Général Thiébault, Mémoires, t. IV, p
les sentiments de tendresse, de jalousie, de haine ou d'indulgence qui préoccupaient la déesse du logis. »x
On ne se contenta pas d'épier les faits et gestes de la duchesse et de l'ambassadeur : la médisance fut bientôt de la partie. Les bonnes langues de la cour s'en donnèrent à cœur-joie : elles furent d'autant plus heureuses de le faire qu'on en voulait beaucoup à la jeune femme de toutes ses supériorités. Enfin la chose parvint aux oreilles de la grande-duchesse de Berg. Or celle-ci était jalouse de Mme d'Abrantès, et pour plus d'une raison. Elle s'était amusée à couronner une rosière à Neuilly. Mme d'Abrantès eut l'imprudence d'en couronner une autre peu de temps après dans la même commune : le château de Neuilly était décidément trop près de la Folie Saint-James, comme l'hôtel d'Abrantès était trop près de l'Elysée-Napoléon. Mme d'Abrantès eut ainsi la maladresse d'afficher une sorte de rivalité avec la princesse Caroline, et comme une intention, bien involontaire assurément, de se mettre sur le même pied qu'elle. Elle ne le sentit pas, mais la princesse en fut mortifiée et ne le lui pardonna pas. Ce qu'elle lui pardonna encore moins, ce fut sa liaison avec M. de Metternich. Avait-elle trouvé son chemin de Damas ? se faisait-elle maintenant le champion de la vertu et, ne se contentant pas de prêcher d'exemple, voulait-elle que les femmes de la cour impériale ne donnassent, comme elle, aucune prise à la médisance?... Allons donc! Elle n'était pas si bête!... Elle était, tout simplement, devenue amou-