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inconséquence; il lui fut même aise de démontrer le danger de cette imprudence; ainsi il conduisit la mère et la fille i^i Hagnères, et pendant quatre jours consccutils elles se montrèrent à toutes les sources minérales les plus fréquentées, et y virent, comme le moine l'avoit prévu, beaucoup de personnes de leur connoissance, qui auroient été fort surprises de rencontrer M'"" F*'" sans sa fille. Le cinquième jour le religieux et M"" F**" partirent de grand matin, pour se rendre à une petite maison isolée dans une gorge de montagne, et M'"" F**" eut soin de répondre à tous ceux qui lui demandoient des nouvelles de sa ville, qu'une de ses parentes la lui aïant instamment demandée pour quelques jours, elle n'avoit pu se dispenser de la lui accorder, et que sa fille par bienséance, avoit été forcée de donner quelques jours à une tante qui l'aimoit beaucoup ; qu'au reste elle rcviendroit sur l'arrière saison, ou même plutôt, si sa bonne parente vouloit y consentir; cette raison parut si naturelle, que personne n'y soupçonna du mystère, et M'^'' ^7***^ à3.ns moins de quinze jours, accoucha d'un fils à l'insu du public, reparut à Bagnères, et dans le grand monde, sans avoir fait la plus petite tache à sa réputation ; cette fille heureuse par cet endroit, n'eût jamais perdu l'estime générale, si la suite de son avanture eût été conduite avec autant de prudence que le commencement, ou pour mieux dire, si elle-même eût été plus réservée et moins imprudente. Ce que nous allons dire peut être regardé comme le dénouement d'une scène qui, par sa variété autant que par sa vérité, doit être intéressante pour tous les cœurs sensibles.
Quand on n'aime une femme que pour satisfaire sa propre passion, et qu'on ne s'attache à elle que par un penchant décidé de lubricité, il est rare qu'on conserve long-tems le même goût pour elle, et qu'on la trouve
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après quelques mois de jouissance, ce qu'elle nous a paru avant de la séduire; et si malgré la froideur et l'indifférence qui succèdent bientôt, à l'emportement le plus passionné, on continue encore à lui donner quelque preuve d'attachement, elle doit attribuer cette fidélité apparente, plutôt à une véritable nécessité qui par diverses raisons nous force à persister, qu'à un véritable sentiment ou d'amour, ou de reconnoissance dont un homme, qui n'aime que pour lui, n'est jamais susceptible. Si cette maxime est généralement vraie pour les gens du monde, elle est d'une certitude incontestable pour les prêtres, et les moines qui, dans leurs amours, ne peuvent nécessairement se proposer que de satisfaire à la partie animale d'eux-mêmes, en répondant, autant qu'il est en eux, aux vives sollicitations de la nature, qu'ils ont promis avec autant d'imprudence que de solemnité, de faire taire et de gouverner à leur gré, comme s'ils en fussent les auteurs, eux qui n'en sont que les foibles enfans. Le religieux bénédictin, qui figure dans cette avanture, étoit comme tous ses confrères, c'est-à-dire qu'il restoit encore attaché à M""® F***^ parce que sans doute il n'avoit pas eu encore d'occasion à pouvoir changer de maîtresse, ou peut-être que le dégoût pour une femme, qui étoit bien en état de faire une véritable passion, n'étoit pas encore arrivé. Quoi qu'il en soit, le moine, par l'occasion qu'il eut de se familiariser avec M"* F***, forma le projet hardi de l'enlever à son amant, dont il n'avoit aucune raison de suspecter la bonne foi, et se proposa de sacrifier à son incontinence la mère et la fille. On est sans doute révolté d'un procédé si honteux ; et on le prendra vraisemblablement pour une fiction de gaiettier, qui par son état se croit autorisé à bercer le public par des contes faits à plaisir. Ceux qui connoissent les ecclésiastiques en général, et particulièrement les moines, ne seront
