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premier amant; après quelques réponses vagues, et qui ne l'engagcoient à rien, voyant que Marie étoit inflexible, et qu'elle ne vouloit répondre à ses vues qu'au préalable elles ne fussent autorisées par le sacrement, il se désista aisément, et céda sa place à Lord Volpone, qui, plus fin, plus habile et plus constant que lui, obtint des faveurs de Marie, aussi long-tems qu'elles purent le satisfaire, sans que Marie en devînt pour cela Madame Volpone. Ce jeune Seigneur étoit un des plus assidus a faire sa cour il Lady M*** pour laquelle même il affectoit une prédilection assez marquée; un air majestueux, une figure agréable, des façons engageantes, et un je ne sais quoi, si fort du goût de toutes les coquettes, lui avoient gagné le cceur de Lady M*** et celui de Mairie. Sans une souplesse extrême, et une expérience consommée dans l'art de feindre, et de tromper plusieurs coquettes à la fois, en se ménageant les faveurs des unes et des autres, il lui eût été impossible de se conserver dans les bonnes grâces de la maîtresse et de la fille de chambre; mais Volpone n'en étoit pas à son premier essai; et il étoit déjà passé par tous les degrés qui mènent insensiblement un jeune étourdi à la gloire de tromper toutes les femmes qui sont assez duppes de faire fond sur des protestations folles et extravagantes. Soit que, profitant de la confidence que le premier amant de Marie lui avoit fait sur les prétentions de cette fille, il voulût augmenter sa gloire par une conquête que son ami avoit perdue par mal-adresse; soit que réellement touché des sentimens que Marie ne manquoit pas de lui laisser entrevoir dans toutes les occasions où la rivalité de sa maîtresse ne pouvoit pas nuire à son projet, Volpone saisit avec empressement la première occasion de pouvoir s'expliquer en particulier avec Marie : « J'ai cru m'appercevoir, lui dit-il, que votre cœur s'étoit donné à moi ; dites-moi franchement si c'est de votre consente-
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ment ou malgré vous; ne craignez rien, et parlez-moi sans détour; si vous m'aimez, Marie, soyez assurée d'un retour sincère; je ne vous parle pas des grands avantages que je puis vous faire; je sçais que votre cœur n'est pas à acheter; il vous faut amour pour amour; et tu vois, ma chère Marie, le plus tendre, le plus passioné, et le plus constant de tous les amans. » En disant ces mots, il se précipita entre les bras de cette fille, qui après bien de petites faveurs, accordées moitié de gré, moitié de force, eut cependant assez de courage pour empêcher Volpone de remporter une victoire qui devoit lui coûter plus de soins, plus de dépenses, et plus de fourberie.
Marie, interditte et hors d'elle-même, n'eut pas la force de répondre à Volpone, et quelqu'un qui entra dans le cabinet de Lady A/***, oià ils étoient, interrompit cette première entrevue. Cependant Volpone so. retira fort satisfait; et quoiqu'il prévît que Marie avoit encore toute sa vertu, il se promit d'en triompher avant peu, en promettant ce que son prédécesseur n'avoit pas voulu promettre; et Marie de son côté s'applaudissoit d'avoir pu se faire deviner par Volpone, ne doutant pas que Volpo7ie ne fût éperduëment amoureux d'elle, et que cet amour ne lui fît faire la folie de l'épouser. Peu de jours après cette explication imparfaite de leurs sentimens mutuels, il se présenta une occasion qui mortifia extraordinairement l'orgueil de Marie, et qui par-là accéléra sa perte.
