‹ La gazette de CythèreChapitre 38 sur 49 · I.A COQUETTE DUPFK. i8i · texte numérisé non relu

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avec son moine, qui apprit avec la plus grande satisfaction, qu'il auroit occasion de vivre pendant près de deux mois sans gène et sans contrainte avec une femme qu'il ne pouvoit voir à Toulouse qu'avec la plus grande reserve. Extasie de cette bonne avanture à laquelle il ne s'attendoit pas, il ne pensa plus qu'aux préparatifs de son voyage; il lui falloit un prétexte plausible pour en obtenir la perniission du prieur de la maison, un certificat du médecin qu'il n'eut aucune peine de se faire donner, et qui lui ordonnoit les eaux de Bagnères, pour une maladie qu'on ne spécifia pas, et qu'il eût peut-être été dillicile de caractériser, fut une raison plus que suffisante pour engager le supérieur à permettre au Sindic d'aller rétablir une santé à laquelle toute la communauté sembloit devoir s'intéresser. D'après ces préliminaires, le moine se rendit un après-diné chez M"'® F***, où toute la société fut extrêmement surprise de le voir reparoître. La conversation roulant sur le prochain voyage de M""® et M"® F***, le bénédictin qui fit semblant de l'avoir ignoré jusques-là, demanda à ces dames la permission de voyager avec elles, disant qu'il étoit aussi nécessité d'aller à Bagnères : sa bonne mine, son embonpoint et son visage vermeil, n'annonçant pas une santé délabrée, on lui demanda s'il faisoit ce voyage pour ses propres affaires, ou pour celles de la communauté; il sentit le badinage, et y répondit sur le même ton. A la fin son offre fut acceptée; et le bon M. F*** eut la bonté de lui recommander avec soin de ne pas abandonner sa femme et sa fille, et de vouloir en quelque façon tenir sa place, ajoutant qu'il avoit lieu de s'attendre à tous ses bons offices envers ces dames par le droit de voisinage ; le moine assura le magistrat, que son devoir et son inclination s'accordoient parfaitement, et qu'il ne tiendroit pas à lui, qu'il ne répondit à la confiance dont on l'honoroit. Il se chargea

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dès ce moment de louer une voiture à quatre places, qui leur étoit absolument nécessaire, parce que M'"^ F*** prenoit avec elle une femme de chambre; et le départ fut fixé au sur-lendemain, se proposant d'aller à petites journées, pour éviter un peu les fatigues de ce voyage qui, quoique de peu de durée, devient fatigant tant par le chaud excessif qu'il fait dans cette saison, que par le peu de souplesse des voitures dont on est forcé de se servir, quand on n'en a pas à soi. M'"^ F*** ne mit dans la confidence son moine, qu'à la première couchée; et ce fut là qu'elle lui déclara la grossesse de sa fille, et le véritable sujet de son voyage; elle lui fit part de tous les arrangements qu'elle avoit pris avec le marquis de 5***, de toutes les belles espérances qu'elle concevoit pour le bonheur futur de M"^ p*** -^ gn un mot ce fut là qu'elle l'instruisit à fond de toutes les mesures qu'ils dévoient prendre, pour que les couches de sa fille se fissent sans bruit, et qu'elle pût revenir à Toulouse sans être suspectée de la véritable raison qui l'en avoit fait sortir. Le religieux, qui d'ailleurs n'avoit rien à refuser à la belle dame, fut enchanté de trouver une nouvelle occasion de lui devenir nécessaire, et même de se l'attacher presqu'irrévocablement; il se prêta à tout ce que M""^ F*** exigea de lui de la meilleure grâce du monde; il fut d'avis que M"^F*** arrivât à Bagnères, et qu'elle s'y fît voir pendant trois ou quatre jours, afin de mieux tromper toutes leurs connoissances qu'ils dévoient infailliblement rencontrer en foule dans cette ville; il se chargea ensuite d'en repartir incognito, et d'aller conduire la demoiselle, à sa destination qui n'étoit qu'à une demi-journée. Ce sentiment prévalut sur celui qui avoit passé entre M""® F**" et le marquis, par lequel il avoit été résolu, que mademoiselle n'arriveroit pas à Bagnères, ou même qu'elle n'y paroîtroit pas du tout, ce qui parut au religieux bénédictin de la dernière

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