‹ La gazette de CythèreChapitre 43 sur 49 · I.A JFUNK VKUVK DE C · texte numérisé non relu

I.A JFUNK VKUVK DE C

pendant que mes compagnons marchoicnt avec la même assurance et la même confiance, que s'ils eussent été attend us par leurs parens pour être comblés de caresses, et l'êtes comme au retour d'un long voyage entrepris de leur gré et avec leur consentement. Je connus l'inutilité qu'il y avoit de leur proposer de rétrograder; et comme si je leur avois fait part de la résolution que je venois de prendre à mon particulier, le rapport qu'ils en auroient fait à mes parens auroit pu être un obstacle à mon projet, je feignis d'être plus fatigué que je ne l'étois effectivement; je m'assis le long du chemin et je les priai de me laisser un peu tranquille, ajoutant que je me sentois une envie de dormir si grande, qu'il m'étoit impossible d'y résister ; je les engageai à prendre les devans et les assurai que je les rejoindrois assez à tems pour arriver tous ensemble; je n'eus pas de peine à obtenir ce que je leur demandai ; je me couchai et fis semblant de me livrer au sommeil, jusqu'à ce que les aïant perdus de vue, je revins sur mes pas pour me rendre à G***, où je savois que je trouverois dans peu une occasion favorable pour passer aux Indes. J'arrivai après bien des fatigues et accablé de lassitude au port de mer que j'avois en vue ; il étoit encore assez de bonne heure pour pouvoir m'engager dès le soir même sur un vaisseau qui devoit mettre à la voile le lendemain, et qui, depuis huit jours, attendoit le vent favorable pour se mettre en mer; je fus reçu à bord en qualité de mousse; et me voyant comme à l'abri de toute poursuite heureuse de la part de mes parens, après avoir satisfait à la faim qui me dévoroit je fus me coucher entre deux baies de marchandises qui étoient sur le pont, et qu'on n'avoit pu encore placer à l'endroit qu'elles dévoient occuper; quoique étendu sur une planche goudronée, j'y dormis jusques au lendemain à neuf heures qu'on vint m'éveiller pour me mettre en

plein exercice de mon emploi ; je ne vous narrerai pas le récit de ma traversée; elle ne fut ni heureuse, ni absolument malheureuse; et après avoir essuyé quelques tempêtes, nous fûmes mouiller dans le port de notre destination; dès que je fus à terre, je cherchai à me procurer le moyen de pouvoir m'empêcher de repartir pour l'Europe, et aïant eu l'occasion de me placer chez un François établi à Pondichéfy, pour être le laquais de Madame, je saisis avec empressement l'occasion favorable qui se présentoit pour m'établir dans un pais pour lequel j'avois un goût décidé; il seroit trop long de vous dire, comment du simple poste de laquais, à l'âge de quatorze ans je suis monté par degrés à une fortune, qui, sans être prodigieuse, me met à vingt et trois, que j'en ai actuellement, dans l'heureuse position de jouir de tous les avantages de la vie; je vous prierai seulement de croire, que si je vous tais les moyens par lesquels je me suis procuré un bien-être solide, ce n'est pas parce que j'ai honte de m'en être servi ; je n'en ai mis en œuvre que de très légitimes, que la plus exacte probité avoue et reconnoit; et s'il paroit extraordinaire que j'aye fini de m'assurer un bien-être honnête et même délicieux, à un âge, où la plupart des hommes commencent seulement à penser d'en poser les fondemens, bien loin de préjuger contre moi, il me semble au contraire qu'on doit attribuer la rapidité des progrès de ma fortune à la sagesse avec laquelle je me suis comporté dans un âge où l'on en est ordinairement le moins susceptible, et que la Providence a sans doute béni, pour encourager la jeunesse à la vertu, et la détourner du vice. Me voyant en possession de biens assez considérables dans l'Inde, je les ai réalisés ; et le désir de revoir ma patrie et ma famille, m'a fait embarquer avec mon petit trésor pour venir en jouir en Europe et pour le partager, ' ou pour mieux dire pour le laisser à la disposition d'une

Page 1