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ccvant chacun en particulier que de leur embarras ù s'expliquer, ils reconnurent bientôt ii la rougeur qui couvroit réciproquement leur visage, par l'effet naturel du feu qui commençoit il embraser leur C(eur, et qui se manifestoit dejii au dehors, ils reconnurent, dis- je, que cette rencontre auroit des suites aflligeantes, que le jeune homme ne prévoyoit que pour lui, et que Mss. Q*'* de son côté ne prévoyoit que pour elle, ignorant encore l'un et l'autre que leurs deux cœurs, d'intelligence, s'étoient donnés mutuellement. Mss. Q*** aimoit déjà avec passion son hôte, trop aimable pour n'être pas aimé, et celui-ci adoroit sa bienfaictrice, sans que ces deux amants pussent se flater d'un heureux retour. Arrivés au logis, Mss. Q*** présenta le jeune homme à son père avec un intérêt que le ministre attribua à la politesse, et encore plus à la bonté compatissante, qu'il savoit faire le caractère distinctif de sa fille. Mss. Q*** n'avoit rien avancé de trop en promettant un accueil favorable au jeune homme; ses parents en effet le reçurent de leur mieux, et le fêtèrent à leur façon de la manière la plus généreuse.
Quoique nous aïons dit déjà que le père de Mss. Q**' étoit un pauvre ministre qui n'avoit pour toute fortune que le revenu d'un très mince bénéfice, nous devons le justifier sur son mérite, qu'on seroit tenté de suspecter, vu l'obscurité et la petitesse du troupeau confié à ses soins, puisqu'il devroit être de règle, que plus un pasteur a de science et de mérite personnel, plus aussi il doit être élevé en dignité dans le troupeau général. Ce n'est cependant pas sur ce principe qu'il faut juger du ministre de Lin***; il s'en faut beaucoup qu'il fut pourvu proportionellement à ses lumières et à ses talents. Son peu d'ambition, son goût pour l'étude, sa tendresse pour sa famille, sa frugalité, l'amour de son peuple, et en un mot toutes les qualités du cœur et de l'esprit, qui font l'homme
sage et vertueux, lui tenant lieu de tout, lui faisoient envisager son sort avec cette tranquilitc que le témoignage seul d'une bonne conscience peut produire : tendrement chéri d'une épouse digne de lui, que la modestie, la fidélité, et la ponctualité à tous les devoirs d'une mère de famille rendoit respectable à tous les honnêtes gens, le ministre couloit des jours délicieux dans une humiliante médiocrité, et n'aspiroit qu'à donner une éducation chrétienne à sa famille, pensant avec raison que c'étoit la fortune la plus assurée et l'héritage le plus précieux qu'il pût lui laisser. Après les premiers compliments et les premiers devoirs rendus réciproquement, il étoit naturel que le jeune inconnu touchât quelque chose de son histoire personnelle, autant pour satisfaire à la curiosité des hôtes que pour les rassurer sur sa probité, et la droiture de ses intentions; il satisfit au désir qu'on lui parut avoir à ce sujet, avec cette naïveté, cette candeur, et cette noble simplicité, qui seules peuvent caractériser la vérité.
« Je suis, dit le jeune homme, originaire de i^*** en Ecosse ; ce n'est pas à moi à faire ni la généalogie ni l'apologie de mes parens; d'ailleurs la proximité du lieu facilite l'information qu'on pourroit faire à ce sujet, si j'étois assez heureux pour piquer votre curiosité jusques-là. Je né vous dirai rien de mes parens, et je ne m'attacherai qu'à vous faire un récit abrégé de mes avantures; elles sont trop certaines et trop variées pour que je puisse les oublier. Depuis long-tems cependant je ressents au dedans de moi-même des remords qui me jettent dans un chagrin que je puis dire habituel, ne pouvant oublier la façon indigne dont je désertai de la maison paternelle, et depuis long-tems aussi je n'avois senti de trêve à ma douleur que dans ce moment que j'ai l'avantage de pouvoir vous raconter mes torts vis-à-vis de mes parens; avant cet instant l'idée seule m'affîigeoit au point que je ne pou-