‹ La gazette de CythèreChapitre 28 sur 49 · L'ITALIENNE TROMPEUSE ET TROMPEE · texte numérisé non relu

L'ITALIENNE TROMPEUSE ET TROMPEE

par une espèce d'clcvation de sentimcns, qu'elle avoit conservée encore, ne pouvant oublier la noblesse de son origine, que parceque d'ailleurs M. rOllicier, âgé de vingt et quatre ans, à l'air le plus leste, et le plus sain, joignoit une taille avantageuse, et une figure véritablement martialle. Des façons libres, de la gaieté, des saillies, et en un mot tous ces riens que le militaire françois sait rendre agréables et intéressans vis-à-vis des belles, lui gagnèrent tout de bon l'Italienne, qui ne l'aïant d'abord pris qu'à gages, et par conséquent à ses ordres, ne fut pas long-tems sans s'appercevoir qu'elle s'étoit donnée un maître, aux volontés duquel elle se vit contrainte de se rendre, sans pouvoir s'empêcher d'y souscrire; rOlticier la traita comme il eût traitté une place prise d'assaut, malgré la capitulation que Grietje avoit été la maîtresse de régler à sa fantaisie. Maître du cœur de l'Italienne et de sa petite réserve, il y puisa quelques ducats pour pouvoir conserver son appartement à l'auberge, en payant une partie des arrérages; et aïant pris par anticipation ses apointemens de six mois, il fut retirer du Lombard une partie des effets qu'il avoit emportés de son régiment, et qu'il avoit engagés, afin de pouvoir paroître dans les parties nocturnes de jeu de hazard, oi\ les Hollandois, aussi habiles que toute autre nation, ont soin de décroter tous les étrangers qui sont assez imprudens pour s'exposer à être la dupe de ces Banquiers clandestins.

Il est très rare de trouver un jeune Fy^ançois modéré; et c'est encore bien plus rare de le trouver parmi la jeunesse militaire de cette nation. Celui dont nous crayonons le portrait, de profil seulement, n'étoit pas du petit nombre de ceux qui prennent leurs plaisirs avec une certaine économie. Il ne ménageoit pas mieux les intérêts de sa bienfaitrice, qu'il n'avoit ménagé les siens propres;

et pendant tout le tems qu'il crut la cassette fournie, ou à même de se fournir par les largesses du vieux Hollandois, il mena son intrigue à la françoise, c'est-à-dire grand train; et si quelque-fois Grietje vouloit lui faire à ce sujet quelques petites représentations, une ai^iette chantée avec assez de goût, une caresse faite à propos, une cabriolle et une agacerie un peu polissonne, étoient des argumens auxquels l'Italienne, n'avoit pas de solution à donner, qu'en les rétorquant avec la même vivacité. Mais il est , un terme à tout, et la bonne fortune de Grietje étoit arrivée au sien. Un accident, causé par la plus grande de toutes les imprudences, découvrit à M. H***d qu'il étoit lourdement trompé; que ses ducats étoient employés à une autre destination que celle qu'il s'étoit promise; et qu'enfin il fournissoit à la bonne chère et aux plaisirs de deux personnes, qui se moquoient de lui, lors même que sans lui elles eussent été réduittes toutes les deux à la plus affreuse extrémité.

Cinq ou six semaines s'étoient passées dans la situation la plus agréable, et la plus riante, par raport à Grietje et à son militaire, lorsqu'un soir, M. H***d, se sentant vivement pressé du désir de voir sa chère Italienne, se rendit chez elle au moment qu'elle ne l'attendoit pas ; car le bon-homme avoit ses heures réglées. A sa façon de fraper, on le reconnut aisément, et les deux amans, étant dans ce moment ensemble, le militaire fut se cacher dans une petite chambre inconnue même à M. H***d; et Grietje se mettant dans le lit, ou peut-être y restant, donna ordre à sa servante d'ouvrir, et de faire entrer le vieux Négociant; elle crut que prétextant une forte migraine, le vieux bon-homme, après en avoir témoigné sa peine, se retireroit, et lui laisseroit toute la soirée libre. Cela seroit arrivé de même, sans l'avanture que je vais raconter. Après avoir assuré son amante de sa sensibilité à son in-

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