CHAPITRE VII
Calculs éhontés de la grande-duchesse de Berg. — Semblables calculs chez l'impératrice. — Aveuglement de Junot. — Patience de sa femme. — Les « parentes » de M"" Junot. — Incidents amoureux. — Retour de l'empereur à Paris : il fait à Junot une scène terrible. — Disgrâce. — La princesse de Wurtemberg au Raincy. — Journal intime de la duchesse d'Abrantès. — Junot passe sa dernière nuit à Paris auprès de la grande-duchesse de Berg. — Chagrin de sa femme. — Junot désobéit à l'empereur. — Il passe vingt-quatre heures au Raincy avec sa femme. — Aveux de Junot. — Billet de la grande -duchesse. — Dernier rendez- vous d'amour. — Solitude très peuplée du Raincy. — M. de Narbonne n'est pas un ami loyal. — M. de Montrond est un drûle. — M. de Metternich devient amoureux de Mma Junot.
Cependant le général Junot était tout à l'enivrement de sa conquête. Il eût cependant bien fait, et pour plus d'un motif, de se remémorer ces vers pleins de bon sens :
Aymer en trop haut lieu une dame hautaine C'est aimer en souci le travail et la peine, C'est nourrir son amour de respect et de soin...
Malheureusement il ne s'agissait pas, pour le moment de bon sens, mais d'amour, et Junot n'avait que faire des conseils du bonhomme La Fontaine. Il se laissait aller à son caprice, ou plutôt à celui de la princesse, avec le naïf enthousiasme d'un collégien tout fier d'être débauché par une
femme de chambre. Mais si, au lieu d'être une princesse impériale, Mme Murât eût été la femme d'un simple capitaine, le gouverneur de Paris eût-il seulement daigné l'écouter ? Il est probable que non, ce qui est bien une preuve que la vanité est un des ingrédients essentiels qui entrent dans la composition de l'amour. De l'amour tel qu'on l'entend dans le monde, car il ne s'agit point ici d'un amour à la Paul et Virginie : pour un homme comme le général Junot il ne saurait être question de candeur. De naïveté, c'est différent. Il en avait même une bonne dose, très fortement compliquée d'une dose plus accentuée encore de cette vanité qui, au fond, faisait tous les frais de son amour pour la grande-duchesse de Berg. Il ne voyait pas qu'il était dans les mains de cette coquette émérite un instrument dont elle se promettait de jouer au cas où un événement possible, qu'elle prévoyait, qu'elle espérait peut-être, la mort de l'empereur, — la mort de son frère ! — viendrait à se produire. Elle voulait que le gouverneur de Paris ne fût plus que le très humble esclave de ses volontés pour que, ce cas se présentant, avec l'appui des vingt ou trente mille hommes de la lre division militaire, Junot portât au trône et proclamât empereur des Français Joachim 1er. Mais oui, Joachim Murât, son mari. Quoi de plus naturel ? Il y avait bien un sénatusconsulte qui avait réglé l'ordre de succession au trône. La grande-duchesse de Berg le savait. Et c'est pour cela qu'elle voulait être prête à brusquer les dispositions du sénatus-consulte, ne pouvant brusquer le destin, si l'événement qu'elle espérait venait à se produire. La France ne s'inclinerait-elle pas devant le fait accompli ?
Ces beaux calculs, Mma Junot les avait vite percés à jour : mais le moyen de faire ouvrir les yeux à son mari ? Le moyen même de lui dire quelques mots ?... Car elle ne le voyait plus que fort peu. Le jour, il était pris par ses devoirs de gouverneur de Paris, qu'il négligeait cependant beaucoup. Le soir, il était obligé d'aller aux fêtes officielles. Gomme l'impératrice ne dansait plus, que sa fille Hortense était en Hollande, la grande-duchesse de Berg était la reine très agissante de toutes ces fêtes et trônait sans concurrence. Partout c'était elle qui ouvrait le bal : avec qui ? Avec le général Junot. Quand elle jouait, elle faisait appeler par un chambellan, pour faire sa partie, qui ? Le général Junot. Le matin, quand elle montait à cheval, elle se faisait accompagner par qui ? Par le général Junot. Etait-elle donc si amoureuse du gouverneur de Paris ? Point : « Elle m'a assuré le contraire, a écrit plus tard Mma Junot ; et je dois la croire. » Singulière idée, par parenthèse, à une femme, d'aller parler de ces choses-là à celle qui lui a soufflé son mari ! Mais c'était vrai : la grande-duchesse de Berg, dût la vanité posthume de Junot en être mortifiée, n'avait pour lui aucun amour ; et c'est ce qui rend son manège encore plus criminel !
Quant à Junot qui, en tout cela, ne voyait quo du feu et se croyait aimé pour lui-même, il devenait pour sa femme aussi peu aimable que possible. Il ne faisait plus que de rares apparitions au Raincy et donnait, pour excuser ses absences, tantôt une raison, tantôt une autre. Lui, si franc, si loyal, il se ravalait jusqu'au vil mensonge. Et pour quoi ? Comme toujours, pour une femme. Et quelle femme !... Mais la délicatesse de l'âme
s'oblitère dans la trahison. Rien ne détruit la droiture de l'homme comme l'habitude du mensonge et une dissimulation de tous les instants... Un honnête homme n'est pas de force à tenir ce rôle : il le doit laisser aux Carolines, qui savent évoluer dans la fausseté comme la vipère évolue au travers des buissons épineux. De même que le corps s'habitue aux infirmités, l'esprit s'habitue au mensonge, le cœur à la trahison. Mais c'est là une triste déchéance, et il est rare que la dignité, le caractère et l'honneur n'y sombrent pas définitivement. Le monde, lui, traite légèrement ces défaillances : il applaudit à ces hontes, il en vit : tout au plus se permet-il parfois d'en sourire, mais jamais quand ceux qui s'en pavoisent appartiennent par leur rang ou leur fortune à la partie la plus en vue de la hiérarchie sociale. Oh ! pour ceux-là, il a des indulgences inépuisables, des admirations même qui déconcertent l'esprit le plus porté à la charité chrétienne pour les faiblesses des hommes et surtout celles des femmes. A ceux-là seulement, aux indignes, toute sa bienveillance; aux autres, aux honnêtes gens, une pitié dédaigneusel Oh! c'est une belle chose que le monde, tel qu'il est organisé!
Junot était plongé dans tout ce train d'amour et de fêtes quand sa mère mourut au Raincy après une maladie de quelques jours. Sa femme fut, en cette circonstance, admirable de dévouement. Elle aimait sa belle-mère d'une affection vraie, entière; aussi eut-elle un grand chagrin de la perdre. Le général aurait dû saisir l'occasion de ce douloureux événement pour s'enfermer strictement dans son deuil et briser net sa liaison. Il
Cliché J. T.
CAMBACÉRÊS.
D'itprt's le tableau de Boilly.
Abrantès. — 13.
le pouvait avec convenance. Il ne le fit pas. Avant longtemps il reconnaîtra combien grand fut son tort, mais il sera trop tard pour revenir sur le passé, et il n'aura plus qu'à en supporter les désastreuses conséquences.
