I.'ITALIKNNK PROMPKUSK HT TROMPÉE
aimable fille, qui semble se plaindre de sa timidité, et qui, lors même qu'elle se dclTend contre quelques innocentes entreprises, lui facilite tous les moyens d'en faire de plus considérables, en lui laissant entrevoir tout le succès qu'il doit en attendre. Ce tableau agréable a été peint, avant moi, par des maîtres qui me sont bien supérieurs; je ne pourrois, par mes couleurs, qu'afTolblir l'image qu'un cœur tendre, et innocent encore, peut s'en faire ; et si mes lecteurs veulent remonter à l'époque délicieuse où la nature, prête à se faire jour à travers les préjugés de l'éducation, et une modestie factice, qui l'avoient empêchée, pendant quelque tems, de jouir de ses droits; il n'en est pas un d'entre-eux qui ne puisse, mieux que je ne le pourrois moi-même, se représenter le jeune P*** faisant ses premiers exercices à Cythère. Il est probable qu'il seroit sorti du Temple cette fois-là, avant la fin du sacrifice, si la prêtresse n'eût eu toute l'expérience qu'elle avoit. Mais il étoit en trop bonnes mains pour s'en retourner sans avoir offert son offrande ; ses pas chancelans vers l'autel furent raffermis par la main bienfaisante qu'on lui tendoit pour l'y conduire, et son entrée dans le sanctuaire ne lui coûta qu'une exacte docilité aux soins généreux qu'on prit de l'y introduire. Initié dès-lors aux mistères les plus cachés de la grande Déesse, ébloui de la gloire de cette Divinité, il n'en put supporter tout l'éclat, sans tomber dans un extase qui le priva, pendant quelques momens, de l'usage de ses sens : mais revenu à lui, par les petits soins de la charmante Pf^êtresse, il sentit renaître toutes ses forces et toute son ardeur; et sa dévotion lui inspirant un nouveau courage, il l'eût poussée à l'excès, si l'on n'en eût prudemment modéré la ferveur. Le jeune P***, après avoir pris tous les arrangemens nécessaires pour venir, le plus souvent qu'il se pourroit, donner des marques de sa vénération à la Divi-
nîté à laquelle il s'étoit dévoué, sortit du parvis, après avoir promis de s'y rendre dès le lendemain.
Grictje, aussi contente du jeune /**** que celui-ci rétoit d'elle, entrevit dès ce moment l'avenir le plus heureux, et se promit la félicité la plus complettc à tous égards. Ses revers passés auroient cependant dû lui apprendre qu'il n'y a pas grand fonds à faire sur les apparences les plus réelles dans ces circonstances; mais outre que ces sortes de filles n'ont, pour l'ordinaire, aucune prévoyance, éblouies par leur prospérité actuelle, elles ne pensent qu'à en jouir, s'embarassant fort peu de ce qui peut arriver dans la suite. M. H***d, qui n'avoit pas fait une absence aussi longue qu'il l'avoit cru, entra chez Grietje, peu de tems après que son second en fut sorti. Il la surprit au moment où elle se livroit à toute la joie que lui donnoit la nouvelle acquisition qu'elle venoit de faire. Le contentement intérieur qu'elle en ressentoit se peignoit sur son visage; son teint plus coloré et plus éclatant, ses yeux plus vifs et plus pétillans qu'à l'ordinaire, mirent nôtre sexagénaire dans un état de gaieté dont il ne pouvoit arrêter les transports ; aïant la foiblesse de se faire honneur des nouveaux attraits de son amante, il attribuoit à son arrivée inopinée le nouvel éclat des charmes de sa Sunamite; et voulant lui témoigner le compte qu'il lui en tenoit, il se disposa à lui en donner les plus tendres preuves, et lui annonça un souper fin et délicat pour le lendemain au soir, se proposant de passer ensuite toute la nuit avec elle. S'il eût pu lire dans le cœur de Grietje, il eût reconnu qu'elle n'y étoit pas aussi sensible qu'elle affecta de le paroître; le jeune P*** étoit bien plus de son goût, et répondoit bien mieux- à son . inclination; mais le vieux commerçant devoit avoir la préférence; il n'y avoit pas mo3^en de rompre la partie qu'il venoit de proposer. Dès qu'il fut sorti, Vltalierine
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avertit le jeune /-**'* de ce fâcheux contre-tems, et lui écrivit le billet suivant.
