‹ La gazette de CythèreChapitre 37 sur 49 · I.A COyUKTTE F)UPKK · texte numérisé non relu

I.A COyUKTTE F)UPKK

rcscrvc et sans contrainte. Baj^ncrcs est une très-jolie ville au pied des Pyrénées dans la province de Bigorre; elle est située dans une vaste et superbe plaine; Hagnères dans la saison peut disputer pour le goût, l'abondance, la richesse et le luxe, à Paris, toutes proportions gardées, et elle est certainement beaucoup au-dessus de cette capitale, pour les délices de la vie dans quelque sens qu'on l'entende ; le concours des nationaux de tout rang, de tout âge et de tout sexe, et celui des étrangers, le rend le séjour le plus délicieux, et y attire, plus par plaisir que par besoin, tous ceux qui, étant en état de faire de la dépense, peuvent donner trois mois à leur plaisir, et les passer dans la plus brillante compagnie. Le voyage de Bagnères est depuis très-Iongtems du bon ton en France ; c'est la seule mode qui s'y soutienne constamment ; aussi est-ce sans doute la plus innocente et la mieux autorisée : plus d'une fois ce voyage a servi de prétexte à d'autres personnes qui se trouvoient dans le même cas que M"'" F**% et quantité de femmes sont redevables aux eaux minérales, autant de leur santé, que de leur honneur qu'elles auroient eu de la peine de mettre à couvert, si elles n'eussent eu à faire un voyage aussi plausible et aussi propre à cacher les effets de leur incontinence. Le marquis de B*** résolut donc le voyage de Bagnères, avec jVjmc et M"« F***. Le jour en fut fixé pour le huitième jour après celui de l'éclaircissement dont nous venons de parler, et dès le même jour il fut annoncé à toute la société, qui apritavec peine une interruption, et une cessation du plaisir, et que la plupart des membres eurent la bonté de trouver beaucoup trop longue, quoiqu'ils fussent bien assurés de ne pas chômer par l'absence de ces dames ; le marquis prit la précaution de faire partir en avance un homme de confiance, chargé de trouver dans quelque lieu isolé, un endroit propre à faciliter le succès

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du voyage de M"^ p***^ q^ ^ j^ dérober à la honte inévitable de son état. Ce lieu ne fut pas difficile à trouver, les environs de Bagnères sont si solitaires , si peu fréquentés, et même si impraticables dans quelques endroits, qu'il est aisé d'y vivre inconnu au reste des mortels, aussi long-tems qu'on veut se dérober à leurs yeux, sans qu'il soit possible d'être découvert dans cette paisible retraite.

M"'* F*** exigea que le marquis de B*** ne seroit pas du voyage, et elle n'eut pas de peine à l'obtenir ; il étoit moins amoureux que libertin; et son amante commençoit à lui devenir indifférente; il avoit même résolu de l'abandonner après sa délivrance; et il fut bien aise qu'on lui fournît l'occasion propre à son dessein; M"'" F*** qui ne suspectoit pas sa fidélité, avoit deux vues en excluant le marquis du voyage, la première de pouvoir à son gré disposer de sa bourse, étant chargée de faire toutes les dépenses nécessaires, et pouvant les grossir sans que le marquis pût voir par lui-même, si elles étoient exagérées ou non; la seconde, qui lui tenoit au moins autant à cœur que l'autre, c'est qu'elle avoit résolu de se faire accompagner par le religieux Bénédictin ; ce qu'elle n'auroit pas pu faire décemment si son gendre prétendu eût été de la partie, elle avoit eu l'habileté de tenir sa correspondance avec le moine à l'inscu de tout le monde, et personne n'en avoit la moindre idée; ainsi elle pouvoit d'autant mieux partir avec sa fille et lui, sans que le public pût y trouver à redire, qu'il est fort ordinaire de voir des personnes de différent état, entreprendre ce voyage à frais communs pour ces voitures, qui dans le tems sont très-chères et fort rares, par le grand nombre de personnes qui en ont besoin, tout le monde n'en aïant pas à pouvoir disposer. M™^F*** n'eût pas plus tôt arrangé son voyage avec le marquis de 5***, qu'elle le concerta

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