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femme vertueuse, si je suis assez heureux pour mériter que quelqu'une de mes compatriotes veuille unir son sort au mien. » Ces dernières paroles furent prononcées avec un feu qui n'échappa pas à Mss. O***, qui ne se trompa pas sur la façon dont clic dcvoit l'interpréter; ne pouvant plus empêcher que le feu dont cllc-mcmc étoit embrasée, n'étincellàt, le jeune étranger s'apperçut, pour la première fois, qu'il pouvoit avoir quelque espérance d'un retour de tendresse de la part de cette aimable fille. Encouragé par le petit succès dont il croyoit s'apercevoir, il chercha à s'assurer de plus en plus du bonheur qu'il ne faisoit qu'entre-voir, et dans peu les yeux de Mss. O"* et les siens, se dirent réciproquement que leurs cœurs s'étoient déjà voués pour toujours l'un à l'autre; l'abrégé de son histoire étant fini, il leur dit qu'aïant débarqué depuis huit jours, et voulant, avant de partir, en voir tous les environs, il s'étoit engagé plus avant qu'il ne pensoit dans la tournée qu'il s'étoit proposé de faire ce jour-là ; que se trouvant fatigué, il avoit projette d'arriver jusqu'au village et d'y passer la nuit dans une auberge, lorsqu'aïant rencontré Mss. Q**', il ii'avoit pu se refuser aux offres obligeantes qu'elle lui avoit fait d'accepter l'hospitalité qu'elle lui avoit offerte avec toute l'honnêteté et la politesse possibles ; — il alloit continuer de parler, lorsque le ministre l'interrompit. « Ma fille, Monsieur, savoit qu'elle ne couroit aucun risque en vous pressant de nous faire l'honneur de passer avec nous le reste de ce jour; nous nous sommes toujours fait un devoir de prouver aux honnêtes gens par l'accueil favorable que nous leur faisons, lorsque l'occasion s'en présente, combien nous sommes flatés de pouvoir leur être de quelqu'utilité; et dans cette circonstance , je lui fais un gré très particulier de m'avoir procuré le plaisir de vous connaître ; mais je vois avec peine que vous nous avez tu dans tout le cours
de votre petite histoire le nom de votre famille; peutêtre que le hazard pourroit me mettre à même de vous en donner des nouvelles; j'ai beaucoup de relations en Ecosse, et y entretenant encore une exacte correspondence avec ma famille, qui en est originaire, il ne seroit pas merveilleux que je fusse capable de vous donner des éclaircissements sur la vôtre, éclaircissements que naturellement vous devez désirer. » L'étranger alloit satisfaire le ministre sur la curiosité qu'il lui paroissoit avoir de le connoître à fonds, lorsque Mss. Q*** les vint avertir que le souper étoit servi, et qu'on n'attendoit qu'eux pour se mettre à table. La conversation roula sur des choses assez indifférentes; mais l'étranger et Mss. Q**\ placés vis-à-vis l'un de l'autre, en firent une muette, dans laquelle ils mirent réciproquement tant d'intérêt, que le ministre qui ne se doutoit de rien, s'appercevant de la distraction de nos deux jeunes gens, ne savoit à quoi l'attribuer; sa fille naturellement gaie et parleuse, avoit un air sombre et gardoit un profond silence; l'étranger, qui jusques-là avoit soutenu passablement bien son rôle, perdant sa présence d'esprit, répondoit si mal-à-propos aux questions du vieux curé, qu'à la fin affectant lui-même de garder le silence, il les examina sans faire semblant de rien ; et reconnoissant aisément à leurs tendres regards la cause de leur embaras et de leur timidité, il se hâta de faire desservir, afin qu'en sortant il eut occasion d'entretenir son jeune hôte d'une façon particuhère qui le mit à même de sonder ses véritables sentiments. Sous prétexte de profiter un peu de la fraîcheur de la nuit avant d'aller se coucher, il l'attira insensiblement dans un petit bosquet, qui étoit à peu de distance de sa maison; et se voyant seul avec lui, il l'engagea à lui ouvrir son cœur. Le jeune homme qui n'avoit aucune raison de ne pas laisser pénétrer sa façon de penser, répondit franchement
