Il s'agit ici du comte de Metternieh
rotte est d'aimer votre mari, mais voyez au moins qu'il est amoureux de vous. Il a congédié M1Ie George \ il est d'une tristesse mortelle. Ses grands yeux bleus sont encore plus voilés que de coutume. Prenez toirè cela en pitié et n'allez pas surtout le mettre à la porte comme ce pauvre Montrond. Que diable vous a-t-il donc fait?
« En effet M. de Montrond, se trouvant seul avec moi quelque temps avant, s'était permis des manières qui me sont odieuses. 2 J'avais tranquillement sonné et, devant lui-même, j'avais donné l'ordre à mon valet de chambre de le consigner au suisse.
« En revenant de notre promenade, nous trouvâmes M. de Metternich et M. de Fuentès qui venaient d'arriver. Je remarquai en effet que M. de Metternich avait un air de tristesse profonde. Dans un homme qui, par son rang élevé, sa position dans le monde, doit avoir cette assurance, ce ton dégagé sans insolence qui caractérisent le grand seigneur bien élevé, lorsqu'il se trouve en lui un sentiment qui lui donne une réserve, une timidité
1. M. de Narbonne trouvait le sacrifice admirable et le faisait sonner bien haut à Mms Junot pour la décider à consoler M. de Metternich de sa tristesse. En vérité, elle a été bien indulgente d'écouter un langage qui, ce semble, était plus offensant que flatteur, malgré la très grande beauté de M1" George.
2. M. de Montrond valait encore moins que M. de Narbonne. Je ne sais pourquoi le monde a d'inépuisables indulgences pour ces êtres inutiles qui rôdent autour de la société comme le loup autour des bergeries; qui passent dans la vie en ne faisant que le mal, et qui mettent leur gloire à se signaler par leurs folies, leur dépravation, leur égoïsme et leur mépris de l'honneur. M. de Montrond demandait aux cartes biseautées et aux femmes, biseautées aussi, des ressources qu'il se serait cru déshonoré de demander au travail. Et il y avait d'honnêtes gens pour recevoir, pour admirer un être pareil 1
étrangère à lui, il en résulte un charme extrême. Je remarquai cet effet, mais c'était encore loin de faire impression sur moi comme il l'aurait voulu. On se promenait, mais jamais seuls ; on jouait au billard ; nous dînions fort tard. Le soir, Steibelt, qui était mon maître de piano, Paër, Crescentini, la Catalani, faisaient une musique digne du ciel. On prenait des glaces, on causait, et à minuit on se séparait, les uns pour retourner à Paris, à leur grand regret ; nous, pour remonter dans nos appartements. »