CHAPITRE PREMIER
Naissance de Laure de Permon. — Les Comnène. — La famille de Permon va s'installer à Paris. — M"1 de Permon devient la correspondante du jeune Napoléon Bonaparte. — Commencements de la Révolution. — Laure est mise en pension.
— Voyages. — Mmo de Permon à l'hôtel de la Tranquillité'.
— La colonie corse de Paris. — Laure et l'insurrection de femmes du 12 germinal : son courage. — Saliceti, proscrit, vient demander asile à Mm# de Permon. — Caractère de Laure; son intelligence. — On quitte Paris avec Saliceti. — Incidents de voyage. — Retour à Paris. — Laure voit mourir son père. — Bonaparte fréquente la maison de M"* de Permon. — Singuliers projets de mariage. — Brouille avec Bonaparte.
Laure de Permon naquit le 6 novembre 1784. à Montpellier. Elle n'était pas pour cela du Languedoc. M. de Permon, son père, qui avait été munitionnaire de l'armée française pendant la guerre d'Amérique, avait acheté à son retour une charge de receveur des finances à Montpellier. Il avait épousé, lorsqu'il était commis dans l'administration, une jeune fille appartenant à une famille établie depuis un siècle environ en Corse.
Celle famille avait une origine grecque : c'était tout simplement ce qui restait de l'illustre maison Comnène qui compte dix-huit empereurs, six de Constanlinople, dix de Trébizonde, deux d'Héraclée de Pont, dix-huit rois de la Colchide et huit de la nation des Lazes1. Voilà, j'espère, ce qui peut s'appeler des aïeux. Les descendants de David Comnène, dernier empereur de Trébizonde, fuyant les persécutions de Mahomet II qui avait mis leurs têtes à prix, étaient allés chercher un asile en Perse. De là, ils s'étaient rendus en Grèce, à Mania, où ils dominèrent pendant deux siècles ; mais des révolutions, des difficultés avec les habitants les forcèrent à changer encore de patrie. C'est en Corse qu'ils se réfugièrent, à la tête de toute une colonie dont ils furent les chefs pendant un siècle2. La République de Gênes, suzeraine
1. L'année môme de la naissance de la future duchesse d'Abrant os, paraissait à Amsterdam un livre intitulé : « Précis
HISTOH*QUE DE LA MAISON IMPÉRIALE DES COMNÈNE, OÙ Von
■ l'origine, les mœurs et les usages des Maniâtes, pré- ■ l'une filiation directe et reconnue par lettres patentes du Roi, du mois d'avril 1782, depuis David, dernier empereur de Trébizonde, jusqu'à Démétrius Comnène, actuellement capitaine de cavalerie en France. A Amsterdam, mdcclxxxiv. » Avec cette longue suscription, la première
porto les armes des Comnène : un aigle à deux têtes traversé d'une épée posée en pal dont la pointe soutient une couronne impériale. Devise : Fama rna.net, fortuna périt. Cette devise s'applique à merveille aux Comnène, mais ne semble-tr-elle pas faite exprès pour la duchesse d'Abrantès?
J'ai sous les yeux un exemplaire de ce livre rarissime, annoté de la main même de la duchesse. C'est là que j'ai puisé les quelques renseignements sur la maison Comnène, indispensables à cette étude.
2. Il y a encore, à Cargèse, à une vingtaine de kilomètres au nord d'Ajaccio, sur la côte, les descendants de cette colonie grecque. La colonie prospérant et devenant trop nombreuse, a essaimé en Algérie, à Kummel, à coté de Constantine.
alors de la Corse, les avait maintenus dans ce rang qu'ils ne perdirent qu'à l'époque où l'île fut réunie au royaume de France. Tandis qu'une partie de la famille Comnène demeurait à Ajaccio sous le nom de Stephanopoli ou Ville d'Etienne, surnom que les Comnène prenaient pour perpétuer la mémoire d'un homme célèbre de leur maison1, le prince Démétrius Comnène, après une série de malheurs, entra au service de France comme capitaine de cavalerie 2.
Sa sœur se maria. Il était alors et il est toujours très difficile à Ajaccio de bien caser sa fille. Elle fut cependant demandée par un jeune homme, de passage en cette ville, plus distingué par son intelligence et son éducation que par sa naissance, M. Permon 3. Il était employé dans l'administra-
