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commodité, et après vraisemblablement avoir essaye de l'adoucir par quelque innocente caresse, M. H''\i sortit attristé sur l'état de la malade; et comme il ouvroit la porte de la rue, il trouva deux garçons traiteurs, qui attendoient qu'on vînt leur ouvrir, avec une assez grande corbeille, qu'ils dirent être destinée pour M"" Gn'clje. La servante, qui n'avoit pas été assez tôt à la porte pour faire entrer incognito ces deux pourvoyeurs, accourut pour tacher de faire prendre le change au vieux Négociant, qui, par la naïveté des réponses qu'on lui faisoit, comprit aisément qu'il y avoit quelque mistère qu'il lui importoit d'aprofondir. La servante eut beau vouloir soutenir effrontément que ce n'étoit pas pour sa maîtresse que la corbeille avoit été garnie; elle fut confondue à l'instant par le compte que ces jeunes gens remirent au vieux Négociant, qui étoit si bien circonstancié, qu'il ne pouvoit pas se tromper sur l'application qu'il devoit en faire; et comme le traiteur avoit donné ordre de ne pas livrer la corbeille, sans que le compte fut acquité, les garçons reclamèrent l'Officier françois qui avoit commandé le souper, et qui avoit donné ordre de le porter à l'adresse écrite sur le revers du compte même. Tout autre qu'un Hollandois eût fait un coup d'éclat, ou du moins il fût rentré dans l'appartement de la belle pour l'accabler de reproches qu'elle méritoit justement; mais ces vivacités et ces emportemens n'entrent pas dans le caractère flegmatique de la nation. Moins emportée, et plus sage que les autres, elle dévore avec une insensibilité apparente les chagrins les plus cuisans, les afîronts les plus sanglans. C'est le parti que M. H**\i prit fort sagement, sans attendre le dénouement de l'intrigue; et sans en vouloir savoir davantage, il laissa toute la maison de Grietje raisonner sur ce fâcheux contre- tems; et oubliant en chemin une partie de sa fâcheuse avanture, il
vint manger chez lui une botterame, et boire quelques tasses de caffé plus tranquilement et de meilleur apétit que la perfide Gt^ietje et son Officier ne mangèrent leur excellent souper, et ne burent le meilleur vin de Bourdaux. Je ne dois pas abuser de la complaisance du lecteur, en lui racontant exactement toutes les suites de cette avanture; il est tems de finir une anecdotte, peut-être trop longue, mais que le respect dû à l'intégrité de l'histoire ne m'a pas permis d'abréger. Dès ce moment donc, toutes les ressources de l'Italienne furent perdues; le jeune militaire profita du peu de momens qui lui restoient pour achever de ruiner tout à fait l'infortunée Gî'ietje, qui, dans moins de huit jours, se trouva aussi pauvre qu'elle l'eût été de sa vie. On la vit reparoître aux Musicos pour y chercher de quoi subvenir aux plus pressans besoins; mais par une fatalité, ou plutôt par une juste punition, qu'elle méritoit, si fort décriée que personne n'en vouloit plus à aucun prix. On me mande, dans ce moment, qu'il semble que la fortune veuille lui rire encore; mais qu'on ne croie pas que, si cela arrive, elle sache mieux en profiter qu'elle n'a fait jusqu'ici. Nous aurons soin d'en instruire le public aussi-tôt que nous recevrons de nouveaux mémoires. En attendant, nous osons assurer que jamais fille n'a été si volage, si inconstante et si légère que notre héroïne Italienne, et que si elle a trompé la plus part de ses amajits, un militaire François les a tous parfaitement vengés. Leur vengeance ne pouvoit certainement pas être remise en de meilleures mains; il avoit toutes les qualités nécessaires pour la rendre complette; et l'usage qu'il en a fait a ajouté une nouvelle preuve à la vérité assez constante, qu'un trompeur trouve tôt ou tard un plus fin que lui,qui le trompe à son tour.