I.ITALIKNNK THOMl'KUSE ET TROMPf^K
le *pèrc à toutes les dépenses nécessaires pour rétablir ce fils dans son premier état de vigueur et d'embonpoint.
Un Médecin habile, moycnant quelques ducats, parvint, à force de soins et d'exactitude, ù réparer les terribles brèches que le feu Italien, combiné avec tant d'autres feux, avoit faites; et après un régime assez long, la nature, aidée de l'art d'Esculape, rétablit autant qu'il est possible, les forces du jeune adolescent. Heureux si cette leçon le corrige pour l'avenir, et le met en garde contre ces dangereuses distributrices, ou plutôt, ces revendeuses de faveurs! c'est au tems à nous l'apprendre. Quant i\ l'Italienne, après avoir donné quelques momens à sa douleur, elle se consola à son ordinaire, accoutumée à ces sortes d'événemens : celui-ci fut moins sensible pour elle que ceux qui l'avoient précédé. Son vieux M. H**\i avoit reparu sur l'horison, aussi enchanté, ou pour mieux dire aussi passioné, et conséquemment aussi libéral qu'avant son éclipse, et probablement la grande partie des mille florins fournis par notre jeune François, étoit en réserve dans la cassette de l'Italienne. G'étoient là autant d'heureuses circonstances qui lui rendoient la perte de /**** plus suportable; d'ailleurs elle n'ignoroit pas que le parti qu'elle en avoit tiré de toutes les façons étoit trop fort, et trop considérable, pour pouvoir espérer de le faire aller le même train pendant long-tems. Elle avoit trop abusé de ses ressources pour ne pas prévoir qu'elle les auroit bientôt épuisées; encore quelques jours de plus, et le jeune P*** eût été forcé, de lui-même, de prendre son congé, et de rendre les armes à sa charmante maîtresse.
Grietje cependant avoit mis en campagne toutes ses revendeuses à la toilette, pour tirer le meilleur parti possible de ses charmes, et pour donner un second à M. H***d, qui, malgré sa bonne volonté, en avoit absolument besoin
i}2 LA GAZETTE DE CYTHERE.
au jugement de Vltalienne. Tous les soins que ces honnêtes fripières se donnèrent furent inutiles, et pendant plus de quinze jours elles ne trouvèrent pas un sol sur les attraits de G?^ietjc, qui, depuis quelque tems, ctoient aussi au décri que les actions sur la banque d'Angleterre le sont aujourd'hui. Sensiblement affligée de ne pouvoir plus faire de dupe, elle se détermina à s'exposer de l'être ; et ce second parti lui réussit beaucoup au delà de ses espérances. Ainsi elle changea l'ordre qu'elle avoit donné à ses Courtières, et les chargea de lui chercher quelque jeune homme beau et bien fait, qui voulût, en payant, lui faire compagnie, pendant l'absence du vieux maître de la maison. Cet ordre fut plus aisé à exécuter que le premier; et le lendemain qu'il eût été donné, il y avoit déjà plusieurs aspirans sur le tapis, qui tous se promettoient la préférence : il y en avoit même de toutes les conditions; et cela n'est pas surprenant; la ville d'Amsterdam regorge de jeunes gens de toutes les nations, qui, par des revers qu'ils ont soin de publier à l'avantage de leur honneur, et qui pour l'ordinaire ne doivent être attribués qu'à la bassesse de leurs sentimens, sont venus chercher, dans cette capitale de la Hollande, un azile sûr contre des persécutions presque toujours méritées. Introduits les uns après les autres, et sans savoir qu'ils étoient plusieurs concurrens, Grietje^ après les informations préliminaires, et un examen qui la mit à même de pouvoir se déterminer pour celui d'entre-eux qui lui paroîtroit mériter la préférence, accorda le prix à un Officier François, qui, depuis six mois, vivoit sans payer à la pille de Paris, et que l'aubergiste menaçoit journellement de mettre à la porte, s'il ne donnoit quelque à-compte sur la dépense qu'il avoit faite chez lui. Il faut avouer que le miUtaire méritoit cette préférence à tous égards sur tous les autres ; mais Grietje se détermina autant en sa faveur,