‹ La Générale Junot, duchesse d'Abrantès, 1784-1838Chapitre 4 sur 115 · Voir notre ouvrage sur Les sœurs de Napoléon · texte numérisé non relu

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charmant. De plus, tandis qu'on en était au chapitre du mariage, pourquoi ne pas fiancer le jeune Jérôme Bonaparte à Laure Permon? Enfin, il fallait couronner l'œuvre par un autre mariage : lui, Napoléon Bonaparte, général de division, avait l'honneur de prêcher d'exemple en demandant pour lui-même la main de Mme de Permon.

Ces demandes à bout portant et ces sortes d'épidémies matrimoniales en famille sont bien dans les usages corses, même maintenant. Mais la jeune veuve ne voulut point entendre parler de ce projet : elle laissait son fds libre de se marier comme il l'entendrait; sa fille était trop jeune pour qu'on lui parlât de ces choses-là, et ellemême, ma foi! ne l'était plus assez pour qu'elle les écoutât. Du moins est-ce la réponse qu'elle fit au général.

La duchesse d'Abrantès a écrit plus tard, que Bonaparte désirait épouser sa mère parce qu'elle était née Gomnène et qu'avec les projets qu'il formait alors sur l'Orient, le nom de Comnène lui eût été d'un puissant secours. Ce n'est pas probable : les Orientaux sont et étaient trop ignorants pour se souvenir d'un nom qui, depuis quelques siècles, était complètement oublié, et qui, porté par une femme, n'aurait eu aucune importance, puisque les Orientaux ne font pas aux femmes l'honneur de les prendre aussi au sérieux qu'un cheval. Non; il n'y avait dans ce bizarre projet qu'une idée toute corse : dans les familles insulaires, ces unions multiples entre les membres de deux maisons ne sont pas rares, surtout lorsqu'on trouve de part et d'autre un intérêt matériel à les faire. D'amour, do sentiment, de qualités, il

n'en est point question : cela n'a rien à voir avec le mariage. Combien de Parisiens sont Corses sur ce point!

Au moment où Bonaparte faisait à Mme de Permon la singulière proposition qu'on vient de lire, il cherchait à asseoir sa fortune naissante sur une base solide : ne connaissant encore personne ou presque personne à Paris, et croyant que la belle veuve tenait une grosse fortune de son mari, (il le pouvait croire en voyant son état de maison) il n'avait pas hésité à former un plan dont les complications peuvent nous paraître extraordinaires, mais qui, alors, avec les idées et les usages corses, était tout simple, tout naturel, et avait, pensait-il, l'avantage de servir ses ambitions.

Mme de Permon, qui connaissait ses compatriotes et se doutait du mobile très intéressé du jeune général; Mme de Permon, qui se doutait non moins bien qu'il ne trouverait pas dans ce mariage la fortune qu'il y cherchait, ne fit que rire de cette proposition. Mais, sur l'assurance que tout cela était fort sérieux, elle répondit qu'elle y réfléchirait, — ce qui veut toujours dire qu'on n'y réfléchira pas et que c'est non.

Une semaine ne s'était pas écoulée, que Bonaparte dut dire adieu à toute espérance. Non pas que la jeune veuve fût réfractaire à un second mariage : loin de là, mais la complication de ces chasses-croisés matrimoniaux ne la séduisit pas, et, pour tout dire, elle voulait, comme Bonaparte, trouver elle aussi la fortune dans le mariage. Ah! s'il avait été riche!... Mais il ne l'était pas. Ils ne pouvaient donc pas se marier ensemble. Si elle

avait pu seulement soupçonner que ce petit général, qui semblait avoir atteint son bâton de maréchal, ne faisait au contraire que mettre le pied à rétrier!... Mais une rupture survint entre lui et Mme de Permon, à propos d'une recommandation que lui fit celle-ci pour un sien cousin. Le général n'en tint aucun compte et l'on ne se revit plus.

Comme si elle avait eu un pressentiment de l'avenir, Laure fut navrée de ce fâcheux incident. Mais c'était fait et, avec ces natures corses si promptes à tout interpréter en mal, et qui mettent une sorte de point d'honneur à ne pas reconnaître leurs torts, il n'y avait pas à y revenir.

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