1. La famille Stephanopoli existe toujours, très prospère, à Ajaccio.
2. Sa commission est datée du 16 décembre 1779. (Lettres patentes du roi, données sur le rapport de Chérin, à Versailles, avril 1782, enregistrées au Parlement le 1er septembre 1783.) Ce prince Démétrius Comnène émigra à la Révolution. « Rentré en France à la restauration de l'ordre, il est mort en 1821 avec le grade de lieutenant-général : il était mon oncle par ma mère dont il était le frère aîné. Le nom de Comnène se perpétue maintenant par l'adoption du comte Adolphe de Geouffre, fils de ma sœur aînée et petit-neveu du prince Georges de Comnène, le plus jeune de mes oncles, mort l'année dernière (1833) dans sa maison de campagne, à Passj'. » 'Note écrite de la main de la duchesse d'Abrantès, dans le Précis historique de la maison de Comnène, que j'ai sous les yeux et qui appartient à M. G. Aubert.) — Ceci détruit donc les allégations malveillantes du Mémorial de Sainte- Hélène et ce que dit Mrao Cavaignac dans ses Mémoires, excellents d'ailleurs : « Junot... prenait au sérieux sa femme descendante des Comnène, quand chacun en riait tout bas ou tout haut. » {Mémoires d'une Inconnue, p. 198.)
3. « Ayant toutes les manières d'un homme de qualité et n'étant cependant qu'un roturier. » (Duchesse d'Abrantès, Mémoires, t. I, p. 36. — Édit. Garnier frères, 1895.)
tion des vivres. La belle descendante des Comnène, touchée des sentiments de ce jeune homme, passa par dessus la mésalliance et agréa la recherche de M. Permon. D'aileurs, une situation de fortune modeste avait un peu fait oublier aux nobles exilés leur origine impériale, et c'est avec plaisir que les Comnène donnèrent leur fille à celui qui voulait bien se charger d'elle.
Peu de temps après son mariage, Mme Permon se lia avec une autre jeune femme d'Ajaccio, belle aussi, mais pas tant qu'elle, Mme Letizia Buonaparte. Après quelques années, elle dut suivre son mari sur le continent, à Montpellier. Leurs affaires prospérant, M. Permon songeait déjà à acheter une charge de fermier-général. Il adorait sa femme et le but de sa vie paraissait être de lui donner toutes jouissances que procure la fortune. Aussi bien Mme Permon était-elle fort séduisante. C'était une petite brune à la peau fine et nacrée comme il n'est pas rare d'en trouver en Corse, avec des dents admirablement blanches et des yeux admirablement noirs. « Lorsqu'elle arriva à Paris avec son habit grec, a dit MUe Clairon, c'était un astre de beauté. » Sa fille, de son côté, a écrit qu'« on l'aimait parce qu'elle était bonne et franche, et elle plaisait parce qu'elle joignait à une rare beauté de la grâce, de la finesse et un esprit naturel au-dessus de toutes choses. »
Tout accomplie qu'elle était, la jeune femme ne laissait pas que d'avoir quelques défauts, oh ! bien peu, assez seulement pour la rendre plus séduisante. Son ignorance de ce qui s'écrit et s'imprime était à peu près absolue et elle avouait en riant, dans ses dernières années, qu'elle n'avait lu qu'un
Abrantès
livre en sa vie. Son livre d'heures ? Non pas : les Aventures de Télémaque, s'il vous plaît, et ce fut tout. A cette ignorance qu'elle savait dissimuler à merveille, se joignait souvent une impatience dont elle savait moins être maîtresse, qui était toujours sous pression et prête à fuser par la moindre fissure. On aurait pu lui reprocher aussi — mais est-il possible de reprocher quelque chose à une aussi charmante femme ? — de n'avoir pas goûté assez les douceurs de la solitude et de n'avoir su vivre sans être entourée presque en permanence d'un cercle de trente ou quarante personnes. Mais, comme chacun aime à faire de préférence les choses où il excelle, Mme Permon aimait à recevoir : personne mieux qu'elle, au dire de sa fille, ne s'entendait à « tenir son salon », pour employer une expression de Napoléon, personne moins qu'elle à bien régler les dépenses de sa maison et à la surveiller. Elle avait un art à elle de mettre chacun à son aise, d'être aimable, de causer, et tout cela relevé par un petit accent étranger qui était un charme de plus : mais un autre art à elle, et qu'il faudrait beaucoup de bonne volonté pour regarder comme une qualité, était son ignorance de l'ordre et de la prévoyance. Pour toutes ces qualités et pour cette ignorance — mais pour celle-là seulement — sa fille Laure qui avait reçu en naissant plus d'une goutte de sang grec, devait être sa digne élève.
Cependant M. Permon s'étant décidé à aller négocier à Paris l'achat d'une charge de fermier-général, sa femme fut ravie de l'accompagner. On vint donc à Paris, et on y emmena les enfants, Albert, qui était déjà presque un jeune homme,
6 LA GÉNÉRALE JUNÛT
Cécile et Laure, qui n'était guère encore qu'une toute petite fille.