Cependant, malgré son deuil, Junot allait beaucoup le soir, avec sa femme, chez l'impératrice. Celle-ci reprit une conversation qu'elle avait entamée avec lui, un jour qu'elle l'avait eu à déjeuner. Elle lui avait parlé de la mort possible de l'empereur à la guerre — nous sommes tous mortels, n'est-ce pas? — et elle avait ajouté qu'elle serait fort heureuse, si ce fâcheux événement se produisait, de voir son fils Eugène devenir empereur des Français. Il y avait bien un sénatusconsulte gênant, mais Eugène était très aimé dans l'armée, et puis...
Junot n'avait pas compris à quoi en voulait venir l'impératrice. Celle-ci, qui voyait bien que le gouverneur de Paris ne saisissait pas son « idée de derrière la tête », essayait de mettre les points sur les i. Le trouvant trop figé dans son respect pour le sénatus-consulte et pour sa souveraine, elle lui dit en riant quelques mots à l'oreille. Ces mots faisaient sans doute allusion à une princesse pour laquelle il sortait parfois de l'étiquette, car il devint très rouge, regarda du côté de sa femme pour voir si elle s'apercevait de ce petit manège et répondit à l'impératrice sur un ton de froide réserve.
En rentrant au Raincy, il parla à sa femme des propos étranges de Joséphine.
— Que diable! dit-il, en admettant qu'une telle infortune frappe la France, le roi de Naples, Jo-
seph Bonaparte, est là, puis le prince Louis et ses enfants...
— Et Murât? lui dit sa femme en le regardant dans les yeux.
— Murât? Allons donc!... Mais personne n'en voudrait dans l'armée depuis qu'il a été assez bête pour faire porter la livrée de sa maison à ses officiers d'état-major.
Pauvre Junot! Depuis qu'il portait, lui, les couleurs de la grande-duchesse de Berg, il n'y voyait plus clair.
Une chose surprenante, c'est la patience avec laquelle Mme Junot supporta cette liaison de son mari. Les mœurs du temps, assurément, s'accommodaient d'une fantaisie extra-conjugale, et celleci n'était pas la première; mais une femme jeune, au cœur haut, aimant, n'aurait pas dû s'en accommoder aussi facilement. Rien, en effet, dans ses écrits, ne laisse croire que Mmo Junot ait beaucoup lutté pour arracher son mari à celle qui le lui volait aussi effrontément. Peut-être aussi, sachant par expérience qu'on est toujours mal venu à donner des conseils à qui ne veut que satisfaire ses passions, étaitrelle trop convaincue de l'inanité de tout ce qu'elle pourrait dire et faire. Car la pauvre Laure commençait à s'habituer à cette vie de femme abandonnée. Elle aurait eu trop à faire s'il lui avait fallu se mettre martel en tête pour chacune des fredaines et infidélités du général. Tout d'abord elle avait été bouleversée, elle avait pleuré. On n'en rit, de ces choses-là, que lorsqu'elles arrivent aux autres. Mais son mari avait eu la cruelle légèreté de ne tenir aucun compte de ses larmes. Ensuite elle avait parlé
haut. Il ne tint pas plus compte de ses cris. Et pourtant il aimait sa femme, mais une incurable frivolité le poussait à la délaisser pour d'autres femmes, dont aucune ne la valait. Mme Junot, voyant qu'il était incorrigible, avait fini par se cuirasser contre cette sorte de chagrin et par se ré signer. Tout cela, maintenant, lui ridait à peine le cœur. A la longue, elle se mit même à en rire. Ne s'était-elle pas avisée, avec trop de légèreté, bien certainement, d'appeler ses « parentes » les diverses femmes auxquelles son mari portait des hommages qu'il ne devait qu'à elle? Et la « parenté » était nombreuse. Mm° Junot pouvait donc ne considérer la grande-duchesse de Berg que comme une « parente » passagère, plus honorable que les autres, voilà tout. Et voyez jusqu'où l'amour-propre va se nicher : sous la philosophie et la patience résignée dont elle a dû s'armer, Mme Junot laisse percer une certaine fierté d'avoir pour mari un « mangeur de cœurs » si remarquable!
Et puis, en se comparant à la princesse Caroline à laquelle elle était fort supérieure de toutes les façons, peut-être ne craignait-elle pas une bien longue concurrence : son mari n'avait sans doute pour cette figure blanche et rosée qu'une fantaisie d'épiderme, tout au plus un amour de tête; il lui reviendrait dès que ce feu de paille aurait fini de flamber. N'était-il pas sage et prudent, pour l'avenir du ménage et l'intérêt des enfants, de ne pas irriter le général par des observations qui n'auraient fait que tendre davantage une situation difficile, puisque le propre de la diathèse amoureuse est de rendre sourd à la voix de la rai.son et aveugle
devant la clarté la plus éclatante? Le plus sage était donc de prendre son mal en patience, d'attendre la fin de cet « emballement » et de faire tout le possible pour empêcher l'éclat de cette liaison de parvenir jusqu'à l'empereur. Mais que d'amertumes, que d'humiliations en attendant! Jugez-en par ceci :
La fête de l'impératrice approchait. On la lui souhaitait le 19 mars. En cette année 1807, on voulut, pour lui être agréable, jouer devant elle la comédie. Mais quelle pièce? Les princesses Caroline et Pauline chargèrent Junot de la choisir. Embarrassé, le général demanda conseil à M. de Longchamps, secrétaire des commandements de la grande-duchesse de Berg. C'était, comme on disait alors, un « homme à talents » et, en effet, il en avait de très divers. Il se chargea de faire deux pièces accommodées aux circonstances et aux personnages : dans l'une, il mettrait aussi en évidence que possible la beauté de la princesse Pauline, dans l'autre les talents de la grande-duchesse. On n'est pas courtisan pour rien. Le général Junot et sa femme auraient, cela va sans dire, un rôle dans ces pièces. Pendant trois semaines que durèrent les répétitions, il surgit plus d'une fois entre les acteurs des situations bien autrement corsées que celles de leurs rôles. Elles étaient risibles la plupart du temps, mais Mme Junot ne riait pas. Il lui fallait, elle, si intelligente, si hère, tout voir, tout entendre, et faire l'aveugle, et faire la bête, pour ne pas provoquer la colère de son mari, celle de sa maîtresse, — car l'on est très susceptible quand on est dans son tort, —et pour
'éviter un éclat dont le bruit serait parvenu aux oreilles de l'empereur.
Mais quelle tristesse pour elle, quel crève-cœur que de se contraindre et de refouler tous ses sentiments au fond de son âme, en jouant avec les deux coupables qui la trahissaient, une pièce de circonstance, où l'un tenait le rôle d'amoureux et l'autre accueillait son amour! Evidemment, l'auteur s'était attaché à transporter la réalité au théâtre, afin de donner à sa princesse le plaisir pimenté de recevoir devant toute la cour les déclarations enflammées de son amant, sans que personne, même Mm9 Junot y pût trouver rien à redire. Voir le gouverneur de Paris, dompté, à ses pieds et lui soupirant en vers son amour, voir sa femme dévorer de son côté larmes et humiliations, était pour la princesse un triomphe et une jouissance de haut goût. Quant à Junot, heureux de son sort, il trouvait que tout le monde devait l'être aussi.
