Correspondance de Balzac
c'est : « Mille tendresses. Et ne me grondez plus, car vous savez bien que je vous aime. » Dans celle qui suit, datée de 1832 : « Agréez donc les hommages, l'affection, les mille tendresses de votre dévoué serviteur, qui voudrait bien être libre afin d'épuiser ce monde de choses que vous lui promettez si gracieusement. »
En 1833, à peine revenu de son voyage. en Suisse avec la duchesse de Castries, il écrit à la duchesse d'Abrantès : « Je trouve à mon retour, au lieu du grand secret, une lettre venue trop tardivement avant mon départ pour que je la lusse. » Il y avait donc un endroit mystérieux, connu d'eux seuls, « le lieu du grand secret » où Balzac recevait les lettres de Mme d'Abrantès, peut-être quand il n'en recevait pas les visites? Serait-ce certain « pavillon mystérieux, devers Auteuil », dont il a été question au commencement de la longue lettre qu'on vient de lire?
En 1834, l'amour est en baisse et l'amitié revient. Les lettres se terminent par « Votre tout dévoué », ou « Mille bonnes amitiés. » On retrouve encore une fois pourtant : « Mille tendresses »; mais, maintenant, ce n'est plus qu'une formule. Car le cœur de Balzac, il faut le remarquer, est occupé par une passion nouvelle. Le grand romancier aime Mme Hanska, dont il a fait la connaissance en Suisse. La duchesse de Castries, qui avait eu le fils de Metternich pour amant, est oubliée; la duchesse d'Abrantès, qm avait eu le père, ne Test pas : elle ne le sera jamais. Jusqu'à son dernier jour, Balzac lui conservera une entière affection; il demeurera son ami tendre,
fidèle, dévoué, et cette amitié vraie adoucira les amertumes de ses dernières années.
La duchesse, cependant, en cette année 1834, est plus empressée que jamais : elle se sent un peu négligée, oh ! à peine, et elle fait à Balzac mille chatteries. De Versailles, elle lui écrit, au mois de mai : « Voici les tomes XIII et XIV1, que je voulais vous donner pour que vous les ayez tous demain. La deuxième édition va se faire. Elle sera fort abrégée. Vous aurez un de mes exemplaires sur Chine. Je donne ordre à Straszewicz2 de faire porter chez vous Les Femmes célèbres in-folio. Elles vont paraître sous un autre mode de publication; mais cela regarde l'éditeur.
« Maintenant, mon ami, voulez-vous affronter ce soir des gens qui dînent chez moi, et pour qui certes ce sera une bonne fortune bien immense de vous voir? Mais comme vous pourriez n'en être pas aussi ravi, je vous en préviens pour deux raisons. La première, je viens de la dire; , l'autre, c'est qu'en maîtresse de maison, je ne pourrai être votre amie esclave, et faire ce que vous voudrez pour l'heure à laquelle nous dînerions, car vous savez que chez moi vous êtes chez vous, et combien je suis heureuse quand vous êtes là, dans mon ermitage3, comme un des bons et excelleuts amis que le ciel m'a gardés. Faites donc de mon avis ce que vous voudrez. Passé l'ennui du général et de la marquise de Vérigny4 sa femme, il