On s'installa dans une grande maison, au n° 5 de la place Conti. Mmo Permon, qui avait soigné et vu mourir chez elle, à Montpellier, M. Charles Buonaparte, le mari de son amie d'Ajaccio, devint à Paris la correspondante de leur fils, le jeune Napoléon. Celui-ci avait quitté l'école de Brienne au mois de septembre de l'année précédente (1787) et était élève de l'Ecole militaire a Paris. A peu près du même âge qu'Albert Permon, il se lia avec lui, mais en se tenant toujours sur une certaine réserve, due évidemment à la différence de leur fortune. L'élève-officier était pauvre, le fils du munitionnaire ne l'était pas : la fierté du premier ne pouvait fraterniser avec l'aisance du second, quelque bonne camarade qu'elle se montrât. L'amitié ne peut guère exister entre gens de fortune inégale : des rapports de politesse réciproque, de complaisance d'un côté, d'intérêt de l'autre... Après tout, n'est-ce pas là l'amitié?
Mme Permon, à Paris, s'agitait au milieu des galants commérages de salons qui formaient à peu près toute sa vie, — comme celle des femmes distinguées ou non de son temps, et de tous les temps — lorsque la Révolution commença. Les Etats-Généraux, la prise de la Bastille, les journées des 5 et 6 octobre, celle du 20 juin se succédèrent dans une effervescence menaçante et tout annon- ',Mif que la Révolution ne s'en tiendrait pas là. La petite Laure, elle, grandissait en même temps que la Révolution. Avec cette faculté d'attention et cette perspicacité qu'ont les enfants d'une intelligence supérieure, elle écoutait toutes les conversations
politiques qui se tenaient autour d'elle ; elle sentait d'instinct plus qu'elle ne comprenait, la position difficile dans laquelle allaient être jetés ses parents par une révolution où les sentiments d'envie et de haine contre ceux qui possédaient, allaient trouver, parmi ceux qui ne possédaient pas, mille moyens de s'assouvir. Aussi la pauvre enfant étaitelle fort effrayée, et il y avait de quoi.
Dans cette insécurité du lendemain, M. Permon, ou plutôt de Permon, car depuis qu'il s'était enrichi en Amérique, il s'était, comme tout le monde, octroyé un de, ce qui habille bien un nom, encore mieux un homme, lui donne une apparence de noblesse et sans doute de mérite, puisqu'il lui attire la considération du monde ; M. de Permon, donc, avait été assez avisé pour renoncer à son intention d'acheter une charge de fermier-général. Il était temps : le 10 août allait sonner le glas de la monarchie.
Ce jour, marqua dans les souvenirs de la petite Laure. C'était le jour de sa fête, mais il ne s'agissait pas de fête le 10' août 1792. Il n'y eut pour elle que des angoisses. La place Conti était si près des Tuileries assiégées ! Sans parler du bruit du canon et de la mousqueterie, des cris du peuple et des blessés qui passaient sous ses fenêtres, la petite tremblait pour son père et^pour son frère. Tous deux étaient sortis dès le matin. Albert rentra sans trop de retard avec un jeune officier, défenseur des Tuileries, qui n'avait pas mangé depuis trois jours. Le père ne revint qu'à la tombée de la nuit, accompagnant un officier supérieur des gardes-du-corps, blessé, perdant son sang... On les cacha dans la maison. Et c'est ainsi qu'avant
l'âge de sept ans la petite Laure, à qui il fut recommandé de ne rien dire et d'être naturelle, apprit par de terribles leçons de choses l'importance de ne point parler à la légère et d'être maîtresse de sa langue et de soi.
Cependant M. de Permon avait été dénoncé. Averti qu'il devait être arrêté dans la nuit, il mit ses deux fdles dans un pensionnat du faubourg Saint-Antoine et partit avec sa femme pour Toulouse. Son intention était d'émigrer en Espagne. Un ami lui avait procuré ,un passe-port.
La pauvre Laure, en pension, ne s'amusait guère. Ce n'était pas pour s'amuser non plus qu'on l'y avait mise. Ses seules distractions étaient les visites de son frère et celles de sa bonne. Elle était assez grande pour se rendre compte, d'après ce que ses parents lui disaient et surtout d'après ce qu'ils ne lui disaient pas, qu'ils couraient des dangers.
Les journées de septembre, dont son frère faillit être victime et qu'il lui raconta, du moins en partie; toutes ces transes, ces angoisses, ces horreurs, mûrirent vite, trop vite certainement, son âme de petite fille, mais elles contribuèrent à lui donner une qualité bien rare, l'étendue, tout en lui conservant la frivolité de son âge : et cela était moins à désirer.