Le jour de la fête arriva. On la célébra à la Malmaison. Mma Junot, qui était enceinte, et dont la grossesse, très pénible, lui faisait espérer qu'elle aurait enfin un garçon — elle avait déjà eu cinq filles — souffrait d'une affection nerveuse à laquelle les chagrins que lui donnait son volage époux n'étaient probablement pas étrangers. Elle fut sur le point de ne pas pouvoir paraître en scène; en tout cas, elle n'en avait guère envie. La comédie, à ses yeux clairvoyants, n'était qu'un lever de rideau, précurseur d'un drame, mais réel, celui-là... Enfin, à force de volonté, elle parvint à jouer son rôle et il n'y eut point d'incident fâcheux. La grande-duchesse de Berg se passa
la fantaisie d'une attaque de nerfs : Mme Junot, qui y aurait eu plus de titres qu'elle, s'en dispensa. La princesse jugea même à propos de s'évanouir... L'impératrice, qui eut la bonté de lui délacer le corsage pour qu'elle respirât plus librement, y trouva une lettre pliée et eut la discrétion de la lui mettre dans la main après avoir eu celle d'en regarder l'écriture.
— C'est une lettre de Murât, dit la princesse en revenant à elle. Et cela fut murmuré avec une mauvaise humeur qui ne venait évidemment que de son indisposition et de l'embarras qu'elle avait donné à sa belle-sœur.
— C'était une lettre de votre mari! dit quelques mois plus tard l'impératrice à Mm* Junot; j'ai reconnu son écriture!
La jeune femme, qui avait assisté à toute la petite scène, n'en avait pas douté un instant.
Enfin, après tant d'émotions, la grande-duchesse de Berg fit à Mme Junot l'honneur de monter dans sa voiture avec elle et le général. Il était trois heures du matin. On arriva devant le palais de l'Elysée, demeure de la princesse. Junot descendit le premier, donna la main à la grande-duchesse pour l'aider à descendre, la conduisit jusqu'à son appartement et... n'en sortit que le lendemain. Sa pauvre femme, lasse de l'attendre, revint seule et termina sa nuit dans les larmes.
Cependant tout a une fin. La paix de Tilsitt mit un terme à la guerre et Napoléon rentra à Paris. La catastrophe prévue par Mme Junot éclata.
Junot avait des ennemis à Paris. Ceux-ci n'a-
! eu garde de ne pas informer l'empereur,
en Pologne, de la liaison qui s'était formée entre
lui et la grande-duchesse de Berg. L'empereur qui croyait à la vertu de ses sœurs parce que personne ne se souciait de lui ôter ses illusions sur ce point, accueillit avec une froideur sévère le gouverneur de Paris. Navré de cet accueil, Junot lui demanda une audience. Elle fut aussitôt accordée. Junot prévoyait qu'il y aurait du tirage : il eut fort à faire pour tenir tète à l'ouragan, car ce fut cela, qui se déchaîna sur lui. Les accusations s'échappaient de la bouche de l'empereur à coups répétés, comme les éclairs s'échappent de la nue pendant un terrible orage. Le général n'avait pas prévu que Napoléon serait mis au courant de son aventure. Abasourdi de se trouver si maladroit, il ne savait que dire. Il ne voulait répondre nettement sur aucun point, pour ménager la princesse Caroline, et se bornait, avec les protestations les plus énergiques, à assurer l'empereur de son dévouement.
Napoléon cependant l'examinait de son œil le plus aiguisé et semblait le scruter jusqu'au fond de l'âme. Il renouvela ses accusations et, le regard menaçant, précisa certains points.
Junot demeurait atterré, sans mot dire... Il en avait les bras et les jambes cassés... Il tenta cependant de se défendre. D'un mot l'empereur le rejeta dans le silence. Le général crut devoir dire alors que si le maréchal Murât s'estimait offensé, il était prêt à lui rendre raison.
— Mon hôtel, dit-il, est tout près de l'Elysée, et...
— Oui, oui, dit l'empereur; beaucoup trop près.
Et il lui défendit de se battre avec Murât. Il
jeta ensuite les yeux sur un grand papier, où ,lunot reconnut l'écriture de Savary. Alors tout s'éclaircit à ses yeux : il dit qu'il châtierait les calomniateurs, qu'il saurait bien, notamment, apprendre à Savary la prudence en ce qui le regardait personnellement, et le respect en ce qui concernait la grande-duchesse de Berg.
L'empereur lui cria à tue-tête qu'il lui ordonnait de ne se battre avec personne. Et Junot dut lui promettre de se tenir tranquille. Il sortit enfin de cette longue et pénible audience et croisant le général Savary dans le vestibule, il affecta de nepasle voir. Le résultat de tout ceci fut que l'empereur enleva à Junot le poste de gouverneur de Paris où il n'avait pas su garder la gravité, la dignité etja réserve qu'il était en droit d'attendre de lui. Il l'envoya, dit le général de Thiard, « prendre en Portugal une leçon d'étiquette » : il lui donna le commandement du corps d'observation de la Gironde qui se réunissait à Bordeaux et à Bayonne, et qu'il avait l'intention d'envoyer en Portugal pour y faire appliquer strictement les dispositions du décret de Berlin fermant à l'Angleterre les ports du continent. C'était là un beau commandement, mais, bien qu'il soit plus flatteur de commander en chef une armée en campagne qu'une ville, fût-ce Paris, en temps de paix, c'était une disgrâce. Après Arras, après l'ambassade de Lisbonne, c'était la troisième. Décidément la faveur du souverain le quittait. Junot le sentit cruellement. Sa femme eut la générosité de ne pas l'égratigner d'épigrammes faciles : elle ne chercha point, sous prétexte de le consoler, à l'exaspérer en lui répétant qu'elle l'avait prévu, qu'elle le lui avait bien dit, qu'on ré-
coite ce qu'on a semé, bref toutes les herbes de la Saint-Jean dont les femmes se plaisent à régaler les maris dans les épreuves difficiles. Le malheureux maintenant ne sentait que trop sa disgrâce et ses torts. Du reste, il y avait déjà eu entre sa femme et lui, et à plus d'une reprise, de fâcheuses récriminations et même « de déplorables scènes d'intérieur. » La jeune femme eut le bon goût de n'en point provoquer de nouvelles.
La fête du 15 août ne fut nullement une fête pour elle. Gomme femme du gouverneur de Paris, elle avait des devoirs : tandis que son mari allait, au pied du perron de l'Hôtel de Ville, au devant de l'empereur, elle devait, elle, à la tête de vingt-quatre femmes des principaux négociants, banquiers et industriels de Paris, recevoir l'impératrice à sa descente de voiture. Ces cérémonies se firent comme à l'ordinaire. La grande duchesse de Berg ouvrit le bal, secondée par la princesse Stéphanie1, une dame du palais, la femme d'un maire et MmeJunot. Celle-ci dansa avec le grand-duc de Berg. A cause de sa grossesse, elle prenait les plus grandes précautions decrainted'un accident; elle marchait et ne dansait pas. Enfin tout se passa bien. La fête fut superbe, mais rien ne put dérider la jeune femme, aux yeux de laquelle l'avenir se montrait chargé de nuages noirs.
