‹ La Gazette de Québec [microforme]Chapitre 5 sur 11 · PR A · texte numérisé non relu

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manière dont la Gazette rédigenitces comptesrendus :

“ À une cour d’assise pour ouïr et terminer, et pour délivrer pénéti laurent les prisons de cette province, tenue ici Île 15 du passé, et continuée jusques à jeudi, le 6 de ce mois, les procès des personnes qui suivent ont été examinés, savoir : |

“ Joseph Butterfeld, soldat dans le 52e régiment, accusé d'avoir tué Raoul Jury, sur le, chemin de Ste-Foix, fut trouvé coupable d’homicide et brülé à la main suivant sa sentence ;—-Jean May, accusé d'avoir volé une paire de culotes et une paire de bas de soye, fut trouvé coupable du fait et condamné à tre fossé à la queuë d’une charette depuis le ap des séances jusques à ia porte de St.-

‘ean ;—Aimé Parent, de la baie de St.-Paul, pour avoir tué son beau-frère d’un coup de fusil, fut innocenté, vû que le fait avait arrivé par accident ;—Jean Roux, autrement dit Provençal, de Sorel, accusé de perjure, fut acquitté ;—Louis Bruseau, accusé d’avoir volé une hache, une chaudière à bré, une doloire et une tille, à bord d’une goëlette, avoua le fait et fut condamné à être fessé à la gheuë d’une charette, depuis la porte du palais des séances jusqu'à St.-Rocq, et de là en revenant à la porte du palais.

“ Vendredi dernier, vers dix heurcs du matin, Jeai May fut fessé conformément à la sentence par Louis Bruseau; samedi, vers la

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même heure, Bruseau fut fessé à son tour par May.” —(Gazette du 11 août 1766.)

Cette singulière correction qui consistait à faire * fesser ” los coupables était fort "asitée à la fin du dix-huitième siècle, comme les pages de la Gazette en font foi. Pour la moindre peccadille on “ fessait ” les gens. Nous venons de citer l'exemple de deux hommes condamnés à ce supplice. Il ne faut pas croire

néanmoins que les hommes en avaient le mo- .

nopole. Plusieurs femmes y furent également condamnées et le subirent publiquement, avec cette différence pourtant qu'au lieu d’être “ fessées ” l’une par l’autre, elles étaient fessées par la main du bourreau. Nous donnons entre beaucoup d’autres l’exemiple suivant :

‘ Samedi dernier, Üatherine Berthrand et Javotte Blaize furent fessées à la place du marché à la Haute-Ville et à celle de la Basse-Ville, par la main du bourreau, pour avoir emprunté une cuillère d'argent d’un monsieur de cette ville sans permission et sanë intention. de la rendre.”—(Gazette du 19 juin 1766.)

Mais ce mode da publication, ce persistant éloignement des discussions politiques, n’empêchaient pas les imprimeurs de fairé avec le gouvernement des affaires passablement avan-

tageuses : au contraire ïl les aida probablement. À cette époque surtout, l'éditeur d’un journal devait préférer lee bonnes grâces du gouvernement à celles du public. Dans une minute du Conseil en date du 20 novembre 1766, nous voyons le gouverneur Murray et ses conseilleis délibérer sur un compte de £151' 18s. 6d. à eux.présenté par Brown et Gilmore, imprimeurs. Par une minute du Conseil du 10 juillet 1769, nous royons Carleton leur ac

eorder une augmentation de salaire de vingt louis sterling.

En un mot, on ne risque guère de se tromper en affirmant que la Gazette ne se maintenait qu’au moyen de ces douceurs.

