mars 1838. — Collection Joseph Turquan
cessaire chez moi, je n'ai pas honte de le dire... Autorisez-moi de traiter avec un autre, ou venez à mon aide. Mon intérieur me rend folle. Les misérables m'insultent, moi ! — moi, que l'insulte peut tuer par la nouveauté de l'impression !
« Je vous répète que \c manque du nécessaire. Je ne demande pas l'aumône. Je demande l'exécution d'un traité... Voilà une position infernale. Chaque jour exposée à des insultes, empêchée de travailler parce que ma tête n'est pas à moi, tout cela, monsieur, est votre ouvrage. Ces insultes, c'est vous qui les faites, car sans vous elles ne seraient pas.
« Si vous voyiez la situation dans laquelle vous m'avez placée, vous en rougiriez pour vous-même.
« Et vous poussez la dérision quand je vous écris tout cela jusqu'à dire que je ne vous demande pas d'argent !... » 1
Et, contraste saisissant, ces lignes de détresse et de désespoir sont signées en toutes lettres du nom de celle qui avait, sous l'Empire, le train de maison le plus fastueux de Paris, de celle dont l'écrin valait quinze cent mille francs, la duchesse d'Abrantès ! L'ensemble de cette correspondance et cette suite de confidences lamentables, dont je ne donne que de rapides échantillons, ne grandissent pas la duchesse d'Abrantès. Le spectacle est affligeant et fait mal. Mais il renferme des leçons sévères et l'on me pardonnera de l'avoir exposé en raison du profit qu'on en peut tirer. Si l'on veut pénétrer dans les causes profondes de la ruine navrante de celle qui avait eu la plus brillante