‹ La Générale Junot, duchesse d'Abrantès, 1784-1838Chapitre 18 sur 115 · Correspondance de Napoléon, t. XV, p. 214, pièce · texte numérisé non relu

Correspondance de Napoléon, t. XV, p. 214, pièce

— Au général Junot, Finkenstein, 10 mai 1807.

Mme Junot voyait sur quelle pente semée de périls et de hontes s'était inconsidérément engagé son mari ; elle essaya de le retenir. Mais le moyen de faire voir clair à un aveugle volontaire ? Rien de plus triste en ce monde que l'erreur d'un mari, d'un fils, d'un frère aimé, qui tient à être dupe jusqu'au bout des machinations d'une intrigante et, réfractaire à tout conseil, marche vers l'abîme et court vers les pires catastrophes sans vouloir rien voir ni rien entendre !

Mais revenons au Raincy. La grande-duchesse de Berg fut reçue avec tous les honneurs dus à son rang plus qu'à son caractère. Le cœur de Mme Junot saigna tout le jour, obligée qu'elle était de faire bon visage à une femme pour qui elle ne pouvait avoir que haine et mépris. On courut le cerf toute la matinée. Il y eut ensuite un long et superbe déjeuner. Le soir on fit de la musique : Mme Junot dut même chanter pour contribuer à distraire la courtisane couronnée qui lui avait fait l'honneur de lui prendre son mari. . . Oh ! il y a parfois dans la vie des situations bien cruelles !

Quelques jours après, l'impératrice Joséphine eile-même honorait le gouverneur de Paris d'une visite à sa campagne. Elle passa au Raincy une partie de la journée et si Mmo Junot n'avait pas eu ses douleurs secrètes et ses sombres appréhensions pour l'avenir, elle aurait compté ce jour parmi ses meilleurs.

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