‹ La Générale Junot, duchesse d'Abrantès, 1784-1838Chapitre 60 sur 115 · Correspondance de Dahac · texte numérisé non relu

Correspondance de Dahac

DUCHESSE D'ABRANÏES 381

ras. Mais Chateaubriand ne la patronnait pas. Elle était pourtant venue s'installer, pour un temps à l'Abbaye-aux-Bois. Mais, pour lui, il n'y avait qu'une femme, à l'Abbaye-aux-Bois. D'un autre côté, le faubourg Saint-Germain ne pouvait s'intéresser à une duchesse de fabrication impériale, une contrefaçon de duchesse, une duchesse de pacotille, tandis que la duchesse de Duras, oh ! oh ! ah ! ah ! comme aurait dit Balzac. D'ailleurs Mme d'Abrantès voulait encore garder l'anonymat. Mais Balzac, qui appréciait les qualités de son esprit vif et primesauticr, qui savait combien elle avait vu de choses et de gens, combien elle avait emmagasiné de faits dans sa mémoire, l'engagea à écrire ses souvenirs et à les publier en les signant hardiment de son nom glorieux.

On peut trouver dans ces mots qu'il lui écrivit, comme le germe de cette idée.

« ...Laissez-moi croire que les agitations terribles de votre vie ne vous ont été mesurées que sur la force de votre caractère; que cette force vous donne de hautes et de belles pensées sur le changeant spectacle au milieu duquel vous vous êtes trouvée ; que, dans ce moment, la retraite au sein de laquelle vous vivez n'est pour vous qu'une nouvelle nuit qui attend son jour. En effet, plus j'ai réfléchi à votre destinée et à la nature de votre esprit, plus j'ai été poursuivi de cette idée que vous étiez un de ces génies de femme qui peuvent prolonger leur règne plus loin que ne le veulent les lois ordinaires ; que vous pouviez faire sur une époque brillante ce que Mme Roland n'a qu'essayé sur un temps de douleur et de gloire. Je ne sais si souvent vous n'avez ressenti de ces

mouvements impétueux qui sortent du fond du cœur et vous maîtrisent, à l'aspect de la multiplicité des scènes, des figures héroïques, des grands caractères, mais j'aime à le croire, car il me semble que la nature vous a marquée d'un sceau choisi. Le hasard seul vous auraitril lanpée à travers toutes les contrées de notre vieille Europe remuée alors par un titan entouré de demidieux ?... »x

Elle écrivit donc ses Mémoires. Depuis son mariage elle avait souvent griffonné le soir, avant de se coucher, des notes, plus ou moins étendues, dans lesquelles elle consignait ce qu'elle avait vu, fait ou entendu d'intéressant pendant la journée. Elle se trouva avoir accumulé de la sorte quantité de documents précieux et originaux auxquels elle avait joint des coupures de journaux et une foule de lettres d'une véritable importance historique. Forte des encouragements de Balzac, de la nécessité et d'une volonté de fer, elle se mit au travail, recousant, fort habilement, ma foi I de sa plume alerte et courageuse, mille lambeaux de sa vie à ceux de la vie de Napoléon et d'une foule de personnages auxquels sa propre vie s'était trouvée toucher plus ou moins Elle forma ainsi une brillante mosaïque, dont presque chaque morceau est une pierre pour l'histoire de Napoléon et de son temps. Concurremment avec cet énorme travail, elle avait mis la dernière main à celui de ses romans qu'elle avait fait avec le plus de conviction, en artiste plus qu'en ouvrier de la plume, VArnirante de Caslille. C'est en effet son

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