‹ La gazette de CythèreChapitre 10 sur 49 · AVANTURE GALANTE DE LORD M**V · texte numérisé non relu

AVANTURE GALANTE DE LORD M**V

ruse Julin, contrefaisant la voi.v de sa maîtresse, et imitant, autant qu'il lui est possible, celle dont il va tenir la place, répond avec une timidité et une espèce de tremblement, qui auroit trompé un amant moins empressé que le Lord: « Oui, Monsieur, aprochez. » A cette invitation, le maître de Sally, transporté de joie, ne sait plus de quel côté s'avancer; SCS sens se confondent; son imagination s'égare; ses pas chancellent: et l'yvresse, qui s'empare de son ame, retarde, malgré lui, le moment de la jouissance; enfin, sans trop savoir dans cet instant où il va, ni ce qu'il va faire, il se trouve auprès de la ftiusse Sali/; il la serre étroitement entre ses bras; ses mains parcourent rapidement tous les attraits de son cocher, que l'illusion lui fait prendre pour ceux de sa fille de service ; sa bouche se colle successivement sur celle de la Nimphe postiche et sur son sein ; les plus tendres baisers en un mot préludent à la possession de l'objet de ses désirs les plus enflammés; et au moment où il se dispose de les remplir et de les couronner, le cocher ne pouvant, par plus d'une raison, soutenir plus longtemps son personnage, et jouer son faux rôle, saisissant, d'un bras fort et vigoureux, le trop crédule Lord, le précipite en bas de l'escalier du grenier, auprès duquel il avoit eu soin de se placer, pour être à portée, sans doute, d'exécuter le complot qu'il avoit formé avec sa chère maîtresse; heureusement que dans la chute le Lord ne se fit ni rupture ni contusion, qui, en l'exposant à la raillerie du public, lui eussent rapellé, à tout instant, son infortune. L'histoire autentique, de laquelle nous avons traduit cette anecdote, assure positivement qu'il en fut quite pour la peur, et pour cinquante Guinées qu'il avoit payées d'avance à l'infidelle Sally; elle ajoute encore qu'aïant recouvert l'usage de ses sens, dont la chute avoit dû le priver nécessairement, les cris et les plaintes qui lui échapoient malgré lui éveillèrent à la fin

tous ses Domestiques, qui, ne sachant où courir, vinrent enfin le trouver étendu au pied du fatal escalier. Qu'on se représente leur surprise, et la confusion de leur maître, qu'on s'imagine la satisfaction secrète de John et de Sally dans les voluptueux embrassemens qui durent suivre de près la réussite de leur projet ; qu'on se peigne le dépit et la confusion de Lord M*** ; on se fera, sans doute, la plus juste idée des suites d'une avanture aussi singulière que malheureuse pour ce Seigneur Anglois.

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