Lady Af*** à qui Volpone donnoit la main fut à un bal où devoit se trouver la première Noblesse d'Angleterre, et où les gens seuls de la première distinction avoient l'entrée; Marie^ qui par-là se voyoit exclue d'une partie si fort de son goût, fit tant auprès de sa maîtresse, et encore plus auprès de Volpone, qu'elle obtint la permis- sion de les y suivre; mais elle ignoroit que sa maîtresse ne pouvoit, sans se compromettre, l'introduire dans cette
illustre et brilkiiUc assemblée; elle lut donc réduitle à être confondue avec le reste de la livrée dans les antichambres; et malgré sa parure il fallut se résoudre à voir de loin sa maîtresse et Volpone profiler de tout le plaisir du bal et de la danse, sans pouvoir le partager avec eux. Il scroit dillicilc de décrire l'agitation, le dépit et la consternation de notre petite orgueilleuse; sa situation étoit des plus critiques, et sa mortification alloit jusqu'au désespoir; et c'étoit-k\ que Volpoiic, qui la connoissoit à fond, vouloit l'amener pour en triompher plus sûrement : il n'avoit même sollicité sa maîtresse en faveur de Marie que parceque, prévoyant bien ce qui en arriveroit, il étoit assuré d'en retirer le plus grand avantage.
De retour chez elle, elle accabla de reproches Volpoiie et Lady M*"* ; et comme on l'avoit autorisée, par une complaisance mal placée, à prendre avec eux un air d'égalité qui lui avoit fait oublier sa condition, elle ne ménagea ni les termes ni les expressions; et elle protesta hautement que, puisque dans cette occasion on l'avoit traitée comme une vile servante, elle sçauroit bien trouver le moyen de se soustraire à ces humiliations. Enfin, après bien d'autres extravagances qu'il fallut lui passer, et dont Volpone s'applaudissoit en secret, elle finit par répandre un torrent de larmes qui déceloient son amour propre et sa vanité.
La semaine qui suivit celle du bal dont je viens de parler, on annonça une brillante Masquarade, dont on excluoit formellement les filles de chambre sans exception : à cette nouvelle, Marie résolut de se venger de l'affront qu'elle prétendoit avoir reçu de sa maîtresse, et de s'en venger sur elle-même : s'étant ménagé une entrevue avec Volpone, voici le discours qu'elle lui tint :
« Je sais. Lord, que vos arrangemens sont déjà faits avec Lady M**% pour la conduire à cette partie de masque
qui doit se faire dans peu; cependant, si je dois vous en croire, vous êtes prêt à tout me sacrifier; ce n'est qu'après m'être assurée moi-même de votre sincérité et de votre probité que j'ai souffert vos assiduités et vos petits soins; le moment est venu où vous devez me prouver que je ne me suis pas abusée; je veux être absolument de cette partie de masque; et je veux que ce soit vous qui m'y conduisiez; et comme par mon état actuel j'en suis exclue, c'est à vous à prendre les moyens de m'y mener d'une façon convenable à votre naissance. — Je ne suis nullement embarassé pour le prendre, ce moyen, lui répondit Volpone ; j'accepte avec une vraie reconnoissance ton invitation, ma chère Marie; je te sacrifie, sans peine, Lady M*** ; je me trouve trop heureux d'être par ma fortune à même de te placer au premier rang en Angleterre ; mais je ne puis joindre ma destinée à la tienne sans le consentement de mon père; or, c'est ce qui ne sera pas facile à obtenir dans un délai si court; cependant fie-t'en à ma parole, je vais te chercher un logement dès aujourd'hui; et pense au moyen de quiter ta maîtresse dès ce soir; par cet expédient je pourrai te mener avec décence à cette partie dont tu me parois avoir si fort envie. »
La trop ambitieuse et trop crédule Marie acquiesça à toutes les propositions du perfide Volpone; se croyant déjà sa femme, elle ne s'occupa plus que du moyen de quiter sa maîtresse, en faveur de laquelle la reconnoissance lui parloit, mais si foiblement, que l'orgueil régnant avec empire sur son cœur, il le rendoit insensible à tout autre sentiment qu'à ceux de l'amour propre. Cependant Volpone lui aïant fait part des arrangemens qu'il a voit pris pour son logement, et lui en aïant donné l'adresse', elle sortit incognito de chez Lady A/***, pour se rendre dans son nouvel appartement; elle prit la précaution de
laisser sur la table un petit Billet dans lequel elle remercioit assez Ibiblement sa maîtresse des bontés qu'elle en avoit reçu, et la prioit de n'être pas inquiette sur son sort. Arrivée chez la maîtresse de modes qui avoit loué l'appartement à rulpone, elle y fut reçue avec toutes les marques du plus profond respect; son amant avoit trop bien et trop elllcacement fait la leçon à son hôtesse pour que celle-ci, consommée d'ailleurs dans son art par une longue expérience, ne s'employât pas de son mieux pour tromper l'infortunée Marie, en flatant son ambition et sa vanité par des attentions respectueuses qu'elle avoit d'ailleurs vendues assez cher.
