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noître mes sentiments pour vous, que je vois pour la première fois, pour yous, qui, avec toutes les apparences de l'honnêteté et de la probité, pourrie/ être tout autre que vous ne paroissez, pour vous, qui pouvez si aisément m'en imposer, sur la sincérité de l'amour que vous dites avoir pour moi, pour vous en un mot, contre qui je devrois être en garde, bien loin de répondre à votre tendresse, si un cœur, percé d'un trait, pouvoit se permettre des précautions.... — Je sais, chère Lady, interrompit vivement l'étranger ; je sais que toutes les apparences sont contre moi, mais croyez-m'en ; le vrai amour se distingue aisément d'un amour qui n'est que feint, un mal-honnête homme a beau se déguiser et sur-tout en amour, il se laisse découvrir toujours par quelqu'endroit; il n'y a qu'à l'observer sans prévention, et bientôt sa perfidie perce à travers les dehors les plus imposans; son affectation même le trahit, et il n'est rien de plus aisé que de connoître, lorsque la langue est l'interprète fidèle du cœur ou lorsqu'elle exprime des sentiments que le cœur désavoue, — Oui, monsieur », reprit Mss. Q***, lorsque son père entra et rompit la conversation qui vraisemblablement seroit devenue plus intéressante encore, et auroit achevé de porter la conviction dans le cœur de deux amans, qui ne cherchoient qu'à connoître sils pouvoient compter l'un sur l'autre, et si leur tendresse étoit aussi réelle qu'elle paroissoit vive et animée. « Il est tems, dit le ministre en entrant dans la salle, il est tems d'aller prendre un peu de repos; vous devez être fatigué, et vous serez bien-aise sans doute de vous coucher; aussi bien est-il assez tard. » L'inconnu fut conduit dans son appartement; et après les compliments d'usage, chacun se retira pour penser de son côté à la singularité de l'avanture.
Le vieux Curé y avoit déjà pensé fort sérieusement ; et sur les éclaircissemens que l'étranger lui avoit donnés
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en particulier, il avoit déjà écrit en Ecosse pour s'informer de l'autenticité de sa naissance, et à Londres, pour tâcher de découvrir si sa fortune étoit aussi réelle qu'il l'assuroit; malgré les précautions qu'il venoit de prendre, il roula toute la nuit des projets qui sembloient se détruire l'un et l'autre; le désir d'établir sa fille avantageusement, et de profiter par contre-coup de la brillante fortune qu'il envisageoit pour elle, en lui représentant son futur mariage comme assuré et immanquable, lui faisoit envisager avec plaisir l'avenir le plus heureux; mais cette idée flateuse disparoissoit bientôt lorsqu'il se présentoit le peu de vraisemblance qu'il y avoit dans tout ce que le jeune inconnu lui avoit confié, et encore moins dans la passion violente qu'il affectoit pour sa fille; toute la nuit se passa dans des perplexités pareilles ; et nos deux amans ne dormirent pas plus tranquillement chacun de leur côté. Mss. Q*** étoit à la vérité bien assurée du consentement de ses parens; elle ne pouvoit pas douter qu'ils n'aprouvassent sa flamme ; mais elle doutoit avec raison comme eux, si elle devoit s'en fier aux apparences et s'en rapporter au témoignage d'un homme, qui pouvoit être intéressé à affecter pendant quelque tems, un amour qu'il ne sentoit pas, ou qui, étant réel et sincère, n'avoit pour toute fortune que la tendresse, qui, quoiqu'elle soit un précieux trésor pour un amant, ne suffit, pour l'ordinaire, que très imparfaitement, pour fournir aux charges d'un Himen, qui, presque toujours, devient malheureux, quand il est sans aisance. L'étranger étoit celui qui avoit le plus de raison de se tranquiliser; mais quoiqu'il ne lui eût pas été difficile de comprendre, que ses sentimens, qu'il avoit déclarés au vieux ministre, l'avoient comblé de joie, et que l'amour dont il avoit fait l'aveu à Mss. Q***, avoit été accueilli et reçu avec reconnoissance de la part de cette charmante fille, néanmoins soit désir de voir l'ac-