Cependant Junot se préparait à partir. Quelques jours avant son départ, il reçut avis que la princesse Catherine de Wurtemberg, fiancée au prince Jérôme, arriverait le lendemain au Raincy, à neuf heures du matin, et que l'empereur avait ordonné
1. Voir notre ouvrage sur Stéphanie de Beauharnaig, grande-duchesse de Bade.
qu'elle y déjeunerait, qu'elle y aurait une entrevue
avec son fiancé et s'y reposerait jusqu'au soir. Duroc priait Junot de tout faire préparer chez lui pour recevoir dignement l'auguste princesse.
Le lendemain, à l'heure dite, le Raincy était prêt. Mme Junot avait paré à tout et, à neuf heures précises, elle recevait la princesse, aussi exactequ'elle, à sa descente de voiture. Après le déjeuner, elle lui offrit le divertissement d'une chasse au cerf dans le parc. La princesse suivit la chasse en calèche, puis, comme il faisait fort chaud, elle demanda à rentrer. Mme Junot, de son côté, alla s'étendre un peu. Elle commençait à dormir lorsqu'une de ses femmes entra, tout effarée, comme si le feu était au château : elle lui conta comme quoi la princesse étant en train de se changer, on n'avait pas de chemise à lui donner, la malle aux chemises ayant été oubliée dans le fourgon aux bagages et ledit fourgon étant reparti pour Paris ; que la princesse ne pouvait attendre ainsi...
— Eh bien ! dit Mme Junot en riant, portez-lui en une demi-douzaine de mes plus belles...
Elle rit bien plus fort, un quart d'heure après, quand on vint lui dire que la princesse, qui jouissait d'un respectable embonpoint, n'avait pu entrer dans ses chemises, et qu'il avait fallu en fendre une du haut en bas pour lui livrer passage. Ce n'est que de cette façon que la fiancée du frère de Napoléon avait pu mettre du linge frais.
Le dîner fut un peu triste, ce qui n'est pas surprenant, car la princesse ne pouvait voir approcher sans terreur le moment où elle allait se trouver en face du prince Jérôme. Aux préjugés de sa naissance se joignait son aversion d'allemande contre
ce qui touchait à Napoléon, et par dessus tout ce fait que, son fiancé étant déjà le mari légitime d'une autre femme, il lui semblait, en l'épousant, commettre un véritable sacrilège. Ce scrupule l'honorait infiniment, mais la « raison d'Etat » était là, et il fallait se soumettre !
Mme Junot assista à l'entrevue des deux fiancés : elle se trouvait à ce moment dans la salle de billard qui n'était séparée du grand salon que par des colonnes entre lesquelles se dressaient des statues. Avant de quitter le Raincy, la bonne princesse Catherine alla au devant d'elle et la remercia avec une aimable bonne grâce de l'hospitalité qu'elle lui avait offerte.
Junot accompagna la future reine de Westphalie jusqu'aux Tuileries. A son retour, il était profondément découragé. Il avait vu la grande-duchesse de Berg et avait jugé, à son attitude, qu'elle le lâchait complètement. Il en fut profondément affecté, mortifié aussi, car il commençait à entrevoir un des pourquoi de la conduite de la princesse avec lui. Il n'en voyait pourtant pas encore tout l'odieux ; son amour-propre de don Juan était un voile un peu dur à déchirer.
Il n'y a de guérison pour les âmes aussi cruellement blessées par une femme que dans V autopsie brutale, complète, de l'amour qu'on avait pour elle : mais il faut avoir la volonté de la faire complète, vraie, dégagée de toute influence d'amourpropre, de vanité, de faiblesse ou de pitié qui en fausserait absolument la sincérité. Mme Junot, qui voyait son mari soucieux et comprenait à merveille son état d'âme, faisait en sorte d'adoucir de son mieux les amertumes qui empoisonnaient mainte-
nant sa vie. Elle eut un moment l'idée d'aller parler elle-même à l'empereur de « cette indigne affaire ». L'idée n'était pas heureuse, car Napoléon n'aurait pas donné tort à sa sœur devant une étrangère et il n'aurait jamais pardonné une démarche qui l'eût blessé dans ses sentiments de solidarité de famille. Elle s'en serait sûrement rendu compte et aurait renoncé à cette tentative avant d'arriver aux Tuileries. M. de Narbonne, qui survint au moment où elle était sous l'empire de cette idée, n'eut pas de peine à lui en démontrer les inconvénients. Il lui recommanda la réserve et la prudence en tout car, il en avait la certitude, la grande-duchesse de Bcrg faisait espionner l'hôtel Junot.
Les relations cependant n'étaient nullement rompues entre les Murât et les Junot. On se voyait, on se recevait à dîner. Les apparences étaient sauves, Il ne semble pas que Junot ait vu secrètement la princesse depuis le retour de l'empereur. Mais comme il allait partir pour le Portugal, elle voulut qu'il lui donnât la dernière nuit qu'il avait à passer à Paris. Ceci résulte d'un document singulier, sorte de Journal intime que la duchesse d'Abrantès écrivit au sujet de cette affaire et des terribles conséquences qu'elle eut pour Junot et pour elle, — ajoutons : et pour la France.
Dans quelle intention Mme d'Abrantès écrivit-elle ce document? Fut-ce simplement, comme c'était la mode chez les femmes de la Restauration, pour initier le public aux sentiments les plus intimes de son mari, aux siens propres et aux turpitudes de la grande-duchesse de Berg ? Georges Sand n'a-t-elle pas dévoilé les vices d'Alfred de Musset ? La vicomtesse d'Agoult n'a-t-elle pas dévoilé les défauts phy-
siqueslesplus intimes deLiszt, qui fut son amant? Mme de Solms, fille de Mme Wyse, née Lucien Bonaparte, devenue Mme Rattazzi et aujourd'hui Mme de Rute, n'a-t-elle pas publié la correspondance secrète de Ponsard ?...
Mais ce n'étaient que les défauts et faiblesses d'autrui qu'elles révélaient ainsi : la duchesse, elle, l'ait la confession des faiblesses de son mari, et aussi celle de ses propres défaillances. C'est là un mérite bien rare ; les femmes s'abandonnentmoins facilement que les hommes aux confidences et aux aveux de cette nature. Mais pourquoi a-t-elle ainsi écrit sa confession ? Ce n'est assurément pas pour elle seule. Pour sa famille ? Une confession orale suffisait et se serait perpétuée de père en fils, de mère en fille, comme les autres traditions de famille. C'est donc pour le public. Aussi bien ce Journal intime, limité d'ailleurs à un enchaînement d'épisodes, qui furent décisifs dans l'existence de Mme Junot, quoique tenant un peu de certaines pages des Mémoires de M1"6 Roland et des Confessions de J.-J. Rousseau, et donnant parfois dans des réflexions oiseuses, tient très étroitement à l'Histoire. Il n'était donc pas destiné uniquement à la famille. La preuve, c'est qu'il a été donné par la duchesse d'Abrantès à Balzac, dans les papiers duquel il a été trouvé par M. le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul, qui les a achetés en bloc1. Ce document, dont l'importance est très grande, ne nous est malheureusement pas parvenu entier. Il se compose de quarante-deux grandes feuilles de pa-
1. C'est à lui que j'en dois la communication. Il m'a très gracieusement autorisé à le reproduire, et je suis heureux do lui en renouveler ici, de cœur, mon remerciement.
pier de Hollande verge, écrites au recto et au verso, numérotées de la page 45 à la page 129 ; quatre es manquent dans le corps de ce manuscrit, qui semble écrit d'un seul jet : l'écriture en est courante, hâtive, sans ratures, cinq ou six à peine en tout. L'auteur entre parfois dans des détails d'une intimité telle que je ne les reproduirai pas : leur naïveté pourrait paraître effrontée, et ils sont inutiles à l'Histoire. Mais il faut la louer de d'entière franchise avec laquelle elle fait sa confession.