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nullement surpris qu'un de ces derniers se soit permis une atrocité pareille. Heureux les pais qui ne sont pas à mC'me d'être scandalisés par de telles énormitcs! et plus heureux encore ceux où l'on prendroit des mesures efficaces pour y détruire jusqu'au nom de cette engencc, qui. consacrée dans son principe à la gloire et à l'honneur de la religion, fait gémir la véritable piété, sur des désordres aussi nombreux qu'ils sont énormes; désordres qui n'eussent jamais occasionné de la division parmi les enfans d'une même mère, si des ministres scandaleux ou fanatiques n'eussent formé dans la religion même de puissants partis opposés, qui, le poignard à la main, que des moines avoient eu soin d'aiguiser sur l'autel, n'ont cherché qu'à s'entre-égorger, pour accréditer des opinions, ou indifférentes en elles-mêmes ou superstitieuses de leur nature, ou enfin frivoles et nouvelles, et tout-à-fait opposées aux lois saintes de l'évangile! Telle est l'idée qu'on doit se faire de la plus grande partie du clergé de France; et sans crainte de se tromper, tel est le point de vue sous lequel on. doit envisager tous les moines sans exception. Le mal qu'ils ont fait, et celui qu'ils feroient encore s'ils le pouvoient, devroit armer les puissances d'un saint zèle pour les détruire et les abolir sans ménagement; mais sans nous aviser de nous ériger en politiques, après avoir justifié le gazettier sur un reproche qu'on auroit pu lui faire, nous reviendrons à notre moine que nous allons voir jouer un rôle, que lui ou quelqu'un de ses confrères pouvoit seul rendre dans toute sa vérité.
J'ai déjà dit que le moine devint nécessaire à M'"* F***, tant pour conduire sa fille au lieu destiné pour y faire ses couches, que pour avoir soin de tout jusqu'à ce que l'enfant fût mis en nourrice, et que la mère fût en état de reparaître dans le grand monde; cet habile religieux profita d'une occasion qui le metroit à même de se familiari-
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ser avec une jeune personne à laquelle il rendoit en apparence un service signalé, et duquel on devoir lui tenir d'autant plus de compte, qu'il paroissoit, pour le rendre, sacrifier les bienséances et la modestie de son état; et qu'il s'exposoit à perdre sa réputation vis-à-vis des personnes auxquelles il avoit nécessairement affaire, en se chargeant d'une commission aussi délicate pour un cœnobite. Il s'attacha premièrement à gagner la confiance de la jeune F*** ; il s'abaissa jusqu'à lui rendre les plus bas services dans un état où elle étoit incapable elle-même de se servir, et forcée à se relâcher de la modestie de son sexe, des politesses, le bénédictin passa insensiblement, aux démonstrations de compassion et d'attendrissement sur son sort; il hasarda ensuite quelques légères caresses; enfin il prit tant de Ubertés avec elle sous différents prétextes, qu'il la réduisit à ne pouvoir lui rien refuser; de cette sorte passant rapidement de la qualité d'ami à celle d'amant. M"* F*** se trouva engagée avec lui, sans savoir comment; et son cœur totalement changé ne ressentant plus que du dégoût, et même de l'aversion pour le marquis de B***, fut embrasé du feu impur que le moine avoit eu l'adresse d'allumer. La séparation de la mère lui avoit paru cruelle ; le terme de son exil lui avoit paru trop long pour pouvoir le supporter sans ennui; la retraite dans laquelle elle se vo3^oit emprisonnée pour quelquetems, lui avoit semblé insuportable et affreuse ; en un mot, elle avoit maudit mille fois sa foiblesse par la seule vue des ennuis auxquels elle se voyoit en pro3^e dans cette espèce de désert. Dès qu'elle eut lié une connoissance particulière avec le bénédictin, ne voyant rien qui égalât le plaisir de vivre sans gêne avec lui, elle redouta le moment qui devoit la rejoindre avec sa mère, autant parce qu'elle trouveroit une surveillante, qu'une rivale dangereuse, si elle soupçonnoit seulement la plus petite intelligence