Après avoir installé à Toulouse son mari qui attendait une occasion favorable de passer en Espagne, Mme de Permon revint à Paris pour chercher ses fdles. Elle écrivit à Saliceti, député de Bastia, qui était des familiers de son salon, pour lui demander sa protection. Saliceti lui envoya immédiatement des lettres de recommandation pour les autorités toulousaines. La famille fut ainsi pour un
temps à l'abri des persécutions. Mais elle ne fut pas à l'abri des chagrins. M. de Permon, qui devait beaucoup à Louis XVI et à Madame Elisabeth, fut atterré de leur condamnation. Il en était comme fou. Il voulut partir pour Paris... Sa femme eut la plus grande peine à le retenir. Il s'enferma alors dans sa chambre et ne voulut voir personne. Laurette pouvait seule pénétrer jusqu'à lui et le consoler dans des chagrins qui ébranlaient sa santé d'une façon mortelle. Il trouvait cependant un dérivatif à ses tristesses en s'occupant de l'instruction de sa fdle. Il avait lu YEmile de J. J. Rousseau; il aimait ce livre, et c'est d'après ses principes, en ce qu'ils ont de bon et d'applicable à notre état social, qu'il dirigea l'éducation de la petite.
Mme de Permon, souffrante à la suite de tant de secousses, avait dû aller prendre les eaux de Cauterets. Ses deux filles l'y accompagnèrent et son mari demeura seul à Toulouse, « presque comme un otage. »
A leur retour, l'aînée de ses filles, Cécile, se maria avec M. de Geouffre, jeune général qui commandait la division de Toulouse. Quant à M. de Permon, malgré son état de souffrance, il se remit à l'éducation de Laure ; il lui faisait faire des extraits d'auteurs, il lui faisait lire l'histoire... Mais qu'étaitce que de l'histoire lue à côté de l'histoire qui s'écrivait alors avec du sang sur les ruines de la vieille société française?
Cependant, en dépit des crises et des angoisses, le temps marchait. Le 9 thermidor était arrivé, mettant un terme au règne de la guillotine. En province cependant, la Terreur se prolongeait encore. Enfin tout se calma, mais les habitudes d'extrême
prudence étaient prises et la jeune Laure se rappelait plus tard que longtemps encore on ne correspondit que par des lettres cachées sous la coiffe des chapeaux, au fond d'un paie ou d'un pot de fleurs.
La sécurité étant redevenue complète, la famille Permon quitta Toulouse : tandis que le père se rendait à Bordeaux pour régler certaines affaires, la mère et la petite Laure partaient pour Paris.
Elles descendirent à Yhôtel de la Tranquillité, rue des Filles Saint-Thomas, et s'y installèrent avec une femme de chambre et un valet de chambre. Mme de Permon chercha dès lors à s'entourer de ceux de ses amis, royalistes ou républicains, qui avaient échappé à l'échafaud et à l'émigration. M. de Périgord, qui venait de sortir de prison, fut un des premiers à accourir. Les membres de la colonie corse à Paris, qui connaissaient la cordiale hospitalité de la noble descendante des Gomnène, ne furent pas non plus les derniers. Il y avait là Multedo, Chiappe, l'abbé Arrighi, Arena, d'autres encore. Cela prouve que la maison de Permon était bien posée à Paris, et aussi aisée qu'hospitalière, car les Corses, surtout les « arrivés » ne sont pas gens à fréquenter une maison pauvre, une maison où ils n'auraient pas quelque intérêt de vanité, d'influence ou simplement quelque flatterie à faire, — ou à recueillir. On y trouvait aussi Saliceti, député de Bastia à la Convention, son collègue Romme, qui était un mathématicien distingué, et le jeune général Bonaparte. Avec ses traits anguleux et pointus, sa peau jaune collée aux tempes et ses cheveux plats collés à la peau, tel que nous le voyons dans son beau portrait par Guérin, le gôné-
ral Bonaparte se grava dans la mémoire de la petite Laurette ineffaçablement.
Le manque de pain et de denrées se faisait alors terriblement sentir à Paris et le peuple était en effervescence. Saliceti et Bonaparte, 'qui allaient presque tous les jours, les bottes crottées et leur pain sous le bras, dîner chez Mme de Permon, s'y livraient à de grandes discussions politiques. L'aigreur n'était pas longue à se mettre de la partie et l'aimable maîtresse de maison faisait tous ses efforts pour étouffer ces discussions et les empêcher de renaître. Mais c'était peine perdue. On promettait de ne plus toucher à la politique, on s'amusait à raconter des histoires et peu à peu l'on versait de nouveau dans le sujet défendu. Mais le moyen de retenir des hommes comme Saliceti, Romme, encore tout chauds des luttes de la Convention, Bonaparte, encore tout poudreux de celles du champ de bataille, mais alors en disponibilité et cherchant à se faire employer ? Aussi les conversations de ces fougueux s'imprimèrent-elles dans le souvenir de la jeune Laure d'une façon indélébile. Elle n'avait pas neuf ans, mais tout ce qu'elle voyait, tout ce qu'elle entendait, elle le retenait avec une puissance merveilleuse de mémoire, ayant l'intuition instinctive qu'elle vivait à une époque extraordinaire de notre histoire. Les enfants bien doués d'ailleurs, saisissent beaucoup mieux qu'on ne le croit, en même temps que les détails, les grandes lignes des événements qui se passent autour d'eux et ils y voient souvent plus clair que leurs parents qui ne pensent même pas qu'ils y puissent prendre intérêt. Il était donc naturel que Laurette qui était si souvent réveillée la
nuit par le son du tocsin, par le rappel du tambour, par la générale, les cris de l'émeute, ou les visites domiciliaires, eût toujours l'esprit en éveil et qu'elle cherchât à rattacher à des causes un état de non tranquillité semblable.