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complisscmcnt de ses projets, soit crainte de les voir avorter par quelque coup imprévu, et contre toute attente, ou plus vraisemblablement, soit qu'il lut dans une véritable impatience de revoir sa chère Lady, auprès de laquelle il pouvoit désormais s'expliquer sans contrainte, et se livrer aux doux transports d'une tendresse honnête, il ne dormit presque pas, et son amante continuellement présente à son imagination, le tint dans une espèce d'insomnie, plus douce que le sommeil lui-même. Le retour du jour les aiant tous surpris au milieu de leurs réflexions, ils se levèrent avec une égale envie de se rejoindre et d'achever de s'éclaircir. Le ministre avoit accoutumé dans cette saison de faire une promenade aux environs de son village avant de se mettre à l'étude, et l'étranger se proposant aussi de promener en attendant que tout le monde fût levé et qu'il pût prendre congé pour revenir à Londres, ils se rencontrèrent au bas de l'escallier pour sortir ensemble; ils eurent l'un et l'autre une égale satisfaction de se joindre, l'un pour avoir occasion de s'éclaircir de plus en plus, et l'autre pour avoir celle de faire des instances, afin d'obtenir la main de Mss. Q**\ qu'on étoit bien éloigné de lui refuser, supposé qu'il ne fut pas un imposteur et un avanturier. La conversation roula tout de suite sur le sujet qui les intéressoit autant l'un que l'autre; la naïveté des réponses de l'étranger assuroit le vieux curé de sa pro'bité ; et l'espoir que celui-ci mettoit dans celles qu'il faisoit à l'étranger ne lui permirent plus de douter de son bonheur, supposé que Mss. Q*** fut aussi bien disposée en sa faveur que le père paroissoit l'être. Ils revinrent donc l'un et l'autre très satisfaits, et après avoir pris certains arrangements qui pouvoient paroître comme des préparatifs éloignés du mariage projette, l'étranger se hâta d'en faire part à Mss. Q***, qui ne put s'empêcher d'en témoigner la joie qu'elle en ressen-
toit, joie qui n'étoit troublée que par la crainte de s'être attachée à un homme qui pouvoit ne pas être ce qu'il paroissoit. La journée se passa dans desamusemens innocens et dans de petites parties qui, dans toute autre circonstance, eussent été indifférentes, et qui dans celle-ci étoient délicieuses; une honnête liberté y régnoit, et en rendoit le plaisir plus piquant; nos deux amans, sans s'écarter ni l'un ni l'autre des règles de la pudeur et de la bienséance, se donnoient mutuellement de petites licences, qui dénotoient l'intelligence secrette de leur cœur, et leur faisoit goûter des délices que les amans peuvent seuls sentir, et que personne ne peut décrire ; sur les six heures du soir, l'étranger prit congé de sa maîtresse, et partit pour Londres avec le ministre, comme ils en étoient convenus ; les adieux furent tendres de la part des deux amans , qui, dans vingt-quatre heures, s'étoient accoutumés à vivre ensemble, comme s'ils eussent été élevés dans la même maison.
Dès que le vieux curé fut arrivé à Londres, il ne lui fut pas difficile de voir par lui-même la réalité et la solidité de la fortune de M. K*** (c'est ainsi que s'appelloit le jeune étranger, qui jusqu'à présent, n'avoit pas voulu déclarer son nom, et qui ne le dit que lorsqu'il y fut forcé pour attester à son futur beau-père que sa fortune étoit entièrement à lui, et qu'il pouvoit en disposer à son gré). Il se hâta d'en informer sa fille, dès le lendemain, qui reçut en même tems que la lettre de son père, celle de son amant, qui lui apprenoit aussi de quelle façon les choses se passoient, et l'espoir qu'il avoit de pouvoir dans peu de jours prendre ces derniers arrangemens pour son mariage. Ces deux lettres qui étoient relatives, firent sur le cœur de la jeune amante l'effet qu'elles dévoient y faire naturellement. Elle se livra à toute la joie de son cœur, et s'empressa de répondre à son amant pour lui prouver
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combien elle dcsiroit ardemment d'unir son sort au sien. Si la fortune pouvoit être constante, et rire toujours à ceux qu'elle paroit vouloir le plus favoriser, il est assuré que M. A"** et Mss. (^*" pouvoicnt se promettre le bonheur le plus parfait et la félicite la plus durable. Cette belle aurore leur présageoit le jour le plus serein; mais les nuages ne dévoient pas tarder à l'obscurcir ; ces deux amans dont le bonheur avoit été si rapide, étoient à la veille d'être menacés d'un cruel orage, lors même qu'ils avoicnt tout lieu d'espérer des jours du calme le plus parfait.