Tout ce qui environoit Miit^ie dans sa nouvelle demeure, flatoit puissamment sa vanité et nourissoit son orgueil; l^olponc, dont la fortune étoitdes plus brillantes, n'avoit rien épargné pour tromper plus sûrement cette infortunée, meubles magnifiques, commodités choisies, laquais, femme de chambre, équipage brillant, en un mot il avoit monté à Marie une maison complette et qui annonçoit la magnificence la plus éclatante, le goût le plus exquis et l'amour le plus sincère; le lendemain de son arrivée, les ouvriers, les marchands et tous les artisans les plus célèbres du luxe se rendirent en foule chez elle, avec ordre de suivre ceux qu'elle leur donneroit, soit pour ses habits, pour ses bijoux, pour ses assortimens, et pour tout ce qui lui sembleroit le plus convenable pour paroître avec distinction à cette partie de masque, où elle se promettoit de triompher aux yeux de sa rivalle. Volpone ne négligea rien pour la confirmer dans son aveuglement; il lui connoissoit assez de goût pour choisir elle-même son masque et le sien; il lui fit encore la galanterie de le lui laisser ordonner à sa fantaisie. Le jour fixé pour la masquarade étant arrivé, Volpone se rendit chez Marie, et environés de tout ce que le luxe a de plus
séduisant, pour une âme aussi vaine que celle de Marie, ils attirèrent avec raison les regards de tous ceux qui composoicnt cette assemblée; un triomphe qui n'est pas public, et dont on ne peut goûter la douceur qu'en secret, n'a pour l'ordinaire que peu d'attraits, et ne satisfait que très-imparfaitement; l'amour propre de Volpone n'eût été que très-médiocrement flaté, si dans cette occasion il eût joui incognito de la satisfaction d'avoir triomphé de Marie, et plus encore de celle que lui causoit l'approche du moment de rendre son triomphe complet. Il avoit pris la maHgne précaution d'avertir ses plus intimes amis et Lady M*** elle-même du tour qu'il jouoit à Marie, et du piège infaillible qu'il avoit tendu à sa vertu : de façon que l'arrivée de ce couple brillant ne surprit presque personne. Le jeune Lord reçut les complimens de féhcitation d'usage dans ces occasions, et auxquels la jeunesse libertine ne manque jamais ; pendant que Marie, occupée de sa future grandeur, le cœur plein de sa chimérique fortune, se livroit sans réserve aux empressemens de Volpone, qui affectoit auprès d'elle une assiduité qui eût passé pour ridicule, si tout le monde n'eût déjà sçu quel en étoit le motif. Cette partie n'aïant fini, comme il est d'usage, que quelques heures après le point du jour, Volpone se fit un plaisir d'en sortir un des derniers; de retour dans l'appartement de sa maîtresse, on juge aisément que Marie avoit besoin de repos; son corps, fatigué par la danse à laquelle elle s'étoit livrée avec excès, et son estomac noyé par une grande quantité de liqueurs et de rafraichissemens que l'on croit nécessaires dans ces occasions, la jettoient dans une espèce d'anéantissement et dans une foiblesse qui lui ôtoient l'usage de ses s.ens et de sa raison. Volpone, qui avoit tout ménagé pour la conduire à ce point, ne laissa pas échaper l'occasion qui faisoit l'unique objet de ses désirs ; la défaite de Marie fut com-
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plettc, consommée, la passion de Volpone satisfaite, mais aussi ce fut tout; ces deux amans n'étant pas amoureux l'un de l'autre, ne durent pas sans doute éprouver la douce ivresse qui s'eniparc de deux coeurs tendres et véritablement unis. Aussi Volpone se reffroidit-il tout d'un coup visrà-vis de l'infortunée Maric^ en diminuant ses visites peu-ù-peu; les derniers quinze jours du premier mois qu'il lui avoit loué un appartement, il les suprima totallement. Marie qui se persuadoit que son amant travailloit aux préparatifs de son mariage, et à en obtenir le consentement de son père, supportoit l'absence de Volpone avec assez de tranquilité, ne le soupçonant pas d'une infidélité aussi honteuse et aussi cruelle.
