‹ La Générale Junot, duchesse d'Abrantès, 1784-1838Chapitre 72 sur 115 · Jôid., p · texte numérisé non relu

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ses conseils, la duchesse accepta et prit bientôt la direction de la troupe. Elle se rappela ses succès de jadis à la Malmaison, à Saint-Cloud, quand elle jouait devant le Premier Consul, et, toujours jeune de caractère, c'est avec une joie folle qu'elle lisait les pièces, distribuait les rôles et jouait ellemême les plus difficiles. M. de Castellane n'avait pas beaucoup de tête ; aussi manquait-il toujours quelque chose à son théâtre. Il fallait alors s'ingénier à suppléer à ce qui faisait défaut, et à force d'habileté on y parvenait. D'ailleurs, lorsqu'il s'agissait de son théâtre, l'avarice de M. de Castellane se changeait en prodigalité — comme s'il se fût agi d'une maîtresse grincheuse ; — c'est lui d'ailleurs qui faisait les frais de tous les costumes.

Mma d'Abrantès trônait dans ce milieu, comme partout. Pour trôner, n'avait-elle pas de qui tenir ? N'était-elle pas du sang des Comnène ? D'ailleurs, qui donc aurait pu rivaliser avec elle de talent et de connaissances techniques parmi ces amateurs ? On se rappelle ce qu'avait pensé de sa science du théâtre le général Thiébault, à Salamanque ; comme elle était -Allée à peu près tous les soirs au spectacle depuis son enfance, personne n'était plus ferré qu'elle sur tout ce qui concernait l'art dramatique et personne ne songeait à lui disputer un sceptre qu'elle maniait d'ailleurs avec autant de grâce que de compétence.

Si les acteurs et les actrices étaient gens du monde, les auteurs des pièces l'étaient aussi. La duchesse d'Abrantès en fit quelques-unes qui furent jouées avec succès. Cela lui donna un prestige qui, joint à celui de son nom, de son passé, de ses Mémoires, la mettait, dans ce milieu, sur

le pied d'une petite souveraine. « Voulez-vous dire à M. de Gastellane, écrivait-elle un jour au -uéral de Lambot, qu'il serait bien aimable s'il voulait m'envoyer prendre à deux heures pour la répétition ce malin ? Pardon, mais je suis encore bien peu ingambe quoique tout à fait guérie et très en état d'expédier nos pièces... Notre spectacle sera charmant, surtout le bouquet, la prière de la fin. Jamais on n'aura fait une si jolie fin de spectacle. Ce sera une digne chose d'ouverture. Vous voyez que je n'y ai mis aucun amour-propre et que nous commençons quand personne ne le voulait. »x

Mme Sophie Gay, qui devait bientôt remplacer la duchesse d'Abrantès dont elle était jalouse2 dans la direction de la troupe, beaucoup d'autres, dont Mme Ancelot, venaient ou étaient invitées aux répétitions. « Un jour, dit Mme Ancelot, je m'y rendis. Il s'agissait d'une pièce de la duchesse d'Abrantès, une pièce en un acte dont la répétition dura cinq heures, tant elle fut mêlée de mille choses inattendues, de récits, d'anecdotes et de joyeuses plaisanteries entièrement étrangères à la comédie. La duchesse d'Abrantès surtout était en joie, et nous nous amusâmes follement. On finit par danser sur le petit théâtre. Mais tout à coup la duchesse s'écria que depuis cinq heures qu'on parlait, on n'avait ni bu ni mangé. Alors le maître de la maison, qui était comme les autres

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