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entre elle et le moine. \i\\c prcféroit cette terre étrangère et déserte, qu'elle regardoit comme le jardin des délices, au tumulte et aux amusements de la ville la plus bruyante; en un mot elle eût consenti volontiers à ne plus sortir de cette solitude, pourvu que son anachorète eût voulu y bâtir sa cellule; ne pouvant mieux faire, elle recula, après les couches, le jour de son départ, autant qu'il dépendit d'elle, et ne quitta ce lieu charmant que sur les ordres réitérés d'une mère qui l'attendoit avec impatience, et à qui il tardoit peut-être autant de revoir son amant qu'elle ne se persuadoit pas de retrouver refroidi, indifférent, ou peut-être même absolument infidèle; toutes les précautions que le moine et M""-" F*** prirent avant de partir, pour dérober aux yeux de la femme la plus jalouse, la plus fine et la plus expérimentée dans ce genre, leur intrigue et leur amour, toutes ces précautions, dis-je, devinrent inutiles; soit que l'amour de M'i^ F*** fût trop vif, trop animé et trop impatient, pour garder certaines mesures, soit que le moine fût trop imprudent, ou trop ardent. M'"" F""" ne fut pas long-tems à s'appercevoir de quelque chose qui lui donna de l'ombrage, peut-être même que le religieux étoit moins pressant ou moins entreprenant vis-à-vis d'elle; quoi qu'il en soit, avec un peu d'attention elle parvint à se persuader aisément que sa fille lui avoit ravi sa conquête. Elle avoit trop de prudence pour éclater; elle prit même assez sur elle, pour ne pas faire connoître qu'elle avoit pénétré le mystère ; elle se contenta de presser son départ pour venir à Toulouse, afin que sa fille aïant occasion de revoir le marquis de B***, elle pût jouir sans partage de son moine. M"'^ F***, malgré son habileté, se trompa, et le mo^^n qu'elle emplo3^oit pour ramener le religieux à son devoir, fut toutà-fait inutile; le marquis avoit quité Toulouse, dès qu'il apprit l'arrivée de ces dames; il s'étoit retiré dans ses
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terres dans la résolution de ne plus donner de nouvelles à sa maîtresse qu'il n'aimoit plus, et qu'il n'avoit jamais sincèrement aimée; et comme il n'y avoit aucun acte public ni privé, qu'on pût lui opposer; que même par le secret qu'on avoit mis dans la grossesse et dans les couches de M"* F**\ on s'étoit fermé toutes les voyes de la contrainte, il se tint fort tranquille jusqu'à ce qu'il apprit que M"* et M"^ F*** rivalisoient au point, que leur querelle domestique faisoit la nouvelle du jour, et la fable de toute la ville. Enchanté de n'avoir plus aucune mesure à garder avec ces deux dames, il eut la malignité de revenir à Toulouse, pour rire avec les autres d'une avanture dont il étoit lui-même la cause, et qu'il auroit dû se reprocher.
Ce seroit ici le lieu de décrire la fureur et la rage de ]y[me j7***y je devrois raconter tous les emportements auxquels elle se livra autant contre le moine que contre sa fille, le parti violent qu'elle avoit pris et l'extrémité à laquelle elle s'étoit déterminée pour les punir l'un et l'autre; mais il est aisé de concevoir tout ce dont un cœur outragé par l'endroit le plus sensible, est capable; on sait que dans pareil cas une femme ne reconnoît ni prudence, ni bienséance, ni honneur; et que n'écoutant que son dépit, et ne consultant que la vengeance, tout lui paroît permis dans un désespoir qu'elle croit légitime ; la nature même a beau se faire entendre; ses cris perçants deviennent inutiles, et ses loix les plus sacrées sont indignement foulées aux pieds par une coquette méprisée et abandonnée.