Outre les alertes continuelles qui étouffaient toute velléité de reprise de la vie sociale et maintenaient l'inquiétude dans les familles, la petite avait eu un jour une belle frayeur. Elle était allée avec sa bonne, en fiacre, acheter quelques rubans pour sa mère, dans la rue Saint-Denis. Mme de Permon ne voulait pas, par une sage prudence, la laisser aller à pied, même accompagnée de Mariette. Tout à coup, sur le boulevard, le fiacre se trouva enlisé dans un flot montant de femmes ivres, furies de guillotine et tricoteuses hurlant : « A bas la Convention! Vive la Constitution de 93! » et chantant à tue-tête des chansons qui n'étaient pas toutes patriotiques. La pauvre Laure était tombée en plein dans l'insurrection de femmes du 12 germinal. On arrête les chevaux. La petite tremblait, la bonne pleurait... Au nom de la liberté, on les force à descendre. Il était à craindre que ce ne fût pas pour baiser Laurette sur les deux joues et la renvoyer avec sa bonne à sa maman. C'est pourtant ce qui arriva, mais après un petit speech qui ne brillait pas précisément par la modération non plus que par la distinction du langage. Eh bien! pendant toute cette scène, qui dura de longues minutes et qui n'était nullement rassurante, la petite Laure ne se laissa pas aller comme sa bonne, à fondre en larmes. « J'en avais autant envie qu'elle, bien certainement... et pourtant, je n'ai pas pleuré parce que je ne voulais pas pleurer. » A la bonne heurel
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Voilà du caractère et de la fierté. Notons dès maintenant cette puissance de se dominer que la duchesse d'Abrantès eut de si bonne heure, mais dont elle n'usa pas toujours, plus tard, quand les grandeurs et les richesses eurent amolli, mais pour un temps seulement, la trempe de son âme. Cette fermeté était en partie native, mais elle était aussi la conséquence des continuelles alertes au milieu desquelles elle vivait depuis trois ans : à cette terrible école, son caractère s'était développé et formé.
Que la nature, après cette contrainte, héroïque coquetterie d'une dignité qui le prend de haut avec le danger, ait repris ses droits, c'était bien naturel. Une fois hors des griffes et de la vue de ces femmes, la petite fondit en larmes. Qu'importe? Elle avait été courageuse au moment du danger. Celui-ci passé, elle pouvait redevenir femme, ou plutôt petite fille, car elle n'était pas autre chose. Le courage consiste à vaincre les sentiments de conservation tranquillement égoïste, à étouffer les velléités de bassesse qui emboîtent le pas à ces sentiments, et, si on les laisse faire, font capituler la volonté devant la lutte, la fierté devant le péril. Les lâches, eux, s'en tiennent à ce mouvement instinctif : les gens de cœur le surmontent, le domptent, dussent-ils sortir meurtris de la lutte, ou n'en pas sortir du tout. S'ils tombent, ils ont du moins la satisfaction de n'avoir pas cédé à l'arbitraire et à la force brutale. Il y avait déjà du cœur chez cette petite fille de neuf ans.
L'insurrection du 12 germinal ne fut pas la dernière. Le 1er prairial, le peuple, las de souffrir, envahit de nouveau la Convention. Paris est en proie pendant toute la journée et une partie de la nuit
à une terreur inexprimable. Le lendemain apporte d'autres émotions. Mme de Permon apprend la belle attitude dans laquelle Boissy d'Anglas s'est immortalisé devant l'histoire ; elle s'indigne de l'assassinat du noble représentant Féraud, elle déplore le décret d'arrestation rendu contre ses amis Romme. Soubrany, Bourbotte... Elle s'étonne que Saliceti ne soit pas nommé avec ses collègues.
Elle avait de grandes obligations à Saliceti : il avait recommandé son mari à la municipalité de Toulouse, il avait pris son fils comme secrétaire 1 afin de le soustraire à la réquisition, ce qui, avec la faible santé qu'il avait alors, eût été mortel pour lui. Bref, elle lui devait beaucoup. Mais elle ne recevait qu'avec répugnance un député d'opinions si avancées et qu'on accusait de vouloir ramener le règne de la guillotine. Bonaparte, de son côté, n'aimait nullement Saliceti et son opinion avait une certaine influence sur celle de Mmo de Permon. Laurette n'aimait pas davantage le député de Bastia : sa longue figure jaune, ses yeux noirs qui s'illuminaient, dans l'ombre, d'une lueur de sang... non elle ne l'aimait pas, il lui faisait peur .
