I.'ITALIENNK TROMFKUSK ET TKOMPKE
qu'il lui manda, et devina ce qu'il auroit dû lui écrire : cette lille indulgeante lui tint compte de sa bonne volonté. Elle lui tint parollc; et son antiquaire, peu accoutumé à la longueur des sacrifices nocturnes, étendu sur le grabat pandant plus de trois semaines, lui donna le loisir de se livrer toute entière à son jeune amant. Elle le fit avertir le sur-lendemain, et lui donna rendez-vous avec cet empressement qui avoit tout l'air de la plus parfaite sincérité. Le jeune homme en profita avec cette ardeur si propre à son âge; et pendant les trois semaines que M. /7**'cf fut obligé de garder son appartement, il s'acquita bien mieux que lui des devoirs que la belle Italienne souffroit qu'ils lui rendissent tour-à-tour.
C'est au moment que la fortune nous rit le plus, qu'elle nous prépare les plus grands revers; et lorsqu'elle nous montre un front serein, elle pense dès-lors à nous tourner le dos : le jeune P*** en fit la triste épreuve ; et par contre-coup l'Italienne s'en ressentit vivement. Il seroit difficile de dire si M. P*** le père eut quelque soupçon désavantageux à son fils, et qu'il cherchât à s'éclaircir, ou si le hasard seul le détermina à vouloir vérifier le Livre de la caisse qu'il avoit confiée à ce jeune homme. Quoi qu'il en soit, il appella le jeune P"* un matin dans son cabinet, et l'obligea à lui rendre compte de mille florins dont on n'osoit assigner l'emploi, et qui se trouvoient de moins pour faire la Balance de ce livre particulier. L'impossibilité où se trouva le fils d'en montrer un emploi légitime jetta le père dans une fureur que je n'entreprendrai pas de décrire, et le fils dans un embarras qu'on conçoit aisément. Une correction des plus violentes, assaisonée de quelques coups de canne vigoureusement appliqués, arracha l'aveu d'une partie de l'emploi de la somme, et fit deviner le reste. Cette scène tragique, qui fut suivie de la perte de la confiance du père et de la direction de
la caisse, mit nôtre jeune homme dans la dure nécessité de rompre brusquement sa première inclination, et de mener une vie d'autant plus triste, que, rigoureusement observé, il ne faisoit plus un pas qui ne fût exactement compté. Grietje, qui ne savoit rien de ce qui se passoit, surprise de ne plus revoir son jeune amant, inquiette sur son compte, lui écrivit le quatrième jour après la fâcheuse catastrophe que nous venons de raconter; et comme tous les aboutissans et toutes les avenues de la maison paternelle, qui servoit de prison au jeune P***, étoient fidèlement gardés, la pourvoyeuse, chargée du billet doux, ne put trouver moyen de le remettre à son adresse; ne voulant pas cependant perdre le fruit de la commission, elle le confia à un domestique de la maison et lui recommanda de remettre le dit billet au jeune Monsieur, avec prière expresse de ne le remettre qu'à lui. Le perfide valet promit tout ce que la femme exigea, et ne tint rien de ce qu'il avoit promis. Le petit billet fut remis au père, qui y trouva clairement l'emploi des mille florins dont il n'étoit pas encore consolé : il fit venir son fils, le confondit avec cette preuve trop parlante, et prit dans le premier moment de sa juste colère les plus affligeantes résolutions contre l'infâme séductrice de son fils. Mais aïant communiqué son projet, et fait part de son chagrin à un ami de bon-sens, il fut détourné du parti violant qu'il méditoit contre Grietje, et se contenta de mettre son fils à l'avenir dans l'impossibilité de fournir à ses plaisirs aux dépens de la caisse du comptoir. Il n'en fut pas cependant quitte pour les mille florins en question; car les débauches du jeune P*** avoient eu des suites ordinaires, mais trop funestes, pour qu'il pût long-tems en faire un secret. Sa santé dépérissoit à vue d'œil; une langueur mortelle répandue sur toute sa personne, et des marques trop visibles d'un tempérament gâté, obligèrent