Huit jours entiers s'étoient écoulés depuis leur entrevue, ou plutôt leur rencontre, qu'on peut attribuer au seul hazard, quand on ne veut pas faire dépendre, même les circonstances les plus intéressantes de notre vie, des dispositions d'une sage providence, à laquelle on ne peut refuser, sans folie, de disposer au moins des moyens, qui doivent concourir à régler et à fixer le plus saint de tous les engagemens ; huit jours, dis-je, s'étoient écoulés lorsque le vieux ministre reçut, avant de partir de Londres, une lettre d'un de ses amis qui lui détailloit tous les éclaircissemens qu'il lui avoit demandés au sujet de M. A***, et qui s'accordoient parfaitement avec tout ce que celui-ci lui avoit dit de sa naissance, de son état et de sa fortune, avant qu'il eût quité la maison paternelle; il lui apprenoit que le père et la mère de ce jeune homme vivoient encore dans un état de médiocrité, qui n'altéroit cependant pas leur vertu et leur probité; que toute leur famille étoit établie proportionellement à la fortune et à la condition de leurs parens ; qu'il ne restoit plus dans la maison qu'une seule fille à établir, qu'on espéroit bientôt devoir être pourvue comme ses frères l'étoient déjà; que d'ailleurs les parens du jeune homme jouissoient de l'estime générale; et que tous ceux qui les
connoissoient, se faisoient un honneur de les fréquenter et d'être de leurs amis. Enfin il ajoutoit qu'il n'avoit encore rien dit de l'avanture de M. K*** à ses respectables parens; que cependant depuis deux jours il se répendoit un bruit confus de son retour; mais que le père et la mère aïant été si souvent trompés par de semblables bruits, depuis que ce cher enfant les avoit quités, qu'ils n'osoient plus compter sur rien à ce sujet, et que leur tendresse pour lui n'aïant jamais rien perdu de sa force, tous ces bruits ne servoient qu'à renouveller la playe de leur cœur, et à les affliger aussi sensiblement que s'ils n'eussent perdu leur fils que depuis quelques jours seulement ; qu'il lui demandoit en grâce de lui donner la permission de pouvoir donner le premier, la nouvelle positive du retour heureux du jeune K***^ à de respectables vieillards qui méritoient à si juste titre de recevoir cette consolation, que lui-même leur étant parfaitement dévoué, il se croiroit très heureux d'être le premier à partager leur joie et à mêler ses larmes, aux larmes de tendresse qu'ils répendroient abondamment, par une raison opposée à celle qui les leur avoit fait verser jusqu'à présent. Le ministre que cette nouvelle flatoit plus que je ne puis l'exprimer, s'empressa de la communiquer à son futur gendre qui la reçut avec une joie et une satisfaction dont il seroit difficile de déterminer le véritable motif; sa tendresse pour ses parens, et son amour pour son amante, agissant dans ce moment avec une égale force sur son cœur, on ne peut dire si ce cœur étoit plus agréablement affecté du plaisir d'apprendre que ses chers parens étoient non seulement pleins de vie, mais qu'ils lui conservoient encore toute leur tendresse, dont il ne pouvoit pas se cacher de s'être rendu indigne par un abandon si cruel;, ou si le plaisir de voir par là tous les obstacles levés, afin de pouvoir être pour toujours à sa chère Mss. Q***,
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dominoit sur l'autre ; quoi qu'il en soit de ce problème si dillicilc il résoudre, il se jetta aux pieds du vieux Cure, et serrant SCS genoux, il lui demanda avec les plus fortes instances de ne plus différer son bonheur en lui accordant la main de Mss. (/*\ Le ministre qui n'avoit plus rien ù désirer pour s'assurer qu'il ne feroit pas une fausse - démarche, en donnant sa fille à un homme qui ne lui étoit plus inconnu, n'eut pas de peine à répondre aux vœux ardents de M, A'"*. Il crut seulement devoir lui représenter, qu'il devoit différer cette union jusqu'à son retour de chez ses parens; lui assurant qu'il ne pouvoit se dispenser, avant tout, d'aller consoler par sa présence les auteurs respectables de ses jours, et d'aller dans leurs tendres embrasscmcns essuïer des larmes, qu'il avoit fait couler si imprudament, et que pour réparer, autant qu'il étoit en lui, la faute qu'il avoit fait de disposer de son sort dans un tems oià il ne pouvoit le faire légitimement sans leur aveu, il croyoit qu'il ne pouvoit se dispenser sans crime, ou au moins sans ingratitude, de leur aller demander la permission de prendre un parti qui devoit décider pour toujours de son état. Ce conseil étoit sage, juste, prudent, et il paroissoit qu'il étoit de toute nécessité pour le jeune homme de le suivre; il en sentit la justesse et la nécessité; mais son amour combatit si vivement l'une et l'autre, que ne pouvant y souscrire, le ministre fut forcé de se rendre à un avis qui n'étoit pas de son goût, et qu'il n'eut jamais approuvé, si son intérêt particulier ne lui eut persuadé à la fin que M. K***^ pouvant disposer de son sort et de sa fortune après une absence qui sembloit l'avoir soustrait à l'autorité paternelle, huit jours de plus ou de moins étoient peu de chose pour des parens, qui dévoient être accoutumés à la pensée affligeante d'avoir perdu un fils sans espoir de le revoir. Le ministre et M. K*** prirent donc de concert tous les
moyens nécessaires, afin de consommer leur bonheur, en arrivant dans la cure du premier ; et dès le lendemain, le jeune K***^ aïant retiré tous ses effets et les aïant placés avec sûreté, il partit avec son futur beau-père pour aller porter lui-même à Mss. Q*** l'agréable nouvelle de leur prochaine union. Avant de partir de Londres, le ministre écrivit à son ami de ne rien divulguer encore de positif sur l'arrivée du jeune K**\ Il lui confioit les raisons qu'il avoit pour cela, lui permettant d'ailleurs d'appuyer par des conjectures vraisemblables, le bruit qui s'étoit répandu afin de ranimer l'espérance d'une famille affligée à laquelle sa fille alloit s'allier, et pour les préparer par dégrés à une nouvelle qui, étant annoncée sans ménagement, pourroit faire un effet opposé à celui qu'on s'en promettroit; c'est ainsi que l'intérêt trouve des raisons plausibles en apparence pour nous aveugler, sur les devoirs les plus sacrés de la société.
Je ne m'arrêterai pas à décrire la joie de Mss. Q***; joie que toute sa famille partageoit sincèrement, envoyant arriver son père et son amant; de si loin quelle les apperçut elle ne douta plus de la réalité de son bonheur, et toute préoccupée de son amour et de sa tendresse, la nature qui est toujours plus puissante que les simples règles de convention, lui faisant oublier pour un moment son état et son sexe, la fit se précipiter dans les bras de celui qu'elle avoit raison de regarder déjà comme son époux : entrés dans la maison, le père assembla toute sa famille, lui raconta tout ce qui se passoit, pendant que sa fille, plus occupée de sa passion que de sa fortune, prodiguoit en présence de ses parens, les plus tendres et les plus innocentes caresses à un amant, qui faisoit tous ses efforts pour lui prouver qu'il n'étoit pas indigne de ses empres-. semens.
Le jour de la noce étant fixé au sur-lendemain de leur