‹ La gazette de CythèreChapitre 18 sur 49 · DE LA CÉLÈBRE MADEMOISELLE D. V · texte numérisé non relu

DE LA CÉLÈBRE MADEMOISELLE D. V

Trouvé dans son Portefeuille après sa mort prématurée.

Paris, Décembre.

ADEMOisELLE D. V***, en 1770, étoit encore dans un état assez obscur, et couroit les rues de Paris,, sous le nom de Babet; elle vivoit aux dépens de quelques jeunes Abbés, auxquels elle accordoit quelques légères faveurs, et aux dépens de quelqu'autres de ses camarades qui avoient pitié d'elle, en considération du triste état où ses fatigues nocturnes l'avoient réduite : elle resta pendant assez long-tems en proie à la plus affligeante misère et à la plus opiniâtre de toutes les maladies, que son assiduité au temple de

Vénus lui avoit fait contracter. Elle ctoit encore dans cette pitoyable situation, lorsque Mademoiselle D. B***, touchée de sa condition misérable, la retira chez elle, la fit soigner, et enfin en fit sa plus chère amie, aussi bien que sa confidente. Ce sort étoit d'autant plus agréable pour Babet, que M"" D. B*** venoit de se donner un carosse élégant, qu'elle avoit acheté au moyen d'un leg qui lui avoit été pa3^é, et qu'elle avoit gagné par une relation intime qu'elle avoit eue avec le vieux Marquis de Saint-P*** ^ lorsqu'elle n'étoit encore que simple fille de boutique chez une faiseuse de modes.

Babet n'eut pas plutôt gagné la confiance de sa bienfaitrice, qu'elle oublia bientôt ses anciennes connoissanees et s'attacha uniquement à captiver l'amitié de M"* D. B*** qui avant sa petite fortune s'appelloit Charlotte. Opéra, comédie, bal, promenade, parties de campagne, et enfin amusemens publics de toute espèce, faisoient l'unique occupation de nos deux intimes amies, qu'on appelloit communément les deux sœurs du plaisir et de la joye : aussi s'y livroient-elles sans réserve et sans ménagement. Mais comme la fourberie, l'ingratitude et tous les mauvais penchans sembloient être des qualités innées dans Babet, et que son caractère avoit une teinte de méchanceté plus forte que celui des personnes de son sexe et de sa condition, elle commença bientôt à contrecarrer, en tout ce qu'elle put, sa meilleure amie. Elle avoit d'autant plus beau jeu, et pouvoit d'autant plus aisément suivre son inclination à ce sujet, que M"* D. B*** étoit, pour ainsi dire, encore novice, et qu'elle étoit généralement reconnue pour une espèce d'imbécile, que l'adroite Babet pouvoit aisément rendre sa dupe, et faire tomber dans tous les pièges qu'elle voudroit lui tendre. Babet éclipsa bientôt Charlotte en tout : reparties spirituelles, saillies vives, bons mots, tout la distinguoit avantageusement, et

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