C'est donc pour remettre au point ce qu'on savait déjà dans le public et ce qu'elle n'ignorait pas que les mémorialistes ne négligeraient pas d'enregistrer, que la duchesse d'Abrantès a écrit ces pages. Peut-être les aurait-elle publiées ; mais la princesse Caroline vivait encore. Par égard pour celle qui n'en avait eu aucun pour elle, elle attendit. Elle devança d'un an la reine de Naples dans la tombe, et voilà sans doute pourquoi ce manuscrit resta inédit.
La liaison de Junot et de la grande-duchesse de Berg eut sur les destinées de l'Empire une influence incalculable. La vie des personnes qui ont été mêlées de plus ou moins près àcetteidyllequiso termina en drame pour la famille Junot, appartient donc à l'Histoire. Ce serait avoir une pudeur déplacée que de blâmer la publication d'un document qui peut servir à éclairer pleinement des points encore obscurs de ce drame. La duchesse d'Abrantès ne l'a pas eue et a poussé aussi loin qu'il était possible, plus même, la sincérité dans la confession. Je serai plus discret qu'elle, et ne redirai pas tout ce qu'elle a cru devoir dire. Des historiens de salon trouveront peut-être encore que
c'est trop, que lorsqu'il s'agit d'une femme... Cela m'importe peu : mon devoir d'historien ne me permet pas les complaisances. Aussi bien vais-je laisser parler la duchesse elle-même.
« ... Le général Junot avait été invité à venir dîner chez L.L. A. A. I.I. le même jour ; le billet ajoutait que la princesse désirait beaucoup que mon état me permît d'accepter. Elle savait fort bien que je n'allais pas en voiture à cause de mon état. Le général s'y rendit et le soir, à huit heures et demie, il était déjà rentré. Son air était agité. Je craignais les malheurs qui pouvaient arriver à chaque heure du jour. Je me hasardai à lui parler. Mais il me répondit d'une manière fort dégagée qu'il allait passer un autre habit et finir sa soirée près de moi. Il y avait dans mon salon le cardinal Maury, le baron de Breteuil, M. de Narbonne, M. de Valence et quelques femmes de nos amies. A neuf heures, en effet, il passe chez lui pour changer de toilette et quitter son uniforme. Une heure s'écoule, il ne revient pas. Je passe chez lui, personne ! Je sonne : son valet de chambre de confiance arrive.
— Où est le général ?
— Madame, il est sorti.
— En voiture ?
— Non, madame, à pied.
— C'est bon, sortez.
« Quand il fut éloigné, je me laissai tomber sur une chaise, tout à fait anéantie : il n'était que trop clair pour moi que c'était un rendez-vous donné. Et il devait partir à sept heures du matin ! 1
1. Junot allait à Bordeaux, prendre le commandement de l'armée destinée au Portugal. (J. T.)
« Je rentrai dans le salon et je dis pour l'excuser que des ordres de l'empereur l'avaient appelé au château. Bientôt tout le monde s'éloigna, à l'exception du comte de Narbonne et de Mme Juste de Xoailles, mon amie d'enfance. Ils connaissaient tous deux ma position. Je pouvais donc pleurer devant eux. Ils demeurèrent tous deux jusqu'à une heure du matin. Je ne savais pas de quelle humeur il serait et je les engageai à se retirer avant son arrivée, d'autant plus que Mélanie * était furieuse et voulait lui faire honte, disait-elle, de sa conduite.
« Quand je fus seule, je me livrai à tout mon désespoir. J'avais voulu disculper Alexandre2 aux yeux de mes amis, mais aux miens sa conduite n'en était pas moins pénible et offensante. Me laisser au moment de s'éloigner de moi pour un temps indéterminé, me laisser au moment d'être mère, sans passer près de moi les derniers instants de son séjour, et pour qui ? Pour une femme que je savais moi-même être indigne de lui. — Assise sur un divan dans le coin le plus obscur de ma chambre à coucher, je venais de compter trois heures à ma pendule. Alors mon agitation redoubla et changea d'objet. Tout ce que l'inquiétude a de sinistre pour un objet adoré vint se presser en foule autour de mon esprit. Le jour allait poindre. Il était impossible que le général fût assez imprudent pour ne pas le prévenir. — Je me figurai que Murât se doutant que cette dernière nuit aurait été donnée à l'amour, les avait surpris ; que Junot avait peutêtre péri d'une manière tragique...
1. M™* Juste de Noailles, fille du duc Archambaud de Talleyrand-Périgord, princesse de Poix. (J. T.)
2. On se rappelle que c'est le prénom qu'elle avait substituée à celui d'Andoche, pour appeler sou mari.
Abrantès. i ( .
« Plus l'heure s'avançait, plus mes idées se troublaient. Mon pouls battait avec une rapidité et une inégalité effrayantes. J'entendais des bruits extraordinaires. Je voyais errer autour de moi des formes bizarres, enfin j'étais dans un état complet de folie, mais le cœur comprenait, entendait. Oh ! combien j'ai souffert, cette cruelle nuit du 27 au 28 août ! Quel souvenir !
« Aujourd'hui, quand une peine un peu vive me fait croire que je souffre, j'y reporte ma pensée et la peine présente n'est plus qu'illusoire. — A quatre heures, il me fut impossible de résister à ce que j'éprouvais. Je traversai le petit salon qui sert de communication aux deux appartements et je sonnai son valet de chambre. Cet homme, qui était à son service depuis beaucoup d'années et qui l'aimait à l'adoration, m'était aussi fort attaché. Je savais qu'il possédait toute la confiance de son maître. Aussi, sans m'arrêter à la réserve que j'employais ordinairement avec des valets, je lui fis part de mes craintes, et elles devinrent bien plus vives quand je vis qu'il les partageait. Il me dit, sans que je le lui demandasse, que le général était venu pour se déshabiller, qu'après avoir relu un très petit billet qu'il avait fort bien remarqué, le général avait plusieurs fois frappé sa tête, avait chargé ses pistolets de poche, avait mis une redingote, puis était sorti par la porte du petit hôtel qui donne sur la rue Saint-Honoré. 1
« Tout cela ne m'apprenait rien et cependant ces détails redoublèrent mes larmes et mes inquié-
1. Ce petit hôtel, ainsi que la grande galerie et la bibliothèque, avaient été construits par Junot contre la «belle et bonne maison » que lui avait donnée le premier consul. (J. T.).
tildes. Je congédiai Heldt l et je demeurai dans cette chambre. Je regardais ce lit et je frissonnais en pensant que son possesseur allait peut-être venir y mourir à peine au printemps de sa vie, pour une femme qui n'avait jamais pu apprécier ni son cœur ni tout ce qu'il valait.
