‹ La gazette de CythèreChapitre 6 sur 49 · A VENUS · texte numérisé non relu

A VENUS

Les Personnes vertueuses et délicates penseront peutêtre qu'un vil intérêt m'a fait écrire autant pour Jlat ter le vice que pour l'étendre et le propa^-er; je proleste, Grandi- Rlinf:, que je ne me suis nullement proposé d'ajouter à la corruption générale en multipliant les pièges tendus à V innocence, et que bien loin d'être le panégeriste du vice, je n'ai cherché qu'à le rendre plus odieux en le plaçant à coté de la vertu dont l'éclat doit le terasser; si j'avois eu d'autres motifs, je n'eusse jamais osé Fous dédier des productions d'un corrompu, qui Vous auroient outragée et que Vous n eussiez pu honorer de votre itidulgence.

Si donc j'ai mêlé quelques anecdotes un peu scatidaleuses avec des faits intéressants par la vertu qui en fut le principe, j'ai cruj' être obligé par le devoir de mon état qui ne me permettoit pas d'avoir des articles de préféretice; mais sur-tout, j'ai pensé qu'en ne déguisant pas les travers honteux de ces jeunes gens, qu'on appelle Etourdis à Paris, et Libertins partout ailleurs, je pourrois peut-être parvenir à leur inspirer une honte salutaire, et à tourner leur goût du coté des nobles sentimens que la lecture de certains articles de ma Galette pourrait 7'animer en eux. D'un côté j'ai voulu les raînener au culte pur et délicieux qui fait le bonheur de vos fidelles Sujets, en leur mettant sous les yeux les exemples les plus propres à piquer leur émulation par la vertu courronnée des Héros que je leur pj^opose pour 7nodelle ; d'un autre, j'ai essayé de les arracher à ces Temples publics de prostitution, dans lesquels une injijiité de Prêtresses schismatiques président à des sacrifices dont Vous ave:( horreur; pour les sortir de ces gouffres d'iniquité, je leur en ai fait mesurer la profondeur et les tortueuses dimentions; j'ai élevé votre autel véritable au milieu des autels i?ifâmes, au pied desquels la débauche va faire

ostentation d'une dévotion fanatique, afin de i^enverser ces de?mie?^s par le poids de leur propre infamie; et de forcer leurs infimes Ministres ou à les abandonner d'eux-mêmes, ii' ayant plus l'occasion dy dépouiller et d'y égorger leurs trop crédules victimes, ou à y mourir de faim, ?te pouvatit plus s'engraisser des riches off'randes qu'une passioji aveugle leur fait prodiguer honteusement.

Tel a été mon Plan; je ne me flatte pas de l'avoir exactement rempli; mais je me promets qu'on rendra juslice à la droiture de mes intentions^ si l'on me lit sans préjugé : j'exige peut être trop : la plupart de ceux qui me feront l'honneur de lire ma Ga:{ette pourront cependant déposer en faveur de ma véracité et de ina fidélité; j'augure même que quelquesuns pourront bien s'y reconnoitre; si je n'ai pas dissimulé la plupart des circonstances principales qui donnent im 7iouveau jour aux travers de mes Héros et de mes Héroïnes, j'ai eu soin de n'employer que des expressions décentes et les moijis équivoques : une ga^e trop épaisse eût trop couvert les défauts et je ne fusse pas parvenu à en inspirer une juste horreur, un voile trop clair eût révolté la délicatesse par des nudités trop transparentes; j'ai tâché de prendre wi milieu entre ces deux extrêmes.

J'ignore, Grande Reine, quelle sef^a ma recompense de la part du Public, dont on gagjie rarement les suffrages, lors même qu'on ne cherche qu'à lui plaire et à l'amuser; mais, quel que soit l'accueil qu'il fasse à ce petit Essay, mon travail sera toujours asse^ payé si Vous daignei l'envisager comme le tribut respectueux d'uît Sujet fidelle et réconnoissant ; il J^ous appartient même à plus d'un titre : mes sentimens sont votre propre bien; mon cœur s'en est rempli à l'ombre de votre Sanctuaire, souff'rez qu'il Vous en fasse hommage : l'entrée de ce

A VKNUS. 5

Temple oh il s'esl formé va m'êlrc inlerditc pai^ le nombre des années qui commencent à s'accumuler sur ma tête, le Temple de V Hymen, auquel Vous deprie\ présider et auquel cependant Vous n'assiste^ presque Jamais, me ferra peut-être augmenter le nombre de ses adorateurs; mais quoique Je fie me propose d'f ejitrer que sous jh)S auspices, ce changement de culte m'effraye, mon cœur s'y refuse, il se sent encore aussi fortement attaché au vôtre que lorsque, dans la vigueur de ma Jeunesse, il pouvoit goûter toutes les délices qui sont la récoftipense de vos ff délies et véritables serviteurs : il me Jure dans ce moment même que les J^imats et la glace de la vieillesse, qui commencent à menacer mon tempérament, 7i éteindront Jamais, malgré leur vigueur, la Jlâme ardente dont il est embrasé sans en être consuiiié; il proteste qu'il les bravera; Je dois l'en croire, si ce prodige est en son pouvoir, car la sincérité, la candeur, et la franchise, font la base de son caractère.

J'ai riionneur d'être avec le plus profond respect, de

Page 1