CHAPITRE IX
Cancans et médisances. — Entre princesse et duchesse. — Rivalité. — Reine deNaples! — Propos de princesse. — La général Sebastiani est un drôle et un misérable. — Nouvelles de Portugal. — M. d'Espinchal et la duchesse d'Abrantès.
— Audience de l'empereur. — La duchesse traite Napoléon comme un petit garçon. — Retour de Junot. — Sa femme va au-devant de lui à La Rochelle. — Junot part pour le siège de Saragosse. — Son retour. — Fête â l'Hôtel de Ville.
— Bal Marescalchi. — Incidents divers. — Scène effroyable.
— Réconciliation.
Cependant le monde parlait : la jeune femme ne cachait pas assez son bonheur de contrebande. Elle avait fait beaucoup d'amabilités à Mme Thiébault, femme du chef d'état-major du duc d'Abrantès en Portugal, et Zozotte, la légendaire Zozotte, autrement dit la baronne Thiébault, était heureuse d'y répondre. Mais un jour elle se fâcha, et M. de Metternich sans s'en douter, n'était pas étranger à cet incident. « Je ne me rappelle plus, raconte la général Thiébault, combien ces relations devenues si amicales et si multpliées (entre la duchesse et la baronne) durèrent; mais, un matin que Zozotte alla voir Mme Junot, sa visite parut donner quelque humeur. Je sais que Mme Junot n'était pas seule; j'admets qu'elle pût avoir des raisons pour désirer ne pas s'occuper de deux per-
sonnes en ce moment; je comprends qu'elle pût être contrariée d'avoir oublié de faire défendre sa porte; enfin je suppose que, comme duchesse et femme d'un homme auquel j'avais de grandes obligations, elle pût croire avoir mis des formes infinies : mais Zozotte n'était pas de caractère à se payer de semblables considérations, ni à pardonner l'apparence d'une désobligeance; aussi abrégea-t-elle sa visite et ne remit plus les pieds chez Mme d'Abrantès. »x
Il serait surprenant que la bonne Zozotte n'ait raconté que plus tard, et à son mari seulement, la fredaine de la duchesse, sur laquelle elle devait bientôt prendre exemple elle-même si complètement. En tout cas, d'autres langues marchaient. Les assiduités de M. de Metternich avaient été remarquées. On l'épia. On épia Mme d'Abrantès. On surprit toutes les particularités de leur liaison et une mémorialiste fort renseignée sur les femmes de la cour impériale, a écrit, que M. de Metternich, qui leur avait appris à toutes le langage des fleurs, en avait fait, avec l'aimable duchesse, un moyen de correspondre dans le monde. C'est ainsi, ditelle, que, lorsqu'il allait chez elle, — et il y allait tous les jours, — « toutes les impressions se traduisaient par les fleurs dont elle s'entourait. Un jour de vapeurs, c'était de soucis qu'elle se couronnait ; sa robe, ses appartements se couvraient de guirlandes de cette fleur, ses vases et ses corbeilles s'en remplissaient; un autre jour, les roses s'unissaient aux pensées, les scabieuses à l'églantine, et dèf5 l'entrée, dès le vestibule, on devinait