‹ La Générale Junot, duchesse d'Abrantès, 1784-1838Chapitre 78 sur 115 · Collection de M. G. Aubert · texte numérisé non relu

Collection de M. G. Aubert

une amie. Les scènes de ce genre se renouvelaient souvent, mais les réunions nombreuses continuaient toujours. » *

Mirabeau aussi, lui, « l'homme de grande et forte vie » comme a dit son père, s'était trouvé plus d'une fois réduit à mettre son amour-propre dans sa poche, où il ne restait plus un écu, pour aller engager ses dentelles et ses habits habillés. Ce n'était là que l'effet du désordre. Mais il était jeune alors, et l'on pardonne tout à la jeunesse, surtout à la jeunesse vicieuse. Mais, plus tard, la vie a besoin d'être assise sur une base solide, sur des revenus assurés et sur un capital : tout cela est nécessaire pour le calme et la dignité de l'existence.

Cette pauvreté, cette lutte contre la mauvaise fortune ne laissaient cependant tomber Mme d'Abrantès ni dans le découragement ni dans la mesquinerie : elle pouvait se rendre compte de la vérité de cette parole de Marie-Antoinette, écrivant à Mercy-Argenteau : « C'est dans le malheur qu'on sent davantage ce qu'on est. » Toutes deux auraient pu ajouter : « Et ce que sont les autres. » Mais si la reine ne l'a pas dit, c'est qu'elle commençait à entrer dans les hautes et sublimes sphères de la charité chrétienne et du pardon. La duchesse d'Abrantès cependant demeurait grande dame en dépit de tout, gaie, amusante, à la différence de tant de misérables riches, toujours ennuyés, toujours ennuyeux, se lamentant pour la moindre difficulté, et trop souvent d'une ladrerie !... Elle, elle était donnante, très donnante,

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