Cette affaire faisoit trop grand bruit, pour que le supérieur de la maison des bénédictins de Toulouse n'en eût pas connoissance; les amis du couvent l'avoient charitablement averti; et il prenoit déjà en secret les mesures les plus sûres pour punir sévèrement son sindyc du
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scandale qu'il donnoit, et de rinlamie dont il couvroitson ordre respectable, lorsque le moine prévoyant l'orage qui alloit fondre sur sa tête, prit le parti que tant d'autres de ses confrères a\ oient pris avant lui; il avertit du danger qui le menaçoit, sa tendre amante, et lui représentant le plus pathétiquement tous les maux sans ressources auxquels il s'étoit exposé par un amour trop violent, il la persuada de l'y soustraire, en consentant qu'il l'enlevât, pour la conduire dans le païs étranger, où il se promet- .toit de vivre d'autant plus heureusement, que pouvant disposer encore d'une somme très-considérable, ils dévoient se promettre l'un et l'autre d'y mener la vie la plus heureuse et la plus tranquille. M"" F*** qui aimoit sincèrement un homme qui lui peignoit si naïvement son malheur et sa flamme, et qui d'ailleurs prévoyoit de son côté des mortifications et des humiliations accablantes, en restant exposée à la mauvaise humeur d'une mère qui ne lui pardonneroit de la vie le vol qu'elle prétendoit qu'on lui avoit fait, se détermina autant par son amour que par intérêt, à suivre le moine et à se livrer à sa bonne ou à sa mauvaise fortune. Les moyens de l'enlèvement étant concertés, dès le soir même elle s'évada de Toulouse avec le religieux bénédictin, qui emporta une grosse réserve que sa communauté avoit destinée à rebâtir l'église qui menaçoit ruine : cette somme considérable le mettant à même de courir la poste commodément et avec toute la célérité possible, il étoit déjà bien loin de Toulouse, lorsqu'on s'apperçut que son amante et lui y manquoient. Cette évasion que personne n'avoit prévue, exposa les bénédictins aux sarcasmes les plus humiliants de la part de ceux qui rendent toujours responsable un corps entier des fautes des difterents particuliers qui se déshonorent par une conduite irrégulière. M.'^^F'**, livrée au chagrin de s'être déshonorée autant par l'inté-
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rêt personnel et particulier qu'elle ne put assez cacher pour qu'on ne le connût parfaitement, ferma sa maison à une société qui lui devenant absolument nécessaire, trouva à la fin le moyen d'adoucir un peu ses peines, et de lui faire oublier, au moins en apparence, la perte de sa fille et celle de son amant qu'elle avoit à se reprocher, autant par la folle ambition qu'elle avoit de devenir belle-mère d'un marquis, que par une honteuse et crapuleuse lubricité qui l'avoit portée à manquer à la foi conjugale en faveur d'un indigne moine, qui par état ne pouvoit avoir des sentimens d'honneur, et encore moins de reconnoissance et de pudeur. Ainsi, cette femme fut la dupe tout à la fois d'un jeune marquis qui ne cherchoit qu'à se satisfaire, et d'un vil penaillon qui voulut faire la plus monstrueuse et la plus criminelle alliance en abusant tour à tour d'une mère et d'une fille, qui dans le fond le méritoient autant l'une que l'autre.
Une mère vertueuse, une épouse fidèle, ne seront jamais exposées à de semblables infamies ; l'indigence la plus extrême ne les portera jamais à des désordres abominables; et si leur aisance et leur bien-être sont perdus sans ressource, elles ne chercheront jamais de moyens honteux pour les réparer; leur vertu les soutiendra contre ses attaques violentes de l'orgueil de leur sexe, et bien loin d'adopter la détestable maxime, nécessitas cogit ad iurpia, elles attendront patiemment que la Providence pourvoie à leurs besoins les plus pressants. Elles mourront avec la gloire d'une entière soumission aux décrets immuables de cette providence, quelque rigoureux qu'ils puissent être pour elles; et si, par impossible, cette tendre mère de tous les mortels, persiste dans des rigueurs qu'on mérite presque toujours, et que néanmoins elle adoucit tôt ou tard en faveur des enfans dociles, qui se
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soumciioiit sans murmure à ses plus rudes coups, elles attcndioiu les consolations abondantes, qui sont le prix des vertus dans une vie, pleine de douceurs pour le sage, cl qui ne réserve que des malheurs pour l'impie et le méchant.