MILICES PROVINCIALES
de son départ pour se rendre aux assemblé^ générales ou dans les places.
Les communautés et compagnies pour se racheter du tirage au sort payaient une somme proportionnée au nombre de leurs membres et au chiffre de leur fortune. En 1767, les arquebusiers payèrent 6 livres; les boisseli&rs, 12 livres; les marchands, 244 livres, et les fabricants de soieries, 300 livres K
Si parfois les miliciables de Tours étaient astreints au tirage au sort, comme en 1774 et 1775, ils se faisaient remplacer après le tirage avec l'autorisation de l'intendant'-.
Pour remplacer les jeunes gens de Tours, le corps de ville pouvait à son choix engager des hommes à la condition qu'ils fussent forts, dépourvus d'infirmités et acceptés par un chirurgien. L'intendant informait le corps de ville qu'il se montrerait toujours très difficile sur ce point, qu'il n'accepterait que de beaux hommes ayant 5 pieds 3 pouces 3. La ville étant d'ailleurs responsable de ses miliciens avait intérêt à les bien choisir. Le prix des engagés volontaires variait suivant les années et les hommes. En 1767 quelquesuns se vendirent 150 livres; d'autres, 112; d'autres, 84, et quelques-uns, 75 livres seulement^. En 1769, 27 miliciens furent enrôlés par la ville de Tours pour 2,221 livres. Le plus cher fut payé 12 i livres ; le meilleur marché, 72 livres^ Les miliciens ne touchaient pas
1 Arcli. mun. de Tours, E. E., lo.
- Arch. muQ. de Touri, reg. des délib. du corps de ville, 1774; E. E.,
3 Arch. dép. d'Iadre-et-Loire. Lettre au corps de ville de Tours, février 1771. C, 48.
* Arch. mun. de Tours, E. E., 15.
* Arch, mun. de Tours, E. E., 15-
Ha LA GÉNÉRALITÉ DF, TOURS AU XVIII^ SIÈCLE
en une fois la prime d'engagement. On leur donnait des acomptes, et la somme totale n'était généralement payée qu'à la première assemblée du régiment provincial K En 1774, la ville de Tours n'ayant pu obtenir la faveur de lever par engagements volontaires les hommes qu'elle devait fournir, il fallut tirer au sort les miliciens. L'opération s'accomplit de la manière suivante : les capitaines, lieutenants et sous-lieutenants de chaque compagnie de bourgeoisie- .précédés de leurs sergents, se transportèrent dans chacune des maisons composant leur compagnie, même dans celles des ecclésiastiques, pour recevoir la déclaration des maîtres sur le nombre des gmxons et hommes veufs sans enfants qui se trouveraient dans lesdites maisons. Ils prirent les noms, la taille desd'its garçons et veufs. Ils inscrivirent sur les listes les hommes de dix-huit à quarante ans. Les listes furent remises au subdélégué de l'intendant, chargé du tirage 3. Il y eut 880 garçons ou veufs sans enfants pour 24 miliciens qu'il fallait lever. Le subdélégué informe le corps de ville du jour fixé pour le tirage, et le corps de ville publie une ordonnance pour avertir les miliciables de se trouver aux jours indiqués pour les compagnies dans le quartier desquelles ils habitaient. Le tirage eut lieu en trois fois. Ce n'était là qu'une simple formalité. Du Gluzel exécutait l'ordonnance du 12 octobre 1772 qui avait exigé le tirage au sort pour la ville de Tours, mais il permit aux jeunes gens de se faire remplacer suivant la coutume ^ Les autres paroisses de la géné-
1 Arch. mun. de Tours, E. E., 15.
2 II y avail à Tours 12 compagnies de bourgeoisie. Elles porlaient le nom d'un quartier ou d'une paroisse. L'une s'appelait la Colonelle.
3 Arch. mun. de Tours, reg. des délib., 177*2, janvier 1774. * Arch. mun. de Tours, reg. des délib., mars 1774.
MILICES PIlOVlNCtALES 117
ralité étaient soumises sans exception au tirage au sort. Du Cluzel les groupa en différents arrondissements composés de quatre, cinq et six paroisses qui, réunies ensemble, tiraient au sort pour fournir le nombre des miliciens demandés à chaque arrondissement. Les syndics des paroisses convoquaient les hommes inscrits pour la milice. Le lieu du tirage était choisi de façon à permettre aux miliciables, appelés pour le tirage au sort, de retourner le même jour dans leur paroisse. Le tirage au sort avait lieu généralement en février et en mars, l'opération était dirigée par le subdélégué de l'intendant ; il avait plein pouvoir pour statuer sur les cas d'exemption ou d'inaptitude physique. Le tirage n'avait lieu qu'entre les hommes qui étaient propres au service, et qui n'avaient pas le bénéfice d'un cas d'exemption. Le subdélégué préparait autant de billets qu'il y avait d'hommes appelés au tirage au sort. Parmi ces billets, un nombre égal au nombre des miliciens que devait fournir l'arrondissement portait la mention milicien et, à partir de 1771, sol dat provincial; les autres étaient laissés en blanc. On appelait communément billets noirs les billets qui portaient une mention. Tous les billets, de même papier et de même grandeur, étaient placés dans un chapeau tenu à la hauteur de la tête de ceux qui tiraient. Les hommes tiraient un billet à tour de rôle, le président l'ouvrait publiquement, et ceux à qui étaient échu un billet noir étaient déclarés miliciens.
La levée de chaque milicien coûtait en moyenne 25 livres. Les frais étaient faits parla paroisse etavances par les trois plus haut taxés *, qui en étaient rem-
* Arch. dép. d'Indre-el-Loire, G., 48.
H8 LA GÉNÉRALITÉ DE TOURS AU XVIIl'' SIÈCLE
bourses par impositions à leur profit sur la paroisse au marc la livre de la capitation'.
En principe, les miliciens devaient être assemblés tous les ans; mais depuis la guerre de Sept ans jusqu'en 1771 les assemblées cessèrent. En 1771, les régiments provinciaux, qui ont remplacé les milices, sont convoqués tous les ans jusqu'en 1775. Saint-Germain, par l'ordonnance du 15 décembre 1775, supprime les régiments provinciaux et les assemblées périodiques. Ils furent rétablis en 1778, mais la suppression des assemblées fut maintenue. « Sa Majesté, ne voulant assujettir à aucun déplacement les hommes destinés par le sort à servir dans les troupes provinciales, ni priver les campagnes de leurs cultivateurs le moins possible, a réglé qu'il n'y aurait d'assemblée générale que dans le cas où la défense de son royaume pourrait l'exiger ^. » Par exception, il y eut une assemblée en 1778, « afin de constater le rétablissement et la destination des différents régiments et bataillons provinciaux ».
Quand les régiments provinciaux étaient convoqués, les soldats recevaient 2 sols par lieue de pays pour se rendre au quartier d'assemblée, et autant pour retourner. Le payement était fait par les soins de l'intendant. 11 devait se trouver aux quartiers d'assemblée des commissaires des guerres pour préparer les logements et les Subsistances. L'habillement, l'équipement et l'armement étaient délivrés par compagnies et remis au magasin, par ordre et état de compagnie, le jour de la séparation des régiments. Les soldats restaient rassemblés douze jours, ils devaient être exercés a^i moins une
1 Bibliotli. mun., Tableau de la généralité, de Tours, ms., p. 121. ' Arch. dép. d'Indre-et-Loire, règlement du 1" mars 1778. C, 48.