MARIE LTTIZIA BONAPARTE, NÉE RAMOLINO
Abrantts. — iS.
défaite, et le soir même, il se manifesta chez lui quelques symptômes de la maladie qui devait l'emporter plus tard l. Il signa avec l'ennemi une convention dite de Cintra, qui spécifiait l'évacuation du Portugal par l'armée française et le rapatriement de celle-ci par la flotte anglaise. Cette convention fut signée le 30 août 1808.
Cependant, depuis deux mois, la duchesse n'avait reçu aucune nouvelle de son mari. Toutes les communications étaient interceptées. Les bruits les plus sinistres couraient sur l'armée de Portugal. Aussi la duchesse était-elle inquiète.
Au dire d'un mémorialiste, cela ne l'aurait pas empêchée de se divertir. M. Hippolyte d'Espinchal rapporte qu'étant allé en tenue d'officier de hussards à l'Opéra, il vit dans une loge, deux jolies femmes gaies et sémillantes. Il les lorgna avec insistance et, encouragé par leur attitude, alla, dans l'entr'acte, s'asseoirsans façonauprès d'elles. Accompagnant sa double conquête, à la sortie du théâtre, et étonné des respectueuses salutations que ces dames recevaient à chaque pas, il avait été frappé de stupeur en entendant la plus jolie des deux lui dire en souriant, tandis qu'il les mettait en voiture : « J'espère, monsieur, que vous viendrez voir votre colonel-général ; il vous recevra demain avec le plus grand plaisir. » C'est ainsi qu'il apprit qu'il avait eu affaire à la duchesse d'Abrantès et à la générale Lallemand. Le lendemain M. d'Espinchal ne manqua pas d'aller faire visite à l'hôtel de la rue des Champs-Elysées où il fut
î. Voir général TmÉBAa/r, Mémoires, t. IV, p. 191-192 et aussi p. 130.
reçu on ne peut mieux par le duc et par la duchesse *.
L'histoire est jolie, mais c'est dommage qu'elle ne puisse pas être vraie. A l'époque où la place M. d'Espinchal, et il est très précis — en juillet 1808, — il y avait onze mois que Junot avait quitté Paris : il était alors à Lisbonne, et ne revint à Paris qu'à la fin de 1809, pour repartir bientôt pour la Péninsule. Dans ce court espace de temps, il y a bien des raisons pour que cette aventure n'ait pu avoir lieu.
M. de Metlernich s'était employé fort aimablement à obtenir des nouvelles de Portugal. Il envoya des courriers partout. Ce fut de cette façon et par la Hollande que parvint à la jeune femme la nouvelle de la convention de Cintra8.
« Aussitôt que je la sus, poursuit-elle, je fis demander une audience à l'empereur. Il était à Saint-Cloud et revenait de Bayonne.
— Gomment vous êtes-vous procuré ces nouvelles? me dit-il d'un ton fort sec.
« Je ne répondis rien.
— Je m'en doute, reprit-il avec ironie. Au reste, Junot prendra cela comme il le voudra, je m'en lave les mains.
« S'il s'était borné à ce peu de mots, tout était bien. Mais il ajouta des choses qui portaient atteinte à la noblesse de mes sentiments. Je lui répondis avec la fierté que donne le sentiment de sa propre convenance, et c'est ce qui lui a fait écrire
1. Voir H. d'Espinchal, Mémoires militaires, t. I, p. 195-197.