‹ La Générale Junot, duchesse d'Abrantès, 1784-1838Chapitre 52 sur 115 · M"" Ancelot, Foyers cteints, p · texte numérisé non relu

M"" Ancelot, Foyers cteints, p

de Montreuil et écoutait avec ravissement la duchesse qui lui révélait l'âme intime du « Corse. » Là-dessus, les causeries étaient interminables et Mme Ancelot a dit : « Les merveilles de l'Empire exaltaient alors Balzac au point de donner à ses relations avec la duchesse une vivacité qui ressemblait à de la passion. »x

Elle lui ressemblait si bien qu'elle finit, et très vite, par en être une véritable: chose rare dans les passions, celle-ci fut partagée, mais chacun la sentit à sa façon. La duchesse d'Abrantès menait une vie assez prosaïque depuis qu'elle se heurtait à des embarras d'argent et à des difficultés matérielles qui l'excédaient : son cœur s'était retiré de la partie et battait mélancoliquement dans la somnolente torpeur d'une retraite qu'il n'avait nullement sollicitée. Le langage brillant et coloré de Balzac sonna pour lui le réveil, et la duchesse constata un jour avec étonnement que son amitié pour le jeune homme se teintait singulièrement d'un sentiment à la fois plus vif et plus tendre. Elle s'y laissa aller sans trop de résistance. Il y avait plus d'un quart de siècle qu'elle s'était mariée: eh bien, ce sentiment prenait toutes les couleurs, tous les attraits d'une chose nouvelle. C'était bien de l'amour, et l'amour n'est-il pas toujours du nouveau? De plus l'amour, pour la duchesse qui voyait déjà venir les jours crépusculaires, c'était de la jeunesse, c'était de la vie! Et c'est pour cela que ses paroles s'envolaient, vivantes, jusqu'à l'âme de Balzac et y allumaient un enthousiasme qui lui faisait paraître la veuve

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