Mmo de Permon se demandaitdonc avec embarras comment elle pourrait faire entendre à Saliceti qu'elle se dispenserait volontiers de le recevoir, tout en conservant pour lui la reconnaissance des services rendus — ce qui était assez difficile à concilier — quand la femme de chambre vient lui dire à l'oreille que quelqu'un, dans sa chambre, demande à lui parler. Elle y va. C'était Saliceti.
1. Soucenirs de la fin du xvnr •<■•'< ' le <t du commencement \;x#, par R. D. G. (Des Genettes), t. II, p. 335.
Effrayant de pleur, il lui apprend que la Convention Ta mis hors la loi et qu'il compte sur elle pour le cacher et le sauver.
Sans discuter le plus ou moins de discrétion de cette lettre de change tirée sur sa reconnaissance, Mme de Permon entraine le proscrit dans une autre chambre, afin que personne ne puisse le voir ni l'entendre. Là, devant Laurette, elle l'assure qu'elle n'a pas oublié les services qu'il lui a rendus, qu'en conséquence sa maison devient la sienne jusqu'à ce que les événements lui permettent de vivre autrement, et qu'il y sera caché aussi bien que possible. Saliceti la remercia et, se tournant du côté de Laurette, il lui dit combien seraient terribles les conséquences d'une indiscrétion.
— Oh! ne craignez rien, répondit la petite. Et elle se jeta dans les bras de sa mère qui la regardait avec une tendresse mêlée de désespoir.
Et, de fait, formé par les crises continuelles au milieu desquelles elle grandissait depuis quelques années, son caractère était devenu tout viril. De même qu'elle avait montré du courage devant l'insurrection, Laurette garda, sans en rien laisser soupçonner, un secret dont la divulgation eût été la mort pour Saliceti et pour la famille qui lui avait donné asile. De tels événements, dans la jeunesse, trempent une âme pour toute la vie.
A voir ensuite Mme de Permon faisant les honneurs de sa table, la petite Laure égayant le dîner par son gentil babil, personne ne se fût douté de la scène dramatique à laquelle elles venaient de prendre part dans la pièce voisine. Et pourtant, par le hasard des conversations, un convive s'étant
mis à parler de Saliceti et à dire qu'il n'était pas fâché de le voir condamné à aller siéger chez Pluton avec tant d'autres de ses collègues de la Convention, Mme de Permon avait pâli : Laurette, elle, n'avait pas bronché.
Elle ne fit pas si ferme contenance le lendemain, quand Bonaparte, qui savait à n'en pas douter que son ennemi était venu demander asile à Mme de Permon, donna tout haut, pour que sa voix traversât la cloison de la chambre voisine occupée par Saliceti, sa façon de penser sur lui et sur son procédé. Le général parti, elle suivit sa mère dans la chambre du proscrit. Celui-ci avait été en proie à une telle complication de sentiments violents lorsqu'il avait entendu les paroles vengeresses de son compatriote, qu'un flux de sang, soupape à sa fureur, avait remplacé le flux de paroles qu'il était obligé de comprimer. Il rendait le sang à plein nez, à pleine bouche : on eût dit que le malheureux conventionnel en avait une indigestion. Au moment où Mme de Permon et sa fille entrèrent, il perdait connaissance, la cuvette qu'il tenait s'échappait de ses mains et se renversait sur les draps... Le spectacle était épouvantable. La petite Laure ne l'oublia jamais et ce souvenir la poursuivit longtemps dans ses rêves. On s'empressa autour du malade, on lui fit respirer des sels, on lui lava le visage à l'eau fraîche : mais, quand il revint à lui, ce fut pour vomir, avec une volubilité et une fureur toutes méridionales, plus de fiel contre Bonaparte qu'il n'avait vomi de sang tout à l'heure. Et cela sans aucun égard pour la présence de la petite, qui se sauva terrifiée. Mais cette scène dantesque, ce sang, ces imprécations,
ne contribuèrent pas peu à lui cuirasser l'âme contre les luttes de la vie ; il est remarquable aussi qu'elle ne lui enleva rien de ces grâces séduisantes de la jeunesse qu'elle posséda plus que toute autre femme, et au suprême degré.