Gilmore mourut en 1772 ; maïs cette mort ne brisa pas immédiatement la société Brown et Gilmore. Son fils Thomss Gilmore lui succéda en qualité de co-propriétaire de la Gazette. Ce Thomas Gilmore devait être trèsjeune à cette époque, puisque sa mère Mary Galway voulait s’ingérer dans toutes les affaires qui concernaient la direction de la Gazette, Elle en vient jusqu’à se plaindre dans les cojonnes mêmes de la Gazette de ce que Brown ne se donnait pas la peine de la consulter sur les articles à y insérer. C'était bien 1à une provocation toute féminine ! Cependant

Brown s'y laissa prendre. Dés le numéro suivant, sur un.ton qui ne respire aucune galanterie pour la veuve auelque peu revèche de son ancien associé, il répond qu’en effet il ne prendra jamais la peine d'aller chez elle, le mercredi soir, lui confier les épreuves (le traducteur mettait alorsles preuves) de la Gazette qui doit paraître le jeudi matin.

Une pareille querelle une fois engagée, ne pouvait se terminer autrement que par une dissolution de société. C’est aussi ce qui arriva, Comme nous le voyons par un avertissement en date du 27 janvier 1774 annonçant que la société jusque là existante entre Brown et Gilmore est dissoute de consentement mutuel et que désormais Brown est l’unique propriétaire et éditeur de la Gazette de Québec. Cette rupture entre Brown et Gilmore n'influa guère sur la conduite générale de la Gazette. Elle n’en fut ni moins ni plus intéressante. Comme par Je passé, on trouve de loin en loin quelques timides correspondances, et comme par le passé on trouvo des numéros exclusivement couverts de nouvelles étrangères et d'annonces. “ L'acte de Québec” passe presqu’inaperçu parmi les nouvelies d’Angleterre. D'ailleurs il n’est peut-être pas inutile de faire remarquer que detout temps,

mème du. vivant de Gilmore, Brown. paraît avoir eu la haute main dans la direction de la Guzette. Et après la mort de l’un et de l’antre, lorsque kes Neïrlson ont occasion de parler des premières années de la Gazette, ils attribuent à Brown tout ce qui s'est fait, et ne. eitent Gilmore que bien rarement. C’est pour quoi nous avons cru devoir en agir à peu près de la même manière,

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Révolution américaine.—Loyenté de: la Gazeite.—, * Récit qu'elle donne des opérations militaires.— Invasion du Canada.—Seconde suspension de la Gazette. —Siége de Québec. -Conduite de Brown pendant ce siége. — Deux numéros étranges — euxième résurrection. — Singulière adresse.— Lord. Dorchester. et. ses panégyristes de la Gazette. — Mort de Brawn.—Samuel Neiïlson, — La Gazette sous ce dernier.

Bientôt la Gazette eut à s'occuper. d’un sujet qui intéressait plus directement ses lecteurs. Déjà, comme nous l'avons dit, les premiers ferments de la guéerre civile avaient éclaté dans les colonies qui formèrent ensuite la république des Etats-Unis. Au bruit du ca-. non d'alarme, les Canadiens, on ne saurait les: en blèämer, ne ressentirent pas cet enthonsiasme guerrier qui s’emparait d'eux autrefois quand il s’agissait de défendre le drapeau de la vieille France. Ils n'avaient pas encore ew l’occasion de se battre à l'ombre du léopard: britannique, et ce drapeau n’était pas pour eux un drapeau, c'était un lambeau de soie sans souvenirs, ou pour parler franc, s’il renfermait des souvenirs, ils étaient si pénibles

qu’un loyal Canadien devait les refouler au fond de son cœur, D'ailleurs, Anglais, Bostonnais ou Yankees n'était-ce pas tout un pour les,Canadiens français qui avaient eu à les combattre tous sans distinction à une époque trop rapprochée pour être oubliée.

Quand les hostilités furent décidément ouvortes entre l'Angleterre et ses anciennes Colonies, la plus grande parte de la Gazette, comme de raison, était remplie des détails de ces hostilités. En général, cependant, l’on remarque qu’il s'écoule un assez long intervalle entre le jour où s’est accompli tel ou tel fait d'armes et le jour où la Gazette le livre à. la publicité. Ce retard vient selon toute probabilité de ce qu’elle ne publiait ces faits qu'après en avoir eu Je récit dans les'grands journaux des autres colonies. Mais pour ce qui est de la loyauté de la Gazette, elle ne paraît pas avoir chancelé un seul instant, Presqu’à chaque numéro, se trouvent de chaleureuses protestations de dévouement à côté d'appels enthousiastes à tous les sentiments de fidélité, d'honneur, de religion des Canadiens français, afin de les exciter à combattre dans la mesure de leurs forces les ennemis de la Grande-Bretagne. |

