ESTAMPE PUBLIÉE A L'OCCASION DE LA SIGNATURE DU TRAITE DE PRESBOURG
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je jouissais pour la première fois du bonheur que peut avoir une jeune femme dans ma position, avec une fortune de huit cent mille livres de rente. Car c'était à cela que se montait la portion du revenu de Junot laissé par lui pour que sa femme et sa maison représentassent dignement. Ses appointements à cette époque se montaient à quinze cent mille francs. Mais l'empereur exigeait une magnificence extrême soit dans la toilette, soit en toute chose h Et tout était en proportion.
« Je voyais plus souvent, et cependant moins, M. de Metternich. Plus, en ce que pas un jour ne se passait sans que nous nous rencontrassions, et moins parce que, me levant tard, me baignant, je ne pouvais voir personne le matin. A cinq heures, une nouvelle toilette était commencée et jusqu'à trois heures du matin je n'étais plus libre.
« On préparait alors un quadrille magnifique3. C'était l'épisode de Gora et d'Alonzo dans les Incas. Plus de quarante millions de diamants devaient figurer dans ce quadrille. Les personnages n'étaient au nombre que de quarante-huit. Dans une répétition, mon pied porta à faux et, sans me donner une entorse, il me fut ordonné de garder ma chambre pendant plusieurs jours pour ne pas faire manquer le quadrille dont j'étais une des princi-
1. Junot et sa femme, sur ce point, lui donnaient toute satisfaction : la générale dépensait 200.000 francs par an, pour sa toilette seulement, à en croire Mm» Georgette Ducrest ; et son mari était appelé par Napoléon, le roi Marmont II. On sait que Marmont, en campagne, ne mangeait que dans de la vaiselle plate et avait une centaine de domestiques pour le servir.