X NOTICE
merveilleusement au cadre que vous avez rempli si ingénieusement :
Moi je sais compatir à l'humaine faiblesse, Et Ninon, à mon gré, l'emporte sur Lucrèce.
Je ne puis, Monsieur, vous prouver ma reconnaissance en même monnaie que votre éloge ; mais, dans ce monde, chacun paye à sa manière. Quoiqu''un peu vieux, il est possible que vous vous ressouveniez encore de votre jeunesse, et commeM. Garât remplit vos fonctions auprès de M""' Suard, que j'ai Vhonneur de connaître, je vous offre, Monsieur, de vous fournir dans le nombre des Demoiselles qui seront sous mes ordres celle qui vous conviendra le mieux; vous en userez gratis. Je sais très bien qu\ui académicien jetonnier n'est pas dans le cas de faire beaucoup de libéralités aux femmes. .
Je suis, etc.
De Launay.
Rue Croix-des-Petits-Champs, au grand balcon.
Ce 14 juillet 1787.
On comprend aisément que tous les mots soulignés de cette lettre ont tirait au texte origiîtal du Mémoire attribué à M. Suard, qu'il était hors de notre sujet de reproduire ici.
Le Journal des inspecteurs de M. de Sartines, qui s'arrête en iy63, ne fait pas la moindre mention de la LaiDtay ; mais il nous est permis de logiquement supposer que cette proxénète, qui dans un but de réclame habile fit écrire, en ij8j,par un libelliste obscur la lettre que nous venons de citer, pouvait fort bien, qua-
SUR LA GAZKTTK DK CVTIIKRE. XI
t()r:[C un quin\e années anparai'ant , avoir fait rédii^er par un écrivain famélique et à ses gages, la fimeuse confession qu'on va lire, oit la vérité perce sous la crudité des détails.
Ne cherchons donc pas à démontrer autremerit la paternité littéraire d'un opuscule très osé, qui fie mérite notre intérêt et n a attiré notre attention que par la crânerie et à la fois la naïveté des vices qui s'y produisent. Lorsqu'il s'agit de morale, a-t-on dit, l'histoire n'en reconnaît qu'une : c'est celle du fait. L'histoire des mœurs ne saurait certes ajjïcher le moindre bégueulisme, et nous croyons qu'après Vexquise idéalisation pseudo-réaliste de Manon Lescaut // était bon de montrer encore la créature de fange dans l'absolue réalité de son croupissement bestial, c'est-à-dire la file du xviir' siècle, issue de la misère, placée, par sa faiblesse organique et ses désirs de lucre, sur le même degré d'abjection que la « ribaude folieuse « du moyen âge, ou la misérable « Nana », une Brion de ce temps.
L'humanité ne change guère dans l'évolution des sociétés qui disparaissent, et les documents essentiellement humains, on le verra, varient peu, lorsque l'imagination ne vient pas relever le petit cercle vicieux et borné des caresses humaines.
Octave Uza\-ne.
Paris, 23 septembre 1881.