‹ La Générale Junot, duchesse d'Abrantès, 1784-1838Chapitre 82 sur 115 · Collection de M. G. Aubert · texte numérisé non relu

Collection de M. G. Aubert

Ce sont là, en vérité, choses fort douloureuses, mais ce sont ces tortures pour des nécessités si vulgairement prosaïques qu'on n'était pas accoutumé à rattacher au nom de la brillante jeune femme dont on connaissait la grande existence sous l'Empire. Il fallait cependant faire voir ce côté de sa vie, le plus intéressant certainement, parce qu'il nous montre un grand caractère aux prises avec de grandes difficultés ; il fallait faire toucher du doigt ces misères pour en sonder la profondeur et montrer jusqu'à quel point la duchesse, habituée pendant près d'un quart de siècle à toutes les mollesses du luxe, trouva en elle des ressources de courage pour lutter contre la fortune adverse. Cette lutte va donner désormais à sa physionomie altérée par de laids, par d'ignobles petits chagrins, par de prosaïques besoins, un caractère de souffrance, de martyre presque. Et pourtant il se mêlera toujours à cette grandeur et à ces petitesses une frivolité singulière et des oripeaux de théâtre. Mais comment aurait-elle pu remonter à la surface en ce temps où Balzac n'était pas élu à l'Académie française parce qu'il n'avait pas de fortune, où l'on voulait accabler Philarète Chastes sous un pamphlet parce qu'il n'avait pas de fortune, et où un ministre disait à la tribune : « Enrichissez-vous! » Fatales paroles qui ont contribué à affermir le culte éhonté du veau d'or qui fait sombrer tant de caractères! Comme si l'on avait besoin d'encourager les bas sentiments!

Parmi les hommes distingués à plus d'un titre qui venaient chez Mme d'Abrantès, était le marquis de Custine. Fils de cette belle Delphine de Sabran,

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qui épousa le fils du général Custine, et qui fut une des amies de Chateaubriand, le marquis Astolphe de Custine avait ce ton de bonne compagnie, ce langage où jamais un mot ne choque, cette parfaite urbanité enfin qui creusait autrefois un si profond fossé entre les hommes de la noblesse et les simples bourgeois. Il avait de plus une belle intelligence et cultivée à merveille. Les quelques ouvrages qu'il avait publiés attestaient un véritable talent d'écrivain. Il était « assez gros, assez fort, convenablement vêtu, sans recherche, a écrit un bon psychologue qui le rencontra chez la comtesse Merlin. Il m'étonnait par son discours voilé, ses traits d'esprit timides, son bon ton admirable, son aptitude à tout faire comprendre, qui décelait le vrai gentilhomme, sa malice enveloppée de soie et de coton, ses douceurs du grand monde qui semblaient à peine viriles, une timidité bizarre et comme un sentiment personnel d'abaissement et de mortification peu d'accord avec les éclairs vifs et les lueurs phosphoriques, les observations hardies, jaillissant de cet épais mélange de modestie douloureuse et de mélancolie, de mysticisme et de sensualité ba se... »* C'est que, malgré toutes ses supériorités, le marquis était la proie d'un des vices I plus honteusement inavouables, qui pourtant était « reçu » dans l'antiquité, chez les Grecs et chez les Romains 2. Il s'accommodait très bien de ce vice et son ami le marquis de Foudras également, tout comme Fiévée qui vécut quarante ans

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