« Si je n'avois que mon goût ù consulter, je me dispenscrois de t'apprcndrc une fâcheuse nouvelle; mon vieux Pénard est arrivé plutôt que je ne pensois; et il est entré chez moi un demi quart-d'heurc après que tu en as été sorti : j'ctois uniquement occupée de toi, lorsqu'il a paru; et il a eu la bonté de prendre pour son compte la gaieté que tu m'avois inspirée : il s'est approprié les effets d'une sensibilité à laquelle tu as seul le droit de prétendre; et pour m'en témoigner sa vive reconnoissance, il m'a annoncé, pour demain au soir, une partie fine qui, ù son avis, sera suivie de la nuit la plus délicieuse ; mais heureusement il boit volontiers un petit coup, et je lui en ferai avaler plus de quatre ; je t'avertis avec la peine la plus vraie de ce fâcheux contre-tems qui, comme tu vois, rompt toutes nos mesures : je te ferai avertir, lorsque le champ de bataille sera libre, et vraisemblablement je trouverai le mo3^en de le rendre tel demain au soir, pour plusieurs jours; adieu mon cher ami, j'espère pouvoir incessanment te donner des nouvelles plus agréables; par devoir je dois mon corps à M. H**\i, et par inclination je t'ai donné mon cœur sans réserve. «
Le jeune P*** fut sensible, comme on se l'imagine, au malheur que sa digne amante lui annonçoit d'une façon assez cavalière, qui auroit fait juger à tout autre que cette fille adroite trouvoit aisément le moyen de concilier les circonstances les plus contraires, et de les faire tourner toutes à son propre avantage. Mais le jeune Négociant ne vit que de l'amour et de la tendresse dans le billet de Grietje : il ne s'occupa que d'y répondre d'une manière propre à faire penser à son amante qu'il étoit digne d'elle, autant par la tendresse de son cœur, que par le brillant de son esprit; mais malheureusement pour lui, ce n'étoit
pas là son fort. Les plus heureuses dispositions, quand elles sont négligées, réussissent rarement, sans le secours de l'éducation ; et le jeune P**\ ne trouvant pas dans son propre fonds de quoi exprimer avec assez de force l'état actuel de son cœur, eut recours à un de ces livres, composés exprès pour les novices en amour de l'un et de l'autre sexe : il l'emprunta adroitement à un de ses camarades, et y copia la réponse suivante :
Mademoiselle,
(( L'amour que vous m'avez inspiré est si fort, que je me dévoue volontiers à toutes les rigueurs qu'il me fait éprouver dans ce moment : mon cœur ne soupire que pour vous; et mes yeux ont versé un torrent de larmes, depuis que je me suis séparé de votre aimable personne : le petit Dieu a traversé mon cœur avec une flèche que je n'aurai jamais le courage d'en arracher : ma foiblesse est trop profonde pour pouvoir espérer d'en guérir jamais : je me jette à vos genoux. Mademoiselle, et les embrasse tendrement : vous êtes la maîtresse de mon sort, et toutes vos rigueurs ne m'empêcheront pas de vous adorer toute ma vie, et d'être avec un profond respect,
« Mademoiselle,
Votre très-humble et très-passioné Serviteur,
On voit par ce tendre Galiiiiathias que notre jeune amant n'est pas fort habile, même dans le choix de la lettre. Vraisemblablement il vouloit faire une réponse qui eût un peu de raport au billet qu'il avoit reçu ; mais vraisemblablement aussi rempli de son objet, il s'attacha au modèle de lettre qui lui parut le plus expressif et le plus emphatique. Quoi qu'il en soit, Grietje comprit ce