Cependant Mme de Permon, qui devait aller rejoindre son mari à Bordeaux, s'était vue obligée de modifier ses projets depuis qu'elle avait donné asile à Saliceti. Ayant annoncé son départ, elle dut déclarer que son mari lui avait écrit de l'ajourner jusqu'à nouvel ordre. En attendant, elle soignait de son mieux son hôte malgré elle et surtout malgré lui. Mais le malheureux n'était pas un hôte des plus agréables. Il n'avait pas de délicatesse, pas de tact, pas de cœur. Il révolta un jour la petite Laure par une plaisanterie déplacée sur le malheureux Féraud massacré à la Convention : « Il est toujours mal, a-t-elle écrit plus tard, d'attaquer le malheur avec quelque arme que ce soit ; mais, de toutes, la plus odieuse est la raillerie. Il y a là quelque chose de sauvage. J'étais bien jeune alors. Mon âme avait cette susceptibilité native qui s'offense chevaleresquement d'une seule atteinte à ce qui est beau et bien. Je me mis à pleurer et quittai la chambre avec dépit de voir mon frère et ma mère garder le silence et ne pas l'imposer à Saliceti. » Voilà qui est bien pensé et bien dit et j'espère qu'on n'a pas attendu ce moment pour avoir la plus grande idée du cœur de la brave enfant. Les âmes les plus hautes ne sont-elles pas aussi les plus délicates? Son frère vint lui faire quelques représentations sur le trop d'absolu de ses sentiments. « Il avait raison, ditelle. Eh bien ! je suis toujours de même. »
Elle conserva en effet jusqu'à son dernier jour, en dépit des malheurs qui devaient l'éprouver, cette fraîcheur de sentiments que rien ne put flétrir. Les natures délicates et de distinction l'ont déjà reconnue comme sœur. Elles la reconnaîtront encore mieux à ces réflexions faites par la petite, pendant le jugement des conventionnels Romrae, Goujon, Soubrany, Duquesnoy, Duroy et Bourbotte, qui, plus fiers et plus courageux que Saliceti, n'avaient pas voulu se cacher. « Sa tranquillité me révoltait, a-t-elle écrit. Nourrie de bonne heure des beaux souvenirs de l'antiquité, je cherchais dans Plutarque et je trouvais à chaque page des exemples de dévouement à l'amitié ou à la patrie. Il me paraissait lâche à Saliceti d'abandonner toutes ces têtes, que peut-être lui-même avait exaltées, au fer du bourreau, tandis que la sienne était à l'abri. Oui, à sa place, il est sûr qu'avec ma manière de voir, avec l'âme ardente que j'avais alors, j'aurais été rejoindre mes amis ; je crois même que je l'aurais fait plus tard. »
Certes, elle l'aurait fait comme elle le dit. Mais il était nécessaire de citer ces paroles pour montrer combien son âme était taillée à la Plutarque. Il en est trop peu sur ce patron pour qu'on ne la salue pas respectueusement au passage.
A cette époque, chaque jour presque amenait du sang. Bien peu de petites filles furent mêlées de si près que Laure à ces terribles événements. Elle connaissait pour les avoir vus souvent chez sa mère, les députés qui étaient mis en jugement. La politique, comme toujours, était sans pitié, et cela au nom de l'humanité. Le jeune Permon suivait les séances du procès pour en porter des nouvelles
toutes fraîches à Saliceti qui, sans la générosité de sa mère, aurait partagé le sort de ses collègues. Un jour, il rentre, tout pâle... Son habit est maculé d'une longue traînée de sang mal essuyé. « Les malheureux, dit-il d'une voix qui a peine à se faire jour, ont été condamnés à mort... Romme s'est frappé d'un coup de couteau au cœur, j'étais près de lui : c'est son sang que vous voyez là sur le pan de mon habit, sur ma main... En tombant, il a passé son poignard à Goujon, qui s'en est frappé à son tour et l'a donné à Duquesnoy... oh! c'est affreux!... »
Laurette, qui voyait la redingote de son frère toute gluante du sang de cet homme aimable qui était venu si souvent dîner chez elle, de cet homme qui la prenait sur ses genoux, jouait avec elle et lui apportait des bonbons, Laurette, à ce récit, étaii dans un état de surexcitation et de douleur incroyable : elle demeurait muette et comme rivée au sol. Sa mère sentait son sang se glacer dans ses veines. Albert était blanc comme un linge. « Ce sont des scènes trop fortes pour Laurette », dit-il enfin. Et il l'emmena. Mais elle ne comprit jamais, pas plus alors que plus tard, en 1815 par exemple, les injustices de la justice politique.
Le temps des grandes émotions n'était pas fini pour la petite fille. Saliceti, qui en avait eu de terribles, devint malade. Fièvre, délire, c'était complet. Laure avait sujet de ne le plaindre que médiocrement. Avec son bon cœur ordinaire pourtant, le croyant perdu, elle le pleurait déjà. On s'attache à ceux à qui l'on fait du bien. Et pourtant elle avait bien peur de Saliceti ; ses blasphèmes perpétuels l'effrayaient, lui répugnaient surtout au plus haut
point. Il eût été plus sage à sa mère de ne pas la laisser entrer dans la chambre de cet homme : ce n'était pas sa place.
