‹ La Générale Junot, duchesse d'Abrantès, 1784-1838Chapitre 67 sur 115 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Succès des Mémoires de la duchesse d'Abrantès. — Lettres inédites de la duchesse à Balzac. — Le salon littéraire de la rue R,ochechouart. — Le comte Jules de Castcllane. — Son théâtre. — La duchesse auteur et artiste dramatique amateur. — Cùté frivole de son caractère. — Sa bonté de cœur. — Elle s'intéresse à Mm« Wyse, fille de Lucien Bonaparte, tombée dans le besoin. — Mmo Amet et Mm* Aubert : leur talent de plume. — Le duc Napoléon d'Abrantès : beaucoup d'esprit et pas de tête. — Tristesses et continuel» travaux. — M. de Custine. — Dernière déception. — Histoire des salons de Paris. — Éternels gaspillages. — Tristesses dernières. — Mort de la duchesse d'Abrantès.

La duchesse songeait à faire une nouvelle édition de ses Mémoires. L'ouvrage, cette fois, aurait douze volumes et non dix-huit. C'est encore Balzac qui s'occupa de cette cuisine plus commerciale que littéraire. Le premier éditeur, Marne, aurait bien voulu se charger de cette réimpression, mais Balzac ne trouvait pas ses conditions assez avantageuses. Il écrivait à son amie, à Versailles (elle y était encore) : Ne signez rien, ne prenez aucun engagement relatif à vos Mémoires. Je vous dirai de belles choses !... Enfin n'ayez pas le malheur de ne pas être libre de votre exploitation. » El. dans une autre lettre : « Au nom de vousmême, ne prenez aucun engagement avec qui que ce soit, ne donnez aucune parole et dites que vous

m'avez chargé de vos affaires, attendu mes connaissances en ce genre et mon inaltérable attachement à votre personne. J'ai trouvé, je crois, ce que je nomme de V argent vivant \ soixante et dix mille francs bien portants, et des gens qui se décarcasseront pour placer trois mille d'Abranlès, comme ils disent dans leur argot, en peu de temps.

« Puis, je vois jour à une troisième édition à plus grand nombre... Si Everat revenait, dites-lui que je suis votre avoué depuis longtemps pour ces sortes d'affaires, quand elles en valent la peine ; car, un ou deux volumes, qu'est-ce? Mais douze à treize mille francs, oh! oh! ah! ah! il ne faut rien compromettre. Seulement, manœuvrez avec habileté et avec cette finesse qui caractérise madame l'ambassadrice pour savoir de Marne combien de volumes il a encore en magasin et voir s'il peut s'opposer, par une lenteur de vente, ou par le prix excessif, à la nouvelle édition 2. »

Enfin, les choses sont arrangées et le fameux libraire Ladvocat, qui courait à la faillite en somptueux équipage escorté de nombreux laquais, se charge de la nouvelle édition. Avec la somme qu'elle touche, avec les échéances qui lui sont assurées, Mme d'Abrantès bouche quelques trous et se propose de se fixer définitivement à Paris. Gela lui évitera bien des pertes de temps pour ses affaires, pour sa correspondance ; elle se trou-

1. Les éditeurs avaient alors l'habitude de régler les droits d'auteur avec des billets à longue échéance. Cette jolie expression d'argent vivant, qui fait voir l'argent frétillant et miroitant comme des petits poissons qu'on tire de l'eau, se retrouve dans Un homme d'affaires.

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