomène, et dont nous avons déjà parlé dans le chapitre consacré aux représentations des divinités protectrices des sources (2).

Bains. — Bien qu'il ne reste plus aucun vestige apparent de travaux antiques auprès des sources minérales de Bains, les indications données par les fouilles ne permettent pas de mettre en doute leur utilisation à l’époque gallo-romaine.

En 4752, au cours de travaux exécutés sous la direction de l’ingénieur Baligand, pour la restauration de la principale source de l’ancien bain, on découvrit, sous le mur du batiment, une colonne cylindrique en pierre, de 6 pieds de hauteur, percée selon son axe pour donner passage à l'eau de la source que l’on a nommée depuis Source Romaine. C’est à la base de cette colonne que fut faite la trouvaille d’environ 600 médailles de bronze dont il a été question plus haut.

D’après dom Calmet (3), pour l’exécution de ces travaux, on creusa « depuis le bain, en suivant toujours l’eau jusqu'à sa source; on fut arrêté par des espèces de voûtes qui en renfermaient une autre. Celle-ci était le bassin dans lequel la source même tombait. »

Plus tard, on remit au jour une piscine de 9 m. 60 de long sur 6 m. 40 de large, pavée en dalles, établie sur un épais massif de béton, et entourée d’un triple rang de gradins.

(1) M. l’abbé Chapiat signale l’analogie de ce captage avec celui d’une source à Bleurville (Vosges), où l’on a découvert des restes nombreux de thermes : bassin, étuves, conduits en terre cuite. L'existence d’un antique établissement balnéaire sur ce point est encore établie par le nom ancien de Bleurville-aux-Bains, rapporté par dom Calmet.

(2) Voir p. 222.

(3) Notice de la Lorraine, t. I, col. 63, 1756.

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L'absence de toute trace d’édifices autour de la piscine porte à croire qu’elle était à ciel ouvert, ou abritée seulement par une légère clôture en planches. Un denier d’argent de Tibère, trouvé en brisant le béton de la piscine, permet d’en attribuer la construction au premier siècle, et l’on peut supposer qu'elle fut abandonnée vers le milieu du troisième, car les monnaies romaines qu’on trouve en abondance dans la vallée sont toutes antérieures au règne de Constantin (1).

Dans l’ouvrage cité plus haut, dom Calmet, fait allusion à des fragments de sculptures antiques qui auraient été remployés lors de la construction de l’église. « L’église de Bain, dit-il, a fort grand air d’antiquité. On m’a assuré qu’on voyait à l’entrée de cette église des bas-reliefs de divinités payennes, qu'on avait depuis taillées pour en figurer des saints de notre religion. Je ne les ai point vues. »

Saint-Diè. — Les Gallo-Romains usèrent-ils de la modeste source minérale qui existait à Saint-Dié? Il est assez difficile de répondre par l’affirmative, tout au moins dans l’état à ce jour des découvertes faites sur ce point.

M. Bardy (2) suppose que saint Deodatus, qui fonda le monastère auquel la ville doit son origine et son nom, vint s’établir, au septième siècle, près de la source aux vertus curatives, sur les ruines d’un petit bain romain, dont proviendrait un fragment de colonne antique, en marbre, qui sert de base à un bénitier dans l’église Notre-Dame. En outre, une figure d’homme en grès rouge et quelques monnaies très frustes furent découvertes sur son emplacement en 1880.

Aux environs de Saint-Dié, dans un puits ovale de deux mètres de diamètre, comblé jusqu’au bord de débris de tuiles

(1) Le Vaillant de Bovent, Précis d'une notice sur les antiquités de Bains. Journal de la Société d’émulation du département des Vosges, t II, n° 8, 1827. — Beaulieu, Antiquités des eaux minérales de Plombières, Bains et Niederbronn, 1831. — Docteur Bailly, Les Eaux thermales de Bains-en-Vosges, 1852.

(2) Les eaux minérales de Saint-Dié. Bulletin de la Société philomatique 1 vosgienne, 13e année. 1887-1888.

et de moellons, et qui devait être alimenté par une source salée, on découvrit, en 1835, des poteries et fragments de poteries noires et rouges, et une tête de femme en grès rouge, qu on a supposé etre une Vénus. Les fouilles ne furent pas, d’ailleurs, poussées à fond. La trouvaille dans le puits de fragments de colonnes en grès rouge a fait supposer à M. Save (1) qu’on se trouvait là en présence des restes d’un édicule consacré à la divinité protectrice de la source.

Tout cela est bien vague, et c’est uniquement à titre de renseignements très hypothétiques que les indications qui précèdent peuvent trouver place dans notre étude.