Elle ne fut pas long-tems dans cette erreur; son hôtesse entra dans son appartement, un matin que Marie s'y livroit à toute la joie, par l'idée de son état qu'elle croyoit très-prochain. «Je viens vous annoncer, Mademoiselle, lui dit l'honnête maquerelle, que vous devez quiter dès aujourd'hui l'appartement que j'ai déjà reloué à un autre qui doit vous remplacer ce soir. » A cette nouvelle si inattendue, Marie lui demande si elle étoit d'accord avec Volpone, et si elle ne doit pas lui donner un autre appartement. «Je comprends, reprit la faiseuse de modes, qu'il faut vous parler clairement : Lord Volpone^ en prenant l'appartement pour vous, n'a payé que pour un mois; ce mois finit aujourd'hui, et comme il me prévint qu'il ne le garderoit pas plus long-tems, je l'ai déjà accordé à un jeune Seigneur qui attend après, depuis huit jours, pour y mettre une jeune Demoiselle, dont il veut faire sa femme. — Mais, Madame, répliqua l'infortunée Marie, qui, dans cet instant, commença seulement à s'allarmer, n'avez-vous aucune nouvelle de Volpone depuis quinze jours que je ne l'ai vu? — Non, Mademoiselle, lui dit la bonne femme, et c'est à vous que je devrois en
demander, si j'avois quelque affaire avec lui ; mais grâce à Dieu je suis payée; d'ailleurs tout est bien à son service, car ce n'est pas la première fois que j'ai eu affaire avec lui ; et sa générosité a toujours passé mes espérances; c'est le Seigneur le plus loyal que nous aïons dans Londres; il ne ménage rien pour son plaisir; et aussi est-il toujours le mieux partagé en maîtresses. — Arrêtez, Madame, lui dit Marie en l'interrompant; c'est trop insulter à mon malheur, vous pouvez vous retirer; et je vais tâcher de gagner sur moi, afin de sortir de chez vous le plutôt possible : faites seulement monter ma fille de chambre. — Votre fille de chambre, Mademoiselle ? Elle vient de sortir avec votre laquais; ils m'ont dit que le Lord ne les avoit engagés que jusqu'à aujourd'hui, et qu'ils alloient se placer pour quinze jours chez une autre fille entretenue. » Marie ne put plus tenir à des récits qui sembloient faits exprès pour ajouter et rendre complette la perfidie de Volpone, dont elle ne put plus douter; occupée de sa honte, et succombant à l'idée affreuse de l'opprobre dont elle s'étoit couverte, elle tomba évanouie sur le fauteuil oià elle étoit assise : revenue à ellemême sans aucun secours, elle se hâta, le mieux qu'il lui fut possible, de ramasser tous ses effets, qui auroient pu lui être d'une très-grande ressource, si ses domestiques n'eussent eu le soin de s'en approprier, une bonne partie; il lui en restoit cependant encore assez pour vivre honnêtement pendant quelque tems; car Volpone iloil prodigue même envers les filles qu'il vouloit tromper, .Sans savoir trop où aller, mais résolue de quiter Londres, Marie sortit de son appartement, et prit la route de Bristol. Le hasard la conduisit chez une veuve, qui avoit été pendant son bas âge servante chez son' père : elles ne se reconnoissoient pas certainement ni l'une ni l'autre; et ce ne fut que par la suite de la conversation
