‹ La Générale Junot, duchesse d'Abrantès, 1784-1838Chapitre 36 sur 115 · CAROLINE MURAT · texte numérisé non relu

CAROLINE MURAT

D'aprèi un dessin de Bflliard

Abrantès. — 20.

ver mal à la vue d'une araignée se promenant sur leur robe, et qu'elle était pleine d'énergie. « Il faudrait s'y être trouvé, poursuit Thiébault, pour évaluer ce qu'il y avait de courage dans cette résolution. J'en fus vivement frappé. En se mettant ainsi au-dessus des considérations qui auraient subjugué toute autre femme, la duchesse s'éleva au-dessus de son sexe, de manière à ne plus laisser de valeur à ce qui même aurait été un tort pour tout autre qu'elle, et elle montra qu'elle savait élever son caractère, sa force d'àme au niveau de tant d'autres qualités et d'un mérite que le monde a jugés, auxquels la postérité rendra hommage. » 1

La duchesse d'Abrantès tenait donc salon à Salamanque ; la femme du général Thomières habitait avec elle. C'était un bonheur pour elle de voir le petit Rodrigue pousser à merveille. Les nouvelles de ses enfants restés en France étaient bonnes. L'avenir semblait se dégager de nuages. Mais, dit-elle, « j'étais jeune alors et je ne savais pas encore ce que j'ai appris depuis : c'est qu'il ne faut jamais bâtir sur ce qu'on croit une certitude de bonheur. » Il est grand le nombre de ces jeunes gens qui, eux, ne mûrissent jamais, prennent leurs espérances pour des certitudes et échafaudent leur existence sur des possibilités, sur ce qu'ils voudraient qui arrive, et non d'après les calculs de la froide raison sur de solides réalités, en parant à ce qui peut arriver. C'est ainsi que la plupart des hommes, laissant une porte ouverte au malheur, sont toujours dupes de leur imagination dirigée

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