En attendant, malade comme il était, Saliceti pouvait très bien mourir chez Mme de Permon. Quel embarras pour elle alors! Après mille angoisses, on le vit enfin reprendre le dessus. On respira, lui aussi. Les forces lui revenant, on décida d'un commun accord qu'il lui fallait quitter Paris. Mais comment faire? Comment obtenir un passeport? Tout voyageur était scrupuleusement examiné à la barrière et si le signalement porté sur son passeport ne se rapportait pas exactement à lui, on le faisait conduire à la municipalité. La petite Laure tira tout le monde d'embarras. Elle avait remarqué que le général Miranda, nouvellement présenté dans le salon de sa mère, avait un domestique ressemblant à Saliceti : elle parla de cette ressemblance. Pour faire sortir le proscrit et le mettre en sûreté, on n'aurait qu'à se procurer un domestique qui eût, autant que possible, le visage du représentant de Bastia, qu'à le conduire à la municipalité et lui faire délivrer un passeport en même temps qu'on en demanderait un pour chacun des membres de la famille. Après quoi, sous un prétexte quelconque, le domestique serait convenablement indemnisé et congédié. Saliceti s'habillerait en valet, en officieux, comme on disait alors et, muni du passeport de son sosie, passerait sans éveiller un soupçon. Une fois à Bordeaux, il était sauvé. Rien en effet ne lui serait plus facile que de prendre passage sur un bâtiment étranger.
Le programme s'accomplit point par point. Tandis que Saliceti, à côté du cocher, était livré à ses
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réflexions, la petite Laure trouvait plus d'une occasion d'exercer ses facultés d'observation et de développer la virilité de son caractère.
Le voyage se prolongea d'une façon inattendue. M. de Permon n'avait pas trouvé à Bordeaux un seul bâtiment en partance. A Blaye, à Libourne, pas davantage. Il avait alors fait marché avec le patron d'un yacht pour transporter les voyageurs jusqu'à Toulouse. De là ils gagneraient Carcassonne, puis Cette ou Narbonne, et Saliceti trouverait facilement dans l'un de ces deux ports un bateau italien pour Gênes. Il fut donc fait comme il l'avait décidé, et l'on monta en bateau.
Les idées sombres ne durent guère dans une petite tête de neuf à dix ans : Laure était littéralement aux anges de naviguer sur la Gironde par un admirable temps d'été, et son âme s'ouvrait délicieusement aux plus douces impressions devant le magnifique panorama, sans cesse renouvelé, qui se déroulait devant elle avec une majestueuse lenteur. On peut dire que son goût pour la nature date de ce voyage.
Un soir qu'elle faisait à cœur ouvert devant sa mère des réflexions sur la douce tiédeur de ce ciel merveilleusement étoile, Mme de Permon, gagnée par le charme de la soirée, se laissait aller avec bonheur à cette tranquillité reposante. Elle avait eu tant d'angoisses, et depuis si longtemps, qu'il était bien naturel que te charme qui enivrait le jeune cœur de sa fille la pénétrât à son tour. Aussi accueillit-elle ses expansions et finit-elle par lui dire qu'au retour de ce voyage il serait temps pour elle de se préparer à sa première communion : les événements de la Révolution n'avaient
pas encore permis d'y songer. Saliceli, montant sur le pont, avait entendu ce propos. On sait que le tact n'était pas au nombre de ses qualités. Il se mit à railler la religion catholique en général et, en particulier, les femmes qui la pratiquaient. Laurette, ne trouvant pas convenable d'entendre de tels propos, descendit dans la cabine qu'elle partageait avec sa mère. Là, tout en regardant fuir doucement les rives du fleuve que la lune argentait délicieusement, elle reprit le cours de ses vagues et poétiques pensées. Tout-à-coup son attention s'arrêta malgré elle aux paroles de sa mère et de Saliceti, qui étaient restés sur le pont, assis juste au-dessus d'elle. Son nom, prononcé par le conventionnel, la poussa à écouter, bien qu'un tel procédé répugnât à sa naturelle droiture d'âme. Elle entendit alors Saliceti la demander formellement à sa mère, elle, Laure, pour un de ses neveux. Et, sur la réponse de Mme de Permon disant qu'il était insensé de parler déjà du mariage d'une fillette qui n'avait pas douze ans, le proscrit répondait, que cela ne faisait rien, que son neveu était jeune, qu'il attendrait, mais qu'il fallait dès maintenant lui promettre ce mariage. Mme de Pnmon devinait que ce n'était nullement pour son neveu, mais bien pour lui-même1 que Saliceti lui demandait de s'engager ainsi pour sa fdle. Comme elle avait mille bonnes raisons pour ne pas vouloir de ce mariage, elle répondit d'une façon évasive que son mari seul avait le droit de disposer de ses enfants. Là-dessus, elle lui sou-