‹ La Générale Junot, duchesse d'Abrantès, 1784-1838Chapitre 5 sur 115 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Laure accompagne sa mère aux Pyrénées. — Bals et divertissements à Paris. — Laure fait sa première communion. — Son dévouement pour sa mère tombée malade. — Toutes deux vont à la fête offerte par M. de Talleyrand au général Bonaparte. — Salon de Mme de Permon. — Laure va dans le monde. — Peu de salons sont encore ouverts. — Elle est heureuse du 18 brumaire. — Sa joie en apprenant la victoire de Marengo. — Sa mère songe à la marier. — Différents projets sont formés pour elle. — Idées du temps sur le mariage.

Ce fut peu de temps après cette brouille entre Mme de Permon et Bonaparte, que l'on apprit le mariage de celui-ci avec la veuve du général de Beauliarnais et sa nomination au commandement de l'armée d'Italie.

Laure n'était pas remise de la, peine que lui avait causé cette rupture avec un vieil ami, lorsqu'un soir une lettre à cachet noir vint jeter la désolation dans la famille : Mme de Geouffre, sœur de Laure, était morte à la suite de ses couches!

On profila de ce nouveau deuil pour dire à Mme de Permon que aa position financière n'était pas fort brillante depuis la mort de son mari et l'on fit quelques réformes dans le train de la maison. Albert se jeta courageusement dans les affaires. Il y réussit, ee qui lui donna la satisfaction de remettre en

bonne posture les finances de la famille. Et Ton se remit à recevoir. Aussi bien Mme de Permon, après ce second deuil, avait plus besoin que jamais de distractions. Il y a des femmes qui ne peuvent se suffire à elles-mêmes, même au milieu de la plus aimable famille; il leur faut sans cesse le mouvement du monde, des étrangers, des intrigants, de ce qu'on appelle les amis. Mme de Permon était de celles-là : c'est auprès d'elle que sa fille prit ce goût, ou plutôt cette habitude, et elle se laissera, plus tard, circonvenir elle-même par une nuée d'amis, dont l'adversité seule pourra la débarrasser. C'est un des bons côtés de cette vilaine compagne.

Vers ce temps, Albert ayant été nommé à un emploi dans l'administration de l'armée d'Italie, sa mère se décida à aller prendre les eaux de Cauterets et emmena sa fille ave elle.

Laure vit les Pyrénées avec l'enthousiasme de sa jeune âme qui s'ouvrait au beau. Cette nature gigantesque et vivante dont l'aspect changeait à chaque heure du jour, la plongeait dans des enchantements sans fin. L'intensité de ses impressions était telle que, longtemps après son retour à Paris, le souvenir de ces belles montagnes suffisait pour renouveler tous ses ravissements. Quel est le cœur d'élite qui n'a pas vécu de tels moments?

La santé de Mra° de Permon s'était assez affermie à Cauterets pour lui permettre de mener cette vie mondaine qu'elle aimait tant. Comme une sorte de sécurité commençait à renaître, les émigrés rentraient de toutes parts, des salons s'ouvraient, on se visitait, on se réunissait le soir sans aucune es-

Cliché |. T.

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