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que Marie se confiant sans réserve à cette honête veuve, qui par son affabilité et sa compassion avoit gagne sa confiance, elles se firent connoître l'une à l'autre. Marie lui fit la triste histoire de sa vie, et finit par lui avouer qu'elle croyoit déjà ne plus pouvoir douter que la suite de sa crédulité à l'égard du perfide Volpone ne la rendît mère d'un enfant dont elle se croyoit enceinte ; que dans cet état elle n'oscroit revenir chez sa mère ; mais qu'elle lui demandoit en grâce de la garder chez elle jusqu'à ce qu'elle pût cacher sa honte à sa famille et à ses connoissances; lui offrant pour récompense tout ce qui étoit en sa possession, et qui étoit assez considérable pour engager cette femme à avoir pitié de sa triste situation ; mais la généreuse veuve n'avoit pas besoin d'être excitée par l'appât du gain : elle avoit toujours conservé une parfaite reconnoissance pour ses anciens maîtres; et leur fille étoit d'ailleurs trop intéressante par sa figure prévenante et par son malheur même, ainsi Marie ne fit que prévenir par cette demande la proposition que sa nouvelle hôtesse alloit lui faire. Marie, accablée de chagrin, de lassitude, de trouble et de remords, éprouva bientôt les suites infaillibles d'un état violant, autant par les peines de l'esprit que par l'épuisement du corps; toutes les attentions et tous les soins de la veuve ne purent prévenir une maladie dangereuse qui la mit, dans peu de jours, hors d'espoir d'en revenir, et elle ne doit son rétablissement miraculeux qu'à l'expérience, à l'assiduité et à l'amour de M. F***^ Médecin sexagénaire qui fut appelle pour la soigner. Ce Docteur n'avoit jamais voulu s'engager dans le mariage par la mauvaise opinion qu'il avoit conçue de la vertu des femmes : la crainte de n'être que le Père putatif des enfans de l'épouse qu'il prendroit lui avoit toujours fait tant d'impression, qu'il s'étoit constamment refusé à tous les partis avantageux qu'on lui
avoit proposés dans sa jeunesse ; il avoit même poussé la délicatesse jusqu'à ne pas vouloir de Gouvernante, crainte de n'en être pas le seul maître; mais le moment étoit arrivé où le ciel devoit punir deux extravagances à la fois, et l'une par l'autre; l'orgueil de Marie devoit être confondu en se voyant trop heureuse de mettre son honneur à couvert par un mariage qui unissoit sa destinée à un vieux Médecin de campagne, qui certainement n'étoit nullement en état de remplir ses désirs, ni de répondre à ses vues; la méfiance inutile et ridicule du Médecin devoit être vaincue par les attraits d'une inconnue, et qui par tant de raisons auroit dû être suspectée d'une vertu très-moyenne même par un homme moins délicat que M. jP***, et qui, sans avoir eu occasion de s'en convaincre par les ressources que sa profession devoit lui fournir, se seroit aisément persuadé que cette fille n'étoit qu'une avanturière; mais le ciel est juste et il punit enfin, quand on s'obstine dans son égarement. Le vieux Hipocrate, pressé par son fol amour, et Marie, par la nécessité de cacher sa turpitude, conclurent sans peine leur tendre Himen. A peine Marie eut-elle recouvert les forces suffisantes pour pouvoir se tramer à l'autel, et supporter la fatigue de cette auguste cérémonie, que le vieillard s'empressa de combler ses vœux et d'éteindre ses feux, qui dévoient être d'autant plus vifs et plus ardens qu'ils avoient couvé plus long-tems sous la cendre. C'est aussi à leur vivacité qu'il attribue encore, sans doute, la fécondité prématurée de sa chère et fidèle Marie ; c'est à ses confrères à décider s'il peut être bien fondé à s'en applaudir, et si véritablement il n'a reculé que pour mieux sauter. En attendant une décision si importante, il sera permis de croire que la Nature, plus constante et plus uniforme dans ses productions que la Médecine n'est assurée dans sa théorie, avoit pris les devans, pour donner au Docteur