« Je ne pleurais plus : mes yeux n'avaient plus de larmes. Cinq heures venaient de sonner. Le jour était levé et perçait à travers les épais rideaux qui masquaient les fenêtres. Anéantie par mon inquiétude, je n'étais avertie de mon existence que par un sentiment de douleur aiguë qui me faisait tellement souffrir que je suis étonnée moi-même d'y avoir pu résister. Mon pauvre enfant me rappelait à la vie quelquefois par ses doux tressaillements, lorsque je revins tout à fait par la vue inopinée de Bon père.
« Il était entré par la porte dérobée de l'hôtel, avait traversé la cour des écuries et, prenant un petit escalier dérobé, il était arrivé sans bruit. En le voyant, je fus si heureuse, mon cœur fut tellement inondé de bonheur, que je ne pus lui adresser aucun reproche. Je m'élançai à son cou et l'enlaçant de mes bras, je le couvris de baisers et de caresses. Ses yeux, ses cheveux, ses habits, tout en lui était l'objet d'une caresse nouvelle...
« Je le serrais contre moi, nos bouches se rencontrèrent. Un de ces baisers de feu qui toujours donnent le premier bonheur quand on s'aime, me rappela à ma triste douleur. Il voulut... Ah ! mon Dieu ! avec quelle rapidité je 1 i loin de lui !
Lui-même ne chercha pas à me retenir.
1. Valet de chambre alsacien que Junot avait dès avant son mariage. (J. T.).
— Pourquoi avoir veillé si tard ? me demandat-il avec douleur ; quelle imprudence ! Gomme tu es pâle et changée !
« En effet, ma figure était bouleversée. Il me fit je ne sais quel conte assez mal ourdi que je ne voulus seulement pas écouter.
— Mais toi, pourquoi ne pas te soigner ? Et il me prit la main. Je résistai.
— Pourquoi ? me ditril doucement ; non, ne me crains pas. Je te le promets, ajouta-t-il en voyant que j'hésitais encore.
— Ah ! lui dis-je, ton cœur me comprend donc enfin ? Il rougit et, me rapprochant encore plus près de lui, il mit la main sur mon sein pour sentir un mouvement de son enfant. Le pauvre petit semblait remercier la main paternelle.
— Son pauvre petit cœur semble déjà m'entendre, dit-il avec un triste sourire.
— Oui, lui dis-je, car il est près du mien, et le mien toujours a été à toi. Il t'aimera comme tu aimes sa mère.
« Il me regarda avec des yeux pleins de larmes.
— Laure, me dit-il, tu méritais un meilleur sort.
« J'avais posé ma tête sur sa poitrine et là, je pleurais avec moins d'amertume. Ce dernier mot faillit me tuer.
— Eh ! quoi, m'écriai-je, mon sort est-il donc malheureux à jamais ?
— Non, non, non, reprit-il avec force, mais le mal qui est fait peut-il se réparer ?
— Le cœur répare tout, mon Alexandre ; le mien est déjà heureux de ce que tu viens de dire.
« Et j'étais heureuse! Je retrouvais ce doux re-
gard, ce sourire pénétrant, je le retrouvais entier.
— Mon ami, que je suis heureuse I
— Vrai ?
— Oh ! oui.
— Prouve-moi que tu me pardonnes.
— Je le veux bien.
« Il m'attira à lui et voulut encore...
« Cette fois je m'éloignai moins brusquement, mais non moins résolument. Il sentit encore son tort, et se frappa la tête fortement. Il s'arrêta devant moi, me fixa longtemps, puis dit :
— Je ne veux pas partir 1
— Tu ne veux pas partir ?
— Non 1
— Mais l'empereur ?
— Il ne le saura pas.
— Comment ? Que veux-tu dire ?
— Que je ne partirai que demain ; qu'à présent nous allons partir pour le Raincy où tu dois t'établir après mon départ. Mes équipages partiront, mais moi je reste jusqu'à demain à pareille heure. Ecoute, ajouta-t-il, je ne puis partir sans avoir eu une explication qui importe à notre bonheur futur. Oui, notre bonheur, poursuivit-il en voyant mon regard étonné. Va te reposer quelques heures, puis nous partirons. »
Ici, il faut suspendre un instant le récit de Mme Junot pour observer qu'elle aurait dû essayer de faire revenir son mari sur cette détermination, en lui en exposant la gravité : il fallait lui rappeler les ordres précis de l'empereur, la discipline, le devoir en un mot. Mais poursuivons :
« Je fus me jeter sur mon lit sans y trouver le sommeil. Mais j'y puisai une sorte de calme qui m'était inconnu depuis longtemps. A niidi nous montâmes ,dans une voiture fermée et, étant arrivés au Raincy, Alexandre fit mettre les chevaux à une petite voiture de promenade qui avait été faite dans nos beaux jours de bonluur pour errer dans les beaux bois sans être suivis, et nous partîmes tous deux seuls.
« Alexandre était fortement ému. Son émotion fut loin de se calmer en me parlant de ce qui l'agitait. Abordant ce sujet avec une noble confiance, il ne nia aucun des chagrins qu'il m'avait donnés ; il s'accusa même de cruauté. Il convint de tout. Mais il me donna la preuve et la preuve écrite, de la persécution qu'il avait supportée et à laquelle un ange aurait fini par succomber.
— Oui, je l'ai aimée, x me dit-il ; mais jamais mon cœur n'a battu pour elle. Elle est jolie, elle est princesse, sœur de mon maître... Tout ce prestige m'a séduit. Ma tête a tourné et j'ai fait ton malheur et peut-être le mien. Hier, hier encore, en quel état je t'ai trouvée ! Et pour qui exposais-je ainsi ma femme, mon enfant !... Car ma mort, je le sais, aurait entraîné la tienne dans ce moment.
— Ta mort ! m'écriai-je en devenant pâle de terreur...
« Il ne dit rien, mais sortant un billet de son sein, il me le donna à lire. Je vis, écrits sans orthographe, à son ordinaire, et de la main de la princesse, ces mots remarquables :
t Je ne puis me résoudre à penser que vous allez par-- 1. La princesse Caroline Murât, grandi-duchesse de Berg.
« tir sans qu'un dernier rendez-vous ait eu lieu entre c nous. En rentrant chez vous, vous aurez à supporter « des criailleries et des pleurnichements. Laissez tout « cela et venez auprès de votre Caroline. Venez par le a chemin ordinaire .Tout sera ouvert. Mais surtout, cl t n'y manquez pas, venez armé cl bien armé. Vous c comprenez pourquoi. »
« Ce que j'éprouvai en lisant les dernières lignes de ce billet, dégoûtant du reste par sa tournure commune et le sentiment tout matériel qu'il semblait exprimer, ce que j'éprouvai ne peut se rendre. Ainsi donc une femme pouvait, pour satisfaire des sens emportés, exposer au même instant la vie de son mari, du père de ses enfants, la vie de l'amant qu'elle prétend aimer !... Le souvenir de cet instant me fait encore frissonner. Alexandre me prit la main.