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aux questions du ministre, et allant même plus loin que celui-ci ne l'avoit espéré, il lui déclara confidemment, qu'il ne manquoit rien à son bonheur que de devenir son gendre; et que s'il n'obtcnoit sa fille en mariage, il étoit résolu de se rembarquer sans achever d'arriver chez lui, afin d'aller languir loin de l'objet pour lequel il sentoit l'amour le plus passioné. Le ministre dont la joyc étoit extrême en apprenant les dispositions d'un homme qu'il n'étoit pas possible de soupçonner de fourberie, dissimula tant qu'il put, et ne laissa entrevoir qu'une légère espérence au jeune homme; après avoir fortement combatu toutes les raisons que celui-ci lui donnoit, et lui avoir fait des objections très fortes pour lui prouver le peu d'apparence qu'il y avoit, à une union qui paroissoit encore si peu probable. Cependant autant pour lui laisser la liberté de s'expliquer avec sa fille, que pour avancer l'heure du coucher, ils reprirent le chemin de la maison, où étant arrivés, le rusé curé prétexta avoir à écrire une lettre de conséquence, et faisant des excuses à son hôte sur ce qu'il le quittoit, il le pria de rester avec sa famille jusqu'à ce qu'il reviendroit le prendre pour le conduire dans sa chambre. La mère de Mss. Q'** fut aussi obligée, un moment après le départ de son mari, de quitter la compagnie ; et nos amans qui ne se doutoient pas qu'on faisoit tout en leur faveur, et qu'on vouloit leur laisser le loisir d'un tête-à-tête, attribuèrent l'un et l'autre au hazard ce qui n'étoit que la suite d'un dessein prémédité. Quoiqu'ils se fussent déjà presque tout dit en se regardant, ils eurent, se trouvant sans témoin, la même peine à entrer en matière, que s'ils craignoient de faire une fausse démarche en s'avouant leur amour; ils se regardoient, et n'osoient se parler; leurs soupirs interprêtoient ce qu'ils auroient voulu se dire; mais leur langue se refusoit encore à expliquer ce que leur cœur ressentoit. A la fin le
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jeune étranger, rompant le silence, s'expliqua à-peu-près dans ces ternies : « Mes yeux vous ont déjà dit, Lady, tout ce que ma langue va vous répéter; et tout ce que j'ai déjà dit à votre respectable père; la Providence a sans doute des desseins sur nous , et elle nous conduit insensiblement à ses fins, lors même que le simple hazard semble régler nos destinées; vous dire que je ressents pour vous l'amour le plus tendre, ce n'est vous rien apprendre que vous ne sachiez déjà ; mais vous dire que si vous ne couronnez mon amour et n'acceptez la main que j'ose vous offrir avec mon cœur, vous me rendez gratuitement le plus malheureux des mortels, c'est ce que je ne puis, ni ne dois vous cacher; l'arrêt que vous allez porter, décidera de mon sort; s'il m'est favorable, dès demain il faut le mettre à exécution ; et si au contraire vous prononcez contre moi, dès demain aussi je mettrai à exécution celui que j'ai porté contre moimême, si je suis assez malheureux pour ne pas mériter un peu de sensibilité en retour de la plus vive et de la plus forte tendresse... — Vous m'embarrassez beaucoup. Monsieur, répliqua Mss. Ç***, en exigeant de moi une réponse cathégorique et précise ; vous avez dû vous appercevoir que je n'étois pas insensible à vos vœux ; et j'ai peut-être à me reprocher de vous avoir laissé entrevoir trop tôt des sentiments que j'aurois dû vous cacher encore, et peutêtre même toujours. Il y a si peu de temps que nous nous sommes vus pour la première fois, qu'il me semble qu'un amant raisonnable doit être très satisfait des progrès qu'il a faits dans une seule entrevue; ne pouvant disposer de ma main, comme vous pouvez disposer de la vôtre, je ne puis vous en assurer la possession, parce que je ne puis en disposer sans le consentement de mon père, aux volontés duquel je dois me soumettre entièrement; que pensericz-vous ? et que ne pensez-vous pas même sur mon compte ? La facilité avec laquelle je vous fais con-