Aussi longtemps que le théâtre de la guerre

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fat dans le voisinage de la frontière américaine, Brown put sans inconvénient continuer son œuvre de prédilection. Mais à la fin de 1775, les ennemis cernèrent Québec et mirent la capitale en danger. En de telles circonstances, le devoir de tout brave citoyen étant de veiller avant tout au salut de la pa-

trie, Brown, pour remplir ce sacré devoir, fat

obligé de discontinuer la publication de sa Gazette. Le 30 novembre 1775, juste dix aus plus un mois après sa première suspension, la Gazetie contenait eette petite note explicative : :. à

“ L'imprimeur trouvant impossible de continuer la publication de cette gazette prend la liberté de faire ses remercimens très-sincères au public. de l'avoir jusqu'ici encourager, de lui souhaiter un tems plus favorable, et ‘'e l’assurer qu'il sera encore prêt à le servir aussitôt qu’il lui sera possible.” —( Ga: zette du 30 novembre 1775.)

Ce numéro du 30 novembre 1775 contenait aussi la proclamation du gouverneur Carleton, ordonnant de quitter la ville à tous ceux qui ne voudraient pas prendre les armes. Bon nombre de marchands parmi lesquels on remarque Adam Lynuburner, obéissant à ces injonetions, se retirèrent dans les campagnes

qui avoisinent Québec et y restèrent simples spectateurs d’une lutte dont l'issue leur paraisshit tellement douteuse qu'ils ne ue pas prudent de s’y compromettre,

Quelques jours après Québec était soumis à un siége régulier, ‘Les fortifications qu'avait alors la ville ne la protégeant que très imparfaitement, la situation paraissait alarmante-— &rrivé sur les plaines d'Abraham le 13 novembre, le jour même où Carleton rentrait avec peine dans la capitale, Arnold avait é6t6 bientôt rejoint par l'armée de Montgommerrÿ.

C’estælors que le bureau de la Gazette paraît avoir été définitivément fermé. Brown, aussi bien que les deux hommes qui l’aidaient à imprimer son journal, laissa de côté la easse et le composteur,pour saisir le mous- -quet et faire preuve de la fidélité et de la bravoure qu'il avait si fort recommandées . dans sa Gazette. On rapporte que pendant toute la durée du siége, ils furent vus soùs les armes presque jour et nuit, et même en supposant qu’ils en auraient eu la meïlleure volonté du monde, il teur fut impossible d’imprimer la ‘Guüsette. De plus, les communications postales devaient être suspendues, ce qui aurait pu æmbarrasser la Gazette dont le rédacteur avait pour habitude de se servir des ciseaux encore

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plus que de la plame, comme nous l'avons déjà rernarqué. |

Un mois après la suspension de la Gazette, c'est-à-dire dans la nuit du 80 au 31 décem-

bro 1775, Québec subissait de terrible assaut où Montgomery perdit la vie etoù Arnolü

fut blessé, assaut qui se termina tout à l'avantage dela cause nrétropolitaine et la sauve ‘dans cëtte province. ‘Mais l’état de siége, bien qu'il perdit de sa gravité iptemière, n'en vontinua pas moins d'exister.

* ‘Une circonstance qui ne saurait être:expliquée à la satisfaction des curieux, c’est qu'une demi feuille de la ‘Gazette fat “publiée par autorité ” le ?4 et le 21 mars 1776, alors que les troupes américaines bloquaient encore la capitale.” L'un de ces numéros contient üné sommation sous forme de lettre adressée par Montgomery à Carleton, quelques jours avant l’assaut du 30 décembre.

Cette lettre avait été jetée par dessus les remparts au rmoyen d’une flèche à laquelle on Pavait attachée. Dans l’autre numéro, un fragment de lettre du généralaméricain Woo- #ter parle en termes grossiers du clergé catholique du Canada, et lui reproche d’einployer son influence à ‘entraver le progtès des idées révolutionnaires et républicaines,

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Mais nous en sommes toujours à noms demander pourquoi ces deux singulières demifeuilles ont été publiées par autorité dans de telles circonstances. Le gouverneur pensat-il que la publication de ces lettres pleines d’arrogance et de vantardises était de nature à réveiller la traditionnelle fierté militaire des Canadiens ? Espéra-t-il par ce moyen les exciter davantage à faire vaillamment leur devoir ? Voulut-il leurfaire voir comment les américains traitaient dans pe, lripu grossier la plus respectable classe de notre population.

Après ces deux numéros publiés en mars, la Gazette ventre dans un silence séprlcral pour n’élever de nouveau da voix que plusieurs mois plus tard. Les ennemis s’étant éloignés de Québec à la fin de mai 1776, Brown aurait désiré reprendre immédiatement la publication de son journal, mais Carleton n’y voulut point consentir, comme il en avait parfaitement le droit, le pays étant encore sous la loi martiale.

Ce n’est que le 8 août 1776 qu’il fut permis à la Gazette de reparaître devant son petit public qui avait été privé d’elle pendant un peu plus de huit mois. Voici.en quels termes :solennels Brown s’adressait à ses leeteurs en revenant vers eux:

K C'est avec le plus sensible plaisir que Fimprimeur trouve que les tems sont assez heureusement changés, selon ses souhaits, pour lui permettre de le féliciter de cet heureux changement et lui offrir de nouveau ses services par le moyen d’une gazette.—Comme l'on pourrait alléguer quelque chose touchant sa nouvelle publication et qu’il serait ennuyeux au public de lui donner le détail du plan sur lequel on l’a formée jusques ici, savoir, jusqu’au nombre 571, on doit cependant remarquer qu’elle a jusqu'ici mérité le titre de Za plus innocente Gazette de la. domination britannique, et qu’il y a très-peu d’apparence qu’elle perde un titre si estimable, l'imprimeur 8e flatte de trouver assez de succès pour continuer de la publier, ce à quoi il est. déterminé sil peut se procurer seulement 200 souscrivans au prix ordinaire de 3 piastres d’Espagne par an, d'ici à la mi-septembre prochaine. Quand ou considère que quantité de feuilles périodiques les plus insipides sont soutenues par un nombre dix fois plus grand, il peut s'attendre que la plus innocente sera favorisée et protégée par un nombre si médiocre, ce qui fera voir que non seulement l'innocence et la modération ont encore des protecteurs dans un coïn du monde, en dépit de la corruption du siècle mais ajoutera encore une nouvelle obligation à

‘ Son très-humble et “ très-dévoué serviteur,

6 L'IMPRIMRUR.

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Un: écrivain qui. se vante avec. antant d’emphase. d'être. l'éditeur dela plus innocente Gasette de l'Amérique nous semble loin d’être un adepte des, doctrines radicales. Ceux qui Pacçusent d’avoir appartenu à cette école voudraient-ils nous montrer l’anlogie. qu’il. y a ontre des paragraphes tous anssi paisibles, aussi innocents dans. leur rareté que celui que nous venons de voir et les saillies tarbulentes et incendiaires des Wilkites dont Brown prétendent-ils, fut le disciple, A conp sûr un pareil disciple, si disciple il y a, ne court aucun risque d’être confondu ayéc.son maître.

Nous avons dit tout à l’heure que: Carleton avait objecté à la trop prompte. réapparition de la G@ugette. Il ne faudrait pas conclure de là qu’il n'avait aucune sympathie pour cet établiesement, car ily aurait tout à la fois erreur et injustice. D'après ce que nous. conpaissons ce gouverneur paraît avoir favorisé Brown autant qu'il: fut en. son pouvoir de le faire, et lorsque plus tard il revint gouverner le Canada sous le nom de Lord Dorchester, on rapporte qu’il témoigsait une amitié toute spéciale à M. John. Neïlson à cette époque très-jeune encore. Mais si: Carleton montrait antant de bienveillance, les. éloges: incessants que lui prodiguait la G@ascéte était bien de

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