— Je devine tout ce que ton cœur souffre, me dit-il, mais juge de ce qu'a dû éprouver le mien lorsque j'ai lu cet infernal billet.
— Cependant tu es allé à ce rendez-vous.
— Pouvais-je m'en dispenser? Cela m'était impossible. Je le devais pour toi-même, ma pauvre Laure. Cette femme est une Messaline. Mais ne te plains pas du rendez-vous : il m'a pour toujours ouvert les yeux.
« J'appris alors d'Alexandre qu'à peine entré dans sa chambre elle avait elle-même examiné si les pistolets étaient en état, et sa jolie main avait tiré de son étui un superbe cangiar turc, qu'Alexandre portait toujours dans ses courses nocturnes, et avait essayé si la pointe en était assez aigûe ; puis elle avait elle-même fermé les portes
et plaisanté de la résistance qu'on pouvait opposer si Murât voulait entrer.
« Alexandre me dit que cette conduite, jointe à ce billet, avait produit sur lui un tel effet que ses sens, ordinairement si fougueux auprès d'elle, étaient tout à fait muets. Peu habituée à un pareil traitement, au lieu de comprendre la cause d'un tel état, elle le rendit encore plus humiliant pour ses charmes par la fureur où elle s'abandonna.
— Vous êtes retourné à cette femme ! criaitelle avec rage; vous êtes retourné à elle! Vous ne vous attendiez pas que f aurais le courage de vous voir cette nuit.
— Non, lui répondit-il froidement, car elle ne l'aurait pas voulu. Au surplus, ne prononçons pas son nom, je vous en ai déjà priée.
« Ce fut ainsi que se passa la première heure de ce malheureux rendez-vous. Elle employa tout l'art des séductions pour ramener un amour qui jetait sa dernière lueur. Mais le bandeau avait été dénoué, le prestige avait fui, et Alexandre me dit qu'en voyant cette femme se consumer en efforts impuissants et lascifs, et jouant le rôle d'une prostituée, l'effet qu'elle avait produit sur lui avait été de le frapper de nullité. Sa rage alors n'avait plus connu de bornes. Les menaces les plus violentes contre moi surtout lui étaient échappées, et il me dit que dans ce moment elle lui avait fait horreur.
— Oh ! mon Dieu, s'était-elle écriée, enfin il fait jour! Je puis espérer que Murât te verra sortir et que tu ne rentreras chez toi que privé de vie.
— Taisez-vous ! lui dit Alexandre avec violence et en s'élançant du lit; taisez-vous! jusqu'à
présent vous ne m'inspiriez que du dégoût; maintenant vous me faites horreur! Mais écoutez bien: si jamais j'apprends que vous avez attenté en quoi que ce soit au repos de ma femme, je vous démasque. A mon tour je vous menace et moi je tiendrai parole. Je ne me vengerai pas dans l'ombre, mais la France, l'Europe entière sauront votre conduite et surtout celle de cette nuit. Songez-y bien.
« Elle se calma, elle pleura, se mit à genoux, demanda et obtint son pardon, rejeta tout sur la violence de sa passion et, par ses douces manières, elle obtint de Junot un raccommodement qui devait être le dernier soupir de cette malheureuse liaison.
« Junot ne me cacha pas l'inquiétude dans laquelle il était pour moi, relativement à elle.
— Elle te déteste, me dit-il ; ton esprit, tes talents, ta réputation de femme à la mode qu'elle ne peut usurper malgré qu'elle soit princesse, tout cela l'aigrit et l'irrite. Sois prudente avec elle, et sur tes gardes.
« Nous revînmes au château. Nous étions entièrement seuls. Cette magnifique habitation est surtout enchanteresse dans ce moment de Tannée. Le parc est celui d'Armide. Nous quittâmes la petite rotonde quand la lune s'éleva, pour nous enfoncer sous ses beaux ombrages. Nous étions tous deux dans un état de douce langueur, de volupté, mille fois préférable à cette fougue de sens que tant d« gens regardent comme le premier bien de l'a* mour, et que moi je voudrais en exclure. Quand on aime vraiment, la pression de la main de celui qu'on aime, ses cheveux touchant les nôtres, un
simple baiser, — un baiser, le charme le plus ravissant de l'amour ! Un baiser donné et reçu par deux âmes brûlantes, c'est le Ciel, c'est la volupté elle-même, la dernière jouissance de l'amour; nous la partageons avec tous les autres êtres. Mais ces jouissances dont je parle, elles sont seulement à l'homme, à l'homme seul il appartient de les sentir.
« Nous nous y livrions avec un charme d'autant plus grand que nos deux cœurs avaient bien souffert. Je pardonnai. Alexandre était avide de pardon. Il me regardait, s'arrêtait, me serrait contre lui, et reposant sa main sur mon sein, je voyais des larmes mouiller ses yeux en sentant tressaillir son fils. Nous étions sortis du château à neuf heures; nous n'y rentrâmes qu'à deux heures du matin, heureux, moi d'avoir pardonné et d'avoir retrouvé mon ami, et lui de n'être plus coupable ni exposé à l'être.
« Il partit à cinq heures et moi je restai au Raincy, jusqu'à l'époque de mes couches qui devait arriver trois mois après. C'est à présent qu'une nouvelle époque commence pour moi. »
Le général Junot avait reçu de l'empereur des instructions secrètes et il devait correspondre avec lui directement : son chef d'état-major, le général Thiébault, homme d'un esprit fin et d'une intelligence remarquable, correspondait avec le ministre de la guerre. L'empereur n'avait pas su que Junot était parti vingt-quatre heures plus tard qu'il ne l'avait prescrit, mais il lui fit témoigner son mécontentement au sujet d'un petit voyage de Bordeaux à Rigorre, dont il s'était offert la fantaisie.
S'il avait appris l'un des résultats de ce voyage, que n'aurait-il pas dit? A Bagnères, Junot avait perdu un bracelet fait avec les cheveux de la grande-duchesse de Berg ! L'année suivante Mme Junot étant allée à Bagnères, le maire vint la lui remettre, et lui dit qu'il eût été dommage de voir perdu à tout jamais ce bijou, mais que la perte en était très réparable puisqu'elle avait sur la tête de quoi en faire des douzaines et des douzaines... Le bracelet était châtain clair et les cheveux do Mme Junot, parfaitement noirs, tiraient sur le bleu ! Tandis que Junot, à force de volonté et d'énergie, faisait cette pénible campagne de marches forcées sur Lisbonne,1 campagne dont il faut lire le récit dans les Mémoires du général Thiébault, sa femme était demeurée au Raincy. Elle ne le quitta que pour se rendre à une invitation — c'éalors un ordre — de venir passer quelques jours à la cour impériale, établie à Fontainebleau pendant les mois de septembre et d'octobre. Dans son état de grossesse, elle ne voulut pas accepter un logement au château : qu'aurait dit l'empereur si, par un accident quelconque, elle y avait fait ses couches! Elle loua donc une petite maison, près du château, et c'est en chaise à porteurs qu'elle allait chaque jour à la cour.