Niederbronn. — La petite ville de Niederbronn, si riche en antiquités romaines de doute nature, vases en bronze et en terre, vestiges de constructions, autels sculptés, bas-reliefs, inscriptions, etc. (2), parait avoir été autrefois le plus important des établissements thermaux de l’Alsace. On y a retrouvé les traces évidentes de deux bassins établis sur les sources minérales et d’une construction à usage d’étuve.

Au cours de travaux exécutés en 1592, sur Tordre du comte Philippe de Hanau, pour opérer le curage et la restauration des deux bassins hexagonaux qui entouraient les sources, on reconnut que la construction de ces bassins appartenait à deux époques différentes, leur partie inférieure, en pierre de taille appareillée avec une perfection toute particulière, étant évidemment une œuvre romaine. Cette partie de la construction était séparée de l’autre par une corniche, qui se trouvait, avant l’exhaussement des bassins, au niveau d’un pavé ancien qui entourait les fontaines, et dont on a retrouvé les traces sur d’autres points (3). On recueillit, dans la vase qui

(1) Monuments gallo-romains des environs de Saint-Diè. Même Bulletin.

(2) Schaepflin, Alsatia illuslrata, t. I, p. 447, 461, 473 et t. II, p. 238.

— Siffer, Note sur quelques antiquités déposées à l’hôtel de ville de i\iederbronn. Bulletin de la Société pour la conservation des monuments historiques d’Alsace, 21‘ série, 5e vol., 1866-1867.

(3) J. Kuhn, Description de Niederbronn et de ses eaux minérales, 1835.

— Beaulieu, Antiquités des eaux minérales de Vichy, Plombières, Bains et Niederbronn, 1851.

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s’était amassée au fond, plus de 300 médailles de tous les temps de l’empire.

Plus tard, en 1843, en creusant les fondations d’une maison d’école, on mit à jour des constructions souterraines, où l’on trouva de larges canaux de terre cuite, des petites colonnes en briques, des tas de cendres et de charbons, des tubes en argile, des restes de conduites en plomb et un aqueduc se composant de pierres taillées, liées entre elles par un ciment romain aussi dur que du grès (1).

Les deux bassins de Niederbronn sont figurés sur le frontispice cl’un petit ouvrage allemand de Reisel : Niderbronner Bades art, Eigenschafft, Wirckung und Gebrauch. Strasbourg, 1664.

Walsbronn. — L’inscription dédiée à Apollon, à Sirona et aux Nymphes citée plus haut (2j, provient d’un lieu nommé Walsbronn, dans l’ancien arrondissement de Sarreguemines.

Si l'on en croit Bégin (3), l’eau minérale bitumineuse de Walsbronn aurait été utilisée depuis les premiers temps de l’ère chrétienne, et on y avait établi des thermes, comme l’attestent, clit-il, plusieurs inscriptions votives et beaucoup de médailles de Postume, Marc-Aurèle, Constantin, trouvées près de la source libératrice.

Soultzmatt. — Je trouve dans Y Alsace, de Ch. Grad, p. 641, l’indication suivante relative aux eaux de Soultzmatt, encore exploitées aujourd’hui comme eaux de table : lors des derniers travaux d’aménagement, le propriétaire a rencontré, sous un banc de gravier, à deux mètres de profondeur, de nombreuses substructions antiques, des bassins en pierres de taille et en bois de sapin. Ces derniers étaient si bien conservés qu’on les aurait crus posés de la veille.

Je dois me borner à ces brèves indications sur ces deux dernières stations, à propos desquelles il m’a été impos-

(1) Siffek, op. cil., et communication au Congrès archéologique de Strasbourg, 1859.

(2) Voir p. 166.

(3) Histoire médicale du Sud-Esl.

sible de me procurer des renseignements plus complets.

Divonne. — A Divonne (Ain), où l’on utilise pour l’hydrothérapie d’admirables eaux à température toujours constante (6°5), et dont le nom semble bien dériver d’une source antique ayant probablement un caractère sacré, on a découvert des traces irrécusables de l’occupation gallo-romaine. De nombreuses médailles (plus de 300 dans une seule trouvaille), appartenant à la fin du Haut-Empire et aux premiers temps du Bas-Empire, y ont été trouvées (1). On a reconnu également l’existence d’un aqueduc, construit en briques larges et épaisses, qui servait au captage des eaux de la source Emma ou de la source Ausone, peut-être même de toutes les deux. Mais cet aqueduc, étudié sur une partie de son parcours, et dont on découvre encore de temps en temps quelques tronçons, était destiné à alimenter la cité de Nyon (Noviodunitm Colonia Julia Equeslris), et rien, jusqu’à présent du moins, n’autorise à penser que les Gallo-Romains utilisaient les eaux à leur point d’émergence dans un établissement balnéaire quelconque.

(1) A. Sirand, Antiquités générales de l'Ain , 1855.

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