I.A JKUNK VKUVK DE C
arrivée, on s'appliqua ù en faire les préparatifs, afin de rendre cette fête charmante, aussi célèbre qu'elle avoit été imprévue et précipitée; le délai n'en étoit pas long, et malgré cela, les deux amans se plaignoient ensemble de la lenteur des heures; quoiqu'ils passassent presque tous les moments de cet intervalle dans les plus délicieux transports, néanmoins le moment qui devoit couronner leur vertu et recevoir leurs vœux solemnels, leur paroissoit encore bien éloigné. Heureux! si ce moment, tant désiré, n'eût dû être suivi que des félicités qu'ils s'en promettoient; mais il devoit mettre en deuil toute l'assemblée qui devoit environner ces deux époux au pied de l'autel, et jctter l'épouse dans la plus désolante situation; en effet à peine ces vœux sacrés furent-ils solemnellement prononcés de part et d'autre, à peine le ministre eut-il interprêté les volontés du ciel, sur ce couple infortuné, à peine en un mot leur eut-il déclaré que le ciel, propice à leurs vœux, venoit de les ratifier, et qu'ils pouvoient désormais satisfaire sans crime aux désirs pressents de la nature, et se livrer au déhcieux penchant de leurs cœurs, que M. K*** tomba à côté de sa tendre épouse, sans que les secours les plus prompts pussent le rapeller à la vie qu'il venoit de perdre si subitement.
L'excès du plaisir a-t-il causé la mort de cet époux trop passionné et trop empressé ? Ou bien n'a-t-il expiré à côté de son épouse, que par une suite nécessaire de la foiblesse de la nature humaine ? C'est une question que nous n'entreprendrons pas de discuter, et encore moins de décider; ce qu'il y a de certain, c'est que cette mort, en jettant dans la plus grande consternation toute la famille du ministre, assemblée pour célébrer une fête dans laquelle on s'étoit promis le plaisir le plus parfait, mit l'épouse désolée à deux doigts du tombeau, qui depuis cette triste époque traîne des jours languissants dont rien
2i6 LA GAZETTE DE CYTHERE.
n'est en état de rafermir la trame qui à chaque instant paroit prête à se rompre.
Le ministre, après avoir donné les premiers momens à sa juste douleur, satisfit aux devoirs de l'honnête homme : il écrivit à son ami, et lui marqua le funeste accident qui mettoit toute sa famille en deuil, il le pria de prendre tous les moyens que sa prudence lui suggéreroit pour annoncer aux parens de M. K***^ une nouvelle qui devoit les jetter dans la plus grande consternation, malgré les biens considérables dont ils héritoient par la mort de leur fils; il le chargea de les assurer qu'on ne devoit pas lui imputer la faute d'avoir empêché qu'ils n'eussent la consolation de l'embrasser après une si longue et si douloureuse absence*, il ajoutoit qu'il avoit des preuves évidentes à pouvoir fournir pour se disculper et se justifier d'un reproche si odieux; et qu'il étoit prêt à remettre tous les effets tant en meubles, argent, et obligations qui appartenoient à son gendre, et qui n'en aïant pas disposé avant sa mort, dévoient revenir à sa famille.
J'ai eu, Monsieur, la satisfaction de voir combattre en générosité les deux pères de ces infortunés époux; l'un vouloit rendre jusques aux plus petits effets appartenant au défunt, et l'autre, en reprenant une partie de ces effets, vouloit que celui-ci en acceptât, en dédommagement des frais qu'il avoit dû nécessairement faire pour mener cette affaire au point où elle étoit; cette généreuse dispute n'auroit rien de merveilleux si les deux familles eussent été à leur aise, et eussent pu se passer d'un héritage de cette nature; mais j'ai eu l'honneur de vous dire quelle étoit la médiocrité de leurs fortunes; ainsi après des débats très longs, et que les amis comuns eurent bien de la peine à terminer, la jeune veuve fut contrainte d'ac-, cepter une pension viagère de cent livres; et outre tous les présens de noce que son époux lui avoit fait, son beau-