1. « ... Un autre que le général Junot n'aurait peut-être pas possédé au même degré la vigueur, l'énergie de caractère qu'il eut à déplo}'er avant d'entrer à Lisbonne... Il fallut un grand caractère, une puissance de volonté à la hauteur des circonstances pour ne pas balancer et maintenir le prestige du nom français avec des troupes sans vêtements, sans munitions. Il fallut aussi de l'adresse et du savoir-faire pour paralyser l'action de l'armée portugaise. » (Général Paulin, Souoenirs, p. 128.)
Elle ne tarda pas à revenir au Raincy. Les fragments de son Journal intime inédit vont nous initier à la vie qu'elle y menait et aux incidents qui marquèrent cette fin d'été.
« J'avais annoncé, dit-elle, que je voulais être fort solitaire1 pendant le temps que je passerais au Raincy. Quatre femmes de mes amies, Millin, directeur de la Bibliothèque et mon ami intime, le cardinal Maury, alors archevêque de Paris, le comte Louis de Narbonne, M. Robert de Dillon, voilà quels étaient mes hôtes. Plusieurs fois dans la semaine quelques habitués venaient passer la journée. Alors j'ordonnais une chasse que je suivais en calèche. M. de Fuentès2 et M. de Metternich étaient les plus assidus. J'ignorais pourquoi. M. de Narbonne me l'apprit bientôt.
« A cette époque, entourée de tout ce que le luxe le plus recherché peut inventer, j'avais autour de moi mille choses qui contribuaient au charme de la vie. Parmi elles en était une, don d'Alexandre, que j'affectionnais. C'était une petite voiture charmante, menée par un seul cheval, que je pouvais conduire. Cette voiture ne contenait
1. Ce mot fait sourire après l'explication qu'en donne M"8 Junot : on ne plaint plus cette a anachorète » de sa solitude, mais plutût de la nuée d'importuns qui lui prennent le meilleur de son temps.
2. Mi Armand de Fuentès, frère de M. Alphonse Pignatelli, qui avait offert l'hospitalité au général et à Mmo Junot, en 1805, dans son petit hôtel de Madrid, devait, un peu plus tard, accompagner Junot, comme officier de son état-major, au siège de Saragosse. Il fut pris par les ennemis, enfermé dans une cave humide pendant quatre mois, privé de tout, et mourut d'épuisement huit jours après sa délivrance par l'armée française.
que deux personnes, et c'est ainsi que je parcourais l'immense parc du Raincy (il a 876 arpents clos) après mon déjeuner avec un de mes amis. « M. de Narbonne élant ainsi seul avec moi me demanda un jour si je m'étais aperçue de l'amour de M. de Metternich.
— Non sans doute, lui dis-je, et j'en serais au désespoir.
— Pourquoi?
— Pourquoi?... Pouvez-vous le demander?
— Ecoutez, ma chère enfant : je ne conçois pas beaucoup votre passion ridicule pour votre mari... Oui, ridicule, poursuivit-il en me voyant faire un mouvement d'impatience. »
Un mouvement d'impatience n'était pas assez. Mme Junot aurait dïï imposer silence, et sèchement, à celui qui se permettait d'entrer ainsi dans ses sentiments intimes et de les juger avec une si cavalière désinvolture. Le langage du comte de Narbonne était indigne. Ce vieux beau, roué de son métier, parasite des maisons opulentes, et qui se prosterna devant Napoléon comme il s'était prosterné devant le roi, a été infiniment trop vanté pour ses qualités, car il en avait, comme pour ses vices, et il en avait davantage. Le sceptique M. Villemain, dans ses Mémoires, l'aimable duchesse d'Abrantès dans les siens, ont fait de lui un portrait trop flatté. M. de Narbonne était un modèle parfait de la gracieuse corruption, de l'élégante dépravation du xvm9 siècle. Né courtisan, toujours plongé dans les intrigues d'antichambre et d'alcôve comme dans celles des salons, il ne pouvait se passer d'en faire. A ce métier on perd vite tout sens
moral. M. de Narbonne, qui n'en eut jamais beaucoup, n'en avait plus l'ombre. Il y a de l'hypocrisie dans le patelinage, dans les propos que ce vieux courtisan tient à cette jeune femme de vingt-quatre ans, et cela malgré un brutal cynismî qui leur donne une apparence de franchise. 11 était odieux à lui de trahir la confiance du général Junot qui l'admettait dans sa maison, et de chercher à corrompre sa jeune femme en commettant le crime de lèse-amitié. Amusez-vous donc à croire aux amis après cela! Mais M. de Narbonne qui ne croyait, lui, ni aux amis ni aux femmes et qui était alors l'amant de Mme de Laval, mère de M. Mathieu de Montmorency, était aux expédients pour vivre : pressé de mille besoins de luxe, criblé de dettes, sans un sou vaillant, il attendait sans doute quelque chose de M. de Metternich, et c'est pour cela qu'il s'attela à ses intérêts, — avant de se vendre à l'empereur, qui crut avoir avantage à se l'attacher et à lui payer ses dettes. Ces hommes, — ou plutôt ces courtisans, car des êtres pareils sont indignes du nom d'homme — ne peuvent supporter la vue de ce qui est droit, honnête, loyal... C'est un reproche permanent à leur vie tortueuse, à leur abaissement moral : cela les gêne comme la vue du soleil gêne un hibou. Et, ne voulant pas renoncer à cette vie facile d'abaissement, ils n'ont de cesse qu'ils n'aient réduit les âmes hères, quand par hasard ils en rencontrent, à leur humiliant néant. « Et voilà, se serait écrié Diderot, ce eue l'on nomme les honnêtes gens! » Il faut, en effet, n'être pas difficile, pour trouver quelque chose à admirer dans les oublis successifs de toute dignité dont la vie de M. de Narbonne
présente le peu honorable spectacle. Mais chez les hommes si vantés de ce xvma siècle, — et il en était un, — ces infamies passaient pour des gentillesses ; on les appelait des « tours de page », et il n'eut pas été de bon ton, dans son milieu, d'avoir de bonnes mœurs. Non, ce monde poli qu'on met en avant à tout propos, ne mérite pas cette admiration moutonnière et exagérée qu'il est de règle d'avoir pour lui.
Mais reprenons le récit de la duchesse d'Abrantès qui, malgré ses airs détachés, en tient déjà pour le bel ambassadeur un peu plus qu'elle ne l'avoue ou qu'elle ne le croit :
« A votre âge, charmante comme vous l'êtes, ailez-vous vous dessécher dans les larmes, dans le désespoir, et finir par mourir à la peine?... Allons donc! Voilà une belle résolution pour une femme de vingt-trois ans! Ma chère belle, je vous ai vue naître, j'ai quelques droits sur vous : laissez-moi vous diriger. Je ne vous dis pas : ayez un amant. Cela serait plus absurde que choquant encore. Mais je vous dirai de jouir de vos éminentes ressources, de ne pas placer ainsi votre bonheur à fonds perdus. Le général Junot est revenu à vous, à ce que vous dites : c'est fort bien si cela dure, mais je ne le crois pas. Si La Rochefoucauld a dit qu'une femme n'avait jamais une faute unique, c'est encore bien plus vrai pour un homme. Ne vous laissez donc pas endormir dans une douce sécurité dont le réveil sera d'autant plus amer. N'aimez pas ce pauvre comte x puisque votre ma-