‹ La gazette de CythèreChapitre 14 sur 49 · MARIE C · texte numérisé non relu

MARIE C

ou L'ORGUEIL PUNI

Londres.

N honnête Fermier de la comté de Dorset avoit eu de son mariage avec C*** une fille unique, nommée Marie, que son aisance l'avoit mis en état d'élever d'une manière honnête ; il n'avoit pas même épargné son argent pour donner à cet enfant une éducation utile et proportionée à son état. Marie n'avoit encore que treize ans, quand elle eut le malheur de perdre son père. Sa mère, encore assez jeune, que l'économie et l'habileté de son mari laissoient dans une situa-

tion avantageuse du côté de la fortune, voulut continuer de régir par elle-même la Ferme, voyant bien que c'étoit un moyen sûr pour augmenter son bien, et procurer à sa fille un établissement avantageux : heureuse si l'ambition, et l'attachement démesuré qu'elle avoit pour Marie ne l'eussent pas séduitte, et si, contente du bien que son mari avoit ramassé, elle se fût retirée pour vivre à son aise, et continuer l'éducation de sa fille! Le succès de son entreprise ne répondit pas à son attente, et dans moins de deux ans elle s'apperçut, mais trop tard, que la Régie d'un bien demande tous les soins d'un homme, et que rarement ceux d'une femme répondent à son attente. En effet, aïant été obligée de s'en raporter entièrement à des étrangers et à des domestiques, elle fut bientôt réduitte à prendre sur une partie des épargnes de son mari pour payer sa Ferme; et voyant que si elle continuoit de la tenir, bientôt elle seroit réduitte à la plus extrême pauvreté, elle engagea le propriétaire de cette Ferme à rescinder le bail, et à lui permettre de se retirer, pour vivre tranquillement et sans tracas : en aïant obtenu la permission, elle fut Joindre une de ses anciennes amies, veuve aussi d'un riche négociant de Bristol, qui lui avoit laissé une fortune considérable.

Ces deux veuves, à-peu-près du même âge, se firent un plan de vie honnête, qu'elles suivirent sans faste et sans ostentation ; mais comme la fortune de Marie avoit considérablement diminué par les pertes que sa mère avoit faites, il fallut penser au moyen d'y suppléer en se mettant en état de gagner sa vie. Marie étoit née avec un petit fonds de vanité, qui lui faisoit regarder la vie privée et simple avec un dédain qui se fortifioit tous les jours ; étant déjà en état de former des projets relatifs à son amour propre, elle tâcha d'aprendre tout ce qui est nécessaire pour